Je voulais discuter de l’Identité avec vous, je ne sais pas si cela vous touche, vous intéresse, mais j’ai besoin d’en parler.
Dans l’actualité, dans les débats, dans les journaux, dans les médias, on parle souvent d’ « identité française », on discute et on débat de l’immigration, des immigrés, des enfants d’immigrés, des jeunes qui sont français mais se sentent étrangers. Et je fais partie de ces jeunes qui ont des grands-parents qui sont venus se réfugier en France. Ils ont vu la France comme une terre de paix, un eldorado, une façon de survivre. Mon grand-père a combattu pour la France lors de la guerre d’Algérie, car il souhaitait que son pays, l’Algérie reste un département français. Il voulait rester un français algérien, un algérien français. La guerre s’est terminée, et les algériens ne voulaient pas de « traîtres » sur leur territoire. Alors mon grand-père s’est réfugié à Marseille, puis à Béziers. Ma grand-mère l’a suivi avec ses deux aînés. Ils déménagent alors à Bordeaux. Ils refusent les aides françaises qui leur proposent des foyers, des habitations dans des HLM. Ils se débrouillent, galèrent, n’ont pas d’argent pour vivre convenablement mais refusent d’être entassés et être mis à l’écart entre harquis. Ils se mélangent, apprennent le français grâce à des voisins et amis bienveillants. Ils deviennent français. Leurs enfants sont scolarisés. Ils enchaînent les boulots dans les vignes, les champs. Ils sont rejetés à plusieurs reprises, mais ils sont forts et fiers d’avoir combattus pour la France, d’être ici et d’être des français d’origine algérienne.
Alors voilà, je suis petite-fille de grands-parents algériens, je suis la fille de deux parents nés en France. Je suis née en France. Et pourtant, on essaie de nous mettre dans des cases. Aux yeux des autres, aux yeux de la société, nous sommes des enfants, des petits-enfants de harquis, d’algériens, d’étrangers. Je suis fière et heureuse d’être la petite-fille d’un couple qui s’est battu pour mon pays, d’être d’origine algérienne, d’être une descendante de deux pays magnifiques et riches en culture, en sourires, en larmes, en histoire. Sauf qu’en France, on me montre du doigt comme algérienne et en Algérie, on me montre du doigt comme française. Alors, qui suis-je ? Qui veut de moi ? Je me sens entièrement française, j’aime notre culture, nos écrivains, nos musiciens, notre histoire, nos personnages historiques, nos révolutionnaires, nos soldats, nos résistants, nos sportifs, nos footballeurs, nos coureurs, nos nageurs, notre géographie, nos paysages, nos églises, nos châteaux, nos fleuves, nos ponts, notre architecture et notre diversité. Je suis fière d’être française.
Mais pourquoi tout le monde veut toujours considérer chaque français comme « d’origine » ? Pourquoi lorsqu’il y a un attentat, un crime, un fait-divers, on précise « marocain », « tunisien », « algérien », « belge », « allemand », « portugais », etc…? Alors qu’ils sont pour une grande partie naturalisés et ont leurs papiers français ? Pourquoi faire des débats sur la double nationalité alors que chacune de ces personnes sont fières d’être et français et anglais, et américain, et algérien, et chinois, et sénégalais, et brésilien… ? Pourquoi basez-vous vos politiques sur la différence alors qu’on est tous français ? Tous heureux d’être français, tous fiers d’être dans le pays des Droits de l’Homme, tous ravis d’avoir des droits. Et si être français doit vouloir dire être divisés, alors je n’ai rien compris, alors je ne suis pas née dans le même pays que vous. La France est le pays de la mixité, la France est le pays de l’ouverture. La France est le pays qui a ouvert ses portes depuis toujours aux personnes qui cherchaient un eldorado et la France leur a permis d’être soignés, d’être nourris, d’être logés, d’être considérés comme des Hommes et comme des Femmes. La France est le pays de la laïcité, alors pourquoi faire tant de débats sur le voile et le Burkini ?
Soyez français. Soyez fiers d’être né français d’origine. Mais soyez français. Véritables français, c’est-à-dire, égaux, libres et fraternels.
Je ne souhaite plus qu’on me voit algérienne en France, je souhaite qu’on me voit Ylva, française, avec des parents français et des grands-parents français nés en Algérie. Je suis française.
La question de l’Identité est une question rhétorique finalement. Car nous sommes peut-être une génération de petits-enfants ou d’enfants de français nés à l’étranger, mais nous sommes avant tout français. Et le seul moment où nous nous sentons plus français, c’est dans le regard des autres. Puisqu’à l’école, dans les musées, dans les vignes, dans les villes, dans les compétitions sportives, dans la création, nous sommes français. Nous sommes français.
C’est de la faute de cette question d’Identité que des jeunes qui jusqu’ici étaient ravis d’être français, d’être dans ce pays riche d’histoire et d’amour, se sentent rejetés, mis à l’écart, enfermés dans des banlieues que l’on ne veut pas aider, refusés par certains employeurs car ils ont un prénom étranger…, je pourrais exposer mille problèmes qui vous connaissez déjà. Mais qui sont ces gens pour nous dire qui nous sommes ?
Ne posez plus cette question d’Identité.
Nous sommes tous français et tous fiers. Peu importe nos origines, nos religions, notre orientation sexuelle, notre couleur de peau, notre milieu social et toutes nos différences qui font de la France, ce pays si multiculturel, si ouvert, si beau, si fraternel.
Soyons français ensemble.