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@arnocalleja
J’étais sorti de la maison pisser. Je regardais la pluie pleuvoir. Un moment mon corps était le ciel. Ma queue le nuage.
Je suis poli avec les éléments. Je dis s’il vous plaît avant que la pluie ne me mouille. Puis je dis merci la boue. Je prends la boue dans mes mains mais je demande avant de la prendre. L’écriture c’est pareil. Elle sert à trouver quoi dire. Il faut dire merci.
Tiens, j'ai retrouvé un vieux rêve, je l'avais noté dans un cahier que je viens de rouvrir, voilà, rêve du 27 novembre 2018, je frappe mes parents, puis je frappe une folle de Marseille, que j'avais connu mais qui est maintenant un mélange d'une écrivaine parisienne et de Sophie Calle. Puis il y a des gens dans une fête. Je dois faire un voyage au Brésil. Je prépare mon sac dans la fête. Nagui le présentateur à la télé me parle du terrorisme. Puis dans un théâtre je prépare du thé. Un Stage d'Orientation des Acteurs Morts doit avoir lieu. Sur le mur il y a une feuille A4 sur laquelle on a écrit S.O.A.M. Je pense que ce sont de vieux acteurs sur le retour qui vont venir, mais quand ils arrivent, je vois qu'ils sont réellement morts.
si je dis que robert walser est une autruche personne ne me croit et ils me rient au nez, et si je dis que sigmund freud est un autrichien tout le monde m'écoute et ne me rient pas au nez, ce qui prouve bien que c'est n'importe quoi, tout cela n'est pas très gracieux et c'est bien souvent n'importe quoi
cinq phrases
il y a eu un regroupement et j'ai fait partie du regroupement et après il y a eu une dispersion mais je n'ai pas fait partie de la dispersion j'ai continué à faire partie tout seul du regroupement sans participer avec les autres à la dispersion je me décolle une méduse de la cuisse et je la tiens dans la main, je la tiens longtemps dans la main et je l'embrasse, je l'embrasse longtemps sur une partie d'elle complètement molle elle ne réagit pas elle ne se contracte pas et je la regarde et je la rejette à l'eau après l'avoir regardé un moment longtemps une dernière fois les lignes dans les mains passent au bout des doigts un dessin qui arrive, une femme nue sur la page, aux traits fins, un beau dessin d'une femme nue allongée sur le flanc et qui regarde celui qui tient le dessin dans sa main, la grande masse de cheveux noirs comme tracée les yeux fermés au crayon je l'aime passer le temps comme si de rien, jamais né jamais mort, passer un jour à rien et un autre dans le sommeil et un autre dans le travail, ou dans un bain, ou dans un sac, comme une poule, comme une poule dans son poulailler, comme un coq dans son coquetier, les choses sont à leur place, une journée passe dans une autre, le soleil à l'est comme un mot dans sa phrase plonge le soir dans l'ouest, pour voir où est sa place Quand j'étais là elle avait le visage taillé mais jamais jusqu'au sang même s'il était marqué tout de même par quelques dizaines de traces sur la peau ce n'était pas les ronces qui la griffaient mais ses ongles toujours ses ongles qu'elle s'enfonçait sur tout le visage quand elle était en crise quand je la poussais à la crise elle se taillait le visage de dizaines de petites lunes le front les joues le cou mais jamais jusqu'au sang du moins pas quand j'étais là.
La photographie
J'aime beaucoup ce que vous faites. Ça m'a tout de suite sauté à la gueule. C'est très fort très déstabilisant. On se le prend dans le plexus. Puis ça tourne encore longtemps dans le plexus. C'est un cognement qui vient au plexus et qui s'installe. Et qui fore. Vous devez être quelqu'un de très angoissé. Je l'ai vu tout de suite. Je l'ai vu suinter de vos images l'angoisse, elle est là. Mais aussi vous devez savoir la dompter parce qu'il y a une maitrise, une mise à distance, un cadrage au millimètre et qui n'est pas qu'un savoir-faire, non, qui n'est pas qu'un truc de professionnel de l'image, non, mais qui est une empathie pure. Vos images ne viennent pas du monde mais d'un lieu derrière le monde, un lieu fantôme. C'est les images qui viennent vers vous, elles vous ont élu. Ça je l'ai senti. Vous faites du zazen non. Ha bon. Et puis vous parlez peu. C'est un don le silence. Je vous imagine parler à la lumière. Vous vivez seul. À la campagne. Ha bon. Regardez-vous dans une glace : il n'y a aucune imposture en vous, c'est rare. Tout le monde a quelque part en lui un imposteur mais pas vous et c'est rare. Votre cerveau est ouvert sur une mémoire plus ample que la vôtre. Vos gestes prouvent quelque chose. Vous avez des gestes trop élancés, plus amples que nécessaires. Votre main va chercher plus loin que votre verre, je l'ai vu, elle cherche quelque chose au-delà. Il y a une habitation en vous. Vous débordez de l'emplacement qui vous est réservé. Il y a un fantôme il me semble. Un être en vous qui vous meut et vous déplace. D'une façon puissante. D'une façon bouleversante. Je le vois dans vos gestes, dans votre silence. Je peux vous aider. Je vois les choses. Je sais ce qui se passe. En regardant les gens dans leur corps dans leurs gestes je vois ce qui se passe en eux et qu'ils ne peuvent pas savoir. Non je ne suis pas medium. Non je n'ai pas de dons. C'est de l'observation. C'est une sensation qui coule dans mon observation et me donne une connaissance, une connaissance des gens. Ça paraît obscur mais rien n'est plus simple. Je suis quelqu'un de concentré, ça aide pour ce que je fais. Je suis concentrée sur l'espace qui m'entoure, vingt-quatre heures sur vingt-quatre je suis concentrée sur l'espace autour de moi et si quelqu'un entre dans mon espace d'observation il passe avec sa connaissance. Lui ne se la sent pas porter mais moi oui je sens la connaissance qu'il porte dans ses gestes. Je n'ai pas besoin de l'écouter, il n'a rien besoin de dire, la connaissance me vient dans les yeux, dans l'observation seule. À vous voir m'écouter je crois que vous me comprenez n'est-ce pas. Ça c'est ma carte, vous pouvez me téléphoner. Nous pourrions nous voir, je consulte. Non c'est sans parole vous n'avez rien besoin de me raconter. Je vous regarde et je traduis ce que je vois, en direct devant vous. Oui c'est moi qui parle uniquement. Non ce n'est pas cher. Et puis j'ai des tarifs dégressifs. Et puis, quand ce que je vois me plaît je parle beaucoup et ça me fait du bien, et à ce moment-là c'est moi qui vous paye. Vous voyez vous ne perdez rien à m'appeler.
le mieux qu'on peut faire c'est faire une réclamation le mieux c'est qu'on se réunisse tous que yé un maximum d'entre nous qui se réunisse pour faire une réunion et on écrit une lettre de réclamation pour faire entendre notre revendication le mieux c'est qu'on choisit celui d'entre nous qui parle le mieux et qui a l’écriture la plus lisible et qui écrira au nom de nous tous il écrira qu'on en a mare et que si ça continue comme ça les cadences comme ça à ce rythme là avec les vestiaires complètement dégueulasses et super froids en hiver dans une ambiance d'équipe complètement déprimée à cause de ce que fait la direction en ce moment et complètement épuisée que quand ya une équipe en quart qu'arrive pour relever l'autre le chef d'équipe il est tellement épuisé d'avoir passé sa nuit dans la salle de contrôle complètement frigorifique et complètement dégueulasse qu'il a même plus la force de passer les consignes à l'autre chef de quart qui arrive tout fripé de chez lui l'autre i sort à peine de son lit i s'est levé à 3 heures du mat' il est complètement décalé il est complètement détraqué au niveau bio-rythme et puis i se gèle les couilles même avec son gros col roulé et alors les vêtements les salopettes 10 fois trop petites qu'on se traînent depuis 10 ans jamais i se décident à nous les changer elles ont plein de trous, alors faudra qu'i mette tout ça dans sa lettre l'autre,et les salaires qui veulent même pas nous augmenter et qu'en plus l'autre con le mois dernier qu'il a perdu l'enveloppe avec les payes dedans qu'il était complètement bourré sur son vélo et qu'il a perdu l'enveloppe avec les payes de toute l'équipe que le temps qu'i nous refasse les chèques ça a mis 15 jours de temps alors tu vas voir qu'i va nous mettre tout ça dans sa lettre l'autre qu'en plus les mecs i zont des crédits sur le dos et des femmes et des gamins et puis i zont des courbatures parce que pour aller ouvrir les vannes des produits dans la nuit à l'autre bout de l'unité ou alors quand faut vider une cuve que on doit traiter un nouveau produit dans l'unité et ben les vannes elles sont carrément cachées derrière le gros tuyau de PO3 qui est super brulant alors en plus de te niquer le dos de pleins de courbatures eh ben en plus tu te brûles la main avec le tuyau surtout si t'as oublié tes gants parce que toute façon personne mets ses gants là dessus faut pas se leurrer hein personne i les mets ses gants parce que sinon tu peux pas fumer avec les gants mais bon, tout ça c'est pour dire que ya deux trois trucs à mettre au point sur les i et que faut trouver celui d'entre nous qui serait le plus apte et le plus capable à consigner toutes nos réclamations pourqu'on dise dans sa lettre à l'autre toutes les choses quia à dire pour que ça aille mieux
2004
Le ce de ce monde
L'idée n'a pas de vie.
L'idée n'a pas de vie à vivre.
L'idée n'a pas à se développer.
À persévérer non.
Je vais te le dire.
L’idée est de s'écrouler.
C’est son mouvement.
S’écrouler le plus vite possible.
Et sans faire d’histoire.
Voilà.
Les femmes les hommes les enfants oui font des histoires.
Les animaux aussi plein.
Et les continents qui dérivent et les montagnes qui s’effritent et le temps qui racle l’espace jusqu’au galet oui.
Tout ça fait des histoires.
Plein.
Des histoires astronomiques.
Et astronomiquement historiques mais.
L'idée.
Non l’idée n’a rien à faire.
Rien à former.
L’idée est de s’écrouler.
Immédiatement s’écrouler.
À peine arrivée pointer son nez s’écrouler.
Le suicide de l’idée.
Qu’elle ait l’idée de son suicide à peine née.
C’est son action.
Son mouvement.
Son œuvre.
C’est à dire trois.
Quatre.
Allez quatre secondes.
Quatre secondes d’existence et baste.
Plus d’idée.
Si l’idée dans les trois quatre premières secondes de sa naissance n'est pas passée.
Dans un acte.
Dans un geste.
Un objet qui roule.
Dans un jeu.
Un trajet.
Une nervosité.
Franchement ce n’est pas la peine.
De la retenir.
De la sauver.
Et tu peux.
Tu dois.
La tuer.
Sinon elle va durer.
Et tout le monde va parler l’idée.
Et tout le monde va vivre l’idée.
Et elle va se former malheur.
Et s’éterniser.
Et monter dans les cerveaux.
Et s’installer malheur dans les cerveaux.
Et tout va devenir con.
Et tout le monde va devenir mortellement con.
Et mort à un point culminant de connerie.
Non il faut qu’elle passe.
Qu’elle meure.
Elle a eu ses quatre secondes.
Et maintenant elle passe en gestes.
En paroles.
En images.
En trouvailles.
En objets qui roulent.
En roue.
En roue changée de vélo crevé.
On l’a changée il repart il roule.
Le vélo roule.
Sans idée aucune de son roulement.
Sans temps propre.
Mort.
Trois quatre allez cinq secondes.
Et voilà l’idée est morte.
Morte en un geste.
En une parole.
En une image.
Même pas.
Pas même une parole.
Juste une image.
Ils se voient.
L'image c'est eux.
Ils sont dans un bar.
C'est tout.
Ils se voient sans l'idée de se voir.
Sans l'idée de s'être vu.
Sans se connaître.
Trop tard le vélo roule.
En gestes dans un bar.
En boisson bue.
En peau touchée.
En baiser donné.
En baiser rendu.
À la seconde.
À la même seconde.
La même troisième quatrième seconde.
En marche la nuit.
Le bar fermé le vélo roule.
En gestes dans la rue.
En cherchage de bières.
En recharge.
En buvant en marchant.
En baiser donné rendu.
En marchant contre l’autre.
En se soutenant.
Se soutenir l’un l’autre contre l’autre bourré.
Avec dans les bras la recharge de bière.
En route vers le studio.
Pour se baiser.
Dans la nuit qui tourne.
En se disant à l'oreille des secrets bourrés.
En baiser rendu donné la peau à peine touchée.
En marchant en se soutenant dans la nuit qui tourne.
La recharge de bière dans les bras.
En trouvaille de chaise dans la poubelle.
Encore stable.
En marchant avec les bières d'une main.
De l'autre la chaise trouvée dans la poubelle.
En équilibre.
Au studio.
En se donnant aux yeux des images secrètes.
En marchant.
En se baisant.
Arrivé au studio.
En se baisant avec la chaise trouvée.
Posée à côté du matelas.
Dans le studio.
La chaise posée à côté du matelas.
En soutenant l’autre en baisant l’un.
À la seconde.
Sur le matelas.
À la même seconde.
En cloque.
Le lendemain à la seconde en cloque.
Imprévu.
En cloque d’un cloquage imprévu.
D’un cloquage à la seconde.
Venu dans la baise et invoulu dans la baise et imprévu.
Montée d'une cloque invisible de l’après baise.
Le lendemain.
De l’amour le lendemain.
Mort.
Du suicide de l’idée.
Du suicide le lendemain de l’idée de l’amour.
Il n’est plus là maintenant il est mort.
Trois puis quatre secondes.
Quatre secondes d’existence puis baste.
Il est mort.
Plus de garçon.
Seule la présence.
La présence seule en bénédiction.
En bénédiction de fœtus non prémédité.
En construction.
En destruction.
En feu.
En mise en feu du matelas enfoutré.
Dans la rue.
Directement dans la rue.
Le lendemain.
Mise en feu du matelas avec la chaise trouvée la veille dans la rue.
Les deux ensemble dans la rue.
Dans le feu.
Le grand feu.
Brulage du matelas où l’on a baisé avec un mort.
La veille.
Dans le studio.
A côté d'une chaise encore stable.
Trouvée dans la poubelle.
Un matelas foutré par un mort.
Et qui brûle.
Un fœtus conçu sur un matelas brulé.
En retour.
En retour seule au studio avec la cloque.
En trouvaille de chaise dans une poubelle.
Une autre.
Encore stable.
Une autre chaise.
Une chaise d’enfant.
La cloque se lève.
En levée d’enfant seule.
En levée d’enfant dans la seule lumineuse solitude.
Avec dans la main la chaise d'enfant.
Avec dans l'autre main rien.
En équilibre.
En marchant en retour vers le studio.
En aboyant dans sa gamelle de chienne le langage des hommes.
En disant homme pour femme et femme pour homme même sac.
Et chien et femme et homme enfant même sac.
Même mot.
En fouillant dans le sac de bouffe de fin de marché.
Pour vivre.
Sans idée de vivre.
En levée seule.
En levée seule d'enfant seul.
L'enfant qui élèvera l’absence d'idée.
En levée seule d’enfant seul.
L’enfant qui suicidera la mort de l’idée.
En levée seule d’enfant seul.
En levée d’enfant dans la seule absence d’idée.
En levée d’enfant dans la seule pure stricte lumineuse solitude.
En levée d’enfant dans la seule pure lumineuse solitude qui brûle.
En levée d'enfant dans la seule brulante stricte absence d'argent.
En levée d'enfant dans la seule stricte présence de la gamelle du langage.
La seule présente gamelle où manger.
En levée d'enfant dans le seul mot enfant.
Dans le seul mot vélo dans le seul mot présence dans le seul mot monde.
Dans ce monde.
En levée d'enfant dans le ce de ce monde.
Le mot vélo roule.
La roue morte remplacée voilà le vélo qui roule.
Il roule quatre secondes.
Sans idée de son roulement.
Et il continue.
Il continue mort de rouler.
C'est son action.
Son mouvement.
Son oeuvre.
Il continue mort de rouler avec.
Le bagage à l’arrière.
Avec l’enfant sur le bagage à l’arrière.
un texte pour jérome mauche
Cet été (2015) à Marseille j’étais dans l’eau (la mer) et depuis la mer je regardais cet ami sur les rochers et je regardais le dos (bronzé) de cet ami qui avançait face et buste contre les rochers. Ce ami il faisait du Razo, qui est une sorte de sport brut né à Marseille je crois, une sorte de pratique qui consiste à, non pas grimper gravir escalader les rochers mais longer (le plus près possible du sol) un rocher une parois, à, donc, l’horizontale. Et résultat : tu prends le 83 avec ton ami et tu t’arrêtes au début de la Corniche et tu vas sous la Corniche au niveau de la mer et là tu te baignes et ton ami lui ne se baigne pas mais longe la parois, dos à la mer, dos à l’horizon et c’est le Razo, négation pure de l’alpinisme et de ses hauteurs et de son matériel et de son héroïsme : gros degré zéro de l’escalade. Et je le regardais. Dans l’eau en mode planche, bras en croix, nuque relevée je le regardais : à un mètre du niveau de la mer, tu cherches tes prises et avances en crabe à l’horizontale, à la parois, lentement, et ce n’est pas vraiment impressionnant, je m’en rendais compte dans l’eau (en planche) que ce n’était pas vraiment spectaculairement impressionnant sauf si tu tombes, là si tu tombes c’est bien on a l’événement chute (pathos) et c’est impressionnant ou si tu casses le principe du Razo et que d’un coup tu montes là c’est bien on a l’événement poussée (subjectivation) et c’est impressionnant, mais on ne monte pas au Razo ni ne tombe et si, glissant lâchant ta prise, tu tombes, c’est pour illico revenir au rocher recommencer à déambuler, et mon ami ne tombait pas et monter non il ne montait obstinément pas mais ventousait la surface : tu repaires ta prise (ta liste) et tu t’agrippes à ta prise (ta liste) et tu avances (ta phrase) dans un lent et long et raisonné déplacement (de crabe), frustrant toute tension de montée, différant (si possible) tout mouvement de chute (dans la mer), dialectisant a minima la combinatoire bras-jambes, long lent raisonné moulinet qui me dévoilait (depuis la mer) la parenté entre la raison (discours) et le ras (surface). Et j’étais en planche (la mer), nuque relevée, mes yeux sur son dos sur ses mains (prises) qui déambulaient hyper lentement, et ce tâtonnement à même la roche était beau et ennuyeux, et très gracieux et ennuyeux, et très raisonnable et gracieux : tu glandes hors signifiant et digresses la surface et depuis la mer un ami, plus flottant et moins bronzé que toi, te regarde. Et depuis la mer je regardais et la roche très blanche et son dos très bronzé, et le curseur de l’un passer sur le fond de l’autre et je regardais les pieds les mains chercher (la prise) et je regardais le mot (une liste de mots) jeté sur le plan lisse (écran) de la roche et le mot je ne le voyais pas rebondir mais glisser, persévérer, selon sa règle propre et sa loi d’immanence bornée, persévérer à refouler l’événement-chute (dans la mer) et l’événement-montée (vers la Corniche) et c’était ennuyeux et cet ennui était beau. Maintenant, vient le moment où mon ami glisse, perd la prise et tombe dans l’eau (mer), et tombe non sur le dos mais de face, pivotant d’un demi tour sur soi pendant la chute dans le vide (c’était beau). Maintenant, il nage. Maintenant, je ventouse mon masque à mes yeux et je pique au fond regarder les poissons.