Je reviendrai plus tard sur ces notions d'amour de soi et d'acceptation de son corps parce que ce soir j'en suis incapable.
Je suis une personne très colérique et je n'ai pas envie d'entrer dans les détails du pourquoi du comment, tout ce dont j'ai besoin à l'heure actuelle c'est de hurler.
J'ai envie de hurler à m'en arracher les cordes vocales et ma colère est telle que je pense que je pourrais, si je n'avais pas un soupçon de maîtrise de moi, me blesser volontairement.
Alors plutôt que de balayer d'un revers de main ce qui se trouve sur mon bureau (merci pour l'ordinateur très hautes performances mon chéri), j'essaye de prendre du recul, de m'isoler et d'analyser ce qui m'a mise en colère.
Ce soir il n'aura pas fallu grand chose pour que je parte au quart de tour : la journée n'a pas été facile et chaque petite contrariété était déjà comme une grosse baffe dans la gueule (si quelqu'un voulait un langage correct, dommage !) mais j'ai respiré un bon coup et suis passée à autre chose seulement voilà , ce soir une fois le boulot fini je me suis décidée à descendre pour faire mon ''''''''sport'''''''' avec beaucoup de guillemets parce que c'est pas ce que j'appelle du sport.
Je joue à Just dance entre 25 et 40 minutes tous les soirs, sur la console du salon et avec mon téléphone comme manette (pitié si quelqu'un d'Ubisoft lit ceci : non un téléphone ne peut pas faire office de manette sur Just Dance ! C'est tout pourri ! Qu'avez-vous fait ?!).
Et cette après-midi au boulot, j'ai oublié de recharger mon téléphone.
Pas de téléphone = pas de just dance.
La solution la plus simple aurait été de prendre le téléphone de mon compagnon pour pouvoir jouer mais mon cerveau s'est éteint et je suis montée dans les tours à une vitesse fulgurante.
Le boulot qui ne s'est pas bien passé, des collègues du travail de mon compagnon qui l'empêchent de bosser parce qu'eux mêmes n'ont pas fait leur part du taf, mon projet de dessin qui se déroule de manière catastrophique et puis... Le sport.
Le sport qui ne se passe vraiment pas bien depuis plusieurs jours.
Depuis plusieurs jours je constate que même en 30 minutes de danse ''intensive'' pour mon niveau, je ne transpire plus. Pas une goutte, je suis tout juste chaude alors que mon corps est fatigué, mes bras sont au supplice et mes jambes ne suivent plus la cadence
La transpiration c'est ma clef pour me sentir bien et libérer un peu d' endorphines, pour me faire comprendre que ce que je fais sert à quelque chose et que je suis sur le bon chemin.
Voilà maintenant 2 semaines que je fais ça au quotidien et ces 4 derniers jours ont été une réelle torture.
Je suis aussi agile qu'un veau qui vient de naître, je me marche moi même sur les pieds, je perds l'équilibre, je n'arrive pas à comprendre les mouvements demandés, bref.
Prenez un morse, mettez-lui un tutu et demandez lui de danser, vous aurez une image assez représentative de ce dont j'ai l'air et de comment je me sens en dansant.
Je me sens boursouflée, empotée, grasse et gesticulante et tout ce que j'ai envie de faire, c'est arrêter, me replier sur moi-même et pleurer, hurler...
Mon allure me terrifie, je ne me reconnais pas, je suis imposante, adipeuse, laide.
Et j'ai ce souvenir de moi, jusqu'à mes 16, 17 ans, qui passait son temps à sauter dans tous les sens, mangeait ce qu'elle voulait et ne prenait pas un gramme.
Je regrette cette silhouette fine que j'ai perdue sous des dizaines de kilos de graisse sans jamais réaliser à quel point mon corps devenait monstrueux.
Oui j'ai traversé des épreuves qui ne laissent pas indemne, oui j'ai pris des claques dans la gueule mais pas plus qu'un autre.
Et pourtant aujourd'hui j'en suis là , à me maudire, à me mépriser et presque à vouloir me mutiler pour retirer toute cette graisse qui ne semble pas m'appartenir.
Je suis incapable d'avancer, de progresser, je me sens tellement vaine et démunie.
Et je pense que la colère qui m'habite en permanence est avant tout dirigée contre moi-même.
Je suis en colère avec moi-même depuis bien longtemps, pour m'être laissée aller, pour m'être laissée enfermer,
insulter, frapper, dénigrer et maltraiter.
Toutes ces années de galère que j'ai laissée derrière moi m'ont en fait laissé un petit souvenir : ce cadenas posé sur la porte de mes habitudes et du système avec lequel je fonctionne.
Et aujourd'hui je me méprise à n'en plus pouvoir me regarder dans une glace.
Je fais tout en vain puisque rien ne réussi et je suis lassée de tous ces discours utopistes sur les échecs qui vous rapprochent du succès.
Aujourd'hui est une journée de merde où je n'ai pas envie de croire que quelque chose de meilleur est possible pour moi.
Alors ce soir je ne gigoterai pas mon gras devant la télévision.
Ce soir je vais rester dans mon lit prostrée à pleurer comme une enfant de 5 ans qui n'a ni le courage d'en finir avec la vie, ni le courage de continuer à vivre.
Allez, j'y vais.