Il pouvait être n'importe où, à boire une bière à la terrasse d'un café ou assis dans une salle de cinéma... Et puis tout d'un coup, il était là, dans la cuisine, en face de sa femme, fourchette en main, sans appétit. Les rituels tuaient le conscient, ça n'avait pas toujours été comme ça. En rassemblant ses meilleurs souvenirs, il pouvait faire de lui, comme ce soir peut être, un homme qui aurait envie de sa femme. Il la traînerait dans le couloir qui porte parfois si bien son nom. En l'embrassant, la main fourrée dans le soutien gorge il lui soupirerait des mots dont il n'avait pas encore l'idée, elle serait excitée, l'hystère en feu. Pour ne rien perdre du moment, elle irait même jusqu'à abandonner sa dernière bouchée de purée au milieu de son oesophage. Ses suffocations siffleraient comme des grognements, alors il redoublerait de vigueur. Ils rebondiraient sur les parois. Elle tomberait sur le lit, ses cheveux recouvriraient son visage, elle simulerait, il serait trop flatté pour reculer... Ses fesses sécréteraient des sons humides. S'enfoncer dans la mare. Il ne saurait pas ce qu'ils sont en train de faire à vrai dire il se sentirait ridicule. Le temps ne passerait pas vite, il serait suspendu à sa paupière et s'éclipserait à chaque battement. Enfin.
Lorsque la pauvre femme, entre ouverte, reprendrait conscience, l'ombre de son mari s'éloignerait déjà.
Il arpenterait le couloir en direction des toilettes. Il s'arrêterait devant la chambre de sa fille, une tache de mensonge naîtrait timidement sur le coin de sa bouche.
Il voudra prendre un milliard de douches...
"N'y pensons plus."