Hommage aux 13 peshmergas tués dans la bataille de Jalawla, le 24 juillet 2014
Sarbaz a consacré sa vie à la défense du Kurdistan. Engagé très jeune avec les peshmergas de l'UPK, il a survécu à la barbarie baassiste dans les années 80... mais pas à l'obscurantisme des jihadistes de l'Etat islamique auto-proclamé. Comme douze de ses hommes, ce courageux colonel âgé de 41 ans et père de cinq enfants a perdu la vie lors de la bataille de Jalawla, près de Khaneqin, le 24 juillet 2014.
Sarbaz entouré par certains des autres peshmergas tués avec lui à Jalawla.
Lorsque les soldats kurdes ont lancé l'offensive, ce jour-là à 2 heures du matin, Sarbaz était aux avant-postes. Sept heures durant, les peshmergas ont livré bataille avant de libérer la ville. Un succès de courte durée. Quelques heures après, les jihadistes ont lancé une contre-attaque précédée par des tirs de mortiers intensifs, contraignant les Kurdes à une retraite précipitée faute de munitions pour résister (lire l'encadré).
Le bilan de cette bataille est de 38 jihadistes tués côté EIIL, 13 morts et 40 blessés côté peshmergas. Sarbaz (dont le nom veut dire soldat en kurde) était originaire d'Akre. Voici sa dernière photo, prise 6 minutes avant sa mort, et une photo plus ancienne, aux côtés de ses cinq fils aujourd'hui orphelins de père.
"Xodê ji razî bît" ("Xodê ji wan razî bît", au pluriel) disent les Kurdes, sûrs que la protection de Dieu sera accordée à leurs martyrs. Et pourtant, tous aimeraient encore les voir sourire à leurs côtés. Combien faudra-t-il donc de morts pour que la communauté internationale réagisse et donne enfin aux Kurdes les moyens d'imposer leur modèle démocratique face aux tenants du fascisme vert en Irak et de Syrie?
Des armes sophistiquées ou le chaos
Mustafa Seid Qadir, ministre des Peshmargas au sein du gouvernement régional du Kurdistan (KRG), s'est très vite rendu aux abords de Jalawla pour comprendre pourquoi la ville conquise quelques heures plus tôt avait été perdue si vite, le 24 juillet 2014. Des journalistes présents sur place avaient déjà la réponse: la logistique n'a pas suivi. Les peshmergas ont manqué de munitions et de soutien après avoir pris la ville. Plus inquiétant pour l'avenir, ils n'ont pas d'armes aussi sophistiquées que celles des jihadistes, des armes américaines prises sans combattre, le 10 juin 2014 à Mossoul, quand l'armée irakienne a fui la ville. Espérons que cet argument finisse par infléchir la politique des Etats-Unis qui, jusqu'ici, ne veulent pas fournir d'armes aux Kurdes sans l'aval de Bagdad qui, bien sûr, refuse... par peur d'entériner ainsi l'indépendance du Kurdistan. Mais que vaut-il mieux, un Kurdistan démocratique indépendant et un Irak pacifié respectant la liberté de conscience? Ou le chaos dans un califat où Kurdes, chiites, sunnites, chrétiens, yézidis et Turkmènes n'auront d'autre choix que se soumettre ou mourir?