On a oublié qui était Victoria Ocampo, la riche mécène argentine, celle qui lança la revue "SUR" ("Sud"), cette grande femme dont tous s'accordaient à louer la beauté et l'intelligence et qui inspira Camilla dans "L'Homme à cheval" de Pierre Drieu la Rochelle (1943).
Celle-ci revient dans son autobiographie sur la relation passionnée qu'elle entretint avec Drieu. Ce n'est pas le penseur qui la séduit (ses idées, au contraire, l'offusquent), mais l'homme au charme inexplicable ("mes sens ne fuyaient pas celui que mon entendement rejetait", p.78).
Leur relation ne résulte pourtant pas simplement d'une attraction sensuelle. Ces deux êtres que leurs points de vue opposent connaissent une crise intérieure qui les rapproche, un "malaise", une "vibration inquiète" dont Victoria fait le fondement de la personnalité de Drieu (p. 71).
Malgré tous les défauts de Drieu (cynisme, orgueil, complaisance envers soi-même), ses idées "monstrueuses et irrationnelles" (p. 78), sa misogynie et ses erreurs de jugement (le fascisme), rien ne semble entamer l'affection que Victoria éprouve pour lui. Il faut croire que l'amour se joue sur un autre terrain que celui des idées.