Ce matin en allumant mon poste radio pour écouter Matin Première, comme tous les matins, l’effroi m’a saisi à l’écoute du reportage de Françoise Wallemacq sur la Syrie. Je savais…
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Ce matin en allumant mon poste radio pour écouter Matin Première, comme tous les matins, l’effroi m’a saisi à l’écoute du reportage de Françoise Wallemacq sur la Syrie. Je savais…
par Thomas Frank (Le Monde diplomatique, décembre 2016) // Jamais la presse américaine n'avait aussi ouvertement pris parti dans une élection. Mois après mois, elle s'est employée à discréditer tous les candidats qui lui déplaisaient, à commencer par le sénateur « socialiste » du Vermont Bernie Sanders, concurrent de Mme Hillary Clinton lors de la primaire démocrate.
Tous les médias américains se sont pourtant rangés derrière elle avec un unanimisme et un enthousiasme inédits — par aversion pour M. Trump, et parce que « Hillary » partageait leur idéologie de l’« expertise » et de la « compétence ». Les commentateurs se sont employés à convaincre les lecteurs de les suivre sur ce chemin. En « une » de son édition du 7 août, le New York Times estimait ainsi que, cette fois, les journalistes devaient « se débarrasser du manuel que le journalisme américain utilisait [jusqu’à présent] » et prendre parti — pour Mme Clinton.
par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, décembre 2016) // Les Américains n'ont pas seulement élu un président sans expérience politique : ils ont également ignoré l'avis de l'écrasante majorité des journalistes, des artistes, des experts, des universitaires. Le choix en faveur de M. Donald Trump étant souvent lié au niveau d'instruction des électeurs, certains démocrates reprochent à leurs concitoyens de ne pas être assez cultivés.
À quoi bon soulever une objection, signaler par exemple que M. Obama, qui enseigna le droit à l’université de Chicago, fut néanmoins élu et réélu grâce au vote de millions d’individus peu ou pas diplômés, que nombre de brillants esprits frais émoulus de Harvard, Stanford, Yale ont successivement pensé la guerre du Vietnam, préparé l’invasion de l’Irak, créé les conditions de la crise financière du siècle (4) ? Au fond, une analyse du scrutin américain conduisant à se défier du manque de jugement du peuple a pour principal intérêt de refléter l’humeur du temps, et pour principal avantage de conforter le sentiment de supériorité de la personne forcément cultivée qui la lira. Mais elle comporte un risque politique : en temps de crise, le « racisme de l’intelligence », qui entend privilégier le règne de la méritocratie, des gens bien éduqués, des experts, fait souvent le lit des hommes à poigne, plus soucieux d’embrigadement que d’instruction.
Fin novembre, Julien Brygo et Nina Faure étaient invités par une école de journalisme de Montpellier à présenter leur Quatre Petits Films contre le grand capital et à débattre de leur pratique des métiers de journaliste et de réalisatrice de documentaires. L’expérience aurait pu être assommante, elle a donné lieu à une très instructive leçon de tragi-comédie dans la filiale « alternance professionnelle » de la « meilleure école de journalisme de France », l’ESJ Lille. Témoignage
Des reportages sur les conditions de travail sur les marchés de Noël ? C’en est trop pour l’étudiant T. : « Mais c’est plus militant, ça ! Ce que vous faites, vous, c’est du militantisme, nous, on fait du journalisme ! » Nina répond sans ambages : « Crevons l’abcès tout de suite. Tout point de vue est militant, tout point de vue est engagé. » L’étudiant T : « Mais, si j’ai pas… Moi j’ai pas forcément de point de vue engagé… Moi j’aime bien aller me promener sur le marché de Noël, j’aime bien savoir qui il y a, ce qu’elles vont vendre, tout ça… Ça peut être des gens qui sont super riches et qui vendent des choses que vous jugerez peut-être comme ultralibérales ou capitalistes, comme ça peut être des petits artisans qui fabriquent des choses tranquillement chez eux, et qui vont vendre ça à la population… » On aurait bien pris un peu de vin chaud à l’orange, mais on reste sur la caféine, drogue la plus efficace pour rester vigilant en toute situation.
Jean-Jacques Perrey, pionnier de la musique électro, est décédé le vendredi 4 novembre à 87 ans. Il était passé dans L'Atelier du son en octobre 2012 pour raconter son parcours... "cosmi-comique". Réécoutez-le.
Ce que la fermeture du premier et l'institutionnalisation du second nous disent de l'état de la club culture aujourd'hui.
A-t-on réellement besoin des pouvoirs publics pour légitimer une musique qui s'est faite avant tout dans la clandestinité et la confrontation, surtout lorsqu'on parle d'un club qui s'est fondé autour d'une culture gay et hardcore? A-t-on vraiment envie de voir cette endive de Floating Points dérouler un set de "jhââz" tout ce qu'il y a de plus révérencieux pour qu'on prenne enfin sérieusement cette musique et cette culture au sérieux ?
Vers un féminisme post-colonial.
Conceptualisée en 1989 par l'universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw, l'intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination dans les liens qui se nouent entre elles. Kimberlé Crenshaw a entamé cette réflexion dans la lignée du courant du black feminism aux Etats Unis qui définit la domination de genre sans jamais l'isoler des autres rapports de pouvoir à commencer par le racisme ou le rapport de classe. Les féministes noires, dans les années soixante-dix, contestaient déjà publiquement le féminisme du mouvement de libération des femmes comme issu des classes moyennes supérieures, basé sur des privilèges de race et de classe. Elles les accusaient de parler pour les autres, et en leur nom.
En France, aujourd'hui, cette question fait débat entre féministes universalistes et féministes post-coloniales. Les unes défendent l'unité du féminisme, les autres la nécessité de prendre en compte la diversité des expériences face au sexisme.
En effet, depuis quelques années, une forte communauté de jeunes féministes afrodescendantes, noires ou maghrébines, s'est constitué sur Tweeter et Facebook. La plupart d'entres-elles créent aussi des collectifs, sont présentes dans les manifestations, se rencontrent, s'organisent. Toutes prônent un féminisme intersectionnel, interrogent le féminisme majoritaire et réinventent une lutte à leur image.
Alors, faut-il repenser le « Nous », de « nous les femmes » ? Quel serait le visage d'un féminisme intersectionnel, post-colonial en France ?
Rowling messed up big time. What next?
Qu'est-ce qui est le plus scandaleux? Une séance de signatures de Nabilla dans une grande librairie bruxelloise qui vend aussi du pinard et des sandwichs ou la sélection d'"essais qui se lisent comme un roman" et de "littérature pour la plage" que beaucoup de vendeurs et de critiques supposés sérieux essayent de nous fourguer? Serge Coosemans a sa petite idée sur le sujet. Airbags et queues de poisson, beauf-culture et carambolages, voici le Crash Test S01E38.
La nullité m'est bien moins dérangeante que la fausse qualité et surtout bien plus excusable que les emballements prétentieux et ennuyeux de tous ceux censés défendre et promouvoir une culture plus qualitative. Je ne fréquente pas la planète Nabilla mais je travaille dans une sphère où certains en arrivent à justifier des concepts aussi imbéciles que la "littérature pour la plage" et "l'essai qui se lit comme un roman", ainsi qu' à rejeter tout ce qui leur paraît "trop intello". Ils en font plutôt des caisses sur des torchons qui magnifient généralement leurs propres petites névroses, trouveront toujours un roman avec des nazis et des Juifs "bouleversant" et le moindre truc parlant vraiment de l'époque sera systématiquement catalogué comme étant "cynique et décalé".
Sur internet, les Tumblr et les blogs se multiplient et dénoncent le white-washing" dont ont été victimes les personnes de couleur à travers l'histoire – pourtant, les oeuvres ne manquent pas.
S'intéresser à l'histoire de l'art occidental pour une personne de couleur revient, irrémédiablement, à se confronter à sa propre invisibilité. De manière littérale, parfois (le portrait de l'enfant Giulia de Médicis, dont le père serait né d'une liaison entre un cardinal de Médicis et une servante, noire, a les traits de ses ancêtres africains mais sa peau est parfaitement blanche). Ce voile sur nos existences contribue évidemment de penser la blancheur comme ultime symbole de beauté. On ne peut pas se pencher sur un tableau sans se sentir démuni et délaissé d'une histoire qui nous appartient pourtant.
Lier féminisme et islam n'est pas sans faire question : souvent, les féminismes occidentaux redoutent l'intrusion du religieux — patriarcal et régressif — et les espaces musulmans craignent le chantage néocolonial à l'émancipation des femmes. Sociologue et auteure, en 2012, de l'essai Féminismes islamiques, Zahra Ali s'empare de cet « oxymore » pour en exposer ce qu'elle nomme les « a priori » réciproques. Celle qui milita contre l’exclusion des élèves portant le foulard appelle à contextualiser, historiciser et rejeter les essentialismes : condition nécessaire à la création d'un féminisme international et pluriel.