Voilà quelques promenades qu'un œil de verre m’attire. Que ce soit à Plounéour, Bénodet ou encore l'île de Batz, il est posé, contre les roches, près de la mer.
Après quelques recherches, j’ai découvert Pierre Chanteau : il constitue ces Clin d'oeil en mosaïque à partir de matériaux de récupération comme du verre, des billes et des morceaux de faïence. Pierre Chanteau souhaite déposer un hommage "à tous ces gens de mer, sauveteurs, pêcheurs, qui ont de tout temps eu un œil bienveillant sur la mer et ceux qui y naviguent" (Le Télégramme, 25 novembre 2020).
Ces œuvres d'arts sont inspirées du symbole antique : "j'aimais beaucoup l'image de ces bateaux de l'Antiquité, où ils peignaient de grands yeux à la proue des navires, pour se protéger des dangers de la navigation et j'ai eu envie de créer un jeu de pistes" (France info culture).
J'ai découvert l'artiste Yseult il y a quelques mois grâce à son titre Corps. J'ai tout de suite aimé le thème et la manière de le traiter à travers le clip officiel, réalisé par Colin Solal Cardo.
Lors des Victoires de la Musique, j'ai été frappée par sa performance. "Je me sentais tellement dans une sorte de safe place, avec des personnes non-binaires, des personnes trans, des personnes noires, des personnes obèses, comme moi [...], des personnes gay - il y avait de tout, en fait." (Yseult dans C à vous). Elle s'est entourée de personnes qu'elle a elle-même choisies et a souhaité leur partager la lumière qu'elle reçoit grâce à sa musique.
Yseult a commencé à chanter lorsqu'elle avait 15 ans. En 2019, quelques années après avoir participé à la Nouvelle Star, elle sort deux nouveaux EP, Rouge et Noir, sous son label indépendant Y.Y.Y. Elle prend des risques, libère ainsi sa parole et se révèle. La couverture représentant ses bourrelets est pour elle une fierté. Pour autant, elle refuse d'être uniquement perçue comme figure de body positivism :
En lisant les commentaires de l'entretien postée sur la chaîne du HuffPost, je me suis rendue compte qu'elle était mal comprise. Il me semble qu'elle ne refuse pas la lutte pour la visibilité des corps. Elle le dit elle-même : elle lève son poing et se bat. Néanmoins, elle ne souhaite pas être réduite à ce statut de femme obèse et noire parce que cela n'irait pas dans le sens de sa cause. La caractériser par "noire" et "obèse" plutôt que seulement "artiste" la stigmatiserait, parce qu'une mise en lumière qui n'est pas proposée pour une artiste mince et blanche est de suite posée sur elle, comme si elle ne faisait pas partie de la "normalité". Elle n'est pas une minorité. Elle refuse de fait ce terme - "on dit minorités, mais on est beaucoup. Le mot minorité me pique aujourd'hui" (A la maison).
Il ne s'agit donc pas de se taire, mais bien de se faire une place.
"Je suis noire et je fais de la variété française avec du piano-voix. Et comme je suis seule sur ce filon, je sais que je vais peut-être ramer. [...] Par contre, je serai tellement fière car je serai la première. Et j'ouvre la porte à d'autres femmes noires qui veulent faire de la variété. On n'est pas cantonné à faire tel type de musique. Oui, nous aussi, on peut faire de la variété !" (Terrafemina)
Les Immortelles est le premier roman de Makenzy Orcel, poète haïtien. Il l'a écrit après le tremblement de terre à Port-au-Prince. Voici quelques lignes : "Mon nom, c'est la seule intimité qui me reste. Peu importe comment je m'appelle. Moi, je raconte. Toi, l'écrivain, tu couches sur le papier, tu transformes. En échange, tu me feras tout que tu veux. Tu écriras notre histoire, celle des prostituées de la Grande-Rue. Tu parleras de la petite, disparue dans le tremblement de terre. Tu diras nos douleurs, nos souvenirs. Tu nous rendras immortelles."
Dans l'entretien Causerie littéraire mené à la médiathèque L'Interlude à L'Huisserie le 5 décembre 2020, Makenzy Orcel se confie sur son premier ressenti lorsqu'il a descendu la Grande-Rue.
L'auteur vient d'un quartier populaire en Haïti. Il a été élevé par sa mère, qui l'a baigné dans ses histoires et qui lui a transmis l'envie de raconter. Il partage lors d'une interview qu'il a eu envie d'écrire, pour dire qu'il était là, en vie, et pour donner une voix aux invisibles de son quartier. Son travail est de donner à voir.
La Grande-Rue est l'allée principale des maisons closes. C'est, d'après l'auteur, le poumon de la ville. Les Immortelles sont alors sorties sous la forme de bribes de récit. Makenzy Orcel ressentait le besoin de raconter quelque chose et de déterrer des voix.
J'ai lu Les Immortelles d'une traite. C'est un récit très poétique, et touchant. J'espère lire bientôt son roman L'Ombre animale - l'avez-vous déjà lu ?
Il y a quelques semaines, je me baladais sur la plateforme de films à la demande de la médiathèque de ma ville. Je n'étais pas d'humeur à regarder un film lourd. Pourtant, j'ai décidé de lancer ce film, System Crasher (Nora Fingscheidt) dans sa version originale allemande. J'ai dû prendre une pause au bout de 45 minutes.
Benni est une enfant de 9 ans, prise en charge par les services sociaux pour ses accès de violence. Elle veut retrouver sa mère, qui ne parvient pas à la reprendre sous son aile. Elle rencontre Micha, un éducateur, qui tente de la calmer.
Je m'attendais, en toute honnêteté, à une conclusion plus "classique". J'ai eu la boule au ventre pendant un long moment une fois le film fini.
Je ne poserai que cette question : liberté ou suicide ?
Cela fait deux fois en quelques mois que je me retrouve confrontée à Matilda de Roald Dahl, un de mes romans préférés d'enfance, pour des projets.
La première fois, c'était à l'université de Leipzig, dans le cadre d'un cours sur la "littérature jeunesse et anglophone à l'école primaire". L'une des grandes questions que l'on s'était posée était : mais comment cela se fait-il que la violence des écrits de Roald Dahl nous choque seulement à l'âge adulte ? Je me rappelle qu'enfant, je les dévorais et je ne trouvais pas ce monde très brutal. Pourtant, et c'est notamment le cas pour Matilda, certains personnages sont grossiers, effrayants et avec des idéologies bien particulières. Je pense à ses parents, dont l'indifférence est forte, et à la directrice, qui maltraite physiquement ses élèves.
Puis, j'ai récemment participé au festival Filmer le Travail de Poitiers, et j'ai écrit un article pour le journal du festival avec une autre étudiante (page 4, rubrique "Lire l'éducation"). On a brièvement discuté du roman. Là encore, j'ai été étonnée : au lieu de souligner l'importance de la violence, elle a mis en lumière la relation forte de Matilda avec son institutrice.
L'écriture de Roald Dahl semble nous laisser à tous et à toutes une impression différente selon l'âge et la personnalité. Elle laisse des opposés se confronter et les traite sous le ton léger de l'humour.
J'ai hâte de découvrir la prochaine adaptation du livre, en espérant qu'elle soit originale !
Dans le cadre de mes études, j'ai travaillé une note de lecture avec le médiateur Guénaël Boutouillet pour la rentrée littéraire de septembre 2020. Voici le livre que j'ai choisi : le Sanctuaire de Laurine Roux, publié aux éditions du Sonneur.
Troubles dans le Sanctuaire
Cette lecture du mois de septembre m’a fait retrouver mon plaisir de lire après un été romanesque décevant. Pourtant, ma première approche du roman avait été faussée par mon interprétation de la quatrième de couverture. J’avais lu cette dernière en diagonale sans vraiment m’attarder sur les détails.
« Le Sanctuaire : une zone montagneuse et isolée, dans laquelle une famille s’est réfugiée pour échapper à un virus transmis par les oiseaux et qui aurait balayé la quasi-totalité des humains. Le père y fait régner sa loi, chaque jour plus brutal et imprévisible » : je n’ai retenu que les mots « réfugiée », « virus », « balayé » et je n'ai été que très peu inspirée. J’ai automatiquement réduit le roman à une intrigue post-apocalyptique banale, où les héros doivent se battre pour sauver le monde entier. Or, par cette approche hâtive, je suis passée à côté des éléments révélateurs qui constituent la singularité du roman : le conditionnel « aurait » et le terme fort, presque étatique, de « loi ».
Du papa-héros à Hippie Hippo Pop
Leur monde a-t-il réellement vécu une catastrophe ?
C’est écrit « comme si le monde avait été éteint, en quelques jours, balayé par une plume », mais est-ce une plume d’oiseau ou bien la plume du père ? Alors que c’est Gemma, la plus jeune enfant de la famille, qui nous fait découvrir le sanctuaire à travers ses yeux, c’est l’empreinte du père qui se fait immédiatement remarquer. « Papa secoue le jerrican » : ces premiers mots m’ont donné un indice sur la domination paternelle. Ce père serait le pilier de sanctuaire, et serait celui qui protège chaque jour sa famille. Au début du roman, Gemma n’a pas encore de raisons de douter de son influence.
A l’inverse, le personnage de la mère semble éteint aux yeux de Gemma, qui la juge pour ses rêveries. Toutefois, Gemma la reconsidère peu à peu, et notamment un de ses symboles : la chanson Hippie Hippo Pop. « Mais il est stupide de vouloir revenir en arrière. Il faut gravir la montagne. Avec June. Même si ça fait mal. Je bombe la poitrine et me mets à chanter Hippie Hippo Pop dans la nuit. June enchaîne en canon. Quand nous arrivons à la cabane, Papa se tient debout sur le seuil. Il nous gifle. » J’avais lu ce passage comme un indice du basculement de dynamique : la relation privilégiée de confiance de Gemma passe de son père à sa mère. Dès lors, le renversement de l’ordre patriarcal se met en place. C’est la fin de la domination masculine. [...]
D'autres notes de lectures peuvent être lues ici !
J'ai, entre autres, beaucoup aimé ce livre même s'il m'a beaucoup troublée. J'ai reçu à Noël son premier roman, Une immense sensation de calme, et j'espère bien le dévorer de la même manière.
L'oiseau bleu est un manga proche du roman graphique traitant du deuil, écrit par Takashi Murakami et publié dans la collection Latitudes de Ki-oon.
L'ouvrage s'ouvre sur une représentation colorée de jeunes parents, Yuki et Naoki, avec leur fils Shu. Seulement, quelques pages plus tard, la famille se retrouve en plein accident de voiture. L'enfant ne survit pas. Naoki est dans le coma.
C'est un très bel ouvrage qui m'a fait fondre en larmes juste avant de dormir. J'espère qu'il y aura une adaptation !
Il y a quelques mois, je me suis promenée avec une amie à Taucha (saxe, Allemagne). Nous souhaitions simplement nous balader en forêt et nous sommes tombées sur une usine abandonnée dont les vestiges étaient encore visibles.
Curieuses, nous avons alors entrepris quelques recherches rapides sur les lieux :
Mitteldeutsche Motorenwerke GmbH, soit Mimo, est une entreprise créée en 1935. Elle était spécialisée dans la construction de moteurs d'avion. Durant la Seconde Guerre mondiale, plus d'un tiers des 9 000 employés étaient des prisonniers de guerre et des travailleurs forcés. En 1944, 60% de l'usine ont été détruits par des raids aériens.
Voici quelques photos d'archives :
Nous n'avons trouvé aucune autre source d'information accessible en ligne. J'avoue que ces photos ont installé un sentiment de malaise. Nous étions sur un lieu de guerre comme tant d'autres, qui a depuis été oublié et qui fait simplement partie du paysage.
Elles sont situées dans le Finistère (29) et elles abritent une vingtaine de blockhaus. Effectivement, durant la Seconde Guerre mondiale, le site (ainsi que d'autres plages) est occupé et sert de ligne de défense. Aujourd'hui, il en reste encore quelques vestiges.
Voici quelques photos !
Si vous souhaitez en savoir plus, voici deux sites intéressants :
Le voile noir, écrit par Anny Duperey, a trois sens : c'est le voile noir du photographe Lucien Legras, père d'Anny Duperey, du deuil et de l'oubli.
Anny Duperey a 8 ans lorsque ses parents décèdent asphyxiés lors d'un accident. Face à ce choc, elle oublie les années passées auprès de sa famille. Elle réagit violemment. Cette autobiographie retrace son double deuil : elle doit accepter la mort de ses proches ainsi que celle de ses souvenirs.
Voici quelques paroles prononcées ou écrites par l'autrice, qui m'ont particulièrement touchée :
Il est difficile de parler d'une oeuvre aussi intime. Je ne sais pas si j'avais en moi une maturité émotionnelle suffisante pour la lire. L'oubli, tel qu'il est explicité dans l'oeuvre, m'a terrifiée. En tout cas, je vous le conseille.
Cette bande-dessinée de Jordi Lafebre, publiée aux éditions Dargaud, est un bijou. Je l'ai prise dans mes bras à la fin de ma lecture. C'est l'histoire d'amour, racontée à rebours selon votre sens de lecture, de deux personnages bien différents et séparés l'un de l'autre.
Je suis tombée amoureuse avec les personnages, les couleurs et l’atmosphère. En explorant l’instagram de Jordi Lafebre, je suis encore plus tombée amoureuse de sa façon d’imaginer son monde.
(traduction approximative de ce post Instagram : "Je suis du signe gémeaux : mes humeurs sont changeantes, à l'opposé d'un robot, et j'aime les personnes qui sont aussi comme ça. J'aime penser que la vie a des parfums très divers, et qu'aucune émotion n'est mauvaise. Mes personnages sont donc aussi comme ça, et, pour moi, la couleur est la musique qui les entoure constamment. C'est très amusant de la travailler de cette manière")
Un très beau coup de coeur. Si vous voulez un peu de baume au coeur, jetez-vous sur cette lecture.
Voici la partie 2 de l'histoire du manga moderne ! (retrouvez la partie 1 ici)
Je regrette simplement de ne pas avoir pu développer une partie sur "2012-2021" : d'après diverses recherches, notamment sur Ki-oon, j'ai eu l'impression que le manga est loin d'être en déclin. Certes, l'âge des blockbusters est fini, mais de nouveaux mangas sont en vogue. En France, leur diversité est plus grande et peut plaire à un lectorat plus large.
Je vous glisse quelques entretiens à ce propos qui m'ont beaucoup intéressée :
-Ozouf, Paul. « [Bilan Manga 2019] Ventes en France : l’extraordinaire ascension ! ».
- Athras, Kobito et Kubo. « Mangacast N°14 – Saga : Ki-oon, retour sur 10 ans d’un éditeur de manga atypique ».
- Rémi, I. « Ahmed Agne, Ki-oon (1/3) : plus aucun éditeur ne peut se centrer que sur les blockbusters ».
- Rémi, I. « Ahmed Agne, Ki-oon (2/3) : tout le monde envie le marché français ».
- Rémi, I. « Ahmed Agne, Ki-oon (3/3) : la vraie victoire : convertir ceux qui sont persuadés que le manga n’est pas pour eux ».
J'ai récemment emprunté Histoire(s) du manga moderne, écrit par Matthieu Pinon et Laurent Lefebvre et publié aux éditions Ynnis. Voici la première partie des informations que j'ai jugées essentielles ! La deuxième partie se trouve ici.
Voici un véritable coup de coeur : l'anime Your Lie in April, adapté du manga éponyme de Naoshi Arakawa par le studio A-1 Pictures !
J'avais décidé de regarder un ou deux épisodes pour passer le temps, et je n'ai pas réussi à m'arrêter avant plusieurs heures. C'est une véritable pépite. Elle à la fois douce, poétique, drôle et poignante.
Voici les thèmes principaux qui m'ont marquée :
Par envie d'en découvrir plus, je me suis intéressée au point de vue du mangaka : je vous invite à lire les entretiens publiés sur Anime News Network et sur Anime Herald.
J'ai fait face au rappel de la réalité du marché de l'édition. Le thème peut être influencé par la concurrence : ici, la musique classique a été choisie parce que Beck, un autre manga qui était déjà en cours de publication, portait sur un groupe de rock. Le contrôle de l'histoire ne dépend pas seulement de son auteur : la fin du manga a été en partie conservée pour simplifier les accords mis en place avec le studio d'animation.
Naturellement, ces éléments n'enlèvent rien à la qualité de l'histoire et de la construction des personnages, mais il est vrai qu'ils brisent les clichés que je peux avoir sur la création d'une oeuvre.
Je me lance dans une aventure numérique d’adaptation de mon carnet culturel ! Effectivement, depuis cinq ans, je confectionne un carnet où j’écris mes avis ou mes recherches sur les livres, les films, les séries ou les lieux que j’ai pu rencontrer.
Vous trouverez ainsi ici des recommandations, des articles et des infographies sur des sujets bien divers :) De mon côté, j’espère aussi découvrir des blogs intéressants et sympathiques !
Bonnes curiosités,
Oriane
Un carnet culturel @uncarnetculturel - Tumblr Blog | Tumgag