LOURDES – 24 Juillet 2016
Je n'ai jamais aimé Disneyland.
Je suis farouchement athée.
Le lien entre ces deux affirmations ? J'ai voulu voir Lourdes et on a vu Lourdes. J'ai entraîné mon homme, notre fille et son cocker de six mois sans a priori et par pure curiosité dans ce Mandarom de la chrétienté. Ou presque.
Ce qui me servait d'imagerie sur Lourdes, ce sont les vierges clignotantes et des brancardières à l'air compassé mais pas si bienveillant, poussant des fauteuils ou des charrettes hors d'âge chaussées de sandales Pediconfort.
Nous attaquons cette ville à la beauté naturelle d'une boule à neige, l'air amusé mais de manière méthodique, avec plan et prise d'information sur les curiosités locales.
L'assortiment des boutiques de souvenirs a fait couler beaucoup d'encre. Avec le métier que je fais, ça ne me choque pas. J'ai vu des kilomètres de stands avec leurs produits à la foire de Canton chaque année. Ca ou des bols bretons, des couteaux Laguiole et des masques africains...
Mais je suis étonnée par les prix bas : les cartes postales sont dix fois moins chères que dans les stations balnéaires. Et je repense au fait que le prosélytisme y est sûrement pour quelque chose : dans les écoles africaines, les religions et les sectes se sont depuis longtemps frayé une place de choix. Un manuel d'instruction religieuse revient mille fois moins cher à son destinataire qu'un livre d'Histoire.
Le touriste type sort d'une photo de repas de communion des années soixante-dix : indéfrisables, cols claudine brodés, jupes plissées au genou. Les plus osés portent des bermudas trop longs et des polos floqués au nom d'une organisation religieuse. Et puis des soutanes, des uniformes scouts et des voiles sur les cheveux à perte de vue. Le parvis de la basilique est jaune des tee-shirts de brancardiers.
A l'entrée du site, plusieurs touristes venus de pays où on ne plaisante pas avec la religion (polonais, portugais, italiens...) se massent sous des drapeaux miniatures et prennent des poses contrites. De loin, la Basilique ressemble à s'y méprendre au chateau de Cendrillon, comme nous le fait remarquer Nell. Elle nous demande la définition du mot "miséricorde" et on galère un peu pour lui expliquer de manière objective. Sans savoir que la suite va nous amener un contre-exemple.
La sorcière ne tarde pas à se manifester : alors que nous attendons sagement dans une zone autorisée, une vieille souris avec un gilet imprimé d'un grand "I" pour "information" (ou "Irrascible" ?) nous aborde :
"- Ca ne me serait pas venu à l'idée de venir ici avec un chien !"
Interloquée, je cherche à me faire préciser :
"- Vous voulez dire, près de ces grilles, aux abords du sanctuaire ?
- Je pense qu'il est indécent de venir avec un chien dans la ville mariale. Vous auriez dû le laisser dans la voiture (NDLR : 28°, parking souterrain...) ou chez vous (NDLR : à la grande joie des propriétaires de la chambre d'hôtes ?)... Même Saint François d'Assises n'aurait pas apprécié !"
Je pense à évoquer l'arche de Noé, Saint-Bernard ou Saint-Hubert (pour ces deux derniers, je ne suis pas sûre), mais je réalise rapidement que le seul salut face à tant de tolérance réside dans la fuite, et en silence. L'attitude que j'ai toujours eu avec les témoins de Jéhovah et plus précisément les gens qui sont plusieurs dans leur tête.
Pendant que le Gnou fait clopin clopant le tour de la Grotte de Bernadette et de la basilique souterraine Pie X, pensant soigner sa crise de goutte avec la foi du charbonnier, Nell, le chien et moi nous replions dans une rue moins fréquentée, sur un banc face à une boutique de souvenirs, bien sûr. Elle est tenue par un italien frénétique qui arrête toutes les voitures pour attirer le chaland sur ses prix cassés. Nous entendons - comment y échapper ? - sa conversation avec une autre tenancière de commerce de saloperies liturgiques : il a essayé de revendre à bas prix un peu de sa camelote à d'autres magasins et a été dénoncé. Le responsable de la mafia locale des vierges-bidons en plastique et des plaids polaires à l'effigie de Bernadette est venu le sermonner : anti-dumping, menaces, pratiques mafieuses et dénonciation... Le Parrain dans les Pyrénées.
La commerçante lui lâche cette phrase magnifique :
"Vous savez, ici, les gens mourront plus vite de jalousie que de maladie !"
Mon père m'avait prévenue le matin même qu'il me déshéritait, à réception de mon MMS avec ma pomme devant le panneau “Lourdes”. T'inquiète pas Papa, je n'ai pas trouvé la Lumière.