Rappel : ce qui suit est un point de vue subjectif avec des biais
AVERTISSEMENT : Tumblr n’a pas jugé bon de publier le billet dans sa forme originelle avec ses trois pauvres images somme toute assez soft alors que cette plateforme est envahie par des comptes Porn assez hard. Allez comprendre ! )
Contenu potentiellement adulte
vieuxblog
Nous avons examiné votre billet et avons déterminé qu'il nécessitait un classificateur de contenu.
A quel sein féministe se vouer ? Intro
NB: L’inclusion de gif est infiniment démodée mais je n’ai jamais cherché l’adhésion numérique de mes semblables. L’inclusion de Gif est morte sur une vieille plateforme ! Vive l’inclusion de Gif sur une vieille plateforme !
Chaque jour de chaque mois de chaque année depuis quelques années, le débat féministe sur les réseaux sociaux se voit enflammé par : - des faits aux degrés d’horreur très variables (viols, agressions, harcèlement de rue, mots déplacés), - des mesures parfois discutables (celle concernant les hôtesses sexy dans les courses de F1 pour la plus récente), - des sorties de ministres (celle de l’actuel ministre de la justice EDM qualifiant les féministes radicalisées d »Ayatollah »).
De débats inter minables en discussions stériles où chacun n’évolue vers rien, n’amende pas son approche, bref, refuse d’admettre le degré de complexité d’un tel concept en – ISME, des clans binaires se forment et des questions un peu simplistes abondent :
Faut-il devenir plus royaliste que le roi, c’est à dire, troquer un patriarcat contestable pour un matriarcat guère mieux ?
Faut-il couper le pénis des hommes ?
Faut-il être sexy pour nous plaire et leur plaire ?
Mais – sans mauvais jeu de mots aucun – des clans non binaires apparaissent également. Pour le dire autrement, la convergence des idées et l’unité des valeurs ne sont pas du tout atteintes à ce jour car il existe une myriade de féminismes irréconciliables. Il n’y a pas les féministes hardcore d’un côté et les anti féministes machistes de l’autre ( ou « mascu » comme on dit aujourd’hui).Pourquoi, dans notre société française qui a traversé tant d’évolutions, qui, au prix de combats, a assisté à l’émancipation des femmes, de toutes les femmes et pas seulement les aristocrates naviguant dans des environnements souvent plus ouverts aux idées libérales davantage admises, pourquoi la femme et son corps ne sont toujours pas aussi neutres que le corps de l’homme alors même que nous avons la chance de vivre dans un pays de libertés, garant des droits de toutes et tous, un pays qui a vu sa religion dominante se faire critiquer, un pays occidental qui a connu l’avènement de la mini jupe dans les années 60, un pays qui a connu le bikini et les rondeurs sublimes de Brigitte Bardot, le no kini - la nudité - dans les années 70, le mono kini dans les années 80, les provocations sexualisées de Mylène Farmer dans les années 90 ?Pourquoi le corps de la femme fait-il encore débat et échauffe-t-il à ce point les esprits quand on se fout d’un torse nu masculin voire même d’un pénis turgescent ?
Bon, si ce sexe turgescent appartient à un homosexuel, déjà, ça intéresse plus les démons de la polémique et éveille soudainement les orchidoclastes haineux mais c’est un autre propos #OuPas
Je n’ai absolument aucune prétention à pouvoir être en mesure de résoudre cette question et je ne m’appuierai sur rien d’autre que ce que je suis dans un démarche purement subjective que je revendique.
La science est nécessaire mais la science peut aussi se tromper quand on étudie une matière aussi mouvante (et perverse) que l’être humain où l’élémentaire côtoie l’infinie complexité. La science met dans des cases, classifie, adopte une méthode inductive souvent probante et juste. Mais elle n’explique pas tout et la démarche empirique montre aussi que des individus ne rentrent pas dans ces cases, surtout quand il s’agit de parler de sexualité, d’expression du désir.
Manger, boire, dormir, baiser – enfin se reproduire.
Un quatuor reposant que le règne animal a eu la bonne idée de prendre pour se définir. Le règne humain ne s’en accommode pas si facilement au regard de la démesure de ses passions et des sentiments qui peuvent l’animer : haine, jalousie, amour, addictions, maladies mentales autour de ces quatre actions élémentaires et vitales.
Que celui ou celle qui me donne l’exemple d’un mammifère anorexique insomniaque, d’un volatile alcoolique ou d’un reptile érotomane obsédé du cul se manifeste et je lui paye un resto en avouant mon erreur d’appréciation !!!!
A partir de là, je me méfie des prismes d’analyse suivants : l’animalisation de l’humain et l’humanisation de l’animal, mammifère plus spécifiquement.
Je reconnais la dimension affective de ce dernier, sa capacité à ressentir, à aider, à éprouver des sentiments (joie, tristesse) je reconnais la nécessité de lui donner des droits car c’est un être vivant. Je sais que l’homme et la femme peuvent être habités par des reflexes animaux mais je pose comme postulat que l’homme n’est pas un animal ou du moins, la civilisation et la société l’ont fait changer d’espèce, si j’ose dire. L’image du singe qui découvre l’outil (il va pouvoir bâtir, construire, tuer) mais baise encore strictement en levrette, c’est bien sympa mais c’est un poil réducteur d’affirmer qu’on est strictement comme eux. Oublier si vite des millénaires qui ont eu lieu ?!?Le pendant inverse m’horripile et la culture numérique l’exploite à fond : les animaux sauvages mignons, majestueux en qui l’on place des sentiments humains ou en qui l’on se reconnaît alors que la cruauté animale marquée par le territoire ou la loi du ventre laisse plus souvent la place au sang qu’aux jolis cœurs multicolores d’un filtre instagram !Mais je m’éloigne.J’aborderai quatre axes autour de cette question à laquelle je ne répondrai pas car cela ne m’intéresse pas mais que je rappelle néanmoins : pourquoi on s’étripe sur le féminisme à l’ère où l’égalité femme-homme est plus sensible et concrète qu’autrefois ? - La sensualité assumée comme condition d’une réelle émancipation et d’une liberté. - Pour une esthétique du raffinement- La question des représentations- La récupération du féminisme par une société ubérisée
I/ De la sensualité dans l’espace public non pour une partouze géante – attention COVID en plus - mais pour un REEL « vivre-ensemble » entre hommes et femmes
Un rapport apaisé avec le corps est aux antipodes de sa diabolisation. Ce n’est pas la société seule qui décide de ce qui est bien et mal, pur et impur. Le code religieux radicalise cette polarité morale et se fonde sur l’assignation de tel sexe biologique à tel rôle social (« sociétal » ?), à tel code, à tel carcan. Et il sera écrit dans les monothéismes que c’est le sexe en situation de passivité, celui qui reçoit, se fait pénétrer mais qui a le pouvoir d’enfanter qui sera davantage un sexe annexe, « faible ». Il fallait bien que ça pète un jour ! Il fallait bien qu’un jour les femmes rejettent ces schémas archaïques. Le problème est que cela pète un peu de façon anarchique, que la contradiction au sein des revendications brouille la légitimité du combat et que des « féministes », en dépit de leurs logorrhées argumentatives, perpétuent l’archaïsme au lieu de le détruire. (voir le point III/)
Pour revenir aux sens …
Si la manifestation d’une sensualité assumée dont la réception dans l’espace public est parfaitement acceptée par tous, il y a fort à parier que la communauté des gens qui la compose soit apaisée à l’égard du corps désirable. Ainsi, il serait dans de telles conditions ridicule de desexualiser un sein qui est, quoi qu’on en dise, plus attirant qu’un genou (et les mécanismes qui prévalent dans ce cheminement ne sont pas de mon domaine) mais au contraire, la meilleure condition pour contrôler son désir, l’accepter et l’aimer, c’est d’en jouir. Interdire de voir et cacher à outrance dérègle ce désir et provoque la frustration et la haine. C’est du bon sens qui devrait toujours servir de boussole pour réfléchir.
C’est cette sensualité dans l’espace public qui concrétise les conditions idoines pour une émancipation réelle et une liberté « de s’habiller comme on le veut ». Et cela n’a rien à voir avec l’exhibition ! Pourtant, force est de constater que depuis quelques temps, on assiste à une régression au niveau de l’acceptation du corps sensuel … suite au point III/
II/ La question de la beauté plastique mais pourquoi peut-elle agacer ?
On suspecte souvent une belle femme d’être stupide et dénuée de neurones. Mais en quoi la beauté serait-elle l’ennemie de l’intelligence ? En quoi la sensualité serait-elle synonyme de bêtise ? Pourquoi Descartes aurait-il nécessairement raison en supposant que le corps est détaché de l’esprit ? Un beau corps habite-t-il fatalement un esprit vide ?
La beauté fascine mais elle peut être dangereuse car on peut s’y perdre et se soumettre à elle. Elle est étourdissante et maléfique si on en croit Charles Baudelaire (ouè, il été tro misogine).
« La beauté »
Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre, Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, Est fait pour inspirer au poète un amour Éternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ; J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ; Je hais le mouvement qui déplace les lignes, Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poètes, devant mes grandes attitudes, Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments, Consumeront leurs jours en d'austères études ;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants, De purs miroirs qui font toutes choses plus belles : Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
Pourtant, la beauté est aussi un atout que notre société marchande à bien su capitaliser. Elle permet souvent d’accéder à une nouvelle caste très médiatisée et fondée sur l’image, l’argent et le pouvoir. Nous avons été abreuvés de beautés plastiques qui ont accédé à la gloire et à la vie facile. Il est normal que nous voulons par mimétisme profiter aussi de la part du gâteau en tentant d’en tirer profit (voir le point IV/). Par ailleurs, la recherche de la beauté, son exploitation mercantile et le sésame qu’elle peut offrir pour accéder à un statut social souvent plus prestigieux que celui d’où l’on vient peuvent pervertir le sujet qui s’enferme dans ce qui in fine ne devrait seulement être perçu comme un contenant, un atour superficiel, un meuble agréable à regarder mais aux côtés duquel on peut vraiment s’emmerder. D’où la suspicion d’idiotie. Et comme l’impératif de séduction et de beauté plastique a été davantage un diktat imposé aux femmes – les hommes, eux, ils ont le charme et l’humour ! – il est normal que cela soit d’abord les femmes qui en pâtissent.
Pour autant, il serait malhonnête d’affirmer que la beauté s’accompagne toujours d’un esprit intéressant. Peut-être qu’à dessein, ces beautés un peu idiotes ont été sur représentées et c’est ça que l’opinion publique a décidé de retenir. D’aucuns diraient que c’est encore un moyen de contrôler les femmes : regardez, elles sont belles mais dès qu’elles parlent ahaha ! Sois belle et tais toi, quoi ! La beauté peut être effrayante et déstabilisante pour certains hommes, intimidante quoi !
Personnellement, sans hypocrisie aucune, la beauté plastique peut être assez chiante si elle n’est pas conjuguée à un esprit curieux, intelligent, drôle ou/et à une personnalité qui claque sa race !
La beauté plastique seule se consomme et on peut rapidement en faire le tour.
Tout ça pour dire qu’on peut émettre des réserves légitimes en tant que personne féminine à l’égard de la beauté plastique féminine et de celles qui l’utilisent – l’exploitent - car l’on connaît ses limites, ses pièges et ses mensonges et que notre société d’images l’a démesurément surcôtée. Il n’y a pas forcément de la jalousie à critiquer ce que l’on perçoit comme un mécanisme vaniteux mais lucratif. Et c’est cette dimension lucrative qui me gène le plus et non la beauté en soi car moi aussi, comme vous tous, je suis davantage fascinée par la beauté de Penelope Cruz ou la tendance du moment Margot Robbie que par l’image d’une femme plus quelconque, moins glamour. Mais sa survalorisation dans un monde obnubilé par la rentabilité me pose un vrai problème de valeurs.
PS : La beauté peut aussi être un faux ami. Les gens peuvent vous enfermer dans le rôle de la jolie poupée ou du beau gosse et dénigrer tout le reste ou ne même pas envisager qu’il y a autre chose derrière. Bref ! La beauté est aussi subjective. Dans certaines limites bien sûr, c’est toujours pareil !
III/ La question des représentations et de leurs antagonismes
Sans se prendre pour une sémioticienne, il est évident que la multiplicité des signes utilisés dans la communication humaine, verbale ou non, se manifeste dans notre réalité occidentalisée et produit du sens et de la symbolique dans l’inconscient collectif. Ces signes peuvent souvent enfermer plutôt qu’ouvrir. Du moins uniformiser. C’est par ces signes que les êtres humains partagent des idées et des émotions, figent leurs représentations et leurs interprétations de ces représentations. La réception de ces signes iconiques ou symboliques dépend du sujet qui les voit, de son monde vécu, de sa culture. Quand la culture est commune, c’est plus simple d’en partager la même lecture.
D’ailleurs, il existe des représentations iconiques figées qui ont la dent dure. Et c’est là qu’on peut convoquer de nouveau le façonnement culturel judéo chrétien avec une représentation binaire de la femme, mère ou putain. Conjonction alternative OU et non conjonction copulative ET comme dirait Beaumarchais (Le mariage de Figaro). La femme n’a pas pu pendant longtemps être mère et pute. Pute*, comprendre un femme qui jouit et qui n’aborde pas le sexe uniquement sous l’angle de la reproduction de l’espèce. Dans notre société occidentale, une quantité pléthorique de cerveaux appartenant à des domaines de la connaissance variés (philosophie, arts et notamment le cinéma, littérature, sciences humaines…) ont exploré ces questions pour remettre en cause et déconstruire leurs clichés afférents ou du moins, les renouveler.
***** ATTENTION UNPOPULAR OPINION Et POINT FACHO (TL de gôche, quitte cette page ou unfollow moi) *****
Aujourd’hui, la France s’est déchristianisée et sa religion dominante a été obligée de s’assouplir après des décennies de malmenage et surtout une loi à la base de notre laïcité. Aujourd’hui, c’est une partie de l’islam, celui ultra orthodoxe qui pose problème avec notre histoire occidentale. Aux outrances du monde occidental où la nudité, le corps jouissant et le sexe revendiqué ont été les camarades de lutte pour l’émancipation de la femme, d’autres outrances, religieuses, fanatiques se sont exprimées et s’expriment.
Ainsi, il y a des hommes qui aujourd’hui encore pensent qu’une femme doit rester à la maison, qu’elle ne doit pas boire, fumer, se bourrer la gueule et être sexuellement attirante. Une photo de Brigitte Bardot en bikini dans les années 60 serait considérée comme du porno par bcp de jeunes ternis par le dogme religieux, je vous assure. Et cette actrice serait traitée de pute.
Je suis affligée pour eux car s’ils ne s’émancipent pas, ils ne connaitront pas la jouissance ni le plaisir de la chair comme un délicieux exutoire, échappatoire, passe-temps, moment de vie, bref, un besoin vital pleinement assumé.
Et nous revenons au point I/ Un monde qui cache la sensualité féminine et qui refuse la saine mixité fonde une société structurée autour de frustrations et donc de violence. Un homme qui vit dans un environnement où les femmes ne bénéficient pas de la même liberté que les hommes de montrer leur corps est conditionné à penser que le corps de la femme est impur s’il est visible. C’est d’une logique implacable qui rend fous les indigénistes racialistes, pleins de ressources et de contorsions rhétoriques pour dire que 2 + 2 = 5.
Dans la société occidentale, les hommes ont pu affirmer leur supériorité supposée en profitant de leur pouvoir. L’affaire Darmanin par exemple. Le patriarcat occidental actuel est logé dans ces nuances et celles du point IV/. Ceux qui estiment qu’il n’existe plus en occident vont un peu vite en besogne à mon sens. Par contre, il est rarement visible sous une forme archaïque. Là encore, l’expérience du réel le démontre.
Les bandes de "jeunes" entassés dans des voitures ou à pied qui harcèlent et insultent les filles dans la rue, c'est plus des Jean-Rayane-de-la-cité biberonnés à une version tradi d'un dogme religieux, toujours prompt à invisibiliser les femmes, créatures démoniaques et inférieures, que des Jean-Clément-du-pavillon élevés dans une famille qui s’en bat les reins de la religion ou n’en célèbrent que les fêtes pour leur dimension culturel et pour faire plaisir à mémé. Jean-Clément harcèlera peut être sa secrétaire pour lui montrer que c'est lui le boss mais ce n'est probablement pas lui qui dira "salope avec ta jupe, espèce de pute, on va te salir" comme un débile sans éducation hormis celle d’un dogme archaïque avec ses 12 potes qui n'arriveront jamais a faire jouir une femme.
Ainsi, la représentation de la femme hypersexualisée se heurte à des représentations religieuses qui diabolisent le sexe. Comment voulez-vous que ce monde cohabite sans heurts ?!? C’est complètement impossible !
Pour finir sur cette question, un détour par le Porn :
la représentation de la femme qui baise dans le porno hétéro, c'est un peu celle du bouche trou. Tous les orifices doivent être pleins et bien pleins. Deux bites par ci et deux bites par là, et hop ! On tutoie la performance ! La représentation de l'homme qui baise dans le porno gay n'est guère différente mais il y a une nuance non négligeable qui fait toute la différence ! L'homme qui suce ou se fait sodomiser peut s'il le veut se faire sucer et sodomiser. Il est autant passif qu'actif. La sexualisation de l'homme pour l'homme suppose un va et vient entre posture active et posture passive (pénétrer / recevoir) du coup, tout est fondé sur un rapport d'égalité permis par le genre, homogène. Alors qu'on a tendance à ne voir les femmes que comme les passives soumises qui reçoivent. Ainsi, rien de tout ça entre hétéros même si le gode ceinture est utilisé par des femmes et de plus en plus dans le porn mainstream. Et du coup, même si les actrices se masturbent où se font lécher, même si elles sont actives dans le va et vient et peuvent même prendre du plaisir (difficile à déterminer quand même vu que tout est monté et qu'on nous bassine avec "ce n'est pas la réalité"), elles restent enfermées dans une représentation volontairement inégalitaire. Le porno BDSM où c'est l'homme qui bouffe son foutre, ce n’est pas la représentation dominante et ne saurait encore supplanter la traditionnelle éjaculation faciale.
De plus, le lesbianisme dans le porno hétéro fait désormais partie d'un passage obligé d'une scène ce qui démontre que ce sont les femmes qui doivent donner du plaisir d'abord en offrant cette image excitante de deux femmes pour un seul homme. Si on retourne les choses : mettre deux mecs qui s'embrassent et baisent avant la double P et l'éjaculation faciale collective tant sur la femme que sur un des deux mecs, ça serait déjà beaucoup plus fou fou en terme de déconstruction.
Ainsi, beaucoup des représentations qui innervent notre monde passionné par l’image enferment la femme dans le rôle de l’objet qui donne du plaisir et qui est offerte. En soi, je n’ai rien contre la représentation de la femme objet qui donne du plaisir et reçoit. Vive la pipe !
(ici, une jolie photo d’une fellation)
Ce qui me dérange, c’est la conséquence de ces images et de ses représentations sur des esprits mal foutus. Sur la psyché en construction d’un garçon pas éduqué, sans repères sexuels et sexués, les ravages sont terribles. Et si on ajoute la diabolisation du corps féminin qui jouit, issue d’une culture religieuse traditionnelle, on façonne de toute pièce un problème de sexe pour cet être humain mâle.
IV / Récupération du business féministe par une société ubérisée
Comme les baskets Stan Smith, les vêtements Maje, The Koople (ça, cest pour les bobos), la Halle, H&M (ça c’est pour les prolos), comme le thé, le café, le savon, les macarons, le pain au chocolat, les tweets, les livres, les vidéos You tube, le corps a une valeur marchande. Porté par la loi de l’offre et de la demande, le corps est un bon filon pour faire un peu, beaucoup de fric. C’est un business comme un autre. Mais un business souvent gagnant. Un tweet « qui vient me lêcher la chatte ? » ou « j’ai envie de baiser ce soir, tu veux ? » accompagné d’une photo teasing et un lien OnlyFans est assuré de ne pas flopper : plein de likes et RT et donc plein de comptes qui iront payer pour voir la chatte de machin en plein coït ou une séance de masturbation de bidule habillée comme dans un cosplay.
(ici, deux photos illustrant mon propos ci-dessus avec des autocollants pour atténuer leur caractère explicite)
De quoi faire relativiser l’absence de visibilité de comptes plus subtils n’est-ce pas .
Monnayer sa libido, exhiber ses relations sexuelles moyennant argent, visibilité et reconnaissance (le monde du porn actuel est corrélé à internet et embrasse les mêmes codes), cela est devenu une façon comme une autre de gagner sa vie au nom du mantra “chacun fait ce qu’il veut tant qu’il ne fait pas de mal”. C'est un moyen comme un autre (mais un moyen facile**) de générer des fans autour de soi, d'accéder à la célébrité. Et la célébrité, c'est notre Graal à tous, vains humains que nous sommes.
Je pense que l'être humain vaut mieux que de limiter son existence à montrer son anatomie pour vivre et surtout on sous estime les effets de cette tendance où finalement l’être humain n’est plus qu’un gros plan anatomique sans esprit. D’ailleurs, je pense qu’à partir du moment où l’on introduit une notion d’argent dans le sexe, les rapports de pouvoir (donc de domination) s’installent.
Et puis merde, un peu de gratuité dans ce monde de brute !
Pourquoi parler de facilité** ? Pour ma part, selon moi, perso, #MonAVis, baiser est aussi facile à faire que les autres besoins vitaux. S'exhiber en produisant du contenu sexy est résolument moins difficile que d'aller cultiver ses champs, que de résoudre des problèmes scientifiques pour faire avancer la recherche, aller faire des reportages de guerre et revenir brisé, faire des opérations du cœur où la vie du patient en dépend.
Baiser avec son mec et se filmer pour partager au monde entier ses ébats sur une plateforme afin de gagner de l'argent, ne pas voir le problème (et je ne parle pas de morale, comme tout le monde, je baise et j'aime ça) c'est révélateur d'une société un peu pourrie de l'intérieur qui perd de vue l'essentiel et porte aux nues l’exacerbation des vices devenus vertus progressistes : exhibitionnisme, voyeurisme mais surtout cupidité ! (Mé non, ils et elles le mériteuuu, se son tro des femme libre !)
Dans ces conditions, la chair est triste comme dit Mallarmé.
Mais comme il y a toujours eu une forte demande dans le domaine du cul, j’ai, de fait, tort ne pouvant pas rivaliser avec la loi du marché qui triomphe toujours.
Je conclurai en image. Vive la complémentarité ! *
* et la gratuité du sexe dans l’espace privé et l’expression de la sensualité dans l’espace public
NB: L’inclusion de gif est infiniment démodée mais je n’ai jamais cherché l’adhésion numérique de mes semblables. L’inclusion de Gif est morte sur une vieille plateforme ! Vive l’inclusion de Gif sur une vieille plateforme !
Chaque jour de chaque mois de chaque année depuis quelques années, le débat féministe sur les réseaux sociaux se voit enflammé par :
- des faits aux degrés d’horreur très variables (viols, agressions, harcèlement de rue, mots déplacés),
- des mesures parfois discutables (celle concernant les hôtesses sexy dans les courses de F1 pour la plus récente),
- des sorties de ministres (celle de l’actuel ministre de la justice EDM qualifiant les féministes radicalisées d »Ayatollah »).
De débats inter minables en discussions stériles où chacun n’évolue vers rien, n’amende pas son approche, bref, refuse d’admettre le degré de complexité d’un tel concept en – ISME, des clans binaires se forment et des questions un peu simplistes abondent :
Faut-il devenir plus royaliste que le roi, c’est à dire, troquer un patriarcat contestable pour un matriarcat guère mieux ?
Faut-il couper le pénis des hommes ?
Faut-il être sexy pour se plaire et leur plaire ?
Bref, faut-il vraiment tout détruire et ne plus se parler, ne plus se séduire, ne plus être ce qui fonde notre spécificité ?
Mais – sans mauvais jeu de mots aucun – des clans non binaires apparaissent également.
Pour le dire autrement, la convergence des idées et l’unité des valeurs ne sont pas du tout atteintes à ce jour car il existe une myriade de féminismes irréconciliables. Il n’y a pas les féministes hardcore d’un côté et les anti féministes machistes de l’autre ( ou « mascu » comme on dit aujourd’hui).
Pourquoi, dans notre société française qui a traversé tant d’évolutions, qui, au prix de combats, a assisté à l’émancipation des femmes, de toutes les femmes et pas seulement les aristocrates naviguant dans des environnements souvent plus ouverts aux idées libérales davantage admises, pourquoi la femme et son corps ne sont toujours pas aussi neutres que le corps de l’homme alors même que nous avons la chance de vivre dans un pays de libertés, garant des droits de toutes et tous, un pays qui a vu sa religion dominante se faire critiquer, un pays occidental qui a connu l’avènement de la mini jupe dans les années 60, un pays qui a connu le bikini et les rondeurs sublimes de Brigitte Bardot, le no kini - la nudité - dans les années 70, le mono kini dans les années 80, les provocations sexualisées de Mylène Farmer dans les années 90 ?
Pourquoi le corps de la femme fait-il encore débat et échauffe-t-il à ce point les esprits quand on se fout d’un torse nu masculin voire même d’un pénis turgescent ? (je voulais un gif avec une vraie bite turgescente mais Tumblr est résolument trop prude)
Bon, si ce sexe turgescent appartient à un homosexuel, déjà, ça intéresse plus les démons de la polémique et éveille soudainement les orchidoclastes haineux mais c’est un autre propos #OuPas
Je n’ai absolument aucune prétention à pouvoir être en mesure de résoudre cette question et je ne m’appuierai sur rien d’autre que ce que je suis dans un démarche purement subjective que je revendique.
La science est nécessaire mais la science peut aussi se tromper quand on étudie une matière aussi mouvante (et perverse) que l’être humain où l’élémentaire côtoie l’infinie complexité. La science met dans des cases, classifie, adopte une méthode inductive souvent probante et juste. Mais elle n’explique pas tout et la démarche empirique montre aussi que des individus ne rentrent pas dans ces cases, surtout quand il s’agit de parler de sexualité, d’expression du désir.
Manger, boire, dormir, baiser – enfin se reproduire.
Un quatuor reposant que le règne animal a eu la bonne idée de prendre pour se définir. Le règne humain ne s’en accommode pas si facilement au regard de la démesure de ses passions et des sentiments qui peuvent l’animer : haine, jalousie, amour, addictions, maladies mentales autour de ces quatre actions élémentaires et vitales.
Que celui ou celle qui me donne l’exemple d’un mammifère anorexique insomniaque, d’un volatile alcoolique ou d’un reptile érotomane obsédé du cul se manifeste et je lui paye un resto en avouant mon erreur d’appréciation !!!!
A partir de là, je me méfie des prismes d’analyse suivants : l’animalisation de l’humain et l’humanisation de l’animal, mammifère plus spécifiquement.
Je reconnais la dimension affective de ce dernier, sa capacité à ressentir, à aider, à éprouver des sentiments (joie, tristesse) je reconnais la nécessité de lui donner des droits car c’est un être vivant. Je sais que l’homme et la femme peuvent être habités par des reflexes animaux mais je pose comme postulat que l’homme n’est pas un animal ou du moins, la civilisation et la société l’ont fait changer d’espèce, si j’ose dire. L’image du singe qui découvre l’outil (il va pouvoir bâtir, construire, tuer) mais baise encore strictement en levrette, c’est bien sympa mais c’est un poil réducteur d’affirmer qu’on est strictement comme eux. Oublier si vite des millénaires qui ont eu lieu ?!?
Le pendant inverse m’horripile et la culture numérique l’exploite à fond : les animaux sauvages mignons, majestueux en qui l’on place des sentiments humains ou en qui l’on se reconnaît alors que la cruauté animale marquée par le territoire ou la loi du ventre laisse plus souvent la place au sang qu’aux jolis cœurs multicolores d’un filtre instagram !
Mais je m’éloigne.
J’aborderai quatre axes autour de cette question à laquelle je ne répondrai pas car cela ne m’intéresse pas mais que je rappelle néanmoins : pourquoi on s’étripe sur le féminisme à l’ère où l’égalité femme-homme est plus sensible et concrète qu’autrefois ?
- La sensualité assumée comme condition d’une réelle émancipation et d’une liberté.
- Pour une esthétique du raffinement
- La question des représentations
- La récupération du féminisme par une société ubérisée
EDUCATION NATIONALE : SUJET PHILO « spécial confinement »
Avant de commencer, j’inaugurerai ce billet de blog par une mise au point éthique :
- Tumblr est mort, vive Tumblr
- Je n’ai jamais mangé d’élèves de ma vie.
- Je ne fais pas partie des personnalités à suivre sur Twitter même si je ne parle essentiellement que de moi-même.
- Je suis professeur dans un lycée ZEP. Certifiée. Pas agrégée. Une admissibilité qui m’a convaincue que le savoir institutionnel et formel n’était pas fait pour mon esprit retors aux figures imposées. A ce sujet, j’ai écrit une pièce de théâtre sur la crédibilité démesurée que confère un concours, véritable activateur de réflexes de classes et de hiérarchie. Elle est inachevée et je souhaite la terminer pour la faire publier. Entre temps, j’ai eu un enfant et le besoin de montrer au monde entier la production de mes petites crottes pour prouver que j’existe et que je suis intelligente s’est quelque peu tari. Au demeurant, j’ai des amis agrégés très sympas ;-) !
- J’aime mon métier mais il est loin de me définir et j’ai pour philosophie de vie de ne jamais laisser un travail me pourrir la vie. J’ai fait mienne cette Antienne : il faut travailler pour vivre mais non vivre pour travailler. « Mais chanter, rêver, rire, passer, être seul, être libre… ». L’hyper-activité corrélée à l’oisiveté paresseuse rendant possible des créations gratuites comme horizon indépassable !
- Question éducation et sécurité, je suis conservatrice de droite voire « populiste de droite » pour les gens de gauche.
- Pour le reste, je suis trop souverainiste pour des libéraux de droite et gauche.
- Sur le plan humain débarrassé de toutes considérations politiques, je ne suis pas du tout sectaire.
- Je ne fais pas véritablement partie d’un clan et d’une team. Mon côté anarchiste.
Maintenant,
commençons,
Si comme l’écrit Annie Ernaux, ce temps de confinement est « un temps propice aux remises en cause, un temps pour désirer un autre monde », nous pouvons espérer un réel changement. Un nouveau logiciel serait alors disponible après cet épisode de pandémie avec recensement des erreurs du passé, garde-fous pour ne pas se retrouver dans l’impasse, réalisation concrète de nos espoirs.
C’est peut-être oublier un peu vite la pluralité des visions du monde qui caractérise l’humanité. Mais bon, prêtons-nous au jeu avec cet esprit caricatural qui va bien.
Si l’Education Nationale demande de plus en plus à ses profs de rendre des comptes, pourquoi ne demanderions-nous pas à l’Education Nationale de rendre les siens afin de regarder en face l’étendue de ses problèmes.
WARNING pour éviter les faux procès : Vous allez lire le point de vue d’une seule personne qui rend compte de situations rencontrées dans quelques établissements scolaires mais qui fait de ce cas particulier une généralité. Partons du principe que tout est biaisé !
Point numéro 1 : La question de l’intérêt individuel et de l’intérêt général
Le monde d’avant :
Le monde de l’éducation nationale a longtemps été préservé des logiques managériales. Or, depuis quelques années, rien ne va plus. Conscient d’être hors-jeu et différent du monde de l’entreprise, il a alors voulu absorber le pire de ce que le privé a pu expérimenter. Ce dernier s’est entre temps tourné vers d’autres pratiques, certains domaines du privé ont su réfléchir aux écueils du management « vieille école » tandis que l’éduc’ nat’ rend compte d’un retard assez pathétique en ne jurant que par lui.
Quelles sont les traductions concrètes de cette idéologie managériale d’un autre âge ?
En premier lieu, le jargon pédagogique risible applaudi par des gens ennuyeux qui existent sans vivre, est un premier maillon de la chaîne. Quand on a décidé de vider l’école de sa substance fondamentale : apprendre, lire, écrire, compter sans circonvolutions ludiques destinées à des « apprenants autonomes et responsables », il fallait bien servir à quelque chose et proposer des alternatives : déconstruire l’essentiel pour créer des myriades d’initiatives accessoires. Et le temps de l’innovation et de la pédagogie du projet fut !
En second lieu, l’individualisation des carrières structurée autour d’une valorisation du mérite personnel, pourtant totalement en trompe l’œil au vu de l’éclosion du nombre de lèche-culs sans personnalité, a fracturé un métier dont la concurrence entre ses employés était rare. Rare car sans fondement : quand on apprend que 2 et 2 font 4, faire mieux que les autres n’a guère de sens.
Je ne renie pas le besoin de concurrence dans certains domaines mais avoir introduit cette notion au monde de l’éducation sans l’assumer vraiment en plus (là est peut-être le pire), c’est tellement con que je n’ai même pas envie de finir ma phrase.
Ainsi, concomitamment à une mise en place d’un team building , de façade et parfaitement hypocrite - « RIEN DE MIEUX QUE LE TRAVAIL D’EQUIPE » nous disent les super-profs - on a assisté à la mise en avant d’une minorité très active et très visible dans les rectorats et les instances de direction, soutenue par l’autonomie des établissements pour prendre le pouvoir au détriment d’une majorité silencieuse, faisant le taf sans se vendre.
On y est : le monde de l’éduc’ nat’ est devenu un biotope où l’individu qui sait le mieux se vendre peut être le mieux récompensé. L’éduc’ nat ‘ a importé dans son fonctionnement structurel la logique des gagnants et des perdants. Les premiers gagnant par beaucoup de vernis et les seconds perdant à cause d’une honnêteté malvenue. Les premiers sauvés par leur optimisme leibnizien, les seconds perdus par leur perception négative du monde. Or, dire que tout va bien confine ( !) à de la propagande.
Et voilà venu le règne des méritants triomphants qui ont eu le talent de croire en une idéologie qui pense que faire apprendre la règle de 2 + 2 = 4 selon des méthodes guidées par des recherches pédagogiques innovantes aident à mieux apprendre.
Et voilà venu le temps des profs « Apple » : une meilleure com’, un meilleur réseau, un meilleur emballage, une meilleure ergonomie etc.
Et au milieu de tout ce paysage aussi désopilant que désolant, on a certains syndicats complices de ces agissements parfois eux-aussi plus obnubilés par leurs propres intérêts.
Le monde d’après :
« On ne saurait faire boire un âne s’il n’a pas soif » mais ça, c’était avant les vertus didactiques qui ont montré l’étendue de leur réussite n’en déplaisent aux études montrant que la France a un système scolaire extrêmement inégalitaire où « un élève défavorisé français a cinq fois plus de risques d’être en difficulté en lecture qu’un élève d’un milieu social élevé. » et aux comparaisons entre les pratiques austères et chiantes des bons établissements avec les ressources inventives et ludiques des établissements dont les élèves cumulent des difficultés sociales et scolaires. (voir le point numéro 3)
Le besoin de reconnaissance de l’être humain étant infini, je suggère donc d’accentuer le mode de récompense des profs innovants par la mise en place par établissement d’une réunion hebdomadaire entre ces super-profs et leur hiérarchie pour s’auto-congratuler pendant une journée. Cela permettrait de laisser les autres profs se vautrer dans la médiocrité de leurs pratiques et de s’user un peu plus vite devant des classes difficiles. Pour le dire autrement, la majorité des autres profs qui se contentent d’enseigner et surtout de répondre aux attentes peu sexy des examens, pourraient rester à leur place sans faire d’ombre aux autres.
Ainsi, en laissant aux profs « Apple » ne jurant que par le travail d’équipe mais pourtant incapables de travailler avec les autres, trop mus par la rigueur d’un intérêt général trop chiant et idéaliste, le soin de ne travailler qu’entre eux, le fayotage aura moins de raison d’être puisque la hiérarchie applaudira le talent de ces gagnants ultra bosseurs, tous les jeudis en salle C450.
Je suggère également et dans la logique de ce qui précède qu’on double ou triple les salaires des bons vendeurs de l’éduc’ nat’ ayant su se transformer grâce notamment à la pertinence de leur réseau et ce, via une grosse prime au mérite tout en baissant la paie des profs payés à rien foutre ou à se plaindre et à souligner une supposée absurdité de l’école publique française.
Si l’on veut privatiser l’école, autant la privatiser comme il faut sans faire les choses à moitié. Les gens bons dans un domaine sont généralement plus payés que les autres. Valorisons les profs mielleux devant des proies faciles qui acteront leur (petite) puissance, choyons ceux qui savent ramener des subventions ou interroger leurs pratiques péda en s’auto-congratulant dans les internets.
Point numéro 2 : La magie du numérique
Le monde d’avant :
Il paraît que la performance éducative ne s’évalue plus par la réussite aux examens ni par la maitrise des fondamentaux (écrire sans faute d’orthographe ou de syntaxe, comprendre ce qu’on lit, écrire simplement mais efficacement et compter). Non, la performance, c’est avant tout une « aventure humaine », un lien tissé entre l’apprenant et le professeur et encore et toujours des inventivités techniques et didactiques. L’école numérique était déjà la marotte de beaucoup d’acteurs de l’éducation alors avec une période de pandémie, sa valeur ajoutée a triplé ! L’école numérique qui a désormais sa Délégation Académique (DANE) a bien compris que la génération YouTube allait kiffer la réalisation innovante de capsules vidéos trop ludiques faites par des profs motivants pour accrocher les jeunes.
Pour ma part, je m’y mets le jour où le bac comporte une épreuve en format YouTube. Et à ce moment là, je m’initierai au montage pour faire des vidéos sur Molière dans lesquelles j’arborerai des perruques multicolores, parfait mélange de l’ancien et du moderne, pour dire tout le bien ou le mal d’un de ses textes tout en balançant quelques formules drôles pour capter les décrocheurs scolaires. OUI PARCE QUE MOI AUSSI,
SUIS PAS LA DERNIERE A RIGOLER !
La période est au grand oral, aux concours d’éloquence et pour sa, pas besoin de savoir parlé le francé ni de savoir argumenté. Il suffit de savoir comblé du vide par des formules creuse qui ne veules rien dir.
La période est à la croyance que le nombre de vues est synonyme de qualité. Un tweet très visible avec un grand nombre de RT ou un un post facebook très suivi ne doivent pas être mauvais puisqu’ils plaisent au plus grand nombre …
Il faut vivre avec son temps, madame ! (à dire avec la voix du préfet Lallement et en pensant à la scène mythique entre princesse Leia et DV)
Il n’est donc pas du tout de bon aloi de pointer les failles, l’utilité réduite d’une école numérique ni le côté obscur de ce même numérique puisqu’il va sans dire que les mises en garde sont le fait de vieux cons dépassés en situation de faillite générationnelle et les expériences malheureuses ne sont que le fruit gâté d’une mauvaise relation entre le prof et ses classes. Les élèves déjà ingérables en présentiel à cause de la faute des mauvais profs qui devraient changer de métier pour se reconvertir en cueilleurs de fraises, s’amusent beaucoup dans l’espace virtuel qui confère une impunité encore plus grande qu’en classe. Et c’est dire !!!! Et bien, laissons les faire. Au moins, ils ne font pas partie des statistiques d’élèves en situation de décrochage puisqu’ils trollent une séance de cours. Et c’est le principal. Ce qui compte, c’est de rendre visible le 1% qui va bien et de cacher sous le tapis tout le reste.
Pourtant, les élèves déjà largués en présentiel à cause de leurs mauvais profs, se retrouvent seuls et en perdition face au travail. Envoyer un google doc peut s’avérer compliqué pour des élèves, même impossible pour ceux qui n’ont pas d’ordinateur chez eux. (J’ai une classe de seconde dont aucun élève ne m’a envoyé son travail sous un format word. C’est plutôt en mode « capture d’écran » souvent envoyée à l’envers. J’ignore si c’est par manque de matériel ou par méconnaissance des fondamentaux numériques. La fracture numérique ne toucherait donc pas que les personnes âgées ? Pourtant, cette année, nouvelle réforme oblige, tous les élèves de seconde ont une heure par semaine consacrée à la « science numérique et technologique »).
Mais, tous ces cas qui viennent noircir le tableau contredisent les chiffres, infaillibles : seulement « 5 à 8% d’élèves perdus depuis le début du confinement » nous assure le ministre de l’éducation nationale.
Le monde d’après :
Ce même ministre prévoit « Des états généraux du numérique pour faire le point sur les enseignements positifs qu’on veut tirer de ce qui s’est passé ». Alors, mon petit doigt me dit qu’on ne dira pas que les élèves autonomes s’emparent des outils numériques avec aisance quand les élèves qui cumulent des lacunes et des conditions de travail plus difficiles sont à la traine avec l’école numérique et que les écarts déjà grands entre les deux profils s’agrandit fatalement. Non, on continuera à penser et créer les choses pour un public minoritaire afin de souligner la pertinence de la virtualité pédagogique. Et on continuera à accuser les profs. Facile mais habile. Quoique …
Je suggère donc, si une pandémie venait à se reproduire, de choisir un super-prof « Apple » par matière qui excelle dans la maitrise de la classe virtuelle, de l’autorité bienveillante et de la pédagogie positive affranchie de notes pour qu’il fasse classe à l’ensemble des élèves d’un établissement. Grosse prime à la clé. Pendant ce temps, mise en disponibilité des autres profs (donc pas payés) occupés à aller ramasser des fruits, à prêter main forte aux agriculteurs, soignants et caissiers. Au moins, ces feignasses seront utiles vu qu’ils ne sont pas foutus d’utiliser les ressources originales et révolutionnaires de la ludification numérique pour motiver les élèves.
Point numéro 3 : Les difficultés scolaires des élèves dans les établissements ZEP ou moyens et le niveau des élèves des bons établissements publics et privés
Le monde d’avant :
« Les élèves ». Entité abstraite aussi absurde que « les français ».
Il existe des établissements privés sous contrat ou d’autres publics mais assez prestigieux dans les grandes métropoles qui virent des élèves quand ces derniers ont 12-13 de moyenne. Il existe des établissements ZEP qui encouragent voire félicitent pour moins que ça. A partir de là, comment ne pas penser que le contrôle continu donne une vision complètement erronée d’un niveau d’élève. Un 12 à Janson De Sailly à Paris ou un 12 à Joliot Curie à Nanterre, c’est bel et bien le même chiffre. Pourtant, entre les deux, il y a l’élitisme délirant qui fait face à la démagogie la plus sale.
Dans les établissements ZEP, on demande aux profs, comme partout, de rendre des comptes sans en demander réellement aux élèves. Des professeurs sont passés maitres dans l’art de la survalorisation pour s’acheter la paix et des conditions d’exercice plus sereines et en accusent d’autres de saboter des élèves au prétexte qu’ils mettent de trop mauvaises notes. Pourtant, les mensonges démagogiques creusent les écarts déjà béants entre les différents profils socio-culturels des élèves en rendant les bons encore meilleurs et les moins bons encore plus mauvais. Or, laisser l’exigence et la rigueur, valeurs de réacs comme chacun sait, aux bons milieux sociaux, c’est lâche et in fine très éloigné d’une mission de service public.
En outre, le niveau réel d’une majorité d’élèves moyens ou en difficulté contraste vivement avec les attentes d’un programme toujours pensé pour cette minorité de bons élèves. Pourtant, malgré ces disparités criantes, le programme est identique d’un établissement à un autre.
Dans une telle situation, la surnotation a toute sa place. Et elle a le vent en poupe, la bougresse !
Mais cette falsification des notes ne suffit pas à masquer un niveau parfois dramatique dans les établissements qui agrègent des difficultés sociales et scolaires. Des élèves de 16 ans semblent déchiffrer quand ils lisent. Les textes écrits dans une langue autre que celle du 21ème siècle sont perçus comme écrits dans une langue étrangère et donnent lieu à des silences abattus. Ces textes incarnent de cruels miroirs tendus dans lesquels toutes les difficultés scolaires accumulées prennent forme. La transmission des bases méthodologiques pour affronter les épreuves du bac se heurte parfois à des murs d’incompréhension en dépit de la répétition qui fait partie du métier de prof. Les questions sur l’utilité de la connaissance et de la méthode pour être dans les clous d’un examen « à quoi ça sert de structurer, à quoi ça sert de savoir tout ça, à quoi ça sert de lire et d’argumenter, d’analyser, de développer etc » se posent encore au lycée général.
Le nombre d’orientation par défaut augmente vu que le bac pro est devenu très sélectif et que les places sont chères. De plus, face aux difficultés rencontrées par beaucoup d’élèves, la charge de travail demandée est réduite et ce travail est parfois démesurément mâché par le corps enseignant consciencieux dans le but de faire réussir ses élèves. A ce sujet, je suis très circonspecte à l’égard des « modules de soutien gratuits » qui seront mis en place pendant les vacances d’été pour aider les élèves le plus en difficulté. Comment mobiliser pendant le temps sacré des grandes vacances des élèves qui n’ont jamais su car il n’ont jamais pu travailler correctement. Comment des élèves reproduisant année après année le même scénario des efforts trop irréguliers les inscriraient soudainement dans la durée ?
Dans le même temps, ça bosse dur dans les établissements dans la normale supérieure ! Sans forcément passer par des cours particuliers d’ailleurs. Ça bosse car depuis le primaire, l’environnement familial assure un suivi régulier de la « chose scolaire » et s’assure que les fondements sont bien cimentés.
Et, comble du comble, il n’est pas rare d’appeler des profs de ZEP pour faire passer les oraux du bac français dans de très bons établissements. Forcément, ils sont totalement surpris par un tel niveau et les notes tutoient les cimes. La reproduction sociale est assurée. D’ailleurs, elle n’a même pas besoin du concours du prof habitué à surnoter pour se pérenniser.
A côté, le candidat du lycée moyen ou ZEP qui n’a pas travaillé et ce, depuis des années d’école où, en souffrance, il traine ses lacunes comme un terrible boulet dévalorisant, a des difficultés d’expression, ne connaît aucune notion, il a 6 voire 7 s’il est de bonne volonté. C’est rare de descendre en dessous de 5. Et finalement, un 7/20 c’est bien payé à côté du tueur dont la prestation surpasse le 20/20.
Bref, les exigences des programmes restent inchangées. Les épreuves de français restent nationales. Seuls les critères de notation sont pensés pour éviter les taules et masquer l’inégalitaire système scolaire français.
En BTS, c’est guère mieux. L’épreuve de culture générale demande des capacités de raisonnement loin d’être évidentes et c’est la même depuis 30 ans. Entre temps, le recrutement des élèves a changé. Plutôt que d’adapter l’épreuve aux nouveaux profils d’étudiants, on préfère réduire les critères de notation pour éviter des cartons. Ne pas descendre en dessous de 7-8/20 sauf dans le cas de copies résiduelles quasi vides. Un 8 coef 2 est largement rattrapable. Pourtant, la copie cumule une expression extrêmement fautive, une compréhension souvent hasardeuse des documents, une mauvaise utilisation de la méthode, pas encore acquise au bout d’un cycle de deux ans d’étude, des arguments creux voire des contre-sens.
Le monde d’après :
Je suggère d’assumer la surnotation et la démagogie. Ainsi, on ne se voilera plus la face.
Les statistiques seront bonnes pour quasiment tous les élèves d’un établissement ZEP et les 10% de bons élèves de ces mêmes établissements seront également gagnants puisqu’ils verront eux aussi augmenter leurs notes. Parmi ces 10%, 2% accèderont à des grandes écoles ou à des prépas et deviendront la preuve que non, le niveau ne baisse pas et que oui, grâce au travail d’équipe des profs Apple, on peut parvenir à faire réussir des élèves issus de milieux défavorisés.
Les congratulations, les quelques likes, RT ou nombres de vues sur les réseaux sociaux suffiront à étouffer les voix dissonantes, sortes de visiteurs occidentaux dénonçant après coup, la propagande d’un kolkhoze soviétique qui a pourtant montré que tout allait pour le mieux.
Enfin, on pourra institutionnaliser la pratique du quizz interactif et les projets déconnectés des attentes du bac. On forme des citoyens et pas des machines à examen !
On ne descendra plus en dessous de 9/20.
On « cultivera une attitude d’apprentissage serein ».
Ruffinade : fait de robinsonner dans une réalité sociale sordide que l’on voudrait transformer en lumière chargée d’espoir !
Je n’ai plus le temps d’écrire pour mon plaisir, écrire dans le don des mots, la gratuité conviviale et le partage de mon temps suspendu. Pourtant, l’écriture transpose le fond des tripes et le profond de l’âme. Ecrire traduit le sublime de l’existence et son côté farcesque, absurdement drôle. Rire quand on écrit est un plaisir solitaire que je revendique. Ecrire peut sauver l’imminent suicidé non épargné par la vie. Pleurer dans l’écriture en train de noircir le blanc de la page vaut parfois mieux qu’une séance de sport ou de psy.
Ecrire sans ces conditions concerne pourtant une production visible assez importante. Mallarmé (dont la poésie m’a souvent peu touchée mais en qui je vois un génie littéraire certain) a dit
« Un grand écrivain se remarque au nombre de pages qu’il ne publie pas ».
Une assertion à rebours de notre époque marquée par une offre vertigineuse, où la moindre entrée dans une librairie place tout humain dans les affres du choix. L’offre pléthorique décourage l’indécis et éloigne l’ogre littéraire soumis à une temporalité stricte. Le nombre de chaines You Tube ou de blogs centrés autour du youtubeur/de la youtubeuse ou du bloggeur/ de la bloggeuse est délirant. Des retours d’expérience, des bla-bla ennuyeux sur soi-même, sa propre vie, des comptes rendus de films, dans le meilleur des cas, de livres. Tout le monde veut écrire. tout le monde veut s’exprimer.
Partage gorgé d’espérance et générosité gratuite OU mise en avant problématique de soi-même et névrose narcissique dangereusement entretenue par la révolution numérique ? (allez, fainéant lecteur, bosse un peu et propose moi une réponse argumentée)
Je vais prendre le temps d’écrire en envoyant un pied de nez au visage du proverbe. Le temps, ce n’est pas toujours de l’argent. Prendre le temps, c’est l’art que maitrisent les gens admirables. Les gens pressés manquent de savoir-vivre. On a parfois envie de leur tendre une pancarte sur laquelle on écrirait « allez, plus vite, vous êtes bientôt arrivés à destination de la mort. » Et puis, de toute façon, ici, c’est un blog qui sème des cellules embryonnaires laissées en friche dans un frigo numérique avant d’aller les introduire dans un espace accueillant et propice à la vie publiée. Un écrit réussira bien à s’accrocher dans cet utérus créatif du monde de l’édition. Ou pas. Le nombre de ratés, de naissances désirées qui ne parviendront jamais au bout ! C’est triste. Mais c’est la loi du hasard. C’est souvent le nom et la célébrité de ce nom qui permet la vie d’une publication.
Repenser à Mallarmé minore cet échec.
Je voulais écrire depuis longtemps sur des tas de sujets essentiellement personnels : mon accouchement, ma vie de parent, ma vie de femme de presque quarante ans.
*mauvaise idée* me dit mon Moi raisonnable.
Et puis, écrire sur soi, comme je le disais précédemment, n’a de sens que si la portée universelle est solidement évidente et apporte un angle neuf sur une situation. J’imagine que chaque personne qui écrit sur soi pense être unique à écrire sur soi sous tel ou tel aspect. Pourtant, objectivement, le déjà vu non digéré ou recraché peut être déprimant, désolant. Pathétique. D’autant plus quand il se vend. Et il se vend souvent. J’abhorre les livres insipides ou les mauvaises productions qui se vendent bien mais ont le génie de coller à l’air du temps. C’est valable pour toute œuvre artistique ou culturelle. Jalousie ? Plutôt un profond sentiment de tristesse qui m’éloigne un peu plus de mes semblables. La médiocrité et d’autant plus la médiocrité qu’on fait passer pour de l’exception qualitative, est très angoissante quand on voit se dessiner, à travers cette production culturelle « bankable », des tendances qui caractérisent une société à un moment donné. Attraction vers le bas, croire au succès en corrélation avec la qualité. Des likes pour déterminer une valeur, penser dans les cadres et les normes, donner à lire et à voir ce qui engendrera l’engouement de l’intelligentsia.
Je vais écrire trois mots sur le film de Ruffin. Parce que je vais pouvoir exprimer mon idéologie, ma perception du monde. Ecrire sur « J’veux du soleil », c’est écrire sur un modèle de société qui me débecte. C’est écrire sur l’humain, celui qui sacrifie et celui qui est piétiné.
Mais, je promets au lecteur un billet de blog plus léger, moins politique, moins polémique (quoique…), sur l’expérience de l’accouchement. Je le veux drôle et émouvant. Extérieur à ma petite personne. Je veux qu’une expérience unique et intime puisse toucher et faire rire n’importe qui tout en évitant la dimension ego trip. (pas gagné)
Le film de Ruffin donc.
Je l’ai vu le 21 avril et on est le 8 juillet.
Deux mois et demi plus tard, une image reste : face à la mer, l’homme. Et la femme. L’humain. Face à un horizon indépassable matérialisé par une ligne de démarcation entre le ciel et la mer, face à ce cercle qui ceint le regard de l’observateur en l’aidant à se sentir libre, il y a la vie de tous les jours avec ses chaines qui enferment et enserrent les gens déjà sacrifiés. Et ils sont nombreux !
Quiconque ne vit pas dans sa tour d’ivoire sait à quel point beaucoup de salariés vivent dans la galère. Survivent. On sait à quel point des gens ont du mal à joindre un bout au bout qui leur manque.
L’addition de témoignages, tous aussi révoltants les uns que les autres, forme « j’veux du soleil » et pour ma part, il en ressort trois points :
- les gens qui n’ont pas fait d’études veulent lutter contre ceux qui les croient bêtes. Ils veulent retrouver une dignité perdue et affirmer leur lucidité et leur intelligence quand le pouvoir ou l’élite veut les berner. Ainsi, et ce n’est que mon avis, tant que le pouvoir ou l’élite considèrera que « le bas peuple » reste inoffensif devant toutes sortes de bêtises télévisuelles, cinématographiques ou bouses du web, tant qu’il fera passer ses mesures au détriment de l’intérêt général, de l’intérêt des salariés précarisés, il donnera des ailes aux élans populistes les plus vils.
- L’humanisme est de plus en plus rare chez les puissants. Ou alors, il sert de vitrine et de bonne conscience aux stupides célébrités, accrochées à leurs prérogatives de nouvelle aristocratie comme une lente à un cheveu. Chez les intermédiaires pas connus, il est déjà plus répandu. L’épisode du maire renvoie dans les cordes les caricatures du méchant que l’on retrouve dans une certaine imagerie de la gauche : le maire interrogé est un ex banquier. Il semble gêné d’avouer son ancien métier au regard de son combat contre la misère. Pourtant, ce monsieur l’affirme : on peut être banquier et rester humain. Ainsi, les manifestations révoltantes de la misère touchent notre humanité par delà droite et gauche. Et aujourd’hui, il semble bien périlleux de deviner la couleur politique d’un élu à travers ses réponses politiques concrètes mises en place pour endiguer ce malheureux phénomène. Bon, il me semble que le maire était de gauche mais il était quand même banquier ! Bon, pas chez Rothschild, certes !
- Les héros du quotidien, les promouvables à la légion d’honneur, les gens qui gagneraient à être connus, les vecteurs de leçons de vie, ce sont les anonymes. C’est Marcel. Ce visage marqué mais dénué de glamour. Le film veut redonner la beauté à ceux qu’on ne voit pas, qu’on ne voit plus ou qu’on n’a jamais vu. Les invisibles de la République. Ceux qui ne vendent pas de rêve, pas de jolies phrases pourtant vides et ineptes, pas de belles histoires individuelles assorties d’images imprimées sur le papier glacé des magazines dont les propriétaires font fortune avec le récit de la réussite individuelle, la réussite qui s’exhibe dans la débauche du luxe et de l’inconséquente désinvolture. Une façon de mettre en scène leur propre parcours. Ou pas. Certains grands patrons se sont juste donnés la peine de naitre !
Bref, c’est la honte qui doit changer de camp.
Les deux camps sont les anonymes pas très bandants, sans argent et sans trop de culture ET les puissants riches voire ultra riches, véritables réservoirs de fantasmes et de désirs, ceux qui ont tout : la beauté photogénique, le porte monnaie très rempli, la culture et la maitrise des mots.
Les gens piétinés qui pourtant travaillent, mangent grâce à des associations, ne partent jamais en vacances, vivent dans des logements moches qu’ils ont pourtant du mal à payer, ne payent rien à leurs gosses, ne se payent rien à eux.
Ces gens n’ont pas à baisser les yeux !
La honte, elle doit saper le moral de ceux qui ont rendu possible la précarisation des salariés. Ceux qui cautionnent, laissent faire, applaudissent un système qui survalorise ce qui devrait être méprisé dans un monde de valeurs non dévoyées.
La honte, c’est celle de ces entreprises qui licencient sans explication après avoir bénéficié d’aides de l’Etat.
La honte, c’est celle de ceux qui considèrent qu’il est normal qu’un métier d’utilité sociale (AVS, aide soignante…) soit mal rémunéré.
La honte, c’est celle des politiques qui ont accepté un système économique qui déclasse une majorité de salariés au profit d’une minorité.
La honte, c’est celle de ceux qui toucheront un cachet indécent pour interpréter la vie d’un précaire dans un film qui sera applaudi par la critique cannoise (ou autre) et donnera l’impression à la gauche caviar culturelle qu’elle combat « le système dans une démarche artistique engagée ».
Puisse un monde où le luxe serait l’anonymat et où la misère caractériserait la vie des nouveaux riches, être possible.
Pour autant, une société sans classes est inhumaine. Le communisme n’a rien d’idéal.
Puisse un monde où les facteurs d’enrichissement de la nouvelle aristocratie souvent indécente et stratosphérique de vulgarité (géants du numérique, tout le gotha de l’industrie de l’infotainment et entertainment, stars comprises, grands patrons de marque de luxe et propriétaires des médias, géants de la grande distribution (alimentaire, vestimentaire)), se casser un peu la gueule pour retrouver le sens de la mesure et des proportions. Nous devons retrouver du sens dans un monde de plus en plus absurde.
Puisse un monde où les anonymes du film de Ruffin et Perret pourraient vivre décemment du fruit de leur travail, devenir possible.
Tout est à déconstruire. Je n’ai pas dit détruire !
Repousser la mort, la fuir, se faire transparent, comme à l’école, pour ne pas qu’elle vienne nous interroger en nous demandant de la suivre au tableau de l’au-delà.
Quitter sa zone d’inconfort inhérent à notre condition humaine. Celle-là même consistant à mourir comme inéluctable issue sans savoir quand.
« Je vais mourir mais quand ? » telle est l’implacable proposition commune à l’être vivant apte à penser.
Refouler la peur de mourir à tout prix. Ne plus être ramené chaque jour à cette angoisse constitutive de toute existence humaine.
Trouver un moyen de la repousser, de la refouler en nous distrayant d’elle.
Geoffroy et Marie ont trouvé la solution. Ils ont investi leur bonne éducation et leurs études à 40k euros par an dans la vacuité d’un job inutile mais extrêmement bien rémunéré.
Geoffroy et Marie ont converti leurs angoisses existentielles dans la réussite matérielle qui porte actuellement le masque du triomphe social.
C’est la vie rêvée des gens qui se noient dans le travail d’inutilité sociale pour oublier qu’ils vont mourir aussi, un jour.
C’est le bonheur que l’on ne s’abaisse plus à montrer mais, tels des scientifiques besogneux et obsessionnels, à démontrer via les tentacules d’applications qui s’enroulent autour de nos misérables vies.
C’est le non-sens déguisé en victoire.
C’est l’absurdité détournée en revanche sur la vie.
Geoffroy et Marie ont peur de vivre. Vivre contient en substance sa propre finalité. Vivre n’a pas d’autre finalité que de mourir.
Geoffroy et Marie ont peur de vivre. Alors, ils ont décidé de ne vivre que pour ce qui n’est pas humain. Ils ont décidé de vivre pour le dieu immatériel du matériel.
Geoffroy et Marie trompent la vie et son lot d’imprévus, de dérèglements, de déraillements, de bugs, de ruptures, de petites morts et de morts quotidiens dans le confort sans vie d’une existence financièrement très pourvue donc heureuse.
Le bonheur matériel est hermétique à la vie et à la mort. On le jette, on le renouvelle, on le remplace. Jamais on ne le pleure ou on ne le regrette. Jamais on ne le soigne en serrant dans sa main chaude la chair et le sang de l’humain malade, à tout moment prêt à mourir, pourrir et devenir poussière d’os. Les objets n’ont pas de cimetières. Encore moins de rites funéraires qui les aident à rejoindre leur dieu.
Les objets et les biens matériels qu’on achète nous soulagent de l’imprévisible humanité et des lois du vivant.
Pourtant, Geoffroy et Marie aimeraient parfois vivre en acceptant tous ses degrés de dangerosité. Ils se surprennent parfois à vouloir vivre même si mourir leur est toujours inacceptable.
Il était une fois une naissance : un cri jailli au milieu d’une salle d’hôpital, à proximité des cuisses d’une femme. D’aucuns racontent que certains nouveaux nés ne pleurent pas mais rient. C’est à dire que des gens nous font croire qu’après avoir flotté dans une fabuleuse apesanteur qu’aucune drogue ne parviendra à imiter, qu’après avoir été compressé ou compressée (fuck l’écriture inclusive) par l’étroitesse de la sortie A09 vaginale, toi, nouveau-né, tu ris alors que tu as froid, que tu as un mal de crâne comparable à celui d’un lendemain de fête en terres bretonnes et que tu es tripoté, tripotée dans tous les sens passant de bras en bras avant qu’on daigne te filer à bouffer pour enfin peut-être pouvoir te permettre de te remettre de tes premières émotions.
Je n’ai aucun souvenir de ma naissance. Pourtant quelqu’un m’a dit que je n’ai pas ri en sortant. J’avais juste la peau un peu brunie.
Quelques mois qui suivent ma naissance, un jour d’été, sur la plage ensoleillée, au milieu des vacanciers abandonnés … à leur paresse, une apparition.
Une femme.
Normalement belle, normalement grande, normalement ronde, normalement équipée en derrière et matériels mammaires. Normalement habillée. Ni trop ni trop peu. La femme lambda. Une femme pourtant exceptionnelle :
****MA FEE MARRAINE****
Visible uniquement par moi et seulement moi !
Elle s’approche.
« Hey ! »
Je réponds « Hey »
Elle me dit :
« Tu vas bien écouter mes prescriptions et tu vas l’imprimer dans ton petit cervelet d’homo sapiens. »
Je dis : « Vazy, je suis tout ouïe (c’était avant que je devienne twitta) »
**** Tout cela par la force de la puissance 4 de la supériorité hégémonique de notre mental interconnecté. Sans bouger nos lèvres. Sans parler, donc. J’ai quelques mois, elle a l’éternité. Je ressemble à un bébé lambda, elle ressemble à une femme lambda. Nous sommes des êtres lambdas. Des êtres discrets ****
« Attends, j’ai la dalle ! Je mange si mal depuis quelques jours que mon médecin m’a dit que j’étais une dame qui manquait de fer !» me lance ma fée marraine.
Je lui montre mon petit pot.
« Sers-toi ! Purée « Epinards, céréales complètes ». Moi, j’ai aussi le nib de ma mère. C’est bien meilleur que cette merde verte ! (J’avais quelques mois de vie ex utéro et déjà un sacré appétit pour les vraies bonnes nourritures terrestres.)
Tu peux même finir. De toute façon, mes vieux sont si décalqués à cause de moi qu’ils verront pas que le pot a été mangé. Regarde, ils somnolent !»
Ma fée marraine engloutit le pot de purée, prend une grande inspiration ayurvédique, se met en position du chien et clame, elle qui a la chance de ne pas clamser :
« Il ne t’a pas échappé que tu n’avais pas de petit tuyau entre les jambes. Tu es donc une fille, ce n’est pas grave mais être une fille implique un lot d’emmerdes que je te propose de contourner grâce à ma technique mise au point l’an dernier après mon voyage en absurdie en tant que femme des années 80, doublement diplômée de sciences féériques spécialisées dans la princesse aka la fille. »
Je la regarde de mon air de bébé dubitatif. Je regarde mon entrejambe, soulève mon petit maillot et aperçois une fente. Ah ben oui, je n’ai pas « le fameux tuyau ».
« Et alors ? Je n’ai pas « le fameux tuyau ». Et alors ? C’est quoi la différence ?»
Elle me dit : « Oula ! » et retrousse ses deux lèvres – du haut – comme pour traduire le doute en elle s’immiscer.
Je dis : « Le but du jeu dans la vie est d’en trouver un et de se le coller à l’endroit de ma fente ?»
Sans le savoir, j’avais verbalisé avec mon cervelet de bébé de quelques mois en pleine interconnexion avec sa fée marraine, le complexe freudien de la castration.
Elle dit : « Pas exactement ! Ce « fameux tuyau » est une sorte de sésame dans la société dominée par le patriarcat, c’est à dire – je te la fais courte … l’explication, pas la longueur du tuyau – ***Elle rit*** la croyance en la prééminence de l’homme porteur du tuyau au détriment des femmes qui ne portent qu’une fente en forme d’anneau ce qui les condamnent à la subordination et au droit d’être oppressées. Des fentes en forme d’anneau pour les emmerder tous. Non parce que bon, c’est comme TINA. On a fait croire aux femmes qu’elles étaient des sous-hommes et que c’était comme ça, qu’il n’y avait pas d’alternative alors qu’elles possèdent la faculté de mettre la vie au monde et qu’elles sont foutues pareilles que les hommes au niveau des organes vitaux, tuyau mis à part.»
Je la regarde de mon air de bébé très dubitatif.
« TINA ? C’est qui ? Mettre la vie au monde ? TU VEUX DIRE QUE JE SUIS PAS NEE DANS UNE ROSE ??!!??!! Un ridicule tuyau qui donne le droit de gagner plus, dominer plus, harceler plus, être porc +++ et se faire balancer plus ?»
Elle me regarde avec ses yeux protecteurs de louve perçante.
« Voilà ! En gros, c’est ça. TINA c’est l’acronyme de « There Is No Alternative » et oublie ce que je t’ai dit, on causera économie et finances un autre jour. Aujourd’hui, c’est le 8 Août 1980 soit cinq mois après la journée des droits des femmes qu’on n’a pas encore inventée mais que je devine grâce à mes capacités de fée marraine consistant, entre autres, à sauter dans les flaques des espace-temps divers et multi-vers et il est urgent que je te lise mes tablettes, fruit d’un travail acharné de recherche en femmes. Mais avant, je vais faire un plouf ! Il fait une chaleur à crever ici. Le fait d’être immortelle ne change rien à l’impression ****Elle rit**** »
Je l’observe s’éloigner. Elle se met à marcher sur l’eau comme une patineuse glissant sur la glace. Elle revient et ne semble plus rouge écarlate. Bizarre, elle ne s’est même pas trempée. Les fées marraines sont parfois un peu originales.
Rafraichie, elle claque des dents et fait apparaître des tablettes en chocolat greffées sur le corps d’hommes, porteurs d’un gros tuyau. Ces choses là ne m’intéressent pas encore. Je me fiche du gros tuyau comprimé dans un moule-tuyau, un maillot hermaphrodite en somme !
« Je te présente mes tablettes de chocolat » Elle les caresse avec douceur et sensualité en signe d’appartenance.
« Elles m’accompagnent partout où je vais quand je dispense mes leçons à mes filleules, comme toi. Pour les porter, j’ai réquisitionné quelques supports vivants en forme d’homme. Là, j’ai éteint leurs fonctions cérébrale, cognitive et langagière. J’ai même éteint la zone musculaire érectile, on ne sait jamais, c’est tellement mécanique qu’on n’est pas à l’abri d’un accident, avec cette chaleur. Je repasserai dans quelques années quand tu entreras dans l’adolescence programmée vers 13-14 ans. Bon, on commence ? »
J’acquiesce en considérant mon dauphin en peluche autrement plus joli que ce support de tablettes de chocolat qui ressemble à mon père !
Et oui, j’étais encore trop jeune pour la phase oedipienne !
Elle se racle la gorge qu’elle a profonde et montre le premier commandement sur la première tablette :
« Femme, tu jouiras librement sans te demander si tu es une fille facile, une fille difficile, une fille docile, une fille irascible. Pour cela … »
Elle vire la première tablette pour laisser la place à la deuxième
« Tu n’accorderas pas une valeur démesurément idiote à ta virginité MAIS tu tâcheras de trouver des partenaires à la hauteur de ta liberté et de ton esprit avant-gardiste par delà la morale pour qu’ils soient sur la même longueur d’ondes gravitationnelles que toi. Vous bougerez vos corps dans un espace comme des êtres qui se nourrissent simplement pour rassasier leurs besoins naturels. Par conséquent, »
Elle fait apparaître la troisième tablette à mesure que la précédente sort de scène par une révérence.
« …Tu considèreras le corps comme un élément indispensable au bon fonctionnement de ton esprit, de ton âme et tu essaieras de ne pas être trop désespérée par les gens qui ont un problème de corps. Fuis-les ! Essaye de satisfaire tes besoins corporels avec des êtres humains comme toi, des râblés ou Rabelais ! Tu verras, il y a plein d’hommes qui n’ont pas peur de la jouissance des femmes et qui savent la déclencher, la chérir et l’épanouir en la faisant pétiller à répétition. Bien sûr, tu te tromperas parfois. Mais, de mauvaises expériences ne font pas loi ! Ainsi, »
Et hop, la quatrième tablette surgit.
« … Tu seras le sujet de ta propre vie et jamais l’objet de la vie d’autrui. N’écoute pas d’une oreille trop littérale, les propos un peu cassés des femmes qui livrent un constat déprimant sur les rapports femme-homme. Je répète : Tu dois reconnaître les tiens, femmes et hommes. Si tu aimes les hommes, tu dois fuir ceux qui ne comprennent pas un mot de mes tablettes ! D’aucuns disent qu’ils sont majoritaires et qu’un homme sur trois est un prédateur sexuel. Ne te préoccupe pas de statistiques : flaire les bons éléments et reste indifférente aux autres. Donc, »
Et la valse manuelle n’en finit pas de faire virevolter les tablettes. La sixième au sens plus compliqué et nuancé. On entre dans la dialectique !
« … Affirme ton corps. N’aie pas honte de jouir avec lui (voir tablette numéro 1) ni de pouvoir porter la vie même si ceux qui ne comprennent rien à mes tablettes réduisent la femme à cette fonction matricielle. Pour autant, méfie-toi de l’utilisation politique de ton corps. Méfie-toi de l’instrumentalisation du corps féminin comme objet de désir même si tu as l’impression d’en être maitre et d’exercer un pouvoir de domination sur les hommes grâce à ton corps. C’est à dire, reste à l’écart de la sur représentation du corps féminin sexualisé dans l’espace public comme un moyen supposé d’affirmer ta féminité. C’est une façon perverse et donc détournée de maintenir la toute-puissance masculine. Ainsi, »
Et le septième commandement, le plus court :
« Fuis le dogme religieux ! Parce que … »
Et le huitième commandement
« …Tu es un individu avant d’être une femme. Ne te laisse donc pas enfermer dans une case de mère ou de putain comme la religion le fait. Tu dois ainsi gagner ta vie comme un homme et avoir les mêmes droits que lui. Pourtant, »
Le neuvième commandement,
« Tu ne dois pas vouloir imiter les défauts un peu clichés des hommes en oubliant tes envies. Si tu n’as pas envie d’enchainer les relations sexuelles pour augmenter ton tableau de chasse, mets tes mots en accord avec tes actes et reste fidèle à tes envies. Si tu as envie de dire oui le premier soir à un homme qui va te cataloguer dans la case des femmes faciles, soit tu cherches un autre homme, soit tu ne dois pas être affectée par ce que pense cet homme. Lui aussi n’a rien compris à mes tablettes. Un conseil, flaire vraiment les hommes qui n’ont rien compris à mes prescriptions et ne fais rien de sexuel, de corporel ou d’amoureux avec eux. Tu verras, il y a suffisamment d’hommes qui ont tout capté, pour une seule vraie vie de femme libre ! Enfin, »
Et le dixième commandement
« …Ne crois pas les gens qui te disent que l’amour n’existe pas et que les hommes sont des êtres bestiaux qui ne savent pas aimer. Ceux qui ont compris mes tablettes et ont un gros tuyau équilibré et sain de gland et de verge n’attribuent pas la sentimentalité strictement aux femmes.
Je résume : jouis et ne sois pas vertueuse mais ne prostitue pas pour autant ton corps à la merci des autres qui ne comprendront pas ta démarche. Joue-la soft car beaucoup de gens n’ont encore rien compris au corps et ce dernier est encore trop le vecteur de domination masculine. Affirme ton égalité avec les hommes autrement que par ou pas uniquement avec ton corps mais nourris-le autant qu’un homme a besoin de le faire car tu es un être humain comme lui avec les mêmes fonctions vitales.
N’adopte pas les mêmes travers que les hommes qui ne comprennent rien à mes tablettes ce qui veut dire que tu peux être mère, faire parfois la cuisine et le ménage sans être pour autant réduite au rôle ancestral dans lequel on enferme les femmes. Quand un homme fait la cuisine ou passe l’aspirateur, personne ne trouve cela dégradant. Il doit en être de même pour une femme - On cherche l’égalité et non la guerre - Ainsi, ne t’enferme pas non plus dans le rôle de la femme-objet à la merci du désir des hommes. Même si tu as l’illusion de faire avancer la cause des femmes, tu ne fais que pérenniser le vieux système. Choisis tes hommes, choisis ton homme et explore l’infinie liberté des plaisirs corporels sans avoir besoin de caméra ni de plateformes de partage. Baise dans ton coin. Ou si tu as des élans exhibitionnistes, va dans des endroits prévus pour l’expression de ces penchants plutôt que de t’offrir en pâture au tout-venant.
Fais toi confiance !
Méfie-toi des fanfreluches reliées à la définition stéréotypée de ce qui rend une femme sexy tout en les utilisant si tu aimes l’artifice et la mise en scène. Accepte de naviguer dans le paradoxe tout en sachant lire ses écueils. Pour autant, évite de jouer publiquement avec tout ça et même de gagner ta vie avec ton corps érotisé car c’est la meilleure façon de maintenir ce regard masculin fabriqué de toutes pièces par ces représentations culturelles et c’est ainsi que rien ne change quand on pense que tout a changé.
Personne n’a dit que tu devais aimer le rose, le vernis à ongles, les talons aiguilles et la lingerie sexy. Personne n’a dit non plus que tu devais les avoir en horreur. Il semble tout de même qu’on a construit nos envies plus qu’elles ne sont véritablement innées. Retrouve le caractère brut de l’inné.
Sois équilibrée et mesurée dans ta représentation. N’épouse pas les bêtises et les outrances de tes contemporains.
Nourris ton esprit aussi !
Ne sois plus féministe mais humaniste et sors de l’identité qui enferme.»
Au cinquième commandement, je me suis endormie.
Je me réveille sur une plage avec trente-sept ans de plus. On est le 8 mars 2018. Je suis allongée sur une serviette de plage, toute habillée. Je vois la Manche devant moi. La plage d’Etretat. L’aiguille creuse à ma gauche. Arsène ...
Je sens des gargouillis puis des petits coups dans mon ventre, énorme. J’attends un enfant. Un garçon. Je repense à ma fée marraine et ses hommes-tablettes-de-chocolat-commandements. Je me demande si le bébé garçon dans mon ventre bénéficiera des leçons de la même fée marraine ou s’il aura droit à un magicien parrain qui lui apprendra à être un homme avec un tuyau-sésame-ouvre-toi.
Quoiqu’il arrive, j’enverrai un signal à ma fée marraine par voie télépathique en lui demandant de venir faire son petit cours mi-ayurvédique mi-bordélique histoire de proposer une éducation sentimentale à un garçon. Qu’importe s’il s’endort comme moi avant la fin de la démonstration !
30 manières d’utiliser Twitter dans l’épreuve d’un attentat
Quand une ville de la vieille Europe est la cible d’un attentat terroriste, le réseau social Twitter offre une myriade de réactions qu’il est possible de classer pour faire ressortir des invariants.
L’être humain a besoin de s’exprimer et l’en empêcher est irrecevable.
Voici un catalogue non exhaustif des réactions et des contre-réactions sur Twitter où dire équivaut à écrire. Donc à faire connaître son avis ou sentiment.
1/ Dire qu’il ne faut pas s’habituer. Même si nous sommes sans cesse en contact avec la violence réelle ou fictive, c’est mal de s’habituer au terrorisme.
« NE.JAMAIS.S’HABITUER.
J.A.M.A.I.S »
2/ Dire qu’il faut défendre coûte que coûte nos valeurs de tolérance, d’amour et de partage.
Intervenir pour dire qu’il faut cesser d’être hypocrite car ces valeurs n’existent pas à en juger par le traitement ignoble réservé aux réfugiés.
« Nos valeurs de tolérance, d’amour et de partage restent inflexibles face à la menace »
Intervention d’un twittos « Et les réfugiés qu’on traite comme des chiens, c’est pour faire honneur à « nos » valeurs aussi ? #Honteàvous »
3/ Dire qu’il ne faut pas céder à la peur.
« Plus forts que la haine, nous ne cèderons pas à la peur. C’est ce que veulent ces barbares. »
4/ Dire qu’on ne peut plus aller nulle part
« Drôle d’époque. J’avais prévu d’aller là-bas dans un mois. On est en sécurité nulle part. Drôle de monde.»
5/ Dire qu’il ne faut pas en parler autant aux infos car ça galvanise les terroristes qui n’attendant que ça. Sinon, ils arrêteraient et retourneraient à leur vie bien pépère. Intervenir avec un tweet caustique qui se veut drôle.
« Les chaines d’infos en continu nourrissent la bête immonde qui se repait des images de son macabre spectacle. Le terroriste tue en partie à cause des chaines d’info en continu. Les chaines d’info en continu sont responsables du terrorisme » {ça fait plus que 140 caractères là, cela dit}
Intervention d’une twittas « Un tweet enregistré dans le brouillon déclencherait la naissance de 6 pandas roux. #Yparait »
6/ Dire qu’on était dans la ville attaquée il y a une semaine de ça et qu’on n’en revient pas !
« J’étais là-bas la semaine dernière. WHAAAAAAAAAAAAA comment je stresse. {photo perso comme preuve} »
7/ Exprimer sa tristesse et donner des astuces de réconfort : caresser son animal de compagnie, manger une glace au caramel au beurre salé, lire Paris est une fête … Se faire troller. Répondre qu’on n’a pas de coeur
« Immense tristesse. Dans ce monde de brute, le ronron d’un chat peut réconforter. »
ou
« Immense tristesse et pensée pour les victimes. Dans ce monde de brute, faisons des câlins à nos chats tant que nous sommes vivants »
Intervention d’un twittos « C’est ça. Va faire des câlins. Mais putain, eux, ils sont morts. On s’en fout de ta compassion 2.0 à la con. »
Réponse « Disparais de mes mentions avant que je te bloque, hater ! »
Réponse « C’est ça, connasse de féministe à chats qui porte des culottes à la con et se teint les cheveux en bleu. Pute ! »
Intervention d’un tiers « Vous n’avez rien d’autre à faire en ce tragique moment que d’insulter une jeune femme ? »
8/ Relever l’indignité de ceux qui se taisent quand des attentats sont commis en dehors de l’Occident.
« On les entend moins les pleureuses quand le terrorisme touche l’Afrique ou le Moyen-Orient. #Deuxpoidsdeuxmesures #Fatigue »
9/ Dire que le monde est barbare en mode cynique.
« La barbarie est intrinsèque à la nature humaine. Religion ou pas, l’Homme s’entredéchire depuis des millénaires. Et on croit que ça va changer ? Please ! »
10/ Dire que c’est encore la faute des arabes
« Je veux pas dire mais le terroriste, il s’appelle pas Benoit Dupont #jdçjdr »
11/ Dire qu’on aime plus que tout la ville attaquée
« Une immense pensée pour … , ma ville de cœur que je connais par cœur. Tu es belle, même dans la tourmente. »
12/ Dire qu’on est solidaire
« Je suis – la ville attaquée -. Ce soir, nous sommes tous – la ville attaquée – »
13/ Dire que ça ne sert à rien d’allumer des bougies ou d’illuminer la tour Eiffel aux couleurs du pays, victime de terrorisme.
« Toutes les lucioles du monde ne ramèneront pas à la vie les victimes de ces immondes attentats. »
ou
« C’est ça, allez allumer vos bougies de bobo dans votre ville de bobo. #Championsdumonde »
ou
« En tout cas, ça va faire une belle jambe aux victimes que la tour Eiffel s’allume en leur hommage. #Championsdumonde»
ou
« Pfff, vous êtes vraiment pathétiques avec vos bougies compassionnelles. #Championsdumonde»
14/ Dire qu’il est grand temps de prendre la mesure de la menace en adoptant une vraie politique de défense.
Intervenir en prouvant par un tableau de chiffres que tout l’arsenal sécuritaire et toute limitation de la liberté ne sauront prévenir des attentats à la voiture bélier.
« J’invite nos responsables politiques à se réveiller de leur sieste estivale qui dure depuis des années. Qu’attendent-ils pour défendre la nation en danger ? »
« Il faut tripler le budget de la Défense et enfermer tous les gens qui paraissent suspects. »
Intervention d’un twittos : « Cette étude chiffrée en lien montre qu’une surenchère de sécurité et des mesures liberticides ne font pas baisser le terrorisme. »
Réponse « Vieilles lunes gauchistes. Tous les chiffres sont interprétables et manipulables.»
15/ Dire que les terroristes agissent au nom de la religion de l’islam et donc que tout musulman est suspect. Répondre qu’aucune religion n’a vocation à tuer et que le terrorisme est l’œuvre du mal dans laquelle Dieu n’a pas sa place.
« Le terroriste a crié « Allah Akbar » machin là. Et après, on veut nous faire croire que l’islam est une religion de paix ? »
Intervention d’un twittos : « T’es con, raciste ou les deux à la fois ? Ces gens là n’ont rien en commun avec l’islam. Ils salissent l’œuvre de Dieu. »
16/ S’indigner parce que l’identité des terroristes est révélée.
Intervenir pour dire que quand il s’agit des racistes blancs aux Etats-Unis, la pratique du doxxing pose moins de problème de conscience. Surenchérir. Surenchérir. Bloquer. Faire un tweet « connard de facho » d’un côté, « connard de pensée unique » de l’autre.
« Putain mais on s’en fout de comment ils s’appellent !!!! Qu’est-ce que ça apporte de plus ? Stop à la diffusion de leur photo ! »
Intervention d’un twittos « Cx qui veulent taire l’identité des terroristes sont les mêmes qui appellent à pratiquer le doxxing à l’égard des nationalistes blancs US. Bravo ! »
Réponse « Mais ça n’a rien à voir ! »
{long échange argumentatif}
“Connard de facho débilos et inculte”
“Connard de Bien pensant bobo germanopratain”
17/ Vomir son dégoût à l’égard de ceux qui diffusent des photos choquantes de victimes.
« C’est quoi votre problème là vous qui balancez des photos de cadavres encore chauds ? Vous avez besoin d’exister ? Bande d’enfoirés.»
Ou
« Des gens ont filmé et pris des photos de l’attentat et ont tout balancé sur le réseau. Je démissionne de ce monde »
ou
« Toi qui diffuses des photos de l’attentat, t’es qu’un gros connard. »
18/ Citer les vers d’un poème humaniste
« Respirons l’espoir des étoiles
le rayon de nos doigts
pour peindre sur cette toile
la beauté cachée du monde, notre émoi »
19/ Se dire que cela aurait pu être soi. Se faire troller parce qu’ « on n’en a rien à foutre de ta petite personne. »
« Et dire que c’aurait pu être moi :-( »
Intervention d’un twittos « Ouais, c’aurait pu être toi. Sinon, l’ego trip, ça va ou bien ? Mais en fait, on n’en a rien à foutre de ta petite personne »
20/ Changer sa photo profil
« #NouvellePhotoProfil »
21/ Retweeter le tweet d’une personnalité (donc gros compte) retweetée 15k
« <3 »
22/ Retweeter ou « faver » le tweet du président de la République française.
Intervenir pour le féliciter ou lui dire que son programme est pourri.
« Plus que jamais, nous sommes unis …
{Ah non, le président actuel commence toujours par parler de lui}
« Toutes mes pensées et la solidarité de la France pour les victimes de la tragique attaque … Nous sommes unis et déterminés » {je veux pas chipoter mais cette phrase est syntaxiquement gênante, « toutes » est au pluriel et ne peut s’appliquer à « solidarité », mot précédé par le déterminant défini généralisant et non le possessif “ma”. Or, « toute » au singulier n’est pas répété. Bref, moi présidente de la République, je n’aurais pas dit au communiquant de tweeter ça}
Intervention d’un twittos « Merci Monsieur le président ! »
Intervention d’un autre twittos « On t’a pas entendu pour dire que l’autre fou que t’as invité en grandes pompes était un facho. »
Intervention d’un autre twittos « Ouais, nous sommes unis ouais ! Elu grâce au FN et à l’abstention. Rendez-vous le 12 septembre ! #TaLoiOnNenVeutPAs »
23/ Faire sa pub pour son bouquin « contre le totalitarisme islamique ». Répondre qu’on ne fait aucun commentaire.
« Si vous aviez acheté mon livre « contre le totalitarisme islamique » et voté pour Fion, on n’en serait pas là. »
Intervention d’un twittos « Coucou, je fais de la récup’ alors que les victimes sont encore chaudes, je suis, je suis ? UN GROS CONNARD ! »
Intervention d’un twittos « Sérieux ? Mais vous n’avez pas honte ? »
Intervention d’un twittos « Faire de la pub dans pareille circonstance. Sans commentaire. »
24/ Dire que les medias font le jeu du FN en disant que le terroriste est de nationalité marocaine.
« On n’a pas besoin de savoir qu’il est marocain. Et après, on s’étonne que les gens fassent des amalgames et votent FN. »
25/ Dire que les merdias font de la propagande anti fasciste quand il s’agit des suprémacistes américains mais qu’ils versent dans l’angélisme et le social quand on parle de terroristes islamistes
« Pour nos merdias, le terroriste était sans doute un gosse à problème, victime de l’oppression des blancs. Par contre, les nationalistes aux USA, faut tous les brûler vif ! #DeuxPoidsDeuxMesures “
26/ Dire qu’on l’avait bien dit
« J’avais dit y’a deux mois que la prochaine cible serait une ville touristique. Bingo ! »
27/ Dire que la mort d’innocents est triste.
« Quoi de plus triste que l’innocence sacrifiée ? »
28/ Dire « ce qu’on sait » toutes les 15 minutes quand on est un compte de journal
« #Attentat Ce qu’on sait »
29/ Dire que le pays attaqué le mérite car l’Histoire nous apprend qu’il a tué des gens par le passé.
« Juste retour de bâton. Des siècles de colonisation. Faut pas s’étonner. »
30/ Faire le compte des morts par nationalité
« Pas de français, 2 belges, 1 italien … »
Certains points peuvent se combiner.
Exemple : le 8 et le 13 : « Et pour l’attaque de … , la tour Eiffel rendait hommage ? Ah non. #GéométrieVariable »
L’être humain a besoin de s’exprimer et l’en empêcher est irrecevable.
Toutefois, on peut aussi choisir de s’éloigner du réseau social pendant un temps et résister à la tentation de parler à chaud à sa TL dans de tels moments douloureux. #OuPas
Après le chaos, les jours heureux. Au delà des états d'âmes, au delà des convictions, au delà des injonctions, des insultes, des désaccords, les vents de la discorde peuvent disparaitre. L'espoir fait vivre. Dans le monde, dans un pays, dans nos vies. L'espoir fût-il inatteignable gonfle nos voiles quand un constat juste mais désenchanté les noie dans une mer d'amertume. Ce n'est pas dans le fiel qu'un duel se gagne. Ce n'est ni dans l'intransigeance qui dit non. Même si elle a raison. Il y a des idées à barrer. Des idées à jeter, non pas sur le papier mais dans une poubelle. Il ne sera pas dit que c'est un oui. Il sera dit que c'est un contre. Après le chaos, les jours heureux. Espérons. Je barre Tu barres Elle/il/on barre Nous barrons Vous barrez Elles/ils barrent. Ne pas barrer n'est pas plus accepter que fuir. Pas de leçons d'école. Pourtant, les jours heureux sont compromis quand le chaos les saisit. Alors, je barrerai des infamies et des dangers à défaut de raturer le nom microscopique qui sera mis dans l'urne. Triste mot.
- Grace, 20 ans, habite à Bordeaux et étudie l’infographie dans une école privée tout en faisant des petits boulots pour aider ses parents à payer ses études. Elle votera Poutou. A 50 ans, elle votera pour la vraie gauche qui veut gouverner OU s’abstiendra mais fera des campagnes publicitaires « stop l’extrême-droite » pour des magazines de mode. Parents agriculteurs dans le Gers. Mère d’origine espagnole catholique. Père français de souche athée. Hétérosexuelle célibataire athée en passe de devenir déiste. Enceinte, se demande si elle va garder l’enfant. N’est plus avec le garçon géniteur.
- Amna, 24 ans, habite à Clichy dans le 92 et étudie le droit international à l’université de Nanterre. Elle s’abstiendra. A 50 ans, elle votera pour le parti qu’elle aura elle-même crée. Empowerment ! Père menuisier, mère, fonctionnaire dans une crèche. Parents d’origine marocaine de confession musulmane. Elève assez brillante qui a été scolarisée dans un lycée ZEP qui est en train de sortir de ce dispositif d’éducation prioritaire. Hétérosexuelle célibataire musulmane pratiquante. Sans enfants.
- Nathalie, 58 ans, habite à Avignon. Elle est infirmière et votera Marine Le Pen. A 60 ans, elle votera encore Marine Le Pen. Père cévenol ouvrier et mère immigrée italienne catholique, caissière. Tous les deux décédés. Hétérosexuelle mariée à un infirmier et athée. Trois enfants.
- Caroline, 41 ans, habite à Lyon. En reconversion professionnelle. De la stratégie commercialo-financière à la musicothérapie. Elle votera Fillon. A 50 ans, elle pourra voter au centre si sa reconversion professionnelle a été concluante. Père ancien militaire et mère au foyer. Français de souche et catholiques. Hétérosexuelle et mariée à un cadre sup dans la finance. Catholique pratiquante. Sans enfant.
- Yaëlle, 37 ans, habite à Paris 14ème. Elle est professeur des écoles. Elle votera Mélenchon. A 50 ans, elle s’abstiendra. Père cadre supérieur dans le privé (les assurances) et mère secrétaire médicale. Grands-parents juifs pieds noirs d’Algérie. Homosexuelle et pacsée avec une ingénieure du son. Juive non pratiquante. Un enfant d’une précédente union avec un homme.
- Nasilla, 43 ans, habite à Paris 20ème. Elle est chargée de communication dans la culture. Elle est hésitante mais par dessus tout, elle déteste le militantisme qui gangrène toute élection. A 50 ans, elle votera pour la gauche qui ne se déchire pas et sait accepter « toutes nos différences ». Père ancien médecin et mère, ancienne psychologue, d’origine iranienne. Hétérosexuelle divorcée. En concubinage. Musulmane non pratiquante. Deux enfants.
- Gladys, 30 ans. Habite à Paris 3ème. Musicienne et membre active du comité visible de destruction oisive. Elle votera blanc. Anarchiste désespérée par le simulacre de démocratie qui entache la politique. A 50 ans, elle votera pour le parti d’extrême-gauche que son comité et elle-même auront fondé. « Soyons ingouvernables » … Sauf par nous-mêmes. Parents britanniques. Père d’origine irlandaise, appartenant à une famille aristocratique ruinée, qui a vécu chichement de son écriture et a côtoyé des gens très cultivés et très connus. Gladys n’a pas vraiment connu son père, mort prématurément. Mère qui a élevé seule ses enfants après la mort du père de ses enfants. Elle est partie habiter en France et est devenue prof de musique. Hétérosexuelle célibataire et intéressée par les spiritualités indiennes et asiatiques. Un enfant.
- Marion, 34 ans, habite à Lille. Elle est agrégée d’économie reconvertie dans le journalisme et enseigne aussi à l’ESJ. Elle votera Hamon. A 50 ans, elle votera au centre gauche si le PS n’existe plus. Grands-Parents d’origine polonaise, italienne et française. Père professeur à l’université et mère prof de français en collège. En concubinage avec un médecin. Catholique non pratiquante. Deux enfants.
- Clarisse, 27 ans, habite à Montpellier et est web data strategic analyst marketing pour une marque de cosmétique. Va bientôt habiter à Paris pour travailler dans le groupe Krys aux études data marketing et pub. Fat poste en vue. Elle aimerait bien un jour travailler à la radio ou à la télé. Elle va voter Macron. Grands-Parents qui habitent au Burkina. Père travaillant à la radio comme chargé d’études, bientôt à la retraite. Mère décédée. Hétérosexuelle flexible. Catholique non pratiquante. Sans enfants.
8 femmes occupent les deux carrés d’un TGV en direction de Bruxelles. On ignore ce que chacune d’elle va y faire : prétexter un déplacement de travail pour rejoindre un amant en secret, se faire avorter, aller visiter une ville seule sur un coup de tête, rendre visite à des amis belges, rendre visite à un de ses enfants qui étudie à Bruxelles, entreprendre un protocole de PMA en Belgique, rejoindre son compagnon et ses enfants déjà en vacances avant de tous filer à Amsterdam pour un séjour touristique …
Plan du train :
Gladys, 30 ans, s’abstiendra. Elle n’a pas de billet car elle a décidé d’être ingouvernable et de vivre dans l’illégalité. ANARCHAYYYY, faudrait faire sauter les trains tiens ! Elle est assise par terre dans le couloir qui relie deux compartiments. De là où elle est, elle peut observer un des deux carrés. Mais elle s’en fiche. Les gens ne l’intéressent pas. Seule elle-même et ses idées valent vraiment la peine.
Sherlomes hock, détective, est assis derrière un des carrés. Il lit un roman policier qui s’appelle 8 femmes. Soudain, il s’arrête et se dit en lui-même. « 8 femmes assassinées, le 8 couché mathématique … comme les femmes savent le faire et c’est comme l’infini … à la portée des caniches. » Il rit ! Il reprend « Mais, je compte pourtant 9 femmes assassinées. Erreur involontaire ou délibérée du narrateur ? J’ai une demi-molle.»
Caroline lit Madame Figaro d’un air concentré. Elle a aussi apporté un livre pour le voyage « La musique ou l’art de soigner ». Clarisse pianote sur son Iphone 15 tout en clignant des yeux pour allumer son Mac Little Book SpaceAir, son MLBSA donc. Elle décroche un appel sur son troisième téléphone et parle à gorge déployée. « Oui, bien sûr, je vous envoie ça. C’est moi qui vous remercie monsieur ». Elle sourit de ses 153 dents de requin. Grace regarde vaguement par la fenêtre, les yeux perdus dans son dilemme. Elle a oublié son livre mais a eu le temps d’acheter les Inrocks. Nathalie fait des mots fléchés dans Maxi et compte bien reprendre la lecture de son bouquin « Les oiseaux blancs vont tous au paradis » de François Masso.
Yaëlle écoute de la musique tout en corrigeant les évaluations de ses CM1. Une fiche de pastilles rouge, orange et jaune jonche la petite tablette rabattue sur laquelle elle travaille. C’est pas pratique ! La prochaine fois, elle prendra un billet en première et une place seule. On est pas à 15 euros près quand même ! Amna converse sur Facebook avant de continuer la lecture d’un livre qu’un des membres du collectif auquel elle milite lui a conseillé « La France m’a tuer. Autopsie d’une République en lambeaux » Nasilla lit Elle. Elle a aussi apporté le dernier prix littéraire de la rédaction Lifestyle sur les conseils d’une de ses amies qui y travaille. On y raconte l’histoire d’un couple à la dérive, entre satisfaction d’une vie parfaite et frustration d’un désir inassouvi au milieu d’un environnement où les tentations sont légions et les envies d’évasion viennent égayer un quotidien confortable guetté par l’ennui rassurant. Cette quatrième de couverture met l’eau à la bouche de Nasilla. Dans la langue des éditeurs de ce genre de livre, un couple, ça signifie un homme et une femme. Marion lit le nouveau Goncourt. Une pile de journaux trône sur la tablette rabattue. L’éventail de ses lectures est large, allant du Monde à La Croix en passant par le Figaro, Libé, Les Echos, Marianne, l’Obs, les Inrocks et Challenges. Elle a un cours à préparer pour ses étudiants en journalisme. Elle a valeurs actuelles dans son sac mais n’ose pas le sortir dans cet endroit à la merci des regards et des jugements. On pourrait penser que sa lecture pourtant strictement professionnelle émanerait d’un choix idéologique personnel. Quelle honte ! Elle est de gauche (morale) !
Gladys, toujours dans le couloir de transition, lit le recueil de poésie d’un ami de son père.
Nathalie lève les yeux pour chercher « matériel nautique » en 5 lettres. Elle voit Amna et rage en elle-même contre cet invasion des voiles islamisto-fondamentalistes dans l’espace public car cela fait le jeu du terrorisme musulmano-Daechien. Elle est fière de voter Le Pen. Et puis, elle n’a toujours pas digéré le racket du fils de sa voisine par une bande de racailles à Avignon, défigurée depuis des années par les immigrés étrangers et surtout maghrébins. Et puis, la complaisance des profs est inadmissible. Ils ont préféré mettre 15 à une étudiante arabe dont les parents savent à peine écrire le français plutôt que la moyenne à sa fille, 25 ans et multi redoublante, qui, du coup, n’a pas obtenu son BTS MUC. Nathalie ne peut plus financièrement aider sa fille et cette dernière va devoir trouver un petit boulot à Carrefour. De son temps, y’avait déjà plus de boulot et en plus, on était pas concurrencé par des bras cassés étrangers qui sont pourtant valorisés par ce système ahurissant qui discrimine positivement des gens qui n’ont rien à faire en France. Elle a bien entendu Marine Le Pen le dire à la télé et à la radio et elle est complètement d’accord avec elle. La France doit bien être aux français. Pour autant, Nathalie vient de trouver son mot « Voile ».
Nasilla pose son magazine et sort de son sac une barre chocolatée à -00000% de sucre. Elle regarde Amna et se dit que c’est dommage qu’à son âge, cette jolie jeune fille se cache derrière un voile. Elle pense à sa famille qui a réussi à fuir l’Iran pendant la révolution en 1979. Elle est tellement reconnaissante envers la France. Même si ces parents étaient des notables très riches au pays et qu’ils ont pu la scolariser dans un établissement privé très renommé à Paris, elle s’est toujours sentie accueillie par tous les français. Enfin tous les français qu’elle a pu côtoyés à Paris intra muros où elle n’a jamais cessé d’habiter. C’est vrai que la banlieue, elle connaît pas trop. Sauf quand elle assiste à des courses hippiques à Saint-Rueil de Lonchamp dans les hauts-ouest de Paris.
Yaëlle range sa chemise dans son cartable et pousse un soupir de soulagement. Elle regarde sa voisine en face. Elle trouve cette jeune fille très jolie. Elle se demande si elle a déjà flashé sur une musulmane. Une ancienne copine de fac peut-être, d’origine algérienne. Elles avaient sympathisé car leurs grands-parents à toutes les deux venaient d’Alger avant que la guerre ne frappe. Leurs parents s’étaient d’ailleurs rencontrés par leur entremise à elles, copines de fac. Elle se rappelle cette soirée avec un sourire nostalgique : Des juifs et des musulmans partageant une culture assez semblable et évoquant des noms de rues qu’ils connaissaient pour les avoir entendus dans la bouche des vieux. Ils avaient même parfois fréquenté ces rues avant de partir pour la France. Mais Yaëlle n’était jamais sortie avec une musulmane. « Je sais pas si ça pourrait le faire. Je suis tellement anti religion que l’acceptation du voile de ma meuf me mettrait hors de moi. Jalouse mais pas non plus foldingue ! Bah et si c’est son choix ? Bah non, trop compliqué. On s’engueulerait trop. J’aimerais bien que cette jeune fille se dévoile. Elle est si jolie ! Comment peut-elle accepter cette soumission dans le pays de la liberté et de la République ! »
Amna pose son téléphone sur la tablette mais à cause d’un faux mouvement, elle le fait tomber. Yaëlle le ramasse et le lui tend avec un grand sourire. Amna dit merci. Elle se demande si cette femme est arabe ou juste un peu foncé de peau avec des cheveux noirs bouclés. Par contre, nul doute que sa voisine n’a pas des origines européennes. Elle sent néanmoins qu’elle n’a pas des origines maghrébines. « ça sent le moyen-orient ça ! Mais vu sa dégaine, elle doit pas être dans le din. » Amna doit absolument lire l’essai d’un des membres du collectif dans lequel elle milite pour pouvoir nourrir sa réflexion pour son sujet de master. Et dire qu’on lui a refusé son stage de M1 parce qu’elle portait le voile ! Ce pays est dingue ! Elle a toujours bien travaillé à l’école pour s’en sortir et montrer à ses modestes parents immigrés qu’elle pouvait devenir quelqu’un dans cette société française et elle a pourtant toujours ressenti un mépris de la part de certaines étudiantes blanches issues de la classe moyenne supérieure. Pas démesurément friquée non plus. Non, ça, c’est le cas dans les grandes écoles de commerce payantes ou les grandes écoles élitistes de la République. « Je ne suis pas Najat Belkacem. Je ne vais pas gommer mon appartenance religieuse ni mes convictions politiques pour rentrer dans le moule de la République. » Amna a des copines de son quartier qui n’ont pas vraiment continué les études après le lycée. Elles en sont réduites à travailler comme esclaves pour les blancs sans avoir le droit de mettre leur voile si elles ont fait le choix de le porter ou celles qui travaillent comme caissières sont mal vues par les gens qui font leurs courses si elles ont le malheur de jurer en arabe. Elle connaît pleins de frères du quartier qui ont été victimes de discrimination à l’embauche. Elle en connaît aussi qui ont un boulot stable payé 2000€, ce qui est déjà pas mal. Mais elle se sent toujours plus révoltée par les échecs que les réussites de ses amis d’enfance. Pourquoi ça doit être huit fois plus dur quand on est arabe ?
Nasilla décroche son téléphone. Sa mère au bout du fils. Très discrètement, elle lui parle en arabe et en français. Nathalie tourne la tête à gauche et voit la femme qui parle cette langue qui la dégoute. « Bizarre, elle a pas l’air très intégriste celle-là. Pas comme l’autre. Et en plus, elle lit Elle. Une bourgeoise parisienne ! Vraiment bizarre. Pour une arabe, je veux dire ! »
Amna a la réponse à sa question. Elle reconnaît que c’est du persan littéraire. De toute façon, c’est clair que c’était pas une saoudienne ! Trop occidentalisée ! Enfin, ça ne résout toujours pas son problème. Elle est la seule de tout le compartiment à porter le voile et elle sent bien les regards étonnés ou pesants sur elle. A part celle qui est en face mais bon, son regard à elle est trop dans la séduction. Elle a l’air quand même sacrément homo. Ça se voit.
Nasilla raccroche. Elle note un rendez-vous dans son agenda. Le 12 mai, elle et son fils sont invités dans la maison secondaire de ses parents à Dinard. Son actuel compagnon aussi. Mais, au vu de son rythme effréné de travail au cabinet ministériel, elle est quasi sûre qu’il devra rester à Paris ce début de week-end.
Yaëlle sort le programme de la France Insoumise et se met à relire des passages stabilotés. Amna jette un coup d’œil au titre du livre. Elle peut pas saquer Mélenchon qui insulte à longueur de temps les femmes comme elles qui portent le voile. « Accoutrement, je t’en foutrais ! » Yaëlle relit le passage sur la laïcité. Elle est vraiment d’accord avec cette vision républicaine qui fait toute la grandeur et l’exception de la France. La religion doit rester privée et surtout pas être instrumentalisée par la politique. Comment vivre ensemble si on se regarde tous avec méfiance où le jugement n’est jamais loin. Elle regarde Amna et ne comprend toujours pas pourquoi cette fille qui a l’air cultivé se perd dans de telles lectures clivantes et un besoin revendicatif d’imposer sa religion au regard de tous. Une religion qui est aussi tellement discriminante à l’égard des homos comme elle.
Marion observe Yaëlle et n’est pas étonnée. Avec son accoutrement et ses copies d’instit, elle a bien la dégaine de quelqu’un qui vote pour Mélenchon. Marion est de gauche mais elle n’aime pas les extrêmes. Elle est contre cette égalitarisme communiste qui n’aime ni l’argent ni la réussite sociale ni l’élitisme. Elle a de l’argent, elle a réussi et elle appartient à l’élite à en croire son carnet d’adresses remplis de gens connus dans le milieu de la presse et ses diners, ses apéros, ses invitations à des événements culturels. Elle a plus de 12K abonnés twitter, elle est suivi par tout le gotha médiatique et est respecté dans la profession. Elle déteste les militants mélenchonistes ravagés par l’aigreur de leur bile anti-merdias de gens moyens, fachés avec la grandeur digne. La presse appartient à de riches actionnaires qui façonnent l’opinion et maintient ce petit monde dans le giron oligarchique grâce à des prérogatives de classe très rassurantes. Et alors ? Elle a toujours beaucoup travaillé pour en arriver là où elle en est. Rien n’est tombé du ciel. Elle votera Hamon par fidélité pour le PS. Contrairement à beaucoup de ses connaissances qui voteront Macron, elle n’abandonne pas le bateau. Ce n’est pas un rat mais une femme clairvoyante et intelligente. Qui plus est, c’est un vote de conviction.
Yaëlle pose le programme et regarde par la fenêtre, le cœur battant à l’idée de voir Mélenchon passer le premier tour. Elle remarque la pile de journaux sur la tablette qui ceint Marion. « Encore une macroniste qui en a rien à foutre de sauver la dignité des faibles. Encore une bourgeoise élitiste qui est soumise aux puissances d’argent et se fout de la précarisation des classes moyennes. Non ! Elle doit voter Hamon. Elle a bien une gueule de bobo du 4ème qui a squatté des apéros PS en veste Zadig et voltaire et sac Nathalie machin chose ! »
Nasilla tourne la tête à droite et lit dans sa tête le titre du livre « La France Insoumise » Elle se fiche un peu de la politique. Son actuel compagnon, énarque, en est féru et travaille dans cette « branche » mais elle ne comprend pas trop pourquoi les gens militent et se déchirent pour des programmes que personne n’appliquera et des promesses inatteignables. Elle hésite entre Macron et Hamon. Voter Hamon énerverait son compagnon. Elle va sans doute voter Hamon. Il est charmant. Et elle va sans doute quitter Marc. Elle a peur car elle a 43 ans. Elle mange peu, étale sur sa peau l’équivalent du PIB d’un pays pauvre mais elle a peur de vieillir et de ne plus être désirable ni désirée par les hommes.
Soudain, on entend un passager éternuer avec la virulence d’un chien de garde à l’approche d’inconnus. Tout le monde sursaute. Sherlommes Hock se lève et s’excuse. Il semble comprendre pourquoi le titre du livre est 8 femmes et non 9 et capturé dans les tourbillons mentaux de ses échafaudages alambiqués (ou le contraire), il a oublié qu’il était dans un train entouré de gens.
Clarisse tape frénétiquement sur son MLBSA aka Mac Little Book SpaceAir tout en faisant des selfies d’elle qu’elle laisse sur Snap, Instagram, Twitter, Facebook, Successful, Astaplouf et ModernLife. Elle est méga bonne et elle le sait. Pour autant, elle n’a jamais accordé qu’une place très limitée aux sentiments qu’elle est parvenue très jeune à refouler. Oui ! La femme moderne ne doit pas tomber amoureuse des hommes ni tomber enceinte ni faire la cuisine ni faire le ménage si elle veut se hisser aussi haut que possible. Le statut social est son marche pied et les hommes sont des tremplins qu’elle parvient à sauter sans difficulté. Elle veut gérer sa vie comme une success story, comme une start-up nation et elle croit en la France nouvelle de la chance et du mérite pour aller de l’avant, en marche avant, au volant de sa ferrari de vie ! Elle a la conviction intime de sa future réussite. Pourquoi stopper cette course folle et ce travail acharné en se laissant distraire par un homme qui la piétinerait ou lui ferait un enfant ?!? Beurk ! Un enfant ! Comment être amoureuse d’un homme qui aurait un meilleur poste qu’elle ?!? Non ! Elle est une warrior célibattante qui n’agit uniquement que par bénéfice et rentabilité « impactants » pour sa carrière. Elle a une seule target et c’est devenir milliardaire. Elle regarde la jeune en face d’elle et se surprend à être traversée par un frisson de dégoût. Comment peut-on être aussi peu respectueux de soi-même ? Comment peut-on ne pas se maquiller quand on est une fille ? Et puis, ce regard bovin est tout simplement écoeurant. Y’a vraiment des filles qui n’ont pas de chance. Tant pis pour elles. C’est leur vie. Clarisse compte bien profiter de la vie à sa manière.
Grace se réveille brusquement. Son regard est morne et ses pensées vagues, errantes, improductives. Elle ne sait pas si elle garde l’enfant qu’elle porte. Elle a l’impression que la vie est un rouleau compresseur qui lui dicte de suivre les mauvais choix et les chemins de traverse. Elle a des nausées. Dans une semaine, il sera trop tard. Elle sent des larmes qui sillonnent ses joues et des spasmes qui l’étouffent. Elle repense à ce salaud. Elle l’aime encore. Elle en est même folle. « Tu gardes l’enfant comme ça te chante mais sache que je le reconnaitrai jamais t’entends ? Tu n’as jamais été rien d’autre qu’un coup d’un soir sous alcool et MDMA » Ver de terre amoureuse d’un salaud de mec !
Clarisse regarde cette fille pleurer sans éprouver la moindre compassion. Cette fille qui représente son antithèse lui fait pitié. C’est tout ! Comment les gens arrivent-ils à se laisser avoir par la vie, l’amour, la pauvreté et toutes ces conneries ! Quel manque d’ambition !
Caroline fait discrètement rouler ses yeux vers la gauche pour vérifier si les petits bruits sont bien des petits sanglots. Elle lit les mots écrits sur la couverture de son magazine d’hipster « le garder ou pas ? ». Grace lui demande pardon car elle veut aller aux toilettes. « Je suis enceinte et j’ai des nausées. Vous savez peut-être ce que c’est.»
Caroline se lève et laisse passer cette jeune fille débrayée. Ce mot « enceinte » lui fait immédiatement grincer les dents. Si elle n’avait pas fait ce long travail sur elle, elle pourrait aussi en pleurer et dire à cette jeune fille qu’elle ne connaît pas de garder l’enfant coûte que coûte. Caroline se rappelle cette année difficile où elle a appris sa maladie. « Je voulais avoir des enfants comme mes frères et sœurs. Comme dans toutes les familles. Je voulais que mes parents assistent à tous les évènements de mes enfants : baptême, communion, anniversaire … » Caroline croit en la famille comme pilier majeure et phare qui guide les brebis égarés dans la tempête. Elle n’a jamais pu obtenir la reconnaissance de son père. Qu’elle devienne une mère comblée était son paternel but. Non ! Elle n’est qu’une femme sans ovaires. Elle se rappelle cette année difficile où elle a été contrainte de se mettre en arrêt maladie comme ces vulgaires fonctionnaires qui créent de la dette. Et puis, elle se rappelle ses heures passées au piano pendant sa longue convalescence et le moment où elle a décidé d’en faire son métier. Son mari lui a payé sa formation. Son salaire comme cadre dans la finance le lui permettant. Elle a découvert les bienfaits de la musique pour apaiser les douleurs et combler les trous de malheur laissés par le destin.
La voix de sa voisine de droite la tire de ses sombres réflexions. Amna jure en arabe. Caroline lève les yeux au ciel et retrouve un peu ses esprits en pensant à dimanche quand elle mettra son bulletin de vote dans l’urne. « Seul Fillon est capable de vaincre le totalitarisme islamique ! Seul Fillon est capable de remettre la France au cœur de ses valeurs comme la famille.» Elle votera Fillon après avoir hésité et voter pour Dupon-Aignan qui semble davantage se soucier des plus faibles. Et puis, cet assassinat politique dont a été victime le candidat des Ripouxblicains a fini de la convaincre face au complot socialiste.
Grace revient des toilettes. Elle reprend sa place pour quelques minutes car le train arrive en gare de Bruxelles.
Sherlommes Hock se lève et s’apprête à rejoindre le compartiment de transition où se trouve Gladys. En arrivant au niveau des deux carrés de femmes, il regarde à gauche puis à droite et s’exclame « Huit femmes ! Bon vote, chères mesdames ! » Il rit puis s’avance jusqu'à sortir du compartiment.
Encore un taré fanatique pense Nathalie. Pourtant, il est blond ! Bizarre !
En rangeant le magasine dans sa besace, Grace relit sa question griffonnée au crayon. « Le garder ou pas ? GARDEZ-LE ! » Elle regarde sa voisine de droite qui s’est déjà levée pour rassembler ses affaires.
Yaëlle regarde Amna une dernière fois. Elle aurait bien aimé la voir sans voile et dans la lueur d’une chambre tamisée.
Marion regarde Yaëlle une dernière fois. Qu’elle est mal habillée ! Non, vraiment, les mélenchonistes, c’est non ! On peut pas gouverner ensemble ! On n’est pas du même monde ! On n’a pas les mêmes valeurs !
Amna regarde Nasilla une dernière fois. Elle se demande si elle doit la regarder comme une sœur ou non. « Tu es vraiment comme tous ces gens qui méprisent la religion et son exercice car ça ne respecte pas les lois de la République ? Ou tu comprends ma difficulté à vivre sereinement ma foi dans ce monde liberticide ? »
Nasilla regarde Amna une dernière fois. Elle croit n’avoir jamais vu sa mère porter le voile.
Ces huit femmes sortent enfin du train pour reprendre leur trajectoire.
Gladys les suit.
MAIS QUI EST GLADYS, LA NEUVIEME FEMME ?!?
Vous le saurez peut-être dans le prochain épisode !
Cible : Les femmes françaises entre 20 et 58 ans, vivant en zone urbaine. Salariées.
Transparence : Sponsorisé par Imaginair.fop.fr
Fiabilité : Autant sûr que nos subjectivités et nos opinions.
NB : Echantillon non représentatif des femmes françaises qui votent ou s’abstiennent.
Ecueil
: Et les femmes dans les campagnes ?!? Et les femmes sans emploi ?!? Et à part ça, les clichés ont la dent dure !
Description :
- Grace, 20 ans, habite à Bordeaux et étudie l’infographie dans une école privée tout en faisant des petits boulots pour aider ses parents à payer ses études. Elle votera Poutou. A 50 ans, elle votera pour la vraie gauche qui veut gouverner OU s’abstiendra mais fera des campagnes publicitaires « stop l’extrême-droite » pour des magazines de mode. Parents agriculteurs dans le Gers. Mère d’origine espagnole catholique. Père français de souche athée. Hétérosexuelle célibataire athée en passe de devenir déiste. Enceinte, se demande si elle va garder l’enfant. N’est plus avec le garçon géniteur.
- Amna, 24 ans, habite à Clichy dans le 92 et étudie le droit international à l’université de Nanterre. Elle s’abstiendra. A 50 ans, elle votera pour le parti qu’elle aura elle-même crée. Empowerment ! Père menuisier, mère, fonctionnaire dans une crèche. Parents d’origine marocaine de confession musulmane. Elève assez brillante qui a été scolarisée dans un lycée ZEP qui est en train de sortir de ce dispositif d’éducation prioritaire. Hétérosexuelle célibataire musulmane pratiquante. Sans enfant.
- Nathalie, 58 ans, habite à Avignon. Elle est infirmière et votera Marine Le Pen. A 60 ans, elle votera encore Marine Le Pen. Père cévenol ouvrier et mère immigrée italienne catholique, caissière. Tous les deux décédés. Hétérosexuelle mariée à un infirmier et athée. Trois enfants.
- Caroline, 41 ans, habite à Lyon. En reconversion professionnelle. De la stratégie commercialo-financière à la musicothérapie. Elle votera Fillon. A 50 ans, elle pourra voter au centre si sa reconversion professionnelle a été concluante. Père ancien militaire et mère au foyer. Français de souche et catholiques. Hétérosexuelle et mariée à un cadre sup dans la finance. Catholique pratiquante. Sans enfant.
- Yaëlle, 37 ans, habite à Paris 14ème. Elle est professeur des écoles. Elle votera Mélenchon. A 50 ans, elle s’abstiendra. Père cadre supérieur dans le privé (les assurances) et mère secrétaire médicale. Grands-parents juifs pieds noirs d’Algérie. Homosexuelle et pacsée avec une ingénieure du son. Juive non pratiquante. Un enfant d’une précédente union avec un homme.
- Nasilla, 43 ans, habite à Paris 20ème. Elle est chargée de communication dans la culture. Elle est hésitante mais par dessus tout, elle déteste le militantisme qui gangrène toute élection. A 50 ans, elle votera pour la gauche qui ne se déchire pas et sait accepter « toutes nos différences ». Père ancien médecin et mère, ancienne psychologue, d’origine iranienne. Hétérosexuelle divorcée. En concubinage avec un journaliste lui-même divorcé avec un enfant. Musulmane non pratiquante. Deux enfants (un avec son précédent mari, l’autre avec son actuel compagnon)
- Gladys, 30 ans. Habite à Paris 3ème. Musicienne et membre active du comité visible de destruction oisive. Elle votera blanc. Anarchiste désespérée par le simulacre de démocratie qui entache la politique. A 50 ans, elle votera pour le parti d’extrême-gauche que son comité et elle-même auront fondé. « Soyons ingouvernables » … Sauf par nous-mêmes. Parents britanniques. Père d’origine irlandaise, appartenant à une famille aristocratique ruinée, qui a vécu chichement de son écriture et a côtoyé des gens très cultivés et très connus. Gladys n’a pas vraiment connu son père, mort prématurément. Mère qui a élevé seule ses enfants après la mort du père. La mère est partie habiter en France et est devenue prof de musique. Hétérosexuelle célibataire et intéressée par les spiritualités indiennes et asiatiques. Un enfant.
- Marion, 34 ans, habite à Lille. Elle est agrégée d’économie reconvertie dans le journalisme et enseigne aussi à l’ESJ. Elle votera Hamon. A 50 ans, elle votera au centre gauche si le PS n’existe plus. Grands-Parents d’origine polonaise, italienne et française. Père professeur à l’université et mère prof de français en collège. En concubinage avec un médecin. Catholique non pratiquante. Deux enfants.
- Clarisse, 27 ans, habite à Montpellier et est web data strategic analyst marketing pour une marque de cosmétique. Va bientôt habiter à Paris pour travailler dans le groupe Krys aux études data marketing et aux développement pub. Fat poste en vue. Elle aimerait bien un jour travailler à la radio ou à la télé. Elle va voter Macron. Grands-Parents qui habitent au Burkina. Ancien grand-père diplomate. Père travaillant en France, à la radio comme chargé d’études, bientôt à la retraite. Mère décédée. Hétérosexuelle flexible voire asexuée. Catholique non pratiquante. Sans enfants.
Situation de départ : Ces huit femmes se retrouvent dans un train stationné à Paris Gare de Lyon et en partance pour Bruxelles.
Contrainte d’écriture : Faire la satire de TOUS ces personnages. N’épargner personne. Mettre en avant aussi les pertinences de chacune. Les faire communiquer ensemble et par hasard au moins une fois sur un réseau social et/ou dans le train.
Deadline : dimanche 23 avril
(C’est chaud)
Morale de l’histoire : Le manque de discernement et les paradoxes des êtres humains rendent le monde impossible à vivre mais ces travers font également tout le sel de l’existence.
Je pense donc je suis. M’enfin, pense-t-on bien ou mal ?
La question : Qui pense bien ? Qui pense mal ? Qui est juge de la bonne et de la mauvaise pensée ?
Préambule : Le FN a des intentions xénophobes et les instrumentalise dangereusement. Le FN ne peut extraire de son patrimoine, le gène « extrême-droite » fait de haine de l’autre et de violence. C’est sa tare. Elle peut muter mais ne disparaitra jamais.
Pour autant, peut-on réellement parler de « lepénisation des esprits » quand on reprend ses termes ? Parler d’UMPS, n’est-ce pas faire preuve de grande lucidité finalement ? Dire que les bobos – comprendre les gros bourgeois qui n’ont de bohème que leur goût pour le fromage de chèvre de la fromagerie du bon marché, la world music et le design de luxe MAIS eco responsable – ne savent pas vraiment qui sont les gens qui triment avec un smic par mois (et encore), avec des problèmes pour payer les factures et des difficultés à manger sainement cinq fruits et légumes BIO par jour, est-ce de la science-fiction de facho ?
Contexte : Lettre à un membre de ma famille qui m’a quasiment traitée de facho parce que je défendais l’école républicaine laïque et que j’ai pu critiquer les bobos qui, selon moi, ne sont qu’un euphémisme actuel pour désigner la bourgeoisie voire une nouvelle aristocratie. Si le FN s’est acheté une image, le bourgeois a lui-aussi redoré son blason pour paraître plus cool, plus « human next door » (et pas le bobio, le bohème décroissant qui vit peinard à la campagne, bouffe bio pour pas cher et connaît toutes les astuces du troc, du recyclage et du circuit court. Une sorte de baba d’avant mais sans la caricature … Sauf si on est parisiens. A ce moment là, quand on est parisiens, tout le reste de la France demeure une immense bouse où on se fait chier)
Lettre :
Cher Gianni,
C’est dans l’espace de l’écrit que je tiens à étayer mes interrogations après les avoir exprimées avec la virulence que le vin, hélàs, peut exacerber et la maladresse que l’improvisation orale engendre. L’écriture épouse le temps long là où l’oral et le débat peuvent ternir une pensée en l’embrouillant et en la rendant sinon inaudible du moins trop courte pour être intéressante.
Je préfère l’écrit pour y inscrire mes questionnements.
Notre débat - durant lequel j’ai pu te couper la parole et ne pas laisser ta pensée se dérouler en voulant à tout prix brandir ma position sans grande cohérence, je l’avoue et m’excuse - s’est achevé sur la question de la laïcité, grand thème de société sans cesse posé dans le débat public, son instrumentalisation par le FN et l’éclairage à apporter sur ce mot. Ce dernier nous a donc amenés à le problématiser :
« laïcité », est-il un mot galvaudé traduisant par excellence la lepénisation des esprits en marche depuis des années, qui consiste à inverser tous les paradigmes de pensée et à faire passer des ignominies pour des vérités que « veulent (pourtant)entendre les français » ?
« Laïcité », est-ce un mot dont l’héritage est dévoyé dans le but moins louable que celui d’origine de diffuser des idées qui se terminent par le suffixe -phobe et défendre des opinions liberticides à l’égard des croyants et plus précisément des musulmans ?
« laïcité », est-ce le mal français ? Ne devons-nous pas rompre avec notre tradition laïque ?
Tu as semblé répondre à ces questions par l’affirmative et j’ai entendu tes arguments : ce mot, remis au cœur de l’arêne par le FN, est stigmatisant. Assouplir notre conception de la laïcité pour tendre vers le multi culturalisme anglosaxon serait un moyen d’apaiser les tensions sociales. La question des cultures est clivante et elle nécessite beaucoup de hauteur de vue pour la penser afin de ne pas discriminer à tort certains français. Nous avons notamment, à ce moment là, introduit la question du voile religieux.
Je t’ai répondu en nuançant tes propos voire en essayant de carrément les déconstruire maladroitement au nom de l’intransigeance républicaine française. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas vu et qu’on n’avait pas bavardé. Nous, pas français de souche, italo-polonais- espagnol d’origine brassée et mêlant des confessions catholique, protestante et juive.
Et bien, non, je ne suis pas devenue une facho horripilée par l’altérité culturelle et religieuse ni une sympathisante du FN, acquise à l’idée que les immigrés, enfin les musulmans car on est aussi fils d’immigrés mais ça dérange moins le FN bizarrement (sauf l’identité juive peut-être), que les musulmans donc nous envahissent et veulent nous remplacer TOUS.
Par contre, aujourd’hui, dans le laboratoire médiatique qui innerve le débat d’idées où se mêlent (sans rompre pour autant la verticalité hiérarchique) politiques, penseurs, éditorialistes journalistes, bloggeurs, youtubeurs ou citoyens avec un compte facebook ou/et twitter férus de commentaires, il est un phénomène idéologique remarquable qui distingue les mauvais penseurs plutôt de droite et même carrément tendance « facho » ET les bons penseurs dits plutôt « de gauche » service public voire tendance « islamo gauchiste », mot composé ayant encore une fois le privilège de sortir directement de l’alambic à idées du FN. Une belle distillation labellisée par l’extrême-droite afin de critiquer ces « journalistes bobos » qui savent ce qui est moral et ce qui ne l’est pas et imposent leur « dictature bienpensante » pour paraphraser les propos de ce parti dirigé par Marine Le Pen.
Cette opposition Mauvais penseurs / bons penseurs a tellement été outrée et caricaturée jusqu’au manichéisme facile – et donc inconfortable quand on pense avec des idées et pas seulement avec des opinions - que les crispations identitaires ont redoublé, qu’il est une nécessité de salubrité cérébrale de choisir clairement son camp pour pas faire le jeu du FN et qu’il a été aussi décidé que la nuance et l’acceptation de dire que parfois, même des adversaires peuvent ne pas dire que des conneries et qu’ils peuvent même avoir raison sur certains points, devaient être honnies et jetées comme le dépôt impropre à la confection d’un breuvage et laissé dans le filtre de cette grande machine à idées parfois assommante (j’ai tenté la métaphore filée allusive, Zola, ne m’en veux pas !).
Ainsi, la lutte contre les discriminations et l’antiracisme ont été à ce point polarisés qu’il devient difficile de dire que tous les « racisés » ne sont pas tous victimes (bien heureusement) de racisme, difficile de dire que certains « racisés » sont très fermés à l’autre et à la différence (ce sont des êtres humains et les cons sont partout), difficile de dénoncer les fondamentalismes religieux, d’en pointer leurs fallacieuses stratégies sans être catégorisé et réduit à n’être qu’un dangereux soldat à la solde des idées du FN, grande peur de notre système politique qui se donne pour mission de la combattre sans pourtant remettre en cause sa responsabilité dans son avènement et son ancrage. Dommage. On avancerait.
Nous savons que l’extrême-droite, à grands coups de populisme, exploite les inégalités criantes auxquelles notre pays, en crise politique, économique, sociale et culturelle, doit faire face. Car avant celle liée à ses origines, la discrimination la plus implacable demeure celle de l’argent car elle est responsable d’une lutte des classes qui n’a jamais vraiment disparu mais dont le fossé s’accroit toujours un peu plus. Les discriminations quand on est une minorité religieuse, une femme, un étranger, un homo sont rendues un peu plus indolores quand on a l’argent. Mais, ce problème d’inégalités à un moment où la religion la plus corrosive est celle de l’argent-roi, l’argent-liberté, l’argent-fraternité, l’argent-égalité est un autre débat. Fondamental mais ne nous dispersons pas.
Bref, tous les ingrédients pour sortir le meilleur cru de la pensée endoctrinée fasciste sont réunis :
- une gauche qui vient de gouverner, déchirée, entre les aspirations vers la social-démocratie d’une certaine frange du PS qui ne cache plus ses affinités avec Macron, parangon d’une tchatcher version 3.0 pavanant dans un véhicule uber, tablette « french tech » à la main et habillé du costume habile du progressiste « ni droite ni gauche » qui cache pour la blague, une idéologie libérale à laquelle une grande majorité de « français cadre sup’ DE LA SOCIETE CIVILE BORDEL» adhèrent ET la volonté de reconquête des idées de gauche par les frondeurs PS qui ont adopté la posture de la distance à l’égard de certaines décisions prises par ce quinquennat critiqué par sa gauche (loi travail en tête). Ainsi, et c’est le #pointcomplot, en surface, le PS semble être représenté par le candidat Hamon alors que son rôle, malgré lui on espère, ne consiste finalement qu’à siphonner quelques voix à Mélenchon qui occupe à lui seul la place vide de la pensée de gauche anti libérale. Le tout pour neutraliser cette gauche – un accord Mélenchon- Hamon était impossible et les tacticiens le savaient (#Pointcomplot j’ai dit) – et favoriser l’élection de la fraîche créature du quinquennat, prête à mettre en œuvre notre projeeeeeeeet !
- Une droite tout aussi divisée, chose surprenante pour un parti, Les Républicains, qui a toujours glorifié sa capacité à se rassembler et à se ranger derrière un seul homme pour gagner. L’affaire Fillon n’est pas terminée mais au vu des désaffections successives qui remettent en cause la légitimité de la candidature de Fillon, il semble que la droite n’a pas le vent en poupe et traverse elle-aussi une profonde crise interne.
- Il y a Mélenchon, pour qui ira mon vote, qui a surpris par une belle dynamique de campagne jusqu’à agacer certains de ses électeurs (;-)) Mais Mélenchon reste Mélenchon : l’extrême gauche réduite à son image peu lisse de dictatrice et admiratrice de Castro et autres leaders communistes … et l’anti libéralisme pénètre davantage les têtes quand c’est l’extrême-droite qui le défend. Je laisse le soin à un spécialiste d’en expliquer les raisons.
Mélenchon, à qui l’on demande encore de justifier sa différence avec l’extrême-droite à un moment où un candidat aux portes du pouvoir salue le dépassement des clivages gauche-droite,
Mélenchon, le méridional qui parle trop fort, s’emporte trop et qui à l’outrecuidance de ne pas aimer les (actionnaires des) médias et leur proximité avec un pouvoir qui dicte sa loi et prend en otage les citoyens pour les culpabiliser et leur enjoindre de faire barrage au FN en votant pour les partis dominants ou qui ont l’argent et un réseau média (coucou Macron), prétendument les seuls capables de mettre KO Marine Le Pen.
Ce même Mélenchon qui n’aurait pas su conserver l’électorat d’extrême gauche notamment ouvrier, populaire, accueillis, d’après des sondages, à bras ouverts par l’autre extrême.
Mélenchon qui a le malheur d’affirmer son point de vue personnel dans « L ‘émission politique » sur France 2 au sujet du voile, « accoutrement » non compatible avec notre République, provoquant l’ire de la gauche « vrauche », accusant le leader de « La France insoumise » d’irrespect voire d’islamophobie.
Dans un tel contexte de crise démocratique, le FN tire son épingle du jeu. Pourquoi ce détour ?
La bonne santé du FN va de pair avec la gangrène qui attaque les partis de gouvernement, droite et gauche. Coïncidence étrange. Pas étonnant d’ailleurs que celui qui se dit, répétons-le, « ni droite ni gauche », profite aussi du bordel. Jusqu’à sa possible victoire.
Quel rapport avec la laïcité ?
Le FN a, selon toi, été le premier à mettre sur le tapis de jeu médiatique, la question de la laïcité pour vouloir contraindre en réalité une partie de la population française, de confession juive mais surtout musulmane, tout en affichant clairement sa clémence indulgente envers les catholiques, français de souche. Les bons français bien blancs et bien purs quoi !
Or, dans une France des Lumières où l’intolérance et les superstitions religieuses ont été fustigées (relire Bourdi Diderot, Voltaire, Fontenelle), dans une France déchristianisée où la religion catholique a fait les frais d’une fronde anti cléricale forte et s’est progressivement éloignée en tant qu’institution et donc organe de pouvoir de la chose politique et publique, dans une Europe occidentalisée où les philosophes et penseurs du XXème siècle ont écrit et réfléchi sur la mort de Dieu, la disparition du sacré dans la société (relire Nietzsche, Beckett, Camus, revoir Pasolini …), le fait religieux a été remis en cause et ce, jusqu’à la caricature : dans la popculture (avatar du capitalisme caché par les paillettes) avec les crucifix de Madonna flirtant avec l’érotisme ou ce superbe clip d’Army of lovers « Crucified »,
Là, il y aura le lien car j’adore cette chanson naze.
dans la BD avec la subversion de l’imagerie chrétienne. Je pense à sœur Marie -Thérèse dans la revue Fluide Glacial. Les exemples abondent alors avançons.
Comme résultat de cette déconstruction de l’institution et du sacré, la religion catholique a perdu de sa superbe. (ouf !) Si l’on peut déplorer la perte du spirituel dans nos sociétés, on ne peut que se réjouir de la reculade de la religion en tant que structure impérialiste et prosélyte. Et là, l’analyse du méchant Onfray, détesté à gauche, faisant lui aussi apparemment le jeu de Marine Le Pen, n’est pas si hétérodoxe ou du moins pas si « débile, facho, islamophobe, laïcarde » et j’en passe. Car quand elle n’est pas vécue comme un élan spirituel personnel qui peut aider à vivre (certains tiennent debout grâce à elle), la religion est intrinsèquement prosélyte et sert à guider les Hommes en perte de repères selon des préceptes stricts où la liberté et le droit de penser autrement n’ont guère leur place.
La France a été cette terre d’inquisitions laissant la ligue ultra catholique brûler les protestants, cette terre des croisades « évangélisatrices », doux euphémisme. Et puis, on a raillé cette institution, on a blasphémé contre la religion et ce, déjà du temps de Molière (relire Bourd Dom Juan) jusqu’à la déposséder de sa mainmise politique. Depuis, la religion de l’occident s’est peu à peu métamorphosée en centre commercial où le Dieu est argent. Mais c’est un autre sujet qu’on n’abordera pas car cette « nouvelle religion » peut se lire comme la pire traduction des pires mauvais penchants de l’Homme. Dans mon proche entourage adoré qui ne déteste pas l’argent et qui finira par me quitter, lassé de mes positions anti fric, on me reproche ma détestation de celui-ci. Hélas, quand l’argent cessera de transformer les Hommes, de leur faire tourner la tête, de leur faire perdre la vraie humilité et le sens d’une vie humaine, quand l’argent cessera de n’être qu’un immense gâchis qui détruit la planète et les hommes qui l’habitent, je n’aurais plus rien contre lui.
(Mais revenons à nos moutons.)
Or, aujourd’hui, symptôme des temps décadents, on assiste à une certaine forme de résurgence de la religion qui instrumentalise à nouveau le politique et cette résurgence se lit sur les faces d’un même couteau identitaire parfois mortifère : d’un côté, on peut trouver des cathos ultra qui vont manifester contre des droits (en France, on a la manif pour tous, Manif anti-IVG, les français de souche catho sectaires homophobes de père en fils), de l’autre, on a des juifs (voir l’histoire du catalogue Ikéa par exemple) ou des musulmans utilisant aussi la religion comme vecteur d’identité brandie comme arme politique.
Notons que je n’ai pas dit que ces cathos ultra, ces juifs et ces musulmans étaient terroristes. Ils instrumentalisent juste la religion pour imposer une façon de penser, souvent traditionnaliste. Non parce que dans ce climat houleux où tu dois crier sans cesse « pas d’amalgame » afin d’éviter qu’on trahisse ta pensée, je préfère préciser.
Bon, le catho qui va à la messe, le musulman qui va prier à la mosquée, le juif qui fête Kippour à la synagogue, rien de plus normal dans un pays où la liberté de cultes a été arrachée dans le sang après des siècles d’absolutisme monarchique catholique. Henri de Navarre avait bien tenté un truc apaisant avec son édit de Nantes mais c’est quand même depuis l’avènement de la Ière République que la France est entrée dans la démocratie, l’état de droit et de libertés. Un slogan modernisé pourrait donner ça : « Prie qui tu veux mais respecte la différence, meuf, mec ! »
Quant au respect des traditions, la fidélité davantage culturelle (et pour faire plaisir à mamie) à sa génétique religieuse transmise par l’environnement familial, ce sont des phénomènes qu’on ne peut pas juger et qui appartiennent à la vie de chacun. Interdire férocement la religion reviendrait à en imposer une autre : un système où croire serait passible de prison #MonAmourdystopie. Ça, pour le coup, c’est fasciste, facho, extrémiste. Condamnable donc.
Ainsi, le problème n’est pas tant la foi et son exercice que sa revendication identitaire belliqueuse. Soit dit en passant, les chantres de « nos racines chrétiennes » oublient quand même trop vite dans leur argumentaire que de nombreux français ont été sacrifiés au profit de l’imposition d’une seule religion, sœur de l’instance politique, toutes deux capitaines du pouvoir, avant qu’on décide de séparer Religion et Etat.
Et pour revenir à notre débat sur la lepénisation des esprits, quand la France a dû légiférer sur les signes religieux en 2004 pour tenter de préserver son héritage de république laïque, la religion revenait chatouiller la peau d’albâtre de Marianne. Alors, le FN a immédiatement fait sien le mot « laïcité » pour combattre officieusement l’islam et officiellement « l’islamisme » et le « fondamentalisme religieux », pourtant quasi gros mots il y a une dizaine d’années mais qui recouvrent aujourd’hui une réalité dont on ne peut pas faire abstraction. Les attentats ont redistribué les lignes. Oui, il existe, ce fondamentalisme. Non, il n’est pas à minorer. Non, ce n’est pas être raciste que de le combattre. Non, ce n’est pas être islamophobe que de dire que la République a pour mission de lutter contre toute forme de communautarisme et de repli identitaire.
En gros, il y a dix ans, il n’a pas été possible d’admettre que ce que disait le FN en terme de constat pouvait être juste dans une certaine mesure tout simplement parce que leurs fins, leurs intentions étaient puantes d’identité « franco-française de souche catholique » et qu’on ne pouvait pas dire qu’il avait raison sur tel ou tel point de peur d’être mis au pilori. Mais, aujourd’hui, manœuvre habile qui profite aussi de la croissance de l’emploi intempestif du mot « facho », le FN continue d’assainir tout ce qui pourrait le stigmatiser comme le parti du père (Marine Le Pen vire les ultra nazis, se désolidarise des propos xénophobes tenus par des membres du parti) et se sent fort d’une lucidité sur l’état du pays et comble des combles, il s’avère, si on réfléchit que cette lucidité n’est pas entièrement à jeter. Voir le préambule. Oui, car ça serait trop simple de combattre un parti de nazis qui brûlent des figurines de juifs, crâne rasé et photo d’Hitler en fond d’écran de smartphone. Pourtant, ça serait moins le bordel dans les têtes de ceux qui vont voter pour le FN, les nouveaux électeurs qui grandissent, ou dans les têtes de ceux qui combattent ce parti en ne faisant qu’insulter son électorat entre un rendez-vous avec une personnalité importante, un resto parisien à 300 euros le menu ou une soirée télé dans son home cinema de son duplex de 120 m2 dans le 6ème arrondissement de la capitale.
Après, les trolls facho, agitateurs militants des réseaux sociaux, sont souvent de vrais débiles et n’ont que ce qu’ils méritent mais on rappelle que la France, ce n’est pas Twitter dont le nombre d’utilisateurs en France doit représenter, allez, 2% de la population française … (je demande le fact checking !)
Résultat des courses, il a fallu deux attentats pour qu’on commence à faire la lumière sur un intégrisme religieux notamment islamiste qui a eu des années pour se répandre et prospérer. Par exemple, j’ai l’exemple d’une ville de banlieue parisienne, dirigée pendant des années par le PC qui a enfin admis, après le 13 novembre, qu’une de ses mosquées était le lieu de discours radicalisés et qu’il fallait la mettre en incapacité de nuire. Sans attentats, on aurait peut-être eu peur d’être amalgamé au FN et d’être islamophobe en osant faire un contrôle pour vérifier si on n’appelle pas à faire de la poupée vaudou avec l’apostat.
Attention, nerf de la thèse de ce long billet : Toutes ces précautions « bien pensantes » me rendent dingue ! Pourquoi devons-nous, en 2017, marcher sur des œufs quand on parle de religion institutionnalisée et qu’on estime capital d’en circonscrire les écueils et les dangers potentiels. Les dangers des religions sont intemporels.
Pourquoi avons-nous laissé le FN s’accaparer ces questions ? Pourquoi n’avons-nous pas pris la mesure des dangers ? Pourquoi encore aujourd’hui et même plus que jamais aujourd’hui, ces sujets ne sont pas « bien pensants » et les aborder sont passibles de procès d’intention et d’attaques en racisme.
Ne nous y trompons pas, on le sait tous. Les fanatiques font du mal aux croyants dont la plupart vivent leur foi sans faire chier personne. C’est ainsi qu’il convient d’être intransigeant envers les abuseurs qui se servent de l’état de droit et de toutes les stratégies victimaires pour diviser entre eux les croyants de confessions différentes et ces croyants entre les non-croyants, pour accuser à tort et à travers les gens d’être facho faisant le jeu du FN au prétexte que ces gens tiennent à ce que chacun cohabite harmonieusement sans accuser untel d’être athée, telle femme de ne pas porter le voile, telle voisin d’être juif, telle personne de ne pas manger de porc. Bref, l’intransigeance doit être de mise quand on veut que chacun vive sa religion tranquillement en restant ouvert aux autres.
Le partage des cultures est le plus bel enrichissement et un réel facteur d’ouverture entre les êtres humains.
Le saccage des cultes par la revendication identitaire politisée d’un seul flirtant avec le fanatisme est le plus grand pourrissement et un facteur de fermeture entre ces mêmes êtres humains.
Mon intransigeance personnelle n’a rien à voir avec l’athéisme. Je crois au sacré et à des forces qui nous dépassent. J’avoue ne pas être une fidèle d’une religion monothéiste car toute institution me paraît oppressante et elle entache la liberté, ma seule déesse (lol). La question du rapport entre la femme et la religion me pose aussi problème. Mais, c’est encore une autre question qu’il conviendrait de développer. Un autre jour.
Je ne suis pas non plus une laïcarde qui cherche à insulter à l’envi les croyants d’une religion monothéiste. Je veux juste pouvoir vivre dans un pays où chaque confession se mélange sans crispation. Je veux pouvoir étudier sereinement en classe des textes du 17ème et 18ème qui critiquent la religion sans être accusée d’antisémitisme ou d’islamophobie. Je ne veux pas qu’on dise que tel auteur est fou d’attaquer la religion. Je ne veux pas qu’un élève à qui on fait une remarque sur le travail, en l’occurrence absent, me dise que je suis raciste alors qu’il oublie que d’autres de ses camarades, « racisés » aussi, ne sont jamais les cibles de mes foudres de prof intransigeante et que la remarque est strictement pédagogique. Je ne veux pas que de plus en plus d’élèves filles de 15 ans portent des robes qui noient leurs formes de filles pour se sentir protéger du regard des autres et affirmer qu’elles sont de bonnes croyantes là où les autres filles avec des pantalons, des robes courtes, des ongles peints ne seraient que des putes en puissance, mécréantes et mauvaises croyantes. Là, c’est le moment où on attaque en disant « espèce de féministe blanche bourgeoise égocentrée … et facho islamophobe». Passons. Je ne prône pas non plus l’hypersexualisation des femmes mais je veux juste que notre société vive sans complexe toutes ses différences sans agressivité, sans sous-entendus ambigus, laissant les frustrations de côté grâce à l’éveil des connaissances et de la curiosité. Grâce à l’humour aussi. C’est essentiel de rire de la religion, de nos contradictions et de nos croyances. (Moi, je parle aux plantes et je sens des présences. Je peux considérer que je serai à mon aise en HP). Je ne veux pas entendre tous les trois mots un élève dire « sur la Mecque », « sur le coran » ou « sur la Torah ». Je ne veux pas transiger sur les équivoques ni avoir une certaine indulgence par démagogie aveugle. Je sais par contre assouplir mes idées face à la réalité : une élève voulait venir en sortie théâtre mais ne pouvant pas sortir sans son voile, elle m’a tristement dit qu’elle ne viendrait pas. Je l’ai alors encouragée à venir au théâtre avec son voile car je trouvais que mon intransigeance ne faisait pas le poids face à une éventuelle privation de sortie culturelle théâtre.
Je ne veux pas entendre une élève, très perspicace, douée et que j’aimais beaucoup, dire que la Révolution française n’a crée que du mal et que cela n’était pas une bonne chose de mettre en place la laïcité. Je ne veux pas être agressée virtuellement par des gens qui retournent le problème et me traitent de xénophobe.
Je veux / je ne veux pas. La liste serait encore longue.
C’est là où le multiculturalisme à l’anglo-saxonne intervient. Il ne paraît pas une solution si satisfaisante que cela dans la mesure où, à y regarder de près, les gens ne se mélangent pas vraiment. Cela semble plus simple et en apparence plus apaisé mais ces lignes de partage entre diverses confessions me font l’effet d’une solution lâche comme quand on met la poussière sous le tapis. On verra bien comment ça se passera quand Macron décidera d’instaurer en France ce libéralisme des croyances ! LOL !
Bref, j’estime qu’on a la liberté de considérer que certains écrivains, journalistes ou philosophes ne sont pas à mettre à la poubelle parce qu’un a écrit un papier sur l’affaire des migrants de Cologne en donnant une image islamophobe des agresseurs, parce qu’une attaque les frères musulmans, un autre démontre que le christianisme et l’islam sont des religions prosélytes, un autre démonte la stratégie haineuse des indigènes de la République.
J’ai aussi la liberté de penser que ce qu’écrit et dit Elizabeth Levy dans son journal Causeur est de la merde et que je ne parviens pas à adhérer à son approche quand elle attaque les « bien pensants bobo gauchistes » et les féministes-freddy-les-griffes-de-la-nuit.
C’est compliqué hein, les Idées ? Ajoutons-y les opinions et on s’y perd.
Quelques liens, et à raison, émanant donc de gens qui provoquent des polémiques à gauche : Fourest et une conférence sur la laïcité, Daoud et son nouveau livre, un papier d’agoravox sur l’affaire Mehdi Meklat, Enthoven et son dernier article dans philo mag sur l’impiété et les fanatiques.
Les liens, c’est pour plus tard.
A bientôt pour reprendre notre débat. Promis, la prochaine fois, je te laisse parler et j’évite de gueuler comme Mélenchon. Bécots.
Débat sur l’école chez les Blasi (et avec les mains “ma che dici”)
“les profs de collège donnent trop de devoirs. Faut être un extraterrestre pour réussir à l’école de toute façon” Gianni, prof d’université agrégé. Hashtag cohérence
Un membre de ma famille, au demeurant fort sympathique que nous appellerons Gianni, docteur ES et agrégé, père de famille de deux enfants en âge d’être au collège, baignés depuis tout petits dans la lecture, la culture et le raisonnement, stimulés intellectuellement et préservés des problèmes d’argent, a pris la défense de la réforme du collège car c’était la seule mesure vraiment à gauche qui pouvait casser l’élitisme français, nourri par le prestige de ses grandes écoles et la rigueur méthodique de sa fameuse dissertation.
Son argument a été de dire que le système des options opérait une ségrégation entre les bons et les moins bons élèves et que la fabrique des élites passe par le bourrage de crâne avec des devoirs à la maison trop nombreux.
Argument pas nouveau pour ceux qui suivent un peu les problématiques éducatives qui clivent notre pays, ces dernières années.
“Les profs du collège de mes enfants (bon collège avec beaucoup d’enfants de classes socioprofessionnelles supérieures) donnent beaucoup trop de travail. Ils ne se rendent pas compte que quand les parents ne sont pas derrière leurs enfants, faute de temps, ces derniers sont défavorisés par rapport à ceux dont les parents font faire les devoirs en prenant le temps pour les faire car souvent leur profession le leur permet. Certains parents rentrent en effet trop tard et c’est comme ça que l’écart de résultats entre enfants suivis par parents / enfants non suivis, se creuse”
J’ai répondu que dans les collèges, rep ou au public moins favorisé socialement, les profs peuvent donner moins de travail car il n’est pas fait, que cela devient donc trop difficile de contrôler qui a fait le devoir et qui ne l’a pas fait et que dans les bons établissements, c’est souvent les parents qui demandent aux profs de donner à manger à leurs enfants. Si je me base sur ma - fort heureusement - rare expérience de collège - sinon, je démissionnais ou j’encastrais un élève dans le mur - (je n’aime pas les ados de 13-15 ans, désolée :-)), je dirais ceci : dans le collège de centre ville, je donnais pas mal de boulot (une inspectrice me l’avait d’ailleurs reproché “HAN NON MAIS ON ENSEIGNE PLUS COMME DANS LES ANNEES 60 !!!!”) et les parents étaient très contents du travail que j’avais fait faire à leurs enfants. Dans le collège REP +, je donnais quand même du travail mais avec une latitude de temps importante pour le faire. Les 2/3 le faisaient et pouvaient progresser. Et oui, c’est important de progresser, d’une part, ce n’est pas que dans le temps de classe qu’on peut y parvenir et d’autre part, la coopération et l’envie de l’élève constituent un préalable indispensable, et ce, même si le prof a fait des claquettes clownesques pour intéresser ses élèves et recevra pour cela les palmes académiques. Les 1/3 restant ne le faisaient pas et correspondaient souvent à des élèves chiants que tu étais content de voir absents quand ils l’étaient. C’est une réalité pas politiquement correcte mais les élèves perturbateurs (et c’est pareil en lycée) qui ne font strictement rien et sont parfois insidieusement et - on espère - inconsciemment couverts par l’institution “il n’est pas scolaire.”, “il a un problème avec les femmes, c’est comme ça”, “l’insolence, ça fait partie de votre métier, madame Blasi” (EUH, NON !), bref, ces élèves sont un frein au travail serein dans la bonne humeur, le respect et l’envie d’apprendre. L’injonction culpabilisante à devoir aider tous les élèves et spécifiquement ceux qui ont des difficultés notamment de comportement tend à se fissurer dans la mesure où ce sont toujours à ces élèves qu’il faut répéter 1000 fois la même chose ... En vain. Sans coopération, le prof aura beau tout essayer, ça sera chaud et on a tous nos moyens bien démagos pour s’attirer cette fameuse coopération. Avec certains, ça marchera jamais. Hélas.
Le second argument de Gianni a été de dire que si les profs sont majoritairement opposés à cette réforme, c’est qu’ils perdent les moyens de faire réussir leurs propres enfants. Les profs connaissent le système, savent que leurs enfants seront de meilleurs élèves en prenant les options latin, bilangue (classe euro) et cautionnent donc ce système de fabrication de l’élite au détriment d’une masse dont certains en lycée font montre d’un vocabulaire bien plus pauvre que les enfants de 12 ans, bourrés d’options.
J’ai répondu avec malice (oui, avec malice) que de toute façon, même si on enlève des leviers qui permettent de fabriquer une élite, celle-ci se formera quand même, grâce au bain culturel donné par des familles caractérisées par un bon niveau d’études, parfois (pas toujours) couplé à l’aisance financière, celle-ci se formera aussi par le privé ou grâce à des zones qui passent entre les mailles du filet des réformes comme par exemple, c’est étrange, l’académie de Paris, réussissant à maintenir beaucoup de sections bilangues cette année de rentrée en vigueur de la réforme ! J’ai continué en disant que les devoirs permettent d’avancer en dehors du temps scolaire, que, cette année, dans mon lycée zep, j’ai une classe avec des élèves de section euro et qu’ils sont curieux, intéressés et que ça fait du bien d’avoir des élèves sérieux. Ils ont été dans des classes à option bilangue dans leur collège rep et ont acquis une méthode, une curiosité, un goût pour la réflexion. Et, non, ce ne sont pas des extraterrestres et non, je ne les mets pas sous pression non plus. J’ai poursuivi en affirmant que les parents doivent aussi se préoccuper de la scolarité de leurs enfants sinon cela est irresponsable d’en faire. Malheur, que n’avais-je pas dit, moi qui en plus, n’en ai pas ! “TU PARLES COMME UN LIVRE. TU VERRAS SI TU EN AS !!!!)
On m’a alors accusée de sortir le discours du Snalc (syndicat pour agrégés totalement extrême dans ses vues, “tendance facho” pour ses détracteurs. Moi, je suis au Snes, syndicat majoritaire tendance gauche, qui me dit depuis deux ans, alors que j’ai envoyé un mail laissé sans réponse à l’inspection qui gère l’enseignement du théâtre qui se contrefiche totalement de mon sort de prof TZR qui voudrait bien aussi enseigner le théâtre grâce à son diplôme mais qui doit : “faites vous connaitre auprès de l’inspection qui s’occupe du théâtre” (la dimension ubuesque des arcanes bureaucratiques de l’éducation nationale vaudra la peine qu’on se penche un peu dessus. Cela peut être pathétiquement drôle) Bref, On m’a accusée d’adhérer au discours du nivellement par le bas, la démission scandaleuse des parents, l’effondrement du niveau, la perte de la culture de l’effort et du travail.
Gianni, pur produit de l’élite qui, s’il ne travaillait pas à l’université, pourrait très bien enseigner dans mon lycée, ferait le même métier que moi mais serait payé bien plus en ne faisant que 15 heures de cours au lieu de 18h de cours (on rappelle que le reste de temps est consacré à la gestion de certains conflits, à la préparation de cours et la correction de copies et que certaines semaines, on est loin des 35h), bénéficierait d’une meilleure considération que moi qui ai pu être définie par certains confrères comme une prof n’ayant “que” le capes (donc moins solide, donc moins intelligente, donc moins bonne prof blablabla), aurait la légitimité de demander les meilleures classes, qui juge de façon désobligeante les gens au seul prisme de l’intellect, n’a jamais enseigné dans les zones où les situations sociales sont compliquées, où les établissement peuvent être difficiles (et même trop pour pouvoir être épanoui en tant que prof), Gianni qui ne veut plus d’étudiants en AES car leur comportement est trop débile “des anciens STMG intenables et toujours dans la contestation”, qui méprise un de ses “étudiants” à la prépa Capes interne car ce prof de techno qui a l’envie de devenir prof de math ne répond pas aux exigences d’un sujet de capes interne de math et qu’il est donc “trop nul et mauvais prof”, Gianni m’accuse d’avaliser un fonctionnement élitiste, moi qui ai la cohérence de fustiger les modalités de recrutement des “meilleurs profs” du secondaire par l’agrégation qui reste le concours le plus symptomatique du bourrage de crâne formaliste pour bûcheurs bien scolaires qui savent rentrer dans des cases, moi dont la mère qui n’a pas le bac, n’a jamais dû être derrière moi, moi qui ai toujours bien marché à l’école mais qui ai décidé à 17 ans de ne pas choisir la voie toute tracée de l’élitisme scolaire !
Alors, on m’accuse d’être finalement un peu frustrée d’avoir un peu tout raté, de ne pas être agrégée et par compensation, de vouloir devenir plus royaliste que le roi, animée par cette volonté de faire partie d’un univers fantasmé qu’on aimerait atteindre. Et donc, d’être élitiste ! Cela serait une perte de temps de démontrer l’absence de pertinence de ces explications facilement démontables. Poursuivons donc !
Quel tissu de contradictions et de malhonnêteté ! Gianni dont les enfants ne seraient pas aussi bons à l’école s’il ne les avait pas élevé dans cette culture de la stimulation intellectuelle et même du résultat, qui tape sur les profs de collèges (collèges avec un public assez privilégié) parce qu’ils valident le système élitiste, Gianni qui, je le répète, n’a jamais enseigné dans des établissements difficiles où le niveau de certains élèves est alarmant et dépasse le stade de pouvoir en rire, Gianni qui, s’il habitait en zone d’éducation prioritaire (qui accessoirement est en train de disparaitre et tout le monde s’en fout alors que c’est la seule solution pour aider des élèves moins favorisés ... c’est peut-être l’information la plus essentielle de ce billet) serait le premier à dire que les profs sont nuls car ils ne donnent pas assez de travail et avancent mal dans le programme, qui mettrait alors très probablement ses enfants dans de meilleurs établissements, ceux-là mêmes où sont ses enfants mais que Gianni attaque pourtant de faire le jeu des inégalités scolaires en remplissant des têtes de connaissances avec trop de devoirs à la maison.
Gianni m’accuse donc d’être élitiste, moi qui ai été confronté au secondaire beaucoup plus que lui et qui sais un peu faire la différence entre bourrage de crâne et travail indispensable à fournir pour progresser, moi qui déteste la compétition, la hiérarchie, le snobisme social et le snobisme tout court d’ailleurs (culturel, financier...) !
Je crois que ce n’est pas en décidant théoriquement d’ôter les options pour bons élèves qu’on ira vers plus d’égalités des chances et que c’est avant tout
- un problème complexe de société : 1/ l’école n’est plus ce merveilleux tremplin pour réussir, quel que soit son milieu social. 2/ Le népotisme gangrène notre société et une aristocratie qui possède tout empêche une masse de les concurrencer. 3/ Avec cette obsession du travail et cette haine envers celui qui ne veut pas consacrer toute sa vie au travail, de plus en plus de parents travaillent plus pour gagner (pas) plus et ont moins de temps pour prendre part à la scolarité de leurs enfants. (enfin, perso, on m’a jamais dit “travaille” pour que je fasse mes devoirs et je n’étais pas particulièrement une enfant modèle)
- un problème social : le territoire, le spatial et le social se télescopent jusqu’à faire disparaitre une saine mixité.
- un problème de hiérarchie entre profs. De la primaire au lycée, le statut des enseignants reflète par excellence cette culture de l’élite “à la française” c’est à dire, un prof des écoles est moins savant qu’un prof de collège qui est moins savant (et donc moins respectable) qu’un prof de lycée. Ne parlons pas des profs d’université ! Je caricature un peu hein mais il serait de bon ton de rappeler qu’avant le gouvernement Jospin, les profs de lycées professionnels faisaient 21h de cours et étaient payés moins qu’un certifié. Aberrant ! Aujourdhui, le meilleur concours de recrutement de prof permettant d’être mieux payé pour effectuer le même métier, est pourtant à mille lieux de la réalité du terrain sauf le terrain des usines à élite comme les classes préparatoires aux grandes écoles où les profs transmettent leur savoir-faire d’anciens bûcheurs patentés qui savent ingurgiter et recracher du savoir pour être plus performants et donc mieux réussir. Je n’ai rien contre les classes prépas mais j’ai quelque chose contre l’incohérence et la malhonnêteté ! Car, les classes prépas ne disparaitront pas malgré la disparition des options pour bons élèves. Le système élitiste n’est donc pas près de cesser.
Mais ne confondons-nous pas élitisme et bases à donner pour à peu près réussir correctement dans sa vie ? C’est vrai, je considère qu’un élève qui réussit le concours d’infirmier n’est pas un raté par rapport à celui qui réussit médecine. Allez faire comprendre ça aux élitistes qui se cachent derrière les oripeaux hypocrites de l’égalitarisme.
De la même façon que l’opinion publique considère que réussir médecine, c’est mieux que réussir l’école d’infirmier, on continue à estimer qu’un bon prof de secondaire, ce n’est qu’un savant dans sa discipline. C’est faux ! On continue à porter aux nues les profs agrégés qui gagnent plus en travaillant moins qu’un certifié et qu’un prof des écoles. On continue à encourager les écoles prépas, vraies machines de guerre pour construire une armée de bataillons d’élite et dans le même temps, on veut supprimer les options, prétendument responsables de la disparité du niveau. Et ceux qui sont en haut de l’échelle de ce système pyramidal scolaire, qui ont déjà permis à leurs enfants d’effectuer 60% du chemin, fustigent ceux qui ont les mains dans le concret, la difficulté scolaire en les accusant d’être élitistes ! Le comble ! Alors qu’on cherche juste à donner à ces élèves des cartes en mains que leur environnement stricto sensu (et cela n’est pas le cas de toutes les familles. Les difficultés sociales ne vont pas toujours de pair avec les difficultés scolaires) n’est parfois pas toujours en mesure de leur donner. Par les devoirs, les moyens de progresser, les options, on rappelle que l’école est encore un espace où l’on apprend et grâce auquel on peut réussir dans sa vie.
Parenthèse : Alors, quelle logique extraire de cette double postulation contradictoire ? On veut réformer le collège pour tendre vers davantage d’égalités des chances et en même temps ne pas réformer le système élitiste des grandes écoles où l’endogamie se porte bien, ni les mode de recrutement de profs dont les attentes (loin de celles du terrain car on est prof avec ce qu’on a dans les tripes et pas strictement ce qui est dans la tête) confinent parfois au formatage le plus asséchant pourtant revendiquée comme la plus haute forme d’intelligence. Cette critique d’un système (c’est à la mode) n’est pas le symptôme de mon échec dans la mesure où seul autrui peut éventuellement croire que j’ai échoué dans mon parcours et mes études. Ce n’est pas non plus la traduction d’une aigreur car seuls les gens et leur perception du monde m’intéressent, qu’ils soient sans diplôme, agrégés, produits des grandes écoles ou de la rue (j’ai des amis sans diplôme, agrégés, produits des grandes écoles ou de la rue). C’est peut-être ça, la vraie curiosité, la pertinence et l’intelligence. Aller au delà des étiquettes qui nous hissent ou nous plombent. Fin de parenthèse
Et quand j’ai affirmé que l’école de la République était un espace où la religion n’avait pas sa place, on m’a traitée de serviteur du FN, parti d’extrême droite qui a habilement récupéré la notion de laïcité pour faire passer un discours discriminatoire anti immigrés. Cette seconde partie du débat est partie totalement en couille et résultat des courses, je suis vue désormais comme une prof frustrée*, ratée**, élitiste*** et facho¨¨¨¨.
Joie !
¨: insatiable, ça doit être pour ça. ;-)
** : Seul le regard de l’autre et le poids social font qu’on l’est
*** : Si faire progresser des élèves qui ont moins de chances que d’autres, c’est être élitiste, je le suis.
ACTE IV – L’âme pas forte - scène 1 et début de la scène 2
Jimmy, le narrateur, Malik, le personnage, Killian et le chœur sont là où les spectateurs les ont laissés à l’acte III. C’est à dire en plein travail afin de mettre au point un plan de sauvetage pour gagner le procès que la société des agrégés a intenté contre eux. Ça sent le labeur des heures passées à quêter la vérité, la transpiration des corps qui pensent pour sauver leur peau. Bref, ça rigole pas.
Scène 1 :
Jimmy : Bon, on va mettre en commun les gars ! On fait un point en examinant tour à tour les trouvailles de chacun. Le temps presse et il faut résoudre le problème au plus vite en abattant toutes les cartes de notre jeu à notre avantage. Je veux finir ce projet dont l’échec me coutera ma carrière.
Malik : Eh ça va, tranquille. Tu es juste un régisseur qui fait office de metteur en scène de substitution pour une pièce mineure. C’est pas comme si tu devais effacer les preuves qui te rattachent à un paradis fiscal, comme si tu avais fiscalement fraudé. Au pire, on te rappellera.
Jimmy : Non ! J’ai fait une promesse à l’autrice. On gagnera ce procès et on finira la pièce. Point barre.
Malik : Moi ce que j’en dis.
Jimmy : Alors, qui commence ?
Le personnage : Moi ! J’ai conçu un plan qui me semble efficace et simple en terme de réalisation. Killian fera le figurant et Malik s’occupera de la musique. Le fil conducteur de ma démarche ressortit à la séduction comme technique de persuasion.
Le narrateur : Mazette ! S’en remettre à de vieilles techniques d’orateurs romains, ça me plait ! Vous avez relu Ciceron pour élaborer votre travail ?
Le personnage : Hein ? C’est qui lui ?
Le narrateur : Mais enfin, Cicéron, le grand …
Jimmy : On n’a pas le temps d’écouter un cours de géométrie !
Le narrateur : De rhétorique !
Jimmy : Bref, en piste.
Le personnage file en coulisse pour se préparer, suivi par Malik. Killian monte en cabine régie.
Jimmy (au narrateur) : Je ne sais pas si c’est bien mais en tout cas, c’est pas carré !
Le narrateur : Plait-il ?
Jimmy : Si c’est rond, c’est pas carré (rire)
Le narrateur : Ah ! Ahah ! Décapant ! Après cette mise en scène, vous êtes prêt pour l’écriture de pièces de théâtre, Mon cher Jimmy.
Jimmy : Vous croyez ? Bah, ça me vient comme ça, vous savez !
Le narrateur : Jimmy, ne changez rien.
Jimmy a une envie pressante d’aller aux chiottes mais il se ravise, rattrapé par sa conscience professionnelle.
Jimmy, le narrateur et le chœur vont s’asseoir dans le public.
La musique se lance. C’est Too Funky de feu Georges Michael.
https://youtu.be/Os5KOvltVMY
Dès les premières basses qui suivent la glissade au piano, le personnage entre en scène et tient Killian en laisse. Comme dans un défilé de mode, le personnage se déhanche dans sa combinaison en skaï noir, juché sur des stilettos noir et rouge de 16 cm. Rouge pompier comme ses lèvres.
Son bassin exécute des huit langoureux de plus en plus rapides. Des à coups sensuels d’avant en derrière sont conjugués à des roulements de tête, le tout magnifié par une bouche légèrement entre ouverte. Le corps ondule jusqu’à l’émanation d’une chaleur étouffante et quasi toxique. Killian se met à quatre pattes de sorte que le personnage puisse le chevaucher en tapotant gracieusement ses fesses.
Le personnage se relève et hisse sa jambe droite sur le dos de Killian et l’écrase au sol par la seule force de son talon maléfique.
Danse de plus en plus « On fire » !
C’est alors que le personnage commence à ouvrir la fermeture éclair de sa combinaison pour libérer une poitrine comprimée par un push up.
Chaleur étouffante.
Malik (déboulant de la cabine régie) : STOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOP !!!!
Le personnage s’arrête en plein mouvement tandis que la musique continue à rendre la salle moite. Malik, très agité, remonte en cabine régie et appuie sur un bouton qui coupe Georges Michael.
Façon de parler.
Le personnage : Mais, c’était pas fini voyons ! Le mieux du clou allait venir ! Pffff !
Alors, vous en pensez quoi ?
Jimmy : Euh, ben, je, c’est,
Le narrateur : C’est …Tout en rondeur ! Si, c’est rond, en effet !
Malik (tout en redescendant vers la scène) : Non mais ça va pas ! C’est un procès. Pas un numéro de peep show ou un spectacle queer spécial nineties dans une discothèque.
Le personnage : Je ne te croyais pas aussi coincé Malik !
Le narrateur : C’est vrai, ça. Et puis, laisser aboutir chaque proposition jusqu’à son final serait la moindre des choses !
Malik : Nous devons faire montre d’un savoir faire rhétorique pour contrer chaque reproche que nos adversaires énonceront et pas se mettre à poil pour donner des vapeurs à ces éminentes personnes. Et puis, imagine s’il y a des femmes ?!? Hétérosexuelles ! La jalousie est bien peu garante d’un avis objectif. Bon, c’est probable qu’il y ait moins de femmes que d’hommes vu qu’on a affaire à des gens qui occupe de hautes responsabilités mais enfin ! Merde ! Se vautrer dans le racolage ne paraît pas la meilleure des solutions pour les baiser. Et puis, tu ne trouves pas que c’est un peu réducteur d’utiliser son corps pour obtenir quelque chose ?!?
Le personnage : Je fais ce que je veux ! Je suis une femme libre et je fais ce que je veux avec mon corps. Et ces gens, tout éminents qu’ils soient, n’en sont pas moins homme !
Le narrateur : C’est vrai, il faut laisser les femmes s’exprimer ! La femme est l’avenir de l’homme, ne l’oublions pas !
Malik : Ouais, surtout l’avenir de l’homme qui veut se rincer l’œil. Quelle tartufferie ! En tout cas, c’est pas ce qu’on nous demande. On est hors sujet là ! Il faut nous conformer aux attentes de ce jury. Inventio, dispositio, elocutio, actio ! Rigueur, et intelligence. Danser, oui mais avec les mots ! Des uppercuts verbaux ! Boxer la tête puis toucher le cœur et enfin faire dresser … les poils, procurer de l’émotion ! Commencer par la fin n’est pas une bonne idée même si je m’aperçois que j’ai moi aussi mis la charrue avant les bœufs dans ma proposition.
Le personnage : Je voulais juste être efficace. Le corps est inhérent à l’âme. Descartes nous a bien foutus dedans en dévalorisant le premier au profit de la seconde, omnipotente.
Killian : Descartes et les préceptes religieux !
Malik : Mais enfin, penser avec son corps, c’est bon pour les artistes, ces rebelles gauchistes !
Le personnage : Malik, on est inconciliablement différents.
Malik : Mais je déconne, put…
Jimmy : Bon, on va passer à une autre proposition ! Pas le temps pour la querelle du …
Le narrateur : Sid…érant !
Jimmy : Hein ?
Le narrateur : Non, je pensais à voix haute. La simple évocation de Descartes me fait replonger dans les affres de la dichotomie corps et esprit. Une question que je n’ai jamais pu résoudre.
Jimmy : J’avoue que j’avais jamais fait le rapprochement entre des cartes, le corps et l’esprit. Bref, au suivant !
Malik : Allez, moi !
Jimmy : T’as besoin de figurants ?
Malik : Non. Killian va balancer la musique et je joue mon plan « Gangsta paradiz »
Malik sort. Les autres vont dans le public.
Scène 2 :
La musique se lance C’est « Blues in Night » par Quincy Jones.
https://youtu.be/aFHPhsz3S1U
A 11 secondes, Malik jaillit de la coulisse, au fond, à jardin. Il est sapé !
L’élégance de Barack Obama dans le corps souple de Fred Astaire. Il exécute des pas de danse, tout en légèreté et soutenu par une canne de meneur de revue. Pas de bourré, pas chassé, claquettes, sauts gracieux … Ryan Gosling n’a qu’à bien se tenir ! Un pur numéro de comédie musicale en pleine prohibition américaine des années 20. A 1 min 55 secondes, le saxo s’emballe jusqu’aux hurlements aigus que Malik intègre à sa chorégraphie. Le public fait des WOUUUUUU WOUUUUU, des WAAAAAAA WAAAAAAAA, des HEAAAAAAAAYYYYYYY.
Jimmy : Super ma grande ! Tu m’as presque fait pleurer comme une femme putain !
Cabine régie :
Malik : Quel misogyne ce mec !
Killian : Lol !
Le narrateur (qui était assis dans le public pendant les scènes précédentes) : Moi, j’ai carrément pleurer comme un homme ! Parce que les sentiments universels, c’est pas une histoire de genre mais d’humanité !
Le personnage : Merci ! Je crois que j’ai essayé au mieux de traduire le doute, le déchirement, la perte métaphysique !
Jimmy : Euh, voilà, parfait ! Bon, on fait une petite pause et puis on reprend dans dix minutes !
Jimmy sort de scène et va aux chiottes
Cabine régie :
Malik : Pas facile ce dilemme.
Killian : Comme tous les dilemmes. Ta phrase est tellement tautologique !
Malik : Mais si j’ai envie d’insister sur la difficulté de ce choix, hein ? Si je dis que je monte en haut pour BIEN insister sur mon action afin de dissiper toute erreur d’interprétation, c’est mon droit !
Killian : Moi, je trouve que c’est mieux d’aller voir un hypnotiseur pour arrêter cette souffrance. On a qu’une vie. Elle est précieuse !
Malik : Moi, je trouve ça dommage et en plus, ça va, faut pas exagérer ! Faut juste apprendre à bidouiller un peu et à entrer dans un moule. C’est pas bien compliqué ce concours d’élite comme elle dit. Bref, choix regrettable pour ma part car cela rime avec un échec professionnel. Aujourd’hui, il vaut mieux réussir sa vie professionnelle que privée. La vie privée, ça rapporte pas de thunes.
Killian : Tu ne peux pas tout analyser par le prisme de l’argent !
Malik : Ça y est ! Le gaucho va nous faire son préchi-précha !
Killian : La réussite, c’est très relatif et je trouve que notre société accorde trop d’importance à la réussite sociale et tend à dénigrer le bonheur privé. Ou alors, il faut monétiser son bonheur pour qu’il soit valorisé.
Malik : Faut bouffer Killian ! Faut bouffer ! Et puis, ça va, le personnage qu’interprète le personnage a un boulot et en plus elle a l’air de vraiment l’aimer.
Killian : Au fait, ça en est où avec le personnage ?
Malik : Mal !
Killian : Merde, pourquoi ?
Malik : Je suis définitivement amoureux d’elle !
Killian : Hé hé ! C’est bon ça ! C’est beau !
Le narrateur, Jimmy et le personnage reviennent de pause et s’asseyent ou s’assoient à l’avant-scène. Le personnage fait un signe aguicheur à la cabine régie.
Le narrateur : Vous savez, j’ai pensé à quelque chose pendant que nous étions en pause et que chacun regardait son téléphone portable. J’ai fait un tour sur Instagram et une idée m’est venue.
Jimmy : Oui ?
Le personnage : Aïe !
Le narrateur : je me disais que nous pourrions créer un compte dédié à la pièce que nous sommes en train de jouer, enfin, de répéter. On prendrait des photos de répétition afin de montrer les différentes étapes d’avancement et j’écrirais une légende de quelques lignes comme un fil conducteur narratif pour accompagner les photos. Ainsi, nous démarcherions dans les parfaits codes du E commerce.
Le personnage : On n’est pas un commerce. On est de l’art !
Le narrateur : C’est pareil ! On deviendrait visible. Je suis tombé sur un compte réellement surprenant.
Jimmy : Montre !
Le narrateur : Bah non, il n’a aucun intérêt.
Jimmy : Tu veux prendre modèle sur un compte pourri ? Tu veux vraiment nous planter toi ! J’en peux plus !
Le narrateur : Mais non ! On doit s’adapter à la révolution numérique.
Le personnage : Après lui avoir cassé du sucre sur le dos à l’acte I ? On crache dans la soupe !
Le narrateur : On n’a plus le droit de mobiliser un semblant d’esprit critique désormais ?!? On n’a jamais cassé du sucre sur la révolution numérique dans son … entièreté. On a juste été circonspects en percevant le bullshit chez certains.
Le personnage : Attends ! Tu nous parles d’un compte Instagram sans intérêt et tu veux qu’on fasse pareil ? Quand c’est pour notre gueule, ça passe, on aime bien le bullshit et puis quand il s’agit des autres, c’est forcément inintéressant. C’est ça ? Deux poids deux mesures !
Le narrateur : Je n’ai jamais dit qu’il fallait nous calquer sur le compte en question mais nous approprier ce code pour s’amuser avec et nous rendre visibles.
Le personnage : Tu veux donc nous vendre … T’es comme les autres ! En fait, tu es prêt à faire du bullshit pour avoir des like et des vues. Monde de merde !
Ecran : « Monde de merde »
Le narrateur : On peut rien dire ici !
Jimmy : Fais voir ce compte.
Le narrateur tend son téléphone à Jimmy qui le prend dans sa main droite. Il regarde le compte en question.
Jimmy : Tu veux qu’on fasse comme cette instagrameuse, comment elle s’appelle … « alexandriane » qui raconte sa vie en faisant des posts de trois kilomètres de longs pour raconter ses vacances aux Etats-Unis, sa vie de working girl débordée, ses rendez-vous, ses coups entre amis, je veux dire, ses coups à boire, la vie de ses enfants, l’anniversaire de ses enfants qu’elle oublie car c’est une maman moderne ?!? Franchement, je ne te suis pas. Je m’y connais pas des masses en réseaux sociaux mais ça intéresse qui sérieusement ?
Le narrateur : Mais les gens veulent ça ! Ils sont attendris ou se reconnaissent ! C’est le coté « girl next door ». Nous, on serait la troupe « next door » !
Jimmy : Girl next door qui a les moyens alors ! Ma voisine, c’est pas le même standing !
Le personnage : Fais voir ? (Elle pianote sur le téléphone) Alors, qu’est-ce qu’elle nous raconte de beau ?... « Ce que je retiendrais de (destination lointaine de vacances) Les couchers de soleil, les coktails au bord de la piscine, les discussions au bar avec les mecs qui font le tour du monde, les pélicans et les poules bourrées qui boivent les fonds de cocktails sur la plage. La sensation d’avoir foulé le sol du paradis aussi, avec la bonne personne, au bon moment etc (car ce n’est pas fini) » Non mais sans déconner ? On dirait mon journal intime quand j’avais 16 ans. Sauf que moi, j’allais pas aux states mais en Bretagne. Entre 600 et 700 likes ? Non mais … Pourquoi ?
Le narrateur : Vous êtes vraiment réfractaires à toute innovation. C’est lassant ! Ou alors, vous êtes jaloux !
Le personnage : Je crois pas que l’autrice serait contente de voir qu’on fait de la merde avec sa pièce en racontant du vent sur Instagram … Quant à la jalousie, je préfère un bon jacuzzy perso !
Le narrateur : Mais ça plait aux jeunes et aux gens. Je crois de mémoire que la mère de l’autrice est une passionnée de Facebook et qu’elle partage des vidéos de chatons et de bébés toutes les heures.
Jimmy : J’ai quand même pas envie de prendre le risque de me mettre l’autrice à dos avec vos conneries ! Elle me fait peur cette femme ! Elle est si autoritaire ! Si elle était pas mariée avec un homme, j’aurais parié qu’elle était gouine.
Le personnage : Homosexuelle. Gouine, c’est péjoratif Jimmy. De rien ! Bon, je sais pas pour ton idée de compte Instagram. Dans un sens, tu as raison mais il faut forcément dire qu’on est tous heureux tout le temps et qu’on s’éclate tous comme des dingues ?
Le narrateur : Non mais tu fais un peu d’humour quand il y a des couilles dans les enchainements. Mais en fait, oui, tu mets en scène le bonheur de faire une pièce de théâtre en faisant des selfies et en prenant en photo les autres acteurs de la pièce en train de faire les imbéciles. Oui, c’est l’idée !
Jimmy : Tu en parleras avec l’autrice. Tu réussiras peut-être à la convaincre, qui sait ! Bon, faut reprendre la suite. Keskisspass maintenant ?
Jimmy fait des signes à la cabine régie.
Jimmy : Qu’est ce qu’ils font ces cons ? Et où j’ai mis ma feuille de route moi ? Ça m’a tout décontenancé cette histoire de compte Instagram.
Quand soudain,
QUAND SOUDAIN
QUAND
SOUDAIN
Scène 7 :
on entend quelqu’un (ou quelque chose #Fear) toquer à la porte tout en haut du théâtre. Jimmy, le narrateur, le personnage et le chœur (qui était en train de somnoler dans le public) sursautent. Malik et Killian sortent de la cabine régie, dégringolent les escaliers en panique pour rejoindre les autres. La troupe se serre comme une pelote de laine et vient se placer au centre de la scène. Un deuxième coup puis un troisième. De plus en plus fort !
Killian : C’est marrant. On forme un chœur … avec le chœur !
Malik : Hein ?
Killian : Laisse tomber !
Un quatrième coup vient faire vibrer la porte du haut du théâtre. La musique se lance.
C’est « Die Gotterdammerung - WWW 86d » de Wagner. Il faut l’écouter pendant ce Lazzi tragique !
Ou pour les amoureux des paysages, ce superbe clip !
https://youtu.be/xQTF_wq33oQ
Jimmy : C’est les huissiers ! Maman, je suis là !
Le narrateur : Qu’est-ce que vous racontez ? D’ailleurs, mon petit Jimmy, vous viendrez me parler de votre enfance un de ces quatre ! Je suis narrateur ET psychanalyste.
Le personnage : C’est Leyna. Je lui dois cent euros.
Malik : Tu sais, si t’as besoin d’argent, je suis là !
Jimmy : Non mais chut. (un temps) La porte s’ouvre !
La musique de Wagner continue.
Une voix : Une lettre de la société des agrégés.
Jimmy : La société désagrégée ? Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Descendez.
Un jeune garçon habillé comme Spirou descend vers la scène avec la lettre. A 1 min 27 (1 min 02 sur You Tube), la lettre est dans les mains de Jimmy. A 1 min 30 (1 min 05 sur YT), Jimmy ouvre la lettre. A 1 min 34 (1 min 08 sur YT), il la lit. A 1 min 35 (1 min 12 sur YT), il se tort de désespoir comme s’il venait d’apprendre une atroce nouvelle !
Chacun veut prendre la lettre pour accéder à son contenu. Jimmy court sur scène en décrivant un cercle. Il est suivi par les autres. Cela fait une belle chorégraphie. A 2 min 20 (à 1 min 54 sur YT), le narrateur parvient à prendre la lettre des mains de Jimmy. A 2 min 24 (à 1 min 59 sur YT), le narrateur se tort de douleur comme s’il venait d’apprendre une atroce nouvelle. Il chute au sol en tenant la lettre contre son cœur. Les autres essayent ou essaient (mettez-vous d’accord les grammariens) de le réanimer. Scène pathétique. La musique de Wagner envahit toujours le théâtre. Le chœur, toujours très pro, interprète une chorégraphie très émouvante. A 4 min 30 (à 3 min 44 sur YT), le personnage s’empare de la lettre. Aussitôt après avoir lu, elle se paralyse tandis que les cuivres se libèrent de toute leur rage contenue. A 4 min 48 (à 3 min 57 sur YT)), Malik lui arrache cette maudite lettre et dans un superbe ralenti, la brandit comme si c’était un os avec lequel il réussirait à exploser le crane d’un gnou en plein désert africain (Point cinéphilie numéro 3), Killian se hisse de tout son corps dans un sublime saut, digne des plus grands basketteurs pour attraper la lettre. Il attrape la lettre à 4 min 58 (à 4 min 17 sur YT). Il lit. Il place aussitôt sa main gauche sur son front, l’air abattu. Tous les acteurs de la pièce se tordent de douleur, accompagnés par la symphonie épique wagnérienne. Spectacle total !
A 6 min 19 (à 5 min 36 sur YT), la musique fait un scratch abrupt et s’arrête.
Malik et Killian : Et merde !
Jimmy : C’est une catastrophe !
Le personnage : Va falloir être forts !
Le narrateur : Je vais faire un thread sur le réseau. C’est scandaleux !
Nous pourrions arrêter l’acte III à cet instant, laissant le public dans l’incompréhension et la spéculation de tous les possibles à imaginer. Mais, on va quand même finir cet acte avec une ultime scène. Le suspense va se dissiper, nulle crainte !
Scène 8 :
Jimmy : Putain, ils nous collent un procès au cul !
Le narrateur : C’est incompréhensible ! Qui a bien pu mettre au courant cette société ?
Le personnage (lisant un bout de lettre) : « accusés donc mis en cause devant la cour d’Assises pour actes de malveillance visant à véhiculer une mauvaise image de notre société … En vertu de l’article blablabla … de notre responsabilité de protéger notre élite française Blablabla également porté plainte devant l’autorité judiciaire afin de déboucher sur des poursuites devant les juridictions répressives Blablabla d’une amende de blablabla et d’une peine blablabla criminels ! »
Malik : C’est grotesque !
Killian : Je dirais même plus …
Le personnage : C’est affreux ! Putain, j’aurais J.A.M.A.I.S dû accepter cette merde de pièce à la con !
Le narrateur : Calmez-vous ! On va se battre contre cette injustice !
Killian : Injustice ? On est en tort. On critique. On paye. C’est la loi.
Le narrateur : La liberté d’expression est morte ! Vive la liberté d’expression !
Jimmy : Mais qui a bien pu mettre au courant cette société ?
Le personnage : C’est simple. C’est quelqu’un qui a fuité. Pour le savoir, il convient de déterminer qui était là au début de la pièce et qui a disparu ?
Malik, Killian, Jimmy, le narrateur, Le chœur : Le coryphée !!!!
Le personnage : Le coryphée ! Il nous a balancés. Le salaud !
Jimmy : Quelle pute !
Le narrateur : Malotru(e) !
Killian : Le délateur !
Malik : Bon, on va pas décliner tous les jolis noms d’oiseau de ce putain de coryphée. On doit agir. Et vite. Il nous faut un plan. Et solide ! (Il sort un cigare de sa poche et le met en bouche)
Jimmy : J’ai un plan !
Chacun se regarde, l’air dubitatif et peu convaincu.
Jimmy : Vous m’avez fait confiance depuis le début. Vous n’allez pas me lâcher devant l’adversité ?
Malik : Vazy, dis-nous ton plan. L’autrice ne doit certainement pas avoir vent de ce coup de théâtre qui nous met dans la merde. On t’écoute Jimmy ! On n’a pas le temps de faire les fines bouches.
Jimmy : On va réfléchir chacun de notre côté à un plan et puis on mutualise nos propositions. Nos cinq cerveaux plus celui des huit membres du chœur, c’est toujours mieux qu’un seul.
Malik : Tu nous proposes donc un plan qui consiste à ce que chacun trouve un plan. T’es malin comme mec toi !
Jimmy : On se prend le temps de la transition entre l’acte III et l’acte IV pour réfléchir, mettre en commun, choisir le meilleur plan, peut-être issu d’un mélange de toutes nos idées, on met le plan en plan et puis on l’exécute sans aucune autre forme de procès !
Le narrateur : Excusez-moi mais le procès, nous n’y échapperons pas !
Killian : L’acte IV risque d’être …
Malik : Eloquent !
Jimmy : Ah oui et pour nous aider, on choisit une chanson chacun qui est en accord parfait avec notre plan pour contrer l’ennemi.
Malik : Non mais ça va bien avec tes idées de colo ?!? On est pas en classes rousses mec !
Le personnage : Allez, on n’a pas le temps de s’engueuler.
Le choeur va chercher une grande table en coulisse, l’installe en plein milieu de la scène. Il va chercher le nombre de chaises nécessaire. Chaque acteur de la pièce s’ass …, pose son derrière sur une chaise. Du papier et des stylos jonchent la table.
Jimmy : Ah oui, et toi, l’écran, tu fais partie de la troupe alors on compte sur toi !
Les acteurs plongent dans les gouffres obscurs de la recherche d’un plan dans le but de gagner un procès et de réussir à finir leur pièce.
FIN de l’acte III avec les deux dernières minutes de « Parsifal / Act 3 » de Wagner.
Le personnage entre en scène. Il lit ses fiches de travail en attendant une amie. Il lit ses fiches de travail dans le métro, dans la file d’attente au supermarché, dans l’attente du bus, dans l’attente de l’heure limite pour aller dormir avant que le seuil des quatre heures de sommeil restantes ne soit dépassé et que le compte à rebours ne s’enclenche, dans l’attente des gens avec qui il a rendez-vous. Tout le temps. Partout. Tous les jours. L’écran projette des images du personnage lisant ses fiches dans tous les moments d’attente évoqués ci-dessus. Le public doit être en pleine catharsis : on plaint le personnage qui travaille aussi dur et il nous fait peur de travailler autant. Pitié et terreur ! On nage en pleine tragédie !
Quand soudain, à 41 secondes, la musique se lance
C’est « soul sacrifice » de Santana extrait de l’album Deluxe - Jingo
L’amie (le/la même comédien(ne) que dans la scène 7 de l’acte I mais habillée en fille) entre en scène par cour et se dirige vers le personnage. Deux chaises ont été installées par le chœur pendant la diffusion de la musique de Santana. L’amie et le personnage s’assoient ou s’asseyent.
Amie : Alors warrior ? Comment ça va ? Tu tiens le choc ?
Le personnage : Je fais semblant de comprendre un illustre auteur du 16 ème siècle, je redécouvre un auteur que j’aime beaucoup, j’essaye d’apprendre par cœur la structure d’œuvres patrimoniales dont deux font plus de 500 pages et c’est donc humainement impossible de « s’approprier l’œuvre », je lis des ouvrages écrits par des gens qui écrivent tous pareil, je fais des fiches thématiques de citations, j’essaye d’apprendre par cœur ces citations, j’use un stabilos rose, vert ou orange par jour, je ne retiens pas mes citations consignées dans des fiches dans le but de les retenir par cœur, j’essaye d’apprendre la grammaire comme par exemple tous les différents emplois du QUE. Savais-tu d’ailleurs que dans « je ne mange que du poisson », le que est appelé morphème de négation explétive ? Et dans « il pleut tellement que je suis resté chez moi », le que est un morphème de système corrélatif. J’essaye de retenir que dans les groupes prépositionnels successifs, on peut avoir des phénomènes de récursivité. En fait, c’est tout con, ça veut dire que la phrase est constituée d’une cascade de compléments du nom comme dans « Paul souhaite la construction d’un pont (1) pour le passage (2) de sa voiture (3). J’apprends les propriétés syntaxiques des constituants d’un groupe verbal mais ce, quand j’ai fini de vraiment bosser. La grammaire, c’est le soir avant de me coucher, dans le bain, aux chiottes. C’est la détente comme la relecture des œuvres. Il faut lire les œuvres du programme au moins quatre fois. Au moins. Le savais-tu ? Il faut « s’approprier » les 15 mille œuvres du programme. Tu le savais ? Et puis, j’essaye ou j’essaie de faire des dissertations. Savais-tu qu’il fallait découper chacune de tes trois grandes parties en trois parties elles-mêmes divisées en trois ? C’est la règle. Il faut s’y conformer. Je lis des analyses émises par des gens brillants qui font montre de leur savoir stylistique en expliquant en un paragraphe de quinze lignes ce qui pourrait être dit en deux. Je lis des analyses auxquelles je ne comprends pas grand chose et qui me paraissent parfois vaines. Par exemple, celle-ci
Le personnage fait un signe du doigt à l’écran. Lui et l’amie lisent sur l’écran.
Ecran :
“Le jeu des datations, renforcé par celui des localisations, des dédicaces et des recours à des titres rhématiques, qui mettent l’accent sur la nature des poèmes plutôt que sur leurs contenus, désigne l’ensemble de ces pièces comme circonstancielles et doit faciliter les recherches de celui que Mallarmé appelait (parlant de lui-même) le « scholiaste futur ». La progressive concentration et la dynamique qu’on vient de mettre en évidence peuvent être rapportées à la démarche de qui, puisant dans ses tiroirs, dans sa malle et ses portefeuilles, rassemble un choix, une anthologie de pièces anciennes qu’il met en jeu et en perspective, qu’il reprend, commente et poursuit, en indiquant sa mire (le point qu’il vise). Rappelez-vous bien aussi qu’il complète..”.
Le personnage : Ou celle-ci …
Ecran :
“L’heure n’est plus aux quatrains heptasyllabique et octosyllabique de la bucolique et de l’élégie, la strophe s’est amplifiée, elle s’est élargie au sizain tripartite coué que l’auteur exploite comme la forme appropriée à l’interrogation métaphysique. Il s’ensuit que c’est l’alexandrin qui domine désormais, puisque la strophe lyrique se détache toujours de suites de distiques organisés à la façon de paragraphe ; avec les alexandrins se multiplient aussi les possibilités de variations accentuelles et par conséquent l’imposition de ce rythme puissant, qui forme la signature de Hugo et qui est la marque d’un dépassement des anciennes postures lyriques : poésie de l’aube naissante avant l’aurore prochaine”
Le personnage : Ou celle-ci ...
Ecran :
“Ce n’est pas un cas unique dans l’œuvre de cet auteur mais je relève qu’elle a une forme de basse continue qui est la suite de distiques à rimes plates, très assouplie par des sauts et des brisures de vers. Je pense que cette basse continue, qui fait office de fond sur lequel se détachent les strophes marquées, vaut pour une prose affinée. L’auteur semble travailler à grande échelle quand il saute une ligne ou casse un vers dans une suite continue, quand il procède à des divisions de longueurs variées (quelque chose comme des laisses), quand il fait alterner des formules de strophes différentes, quand il associe dans un même texte des formules distinctes. Grandes masses avec brisures internes, liberté, souplesse.
Sur la basse continue des suites de rimes plates se détache en effet le chant, ce que Banville appelle « l’ode » (en pensant certainement à Ronsard) et qui a pour marque le recours à la strophe, typographiquement marquée par des blancs et souvent hétérométrique, comme si le lyrisme se détachait visiblement d’une autre matière et que Hugo tendait à rendre visible ce détachement. Le lyrisme s’élaborerait-il de la sorte sous nos yeux ?
Préférence nette, dans les strophes, pour l’alternance ; très rarement plus de deux vers pour une rime ; pas de formules « unisonantes » ; pas de rimes « estramps » (c’est-à- dire de rimes de strophe à strophe du type ababc dedec. Les strophes sont donc nettement séparées.
Les formules à rimes embrassées sont rares dans les quatrains (ce qui n’est pas propre à l’auteur) et communes dans les sizains « métaphysiques » si on les note abba cc (ce qui se discute ; c’est le choix de Cornulier mais je préfère abb ccb, qui met en valeur leur qualité de quatrains augmentés).
Un respect absolu de l’alternance entre masculin et féminin, toujours continue (au lieu de se limiter à l’échelle des strophes) et généralement doublée d’une alternance entre terminaisons vocaliques et terminaisons consonantiques. Le plus souvent, l’ouverture est féminine et la clôture masculine (ce qui est classique ; une fermeture féminine passe pour « molle », aux yeux de Banville par exemple, hum... ; la clôture masculine est plus nette, elle ferme mieux). Je précise qu’on appelle strophe féminine une strophe qui se termine par une rime féminine.
l’alternance entre les douzains et les septains produit un effet de ab ab fortement augmenté (à l’échelle des strophes et non plus des vers). A l’intérieur, le système est celui de l’augmentation dans la variation puisque ab ab ccd eed et ab ab ccb – élargissement des octosyllabes aux alexandrins, mais réduction du douzain au septain. La formule ccd eed (celle du sizain) est un ab ab augmenté tandis que ccb fait néanmoins changer de registre. Il me semble que tout ensemble, l’auteur éloigne le moment de la résolution harmonique (d’autant plus que ses phrases sont très longues et dépassent les strophes) et qu’il met littéralement en jeu ce qui pourrait être regardé ici comme la grande rime de l’étoile et du feu du pâtre...”
Le personnage : Ou encore ç…
L’amie s’évanouit sans laisser le personnage finir sa réplique. Le personnage accourt en sa direction pour lui porter secours. Il tapote alternativement ses joues et lui fait du bouche à bouche. L’amie se reveille.
L’amie : Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai trouvé ça chiant et paf, je me suis sentie mal. Bizarre.
Le personnage : Ah oui. Vraiment bizarre. Petite nature va !
L’amie : Et ça ne te fait pas ça, à toi ?
Le personnage : Non.
Ecran (à l’insu du plein gré du personnage et de son amie) : “pas encore”
Le personnage : Tu sais. C’est pour la bonne cause : dans le secondaire, tu es mieux payée, mieux considérée. Investissement pour gagner la légitimité. Tu sais, aujourd’hui, il y a des tas de personnes qui ne sont pas entendues car elles ne sont pas légitimes pour la société.
L’amie : Pourtant, certains le sont trop, écoutés, alors que je ne les trouve pas du tout légitimes, moi. Va comprendre !
Le personnage : Moi, j’ai du respect pour notre élite. J’ai du respect pour les bêtes à concours parce qu’ils concourent à être bêtes.
L’amie : Comment ça ?
Le personnage : La pensée savante grégaire. La pensée et la forme qu’il faut. Rien qui dépasse. Un beau jardin classique à la française ! C’est un talent de savoir recracher comme il faut, sans vomir et en foutre partout ! J’ai tellement d’admiration pour ces têtes bien pleines et donc bien faites.
L’amie : Moi, j’en ai toujours foutu partout.
Le personnage : Moi, je me suis souvent adaptée. Mais, en approchant de la quarantaine, je suis moins …plastique (elle mime une tige qui se tort dans tous les sens avant de se raidir comme ce fameux i de la justice ou comme la mamie bourgeoise et son balai dans le cul)
L’amie : Et donc, tu sauras plein de choses et tu feras évanouir tes élèves (rire) ? Ne recommence jamais ça avec moi par contre, par pitié ! Je suis fragile. Mais au fait, ça te plait de connaître des trucs qui ne servent à rien ?
Le personnage : je ne lis plus les livres que j’ai moi même choisis. Je n’ai pas le temps. Je ne lis plus d’ailleurs, à part les œuvres au programme que je relis à l’envi sans les retenir. Je n’écris plus sur ce qui me chante. Je n’ai pas le temps. Je n’écris plus d’ailleurs, à part « des fiches de révision » que je ne mémorise pas. Je me formate à aimer ce que je trouve très ennuyeux. Je ne m’intéresse plus au monde qui m’entoure. Je n’ai pas le temps. Je me surprends à détester la littérature, moi qui y trouvais des réponses ou des fenêtres pour s’évader. Je ne regarde plus les gens. Je n’ai pas le temps. Je n’observe plus les gens à la terrasse des cafés. Je n’ai pas le temps. Je n’écoute plus les conversations des gens. Je n’ai pas le temps. Je ne me promène plus, cahier en main, pour enregistrer les petits films de la vie quotidienne. Je n’ai pas le temps. Je ne travaille plus mes séquences de cours, à la recherche d’un livre à faire étudier aux élèves. Je n’ai pas le temps. Je ressors mes cours de l’an passé. Je corrige mes copies pendant mon seul moment de libre, le samedi soir. Je n’écoute plus de musique. Je ne dors plus. Je n’ai pas le temps. Je ne rêve plus. Je n’ai pas le temps. Je me sens vide, vidée. Je me sens pleine, prête à vomir. J’apprends à écrire comme il faut, sans « métaphores étranges » comme m’a fait remarqué une prof. Sans succès. Je ne vis plus. Je n’ai pas le temps. Ça ne me plait pas. Je n’ai pas le choix.
L’amie : Hein ? Pas le choix ?
Le personnage (continuant sa tirade comme si elle n’avait pas entendu la question rhétorique de son amie) : Je ne suis plus moi-même. Je n’ai plus le temps. Je ne prends plus soin de moi. Je n’ai plus le temps bordel ! Je ne prends plus soin de mon mari adoré. Je n’ai vraiment plus le temps putain ! Je n’ai plus le temps d’aimer, sentir, créer, manger, rire (elle sourit), faire la fête, profiter, vivre, vivre, vivre, dormir, rêver peut-être, rire (elle rit), vivre, rire (elle rit fort), vivre, rire (elle rit très fort. Limite inquiétant). Je lis, je bosse, je stabilote, j’essaye de retenir par cœur, je travaille le dimanche de midi à 21h. Je ne retiens rien par cœur. Je n’ai plus le t… Je n’ai plus la place ! Je suis Atlas aux pieds d’argile ! Je suis pressée, pressée, pressée, press…
L’amie : de mourir ?
Le personnage : Hein ?
L’amie : Tu es pressée de mourir ?
Le personnage : Non pourquoi pourquoi tu dis ça comme ça tout d’un coup tu dis « tu es pressée de mourir » pourquoi tu dis ça « tu es pressée de mourir » dis moi pourquoi tu dis ça comme ça d’un coup tu dis « tu es pressée de mourir (style moderne sans ponctuation, notez)
L’amie (la coupant) : Tu n’as plus le temps de rien. Tu n’as plus le temps de vivre. Ça veut donc dire que tu es pressée de mourir.
Le personnage : Euh ? Non. Je me sacrifie pour, pour, pour …
L’amie : Combler ton égo et ton compte en banque.
Le personnage : Euh ? Non. Je me sacrifie pour, pour, pour …
L’amie : Te sentir accepter par tes pairs.
Le personnage : Euh ? Non. J’ai jamais vraiment été très sensible à ça. Je me sacrifie pour, pour, pour … Pourquoi je me sacrifie ? Pourquoi je me fais chier à me sacrifier ?
L’amie : Tu es folle !
Le personnage : Je m’adapte au monde.
L’amie : Tu t’y conformes. C’est bien différent.
Le personnage : Je sais que je ne sais pas.
L’amie : Tu dois sans doute avoir des raisons …
Le personnage : Que ma raison ignore.
L’amie : Ce n’est pas raisonnable.
Le personnage : Pourtant, cette démarche a été raisonnée.
L’amie : Toute raison gardée, tu es folle !
Le personnage : Je suis en quête du graal. Perceval, c’est moi !
L’amie : Cette femme est folle ! Tu es folle ! Perceval est un pauvre con de petit chevalier de merde qui se plante du début à la fin. Redeviens toi-même et reste authentique comme disent les psy des émissions de télé réalité.
Le personnage : Je suis perdue ! Je peux mourir demain.
L’amie : Non pourquoi pourquoi tu dis ça comme ça tout d’un coup tu dis « tu peux mourir demain » pourquoi tu dis ça « tu peux mourir demain » dis moi pourquoi tu dis ça comme ça d’un coup tu dis « tu peux mourir demain » (style moderne sans ponctuation, notez)
Le personnage : Parce qu’on peut tous mourir demain. Bon, écoute. J’ai besoin de me retrouver seule. Je dois faire un monologue délibératif pour peser le pour et le contre et savoir pourquoi je me sacrifie et si ça en vaut la peine ou pas. Merci d’être passée. Tu es mon amie mais là, j’ai besoin d’être seule, merci, salut.
L’amie lui fait une bise et sort de scène à jardin.
Scène 5 :
Le personnage se retrouve seul sur scène. Une bite suspendue à un fil descend depuis les cintres et vient se poser dans la main gauche du personnage.
Jimmy : Mais ?!?! Non. Y’a noté « crâne shakespearien » sur la feuille de route ! Qu’est-ce que c’est que …
Cabine régie
Malik : Genre, Jimmy, il a jamais vu de bite
Killian : Lol !
Jimmy : Putain, qui est le petit malin qui a mis une bite à la place du crâne ?!? J’appelle de suite le chef accessoiriste !
Jimmy cherche son téléphone dans sa poche.
Cabine régie :
Malik : J’appelle « tout de suite ». Rhaaaa, ça m’énerve. Le chef accessoiriste, c’est toi ducon ! Ce mec est taré !
Killian : C’est un refoulé. J’espère que sa petite histoire avec le coryphée va lui permettre de se détendre. D’ailleurs, il est où celui-là. Ça fait trop longtemps qu’on ne l’a pas vu.
Malik : J’en sais rien mais le Jimmy, il a pas intérêt à nous accuser.
Jimmy : Je parie que c’est un coup de nos Fizeau de la lumière et nos Rutherford du son !
Cabine régie :
Malik : Ah, tu vois ! Tellement prévisible. Le con !
Killian : Je croyais que t’aimais bien Jimmy ?
Malik : Tu m’emmerdes avec tes questions. Je l’aime bien mais je le traite de con. C’est mon droit !
Le personnage tient toujours la bite dans sa main gauche.
Le personnage : Putain, j’ai trop bien senti la scène 4. J’étais trop dedans, pénétrée ! Prête à délibérer en stances ! Vous faites chier avec vos blagues de carabin ! Ça m’a coupé dans mon élan. J’ai besoin d’une pause clope ! Je vais me retirer.
Le personnage lâche la bite.
Jimmy : De quoi ? Mais putain, qui a fait ça ? Qui est de mèche dans ce coup de bite ?
Soudain, Jimmy semble être traversé par une fulgurance.
L’écran la traduit en images.
Le coryphée et Jimmy dansent et jouent au chat et à la souris sur les échafaudages cachés par le rideau rouge de la scène. On les voit rire, s’attraper, s’embrasser, faire des messes basses, rire, montrer l’accessoire shakespearien, rire… Jimmy fait un signe à l’écran pour stopper le petit film muet.
Jimmy : Allez, on enchaine. On retrouvera ce putain de crâne plus tard. Fais comme si de rien n’était et balance tes stances, le personnage. Scène 5 !!!! On reprend !
Le personnage reprend la bite en main. Elle la regarde tel Hamlet méditant sur son destin.
Le personnage :
Etre soi-même ou ne pas être soi-même.
Telle est la question !
Ecrasé par un poids qui m’écoeure
D'une petite remise en question pourtant pas mortelle,
Misérable étudiante vers un but pas du tout rebelle,
mais “malheureux objet” d'une chiante rigueur,
Je suis face à un dilemme qui me tue
Et je cède au chagrin. Ça pue.
Si près de voir mon travail récompensé,
Ô Sapience, “l'étrange peine !”
Mon âme insensée dans le gouffre est tombée
Elle s’est vivante toute enterrée
En tombant a trébuché sur un os
Que je me sens bien las !
Contre mon propre honneur, ma raison dit “laisse tomber”
Mais il faut réussir ce qu’on a commencé même à coup de crosse
Tous mes plaisirs sont éteints. Tout ça pour une gloire et un vernis.
Préparer ce gavage me rend malheureux, Tout lâcher indigne de la vie
“Digne ennemi de mon plus grand bonheur,”
Je me complique la vie qui dure à peine une heure.
Je vais me jeter, hip, sous un métro
Car choisir, hop, pour moi, c’est trop !
Sauf que mon mari serait triste et n’a rien demandé
Mon âme suicidée doit être désenvoutée
Je vais prendre rendez-vous avec un hypnotiseur
Et je retrouverai enfin ma vie d’avant ce petit malheur
Courons appeler cette personne
Pour arrêter de fumer, ça avait marché
La vie bouillonne en moi, je serais bien conne
Si je continuais le massacre mais je dois être aidée !
Le personnage sort son téléphone.
Le personnage : Allo ? Oui, bonjour. Je vous appelle pour un rendez-vous urgent. J’aurais besoin d’arrêter de préparer un concours d’élite qui me donne beaucoup de prestance en société et sur les plateaux télé mais qui m’use vraiment la santé. Je suis vraiment motivée pour arrêter mais dès que je suis en société, je replonge ! J’ai de la volonté mais j’ai besoin de vos soins, monsieur l’hypnotiseur !