alors ouais, ouais j'suis bizarre, c'est intriguant, j'le sais, j'l'ai compris. dans mon cerveau et dans ma vie, tout fonctionne à l'envers, ma gauche est votre droite, je passe mes journées au chaud dans ma tête à imaginer des scénarios (si tu savais le nombre de films et de livres que j'ai écris là dedans), j'le sais j'suis ailleurs, dans la lune, dans les nuages, où tu veux, mais jamais sur terre. j'le sais, je perturbe, je dérange. je rentre pas dans les codes, je rentre pas dans les cases. même ma maladie à un nom bizarre "dysthymie" tout ça pour dire que j'serais dépressive à vie. tout ça pour dire que j'suis bizarre, mais que c'est normal. c'est paradoxal, ouais j'sais, rien a de sens, j'vois pas pourquoi ma maladie en aurait. ouais, j'suis hypersomniaque et insomniaque à la fois. ouais, j'peux puer le bonheur et la dépression la seconde d'après. ouais, j'vais rien bouffer pendant des semaines et me jetter sur la nourriture les semaines d'après. tu sais, j'suis tout ou rien, j'connais pas le milieu, j'suis dans les extrêmes, j'connais pas le moyen, j'suis pas bipolaire, j'suis juste moi. et j'suis pareille avec mes sentiments, du moins quand je les ressens, quand je les comprends. j'suis pareille avec tout tu m'diras, j'sais pas faire dans la demi mesure, et ça amuse au début, mais à la longue, c'est intenable, on peut pas supporter quelqu'un qui passe de l'hystérie totale à la dépression la plus sombre dans la même journée, on peut pas vivre avec quelqu'un qui se comprend pas, qui sait même pas elle-même qui elle est. et j'le comprend ça, j'le conçoit, puis moi non plus j'me supporte pas, c'est pas pour rien si j'ai voulu me foutre en l'air tant de fois. c'est pas pour rien si j'suis une solitaire, je refuse d'imposer ce que je suis aux autres. alors souvent je détruis les gens qui s'attachent à moi pour pas les faire souffrir, mais tu sais, je perds toujours un morceau de moi dans leur départ, c'est pour ça, que j'suis plus que des miettes. pourtant, j'ai une phobie absolue de l'abandon, je suis une solitaire qui a peur d'être seule, je fais fuir les gens que j'ai peur de voir partir. j'ai peur de la mort, et pourtant elle a emporté du monde avec elle. dès mes 6 ans je l'ai rencontrée cette mort, dès mes 6 ans elle a pris mon esprit, condamnant mon corps à rester sur terre, vide. j'ai beau essayer de mettre des mots sur c'que je suis, j'y arrive pas. et ça me rend dingue, alors j'ai qu'une envie, me tailler les bras pour faire souffrir l'être ignoble que je suis, enfoncer mes poings dans les miroirs pour ne plus jamais me voir, me frapper la tête contre les murs pour la vider de tous ces mots, de tous ces maux qui tournent en boucle à me rendre folle. j'me hais tu sais? c'est d'ailleurs une des raisons qui m'ont foutue en hôpital psychiatrique à 17 ans, une des raisons qui m'ont fait voir 6 psys sans en trouver un qui me comprenne, une des raisons qui font que j'ai constamment envie d'me foutre en l'air, pour ne plus jamais avoir envie de me supporter. c'est pas cool d'être aussi bizarre, c'est moche et ça fait un mal de chien. puis tu sais, on sait jamais comment se débarrasser de moi les rares fois où je laisse les gens m'atteindre, alors on me trompe, on se barre sans rien dire ou on me balance tout d'un coup dans la gueule. on me dit souvent de changer tu sais? comme si j'y pouvais quelque chose à tout ce merdier. ça fait 19 ans que je subis ce corps, cette âme, cet esprit, crois moi, si j'avais pu changer quelque chose à tout ça, je l'aurais déjà fait. parce que j'suis aussi lunatique que j'suis dans la lune, et c'est ça qui m'fait le plus flipper. j'suis hantée par mes démons, possédée par mes peurs et rongée par ma douleur. et j'sais même pas si un jour je pourrais changer. alors en attendant je fume, non stop, pour calmer mes émotions, je bois parfois, pour oublier que j'sois si peu normale, et puis quand j'tiens plus, j'me détruit, pour me rappeler que je vis.