J'crois que je suis fou. Enfin non, j'crois pas, j'en suis sĂ»r. Ma tĂȘte divague, un peu comme les vagues qui s'fracassent, comme les vases qui s'cassent, je suis un peu c'fou sorti d'nul part, on a jamais su d'oĂč. J'suis un peu comme ces gamins qui rĂ©alisent pas, qui comprennent pas c'qu'ils ont fait pour en arriver lĂ . J'suis c'mec capable d'passer des heures allongĂ© sous la pluie juste pour rĂ©flĂ©chir, qui n'espĂšre rien, plus rien. Qui a comprit qu'ça servait Ă rien d'attendre. Qui cherche mĂȘme plus Ă comprendre tant l'monde l'a dĂ©goĂ»tĂ©. J'suis c'mec qualifiĂ© d'Ă©trange qu'il faut fuir comme la peste, pourtant, j'suis pas contaminable, j'suis juste un putain d'incapable, un idiot, un mec qui n'aime plus la vie. Qui dĂ©sire la mort comme un gamin qui fait une d'ces caprices pour du chocolat. Puis bref, j'suis une merde bordel, un ĂȘtre inutile alors pourquoi on s'met pas d'accord ? Je mĂ©rite pas d'vivre alors laissez-moi dĂ©couvrir mon sort. J'sais pas, faites un tour d'magie, faites moi disparaĂźtre. J'voudrais juste que tout s'arrĂȘte vous voyez, qu'ça s'arrĂȘte de tourner dans ma tĂȘte, parce que j'en deviens dingue. J'ai mal, j'vous jure c'est pas descriptible ce que j'ressens, c'est pas humain. Ouais, c'est ça, j'dois sortir d'une autre planĂšte. D'un endroit pas r'commendable. Puis mes cordes vocales se sont barrĂ©es en vacances, elles voulaient pas m'laisser hurler. En mĂȘme temps j'les comprends, j'les auraient torturĂ©es. Parce que j'ai tellement d'choses Ă sortir que j'sais plus quand ça va s'arrĂȘter. J'sais pas, j'admire ces gens qui arrivent Ă s'accepter. Moi j'y arrive pas, c'est comme si on m'avait cadenassĂ© Ă la peine vous voyez, genre, abonnĂ© aux problĂšmes. J'sais pas, mais ce soir j'avais juste envie d'gueuler. D'Ă©crire jusqu'Ă m'en faire des entorses aux doigts. Parce que dormir suffit pas. Ăa suffit plus, ça marche plus. Ăa m'fait chier mais qu'est-ce que vous voulez qu'j'y fasse ? Hein ? Que je dorme sans m'arrĂȘter, c'pas possible non plus. J'suis comme un ver, un truc qui rampe comme il peut, qui espĂšre pas s'faire marcher dessus. Un truc un peu visqueux, que l'monde rejette. Un truc dĂ©gueulasse, qu'on veut juste laisser lĂ oĂč il est. J'suis c'genre de mec Ă casser des tas d'miroirs juste pour pas voir son reflet. Les larmes se sont barrĂ©es vous savez, elles sont en voyage, mĂȘme elles m'ont laissĂ©. Comme si j'Ă©tais pas assez bien pour elles. J'vous jure j'craque, j'suis comme une allumette, vous craquez et vous jettez, comme une piĂštre petite chose insignifiante. Ma mĂ©diocritĂ© me hante peu importe l'endroit, que j'marche ou que j'cours j'peux pas lui Ă©chapper, c'est un peu comme si elle Ă©tait gravĂ©e sur ma peau. J'me hais, j'me hais, j'me hais. J'pourrais l'rĂ©pĂ©ter des mois, des annĂ©es, mais ça servirait Ă rien, parce que putain c'est vrai, et ça change pas non. Et les autres, ils me haient aussi, j'le sais, j'le sens, j'le ressens, mais j'dis rien, parce que j'les comprends.