Contemporary danse 2.0 d’Hofesh Shechter : l’onde extatique
[Chrocus - Chronique culturelle] Contextualisons : je maîtrise mieux la cuisson du chou-fleur que la danse contemporaine, ses chorégraphes de talent et le programme de Chaillot Danse.
Est-ce que ça doit m’empêcher d’écrire sur le spectacle d’Hofesh Shechter, ironiquement intitulé “Contemporary danse 2.0” ? Pourquoi “ironiquement” ? Eh bien ça, j’ai pas compris, j’ai lu quelques critiques et le petit livret de la pièce qui insiste sur l’ironie du titre. Pour moi, il était OK, un peu vaste et puis 2.0, plus personne dit ça mais OK quand même.
Bref, nous étions au deuxième rang, mon +1 avait le rideau de la scène devant les yeux, même une fois ouvert, et son oreille gauche était directement reliée à l’enceinte. Très très fortes les trois enceintes. Bien installés comme à l’accoutumée.
Ensuite, c’est la claque. Une sorte de black-out ultra appréciable. Il y a plusieurs parties, des passages au noir durant lesquels la scène est vide et pourtant personne dans le public n’a l’idée de changer de position tant la tension des corps est permanente. Ils sont sept ou huit avec des gestuelles très différentes, voire pas très académiques pour la danse, en tout cas de l’idée rigide que l’on s’en fait.
Pas un seul décor et pourtant plusieurs fois, je me suis dit que c’était “bouquet final sur bouquet final”, les danseurs n’ont quasiment pas une minute de répit, mon œil de novice est ébahi par leurs placements, leur synchronisation, leur capacité à danser ensemble, puis à se détacher du groupe, reprendre en binôme. Pourtant, ils n’ont pas tous le même niveau, ça ne tient à rien, certains sont simplement touchés par la grâce du mouvement. Notre regard s’accroche à une gestuelle, en repère une autre puis en laisse une un peu de côté. Si quelque uns sont mis en avant, personne n’est délibérément positionné en arrière ligne. On apprendra plus tard que ce sont de jeunes interprètes et font partie de la compagnie Shechter II avec encore des années devant eux pour explorer leur art transcendantal.
Parce qu’aussi fou que cela puisse être, c’est transcendant de regarder quelqu’un maîtriser et sortir autant de son corps. Ça coupe le souffle pendant une heure, c’est éblouissant de beauté ces mouvements qui demandent des heures d’entraînement et ces minuscules gestes que l’on pourrait reproduire nous-mêmes en boîte de nuit (du temps où…). Être tétanisée par ces humains extatiques : la danse livre des émotions de spectateurs peu banales. Quand le rideau se ferme, après un tableau final éclatant où je vois la drôlerie et le décalage mais encore une fois pas tellement l’ironie, nous, les petites silhouettes, on ne sait plus quoi faire de notre corps alors mécaniquement on a été beaucoup à bondir de notre siège pour applaudir debout, à se mettre en ordre de bataille pour les acclamer unanimement. La troupe a salué en dansant. Ensuite, ils sont allés manger des frites et boire du vin au bar de l’Espace 1789. Les danseurs ont réintégré leurs formes molles et mécaniques. Personne n’a fait un entrechat en mettant son manteau pour aller fumer par exemple.
Et moi, quand je fais cuire mon chou-fleur, je repense à leurs galbes, à un profil étiré, des pieds qui rebondissent sur une scène briquée et surtout j’entends leurs souffles et leurs mains qui claquent. Je vous jure, allez voir de la danse, ça fait vivre plus fort ensuite. C’était mon troisième spectacle. Dingue qu’une telle discipline puisse devenir la meilleure dopamine !











