Ce que je ne veux plus voir dans la littérature en 2020
Je dois vous avouer que j’étais un peu en manque d’inspiration cette semaine. Je n’ai pas spécialement envie de vous parler des derniers romans dans ma pile à chroniquer, le chant des sorcières (Mireille Calmel). Quand ça ne vient pas, je préfère ne plus me forcer. Ça se sent que je suis moins motivée. Procrastinant joyeusement sur Youtube, j’ai remarqué que pas mal de monde parlait de ce qu’il ne voulait plus voir en littérature en 2020. Je vais donc y rajouter mon grain de sel et vous pitcher ce que je m’applique à fuir lorsque je recherche une nouvelle lecture.
Bien entendu ce n’est pas gravé dans la roche, je change, j’évolue, tout ça. Donc ça me fera sûrement doucement rire de relire cet article dans quelques années si je retombe dessus.
Les Christian Grey et autres poncifs de la masculinité toxique
Le viol ce n’est pas romantique. Les violences conjugales ce n’est pas une preuve d’amour. La manipulation ce n’est pas une option dans une relation de couple saine ou une démarche de séduction. Le consentement ça ne s’arrache pas à force d’insister. On ne teste pas des concepts particulièrement underground sur son partenaire sans en avoir parlé avant. Et peu importe les mots utilisés pour décrire la scène.
Pour moi ce type de littérature n’est pas innocent car il participe à la culture du viol. Elle pousse certaines femmes à trouver normal des choses qui relèvent des violences patriarcales.
Je ne vais pas épiloguer, si vous me lisez depuis un moment, je le souligne très régulièrement dans mes chroniques. Et c’est particulièrement soulant quand ça prend le pas sur l’histoire principal. Dans un polar par exemple. Quand ça ne sert pas l’intrigue et que ça rajoute du drama’ pour rien alors qu’il y a un tueur sociopathe en pleine nature sur lequel on aimerait bien en savoir plus.
Les minorités absente ou présentes pour se faire taper dessus
Représenter des minorités sans se louper quand on est soit même pas concerné c’est délicat. Pour ma part, ce que je remarque en littérature américano-européenne, c’est que chaque fois qu’un personnage « différent » est présent, ça va être une excuse pour lui taper dessus. Si le personnage est LGBT/noir/musulman/roux/ascendant licorne/danseur de tango plutôt que footballeur/ femme peu importe. C’est à cause de ça que les péripéties ont lieux.
Il est extrêmement rare de croiser des personnages issus de minorité quel qu’elle soit uniquement pour donner une interaction sympa au protagoniste principal. Si le personnage est noir dans un univers fantasy, il y aura très souvent une péripétie ou sa couleur de peau est impliquée. Alors qu’il y a des elfes, des nains, des trolls et des gobelins à tire larigot. Que l’auteur veuille au passage dénoncer le racisme soit mais parfois des représentations positives c’est cool.
Je vais vous donner un exemple en tant que femme. J’en ais marre de suivre des héroïnes qui galèrent parce que ce sont des femmes. J’aime aussi lire des romans où l’héroïne galère parce que n’importe quelle personne galèrerait dans la même situation.
Les héroïnes qui ne voient pas leur nez au milieu de la figure
En résumé, on a souvent Kevina, qui se trouve moche et inintéressante. Qui est amoureuse de Kévin en secret. Bien entendu elle ne voit pas que Kévin lui tourne autours, quand bien même ses rétroactions sont subtiles tel un panneau lumineux clignotant en pleine nuit.
Ce qui me pose un problème n’est pas la naïveté angélique de Kévina qui ne voit rien (moi-même étant assez bigleuse dans ce genre de situation, je ne peux pas remettre en question ce type de réactions) ou le comportement de paon de cirque de Kévin. Et parfois je lis des romances parce que dans le fond ça me fait bien marrer.
Là où ça devient problématique c’est que même dans des histoires d’exorcisme et de possession démoniaque on est pollué par des paragraphes entiers sur les sentiments des personnages. Un petit peu pour leur donner du relief, ce n’est pas ulta-subtile mais soit. Mais quand ça prend le pas sur l’histoire principal (à savoir, dans mon exemple, aller exploser du démon, avoir peur et fréquenter assidument avec le surnaturel) ça devient pénible. Parce que dans le fond, je m’en fiche de savoir si pour fêter leur victoire ils vont se marier et avoir beaucoup d’enfants. Alors par pitié, ouvrez les yeux de Kévina, mettez cette partie de l’histoire en arrière-plan et passons au principal.
Cette année je vais continuer à lire des histoires qui me font rêver, frissonner, pleurer. Je vais continuer à rechercher des héroïnes et des héros hors du communs, des zéros qui se dépassent, de voyages lointains et d’aventures rocambolesque. Finalement, que l’histoire soit bonne ou mauvaise, ce qui est important, c’est le temps que l’on s’accorde pour rêver.