La CMOOA s’art contemporanise / Part 1
En quatorze ans d’existence, la maison de vente a structuré le marché de l’art national en misant sur les orientalistes et la peinture moderne marocaine. Aujourd’hui, Hicham Daoudi a décidé de braquer les projecteurs sur la bouillonnante scène de l’art contemporain marocain.
Un avant et un après cette vente
« C’est peut-être présomptueux de notre part, mais nous pensons qu’il y aura un avant et un après cette vente », assène l’impétueux mais néanmoins très méthodique Hicham Daoudi. Le « nous » désigne le staff qu’il orchestre à la tête de la CMOOA (Compagnie marocaine de vente des œuvres et objets d’art), fondée en 2002.
Au milieu des « cercueils » en bois et autres emballages adéquats emprisonnant les œuvres qui seront bientôt expédiées à Marrakech pour les besoins d’une vente aux enchères qualifiée d’ « historique » par le maître de céans, la ruche – un peu moins d’une dizaine de jeunes gens très propres sur eux – s’active dans une concentration notable.
Nous sommes à l’intérieur de la galerie-salle des ventes de la compagnie. Sise au cœur de ce qu’on appelle le Triangle d’or de Casablanca – d’est-à-dire la poignée de rues s’entrecroisant entre le rond-point des Sports et la place Badr. Pas très grand, le lieu est d’une austère élégance. Portail en acier ouvragé et ajouré. Sol en granit noir. Mobilier rare, au design discret. Murs blancs.
« Des années de défrichage, de tâtonnements, de patience, de rigueur et de persuasion », ayant, indéniablement, porté leur fruits : le Maroc peut s’enorgueillir de posséder, aujourd’hui, le marché de l’art le plus structuré, le plus transparent et régulier de la région.
Un coup d’élan à une production riche mais méconnue
Mais, revenons à l’objet de ma présence en ces lieux. Je veux m’informer sur ce qui fait le caractère particulier de la vente aux enchères prévue le samedi 10 avril, dans les salons de l’hôtel Es Saadi à Marrakech. Réunissant les œuvres de pas moins de soixante-six artistes marocains, c’est la première vente de la CMOOA consacrée, exclusivement, à la production de cette vigoureuse scène de l’art contemporain marocain dont tout un chacun un tant soit peu cultivé a entendu parler, mais dont nous ne sommes que quelques-uns (professionnels, artistes, critiques, amateurs et/ou passionnés) à pouvoir en esquisser les contours. Rappelons que, pour d’évidentes raisons, la CMOOA a, jusqu’ici, principalement mis en vente les œuvres de peintres orientalistes – plus exactement marocanistes – et celles des cadors de la peinture marocaine moderne. Avec les succès que l’on sait.
Qui sont ces artistes contemporains dont nous discutons ? D’où viennent-ils ? Où ont-ils été formés ? Quels sont leur place et leur poids ici et/ou à l’étranger ? Qui intéressent-ils ? Peu se sont penchés sur ce phénomène dans sa globalité. Un phénomène, pourtant, à l’évidence, éclatant de santé. Sauf – soyons justes –, le bimestriel marocain d’art, « Dyptique », ainsi que de rares journalistes culture, essaimant, par-ci par-là, au grès des occasions permises, quelques articles, essentiellement dans la presse nationale francophone. Quant aux médias audiovisuels, passons.
Hicham Daoudi veut changer la donne : « Je sens que le marché est prêt », assure l’homme de métier dont le flair aiguisé n’est plus à démontrer. « Croyez-moi ou pas, nous ne nous sommes pas préoccupés de la rentabilité de cette opération que nous considérons comme un investissement sur le futur d’une part, comme une participation citoyenne de notre entreprise d’autre part. » Le but affiché étant de donner un coup d’élan à cette production certes riche, mais qui ne rencontre pas ou peu ses acquéreurs potentiels. « Les galeries font leur travail », tient à préciser Daoudi, « mais, elles ne bénéficient d’aucun soutien. »
Pour amorcer cette dynamique souhaitée, la CMOOA organise, dans la ville ocre, les deux jours précédents la vente, une série de rencontres formelles et informelles entre les trois parties concernées : les artistes, les collectionneurs et les médias. « Il faut que tout ce monde apprenne à se connaître et à dialoguer. Je suis sûr que des coups de foudre peuvent se provoquer », explique, sur un ton convaincu et convaincant, Hicham Daoudi. Il est vrai qu’il existe souvent – comme j’ai pu personnellement le constater, à maintes reprises – une certaine incompréhension, pour ne pas dire méfiance, entre ces différentes parties, basées, dans la plupart des cas, sur de simples malentendus, des préjugés ou simplement de l’incompréhension. Autant de murs à abattre. « C’est l’occasion de présenter les uns aux autres, dans une ambiance empreinte de confiance et dans un esprit de convivialité.
Acter une certaine Renaissance
Hicham Daoudi a une certaine lecture de l’histoire de l’art marocaine que j’avoue partager. « Si l’on met de côté la période dite de l’invention de la peinture de chevalet marocaine avec un Ben Ali Rbati ou un Yaacoubi, nous pouvons distinguer deux périodes – ou générations, si l’on préfère – ayant fourni une production d’une qualité remarquable. La première, celle des années 60 et 70, qui a vu éclore et s’épanouir le talent de ces pionniers qu’étaient un Gharbaoui, un Cherkaoui, un Melihi, un Belkahia ou un Tallal. La deuxième, celle des années 80 et 90 a consacré les Bellamine, Kacimi, Miloud Labied, Hassan, Chaïbia, etc. Je suis persuadé que nous vivons, actuellement, une période d’explosion créative, au moins similaire. Depuis une décennie, il se passe quelque chose de fort sur la scène artistique marocaine. Il s’agit d’un véritable renouveau. La qualité et la quantité de ces nouveau-venus est proprement impressionnante. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une véritable Renaissance que nous voulons acter avec cette vente. »
Au risque de me répéter, il se trouve que je pense exactement la même chose quant à cette nouvelle génération d’artistes marocains. Maintenant, il est temps de scruter le catalogue des œuvres et artistes réunis par Daoudi – consultable sur la Toile http://bit.ly/23BI7e6 Qu’y trouve-t-on ? Rendez-vous au prochain épisode.













