Naturkunde Museum Ostkreuz - Zaragoza Variations
Le premier temps est celui qui conduit l’enfant à saisir la distinction entre le bien et le mal, entre ce qu’il peut faire et ce qu’il ne doit pas faire, cette distinction n’étant pas inscrite dans le vivant humain. (…) Ainsi l’enfant ne perçoit qu’il a mal agi qu’à partir de ce qui lui revient de son acte. (…) L’enfant s’éprouve comme un être aimé et il saisit ce qu’est le mal en percevant que ses actes peuvent lui faire perdre quelque chose à quoi il tieint. L’amour de ceux qui l’entourent. Le deuxième temps produit une métamorphose chez l’enfant qui a intériorisé l’autorité à travers la formation d’une conscience morale. L’enfant sait ce qui est bien est mal comme si ces valeurs émanaient de lui-même. La peur de l’agressivité extérieure, la peur de la punition, renvoyant à la peur de perdre l’amour, a engendré la conscience morale. Le Surmoi est une instance d’où découle la conscience morale et qui se charge de surveiller et de punir le Moi. (…) Comme si l’enfant avait conservé le rapport qu’il entretenant avec l’autorité extérieure, mais en lui-même. Cette angoisse devant la conscience morale conduit alors l’enfant à entrer dans un nouvel état, dont les ressorts semblent être demeurés inaperçus de toutes les morales et sagesses de la tradition. (…) Quelque chose échoue dans la formation de cette conscience morale. Tout d’abord pour l’autorité intérieure, « le souhait de faire du mal » a la même valeur que « l’acte de faire du mal ». Du seul fait d’avoir eu une pensée malveillante, le sujet est coupable aux yeux de la conscience morale, aussi coupable que si il avait mal agi. Pire encore, les drames de l’existence ont le même effet sur les sujets doués de conscience morale que les premières punitions émanant de l’autorité extérieure, comme si il les avait lui-même engendrés par sa malfaisance. Ainsi plus le sujet souffre de malchance, plus il se le reproche et s’autocondamne. (…) Contrairement à ce que la tradition philosophique a pu énoncer, [la conscience morale] n’est pas rationnelle, elle n’est pas juste, elle n’est pas mesurée. Elle est en proie à la même folie que celle contre laquelle elle prétend lutter, car elle est pulsionnelle. Et d’où vient ce caractère pulsionnel ? Il provient de la quantité d’agressivité à laquelle l’enfant a du renoncer (…).
S. Freud, Malaise dans la civilisation, introduction (Clotilde Leguil) pp.32-35, Points
via : tmndr













