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@calmeplat
Lucien Léger c'est en 1964 son affaire, l'année de ma naissance. Nous, pour nous, les gens de mon âge et peut-être un peu plus jeunes aujourd'hui, les années 60 on a instinctivement des choses de toutes les couleurs, la légèreté, des jeunes, des mini-jupes, des voitures, l'électroménager, et quand on se retourne vers ces années-là et quand on s'en approche... c'était cauchemardesque les années 60. C'est-à-dire qu'il y avait pas de travail - Lucien Léger dit que si on arrive à manger des légumes verts une fois par semaine c'est vraiment la fête, la viande n'en parlons pas, y a pas de logements, enfin bon... Mais à mon avis, dans trente ans, on dira les années 2020-2025 c'était vraiment le paradis sur terre. Il y a comme ça un réflexe, c'est pareil pour la France juste après-guerre par exemple. C'est-à-dire que nous ce qu'on a gardé c'est la libération, la joie partout dans les rues, la fête, enfin ça y est on revit, mais jusqu'au début des années 50, à cette époque-là y a pas beaucoup de travail, les gens ont des problèmes financiers terribles, y a des tickets de rationnement jusqu'à la fin des années 40, jusque plusieurs années après la guerre. Donc voilà c'est instructif, et ça rassure aussi de se dire qu'on enjolive toutes ces années-là, on se dit maintenant on vit dans une société de cauchemar alors que les années 60... Bientôt dans 5-6 ans ce sera, les années 70, la liberté, on faisait tout ce qu'on voulait, Woodstock, la joie, les fleurs... Mais non! moi j'avais une dizaine d'années dans les années 70, si Merlin l'enchanteur apparaît et me dit je te ramène en 74 pour rien au monde je retourne là-bas. Donc ça fait du bien de se dire que notre époque nous paraît douloureuse et pénible et fausse et tout ce qu'on veut, mais les gens qui naissent aujourd'hui la regarderont avec émotion et regrets de ne pas l'avoir vécue. Ce serait vraiment pratique que les gens qui disent la France des années 70, même 80, là on savait vivre, là y avait pas tous ces trucs de maintenant, machin, faudrait qu'on puisse les téléporter une petite semaine de vacances en 71 ou même 82 : ils reviendraient les jambes à leur cou.
– Philippe Jaenada, À voix nue
Les gens s'accrochaient aveuglément à la première bouée de sauvetage venue : le communisme, la diététique, le zen, le surf, la danse classique, l'hypnotisme, la dynamique de groupe, les orgies, le vélo, l'herbe, le catholicisme, les haltères, les voyages, le retrait intérieur, la cuisine végétarienne, l'Inde, la peinture, l'écriture, la sculpture, la musique, la profession de chef d'orchestre, les balades sac à dos, le yoga, la copulation, le jeu, l'alcool, zoner, les yaourts surgelés, Beethoven, Bach, Bouddha, le Christ, le H, le jus de carotte, le suicide, les costumes sur mesure, les voyages en avion, New York City, et soudain, tout se cassait la gueule, tout partait en fumée. Il fallait bien que les gens trouvent quelque chose à faire en attendant de mourir. Pour ma part, je trouvais plutôt sympa qu'on ait le choix.
– Charles Bukowski, Women
Dans mon esprit au moins les choses se clarifiaient. J'avais transposé le rêve de ma propre vie dans celle de quelqu'un d'autre, et j'avais perdu. Si j'avais gagné, dans la mesure où de telles victoires existent, je serais tranquillement retourné à l'état d'esprit qui était le mien quand cela avait commencé. Le fait de perdre m'avait permis de trébucher sur cette amère vérité : elle était l'univers unique et irremplaçable que tout le monde est — alors que nous croyons que nous sommes les seuls à l'être. Il n'y a rien d'autre à retirer d'une telle expérience.
— John McGahern, Journée d’adieu
« Why is it always me that ends up with these porn-sick losers? I can't even pick them out any more. They hide in day-light. They're everywhere. It's not like I even expect them to get me off. »
« There should be background checks. »
« There should. »
« Where's the ratings system? »
She pulled a blanket over her knees and stared at her laptop for a while.
« Do you know how long I've been seeing that guy? Three months. We went to the cinema last night. He took me to meet his fucking mother. I liked him, I didn't love him yet, but he was better than anyone I'd met for a while. I was into him enough to want to have the talk. I just thought we should take each other off the market, at least for a while - it had been three fucking months. Three months. Then poof - he's gone, overnight, ghosted. What is he, fucking Cinderella? »
« I'm sorry », I said, but she barely stopped for breath.
« And do you know what pisses me off the most? These guys think they're so woke. All they want to do is bitch about the government. Or about the fucking climate crisis. This one - he's a fucking vegan. It's only when it comes to sex that the gloves come off. They'll do whatever it takes to get laid. They lie all the time. It's disgusting. »
— Mariel Franklin, Bonding
À mon retour de Rome, Jamie avait cinq mois, et je l'ai détesté comme jamais parce qu'il avait des coliques et braillait encore plus que Tina. Les hurlements d'un enfant! Faites-moi avaler du verre pilé, arrachez-moi les ongles, mais ne me soumettez pas aux cris d'un nouveau-né, car ils se vrillent au plus profond de mon nombril et me ramènent dans les affres du commencement de mon existence.
— John Fante, Mon chien Stupide
La deuxième loi de la thermodynamique nous explique que, tôt ou tard, toutes les structures vont se décomposer. L'entropie dissout toutes les structures, toutes les formes, toutes les étoiles, toutes les galaxies et toutes les cellules vivantes. Nous savons, depuis la fin des années 1990, que l'Univers continuera à s'étendre à jamais, et de plus en plus rapidement. Aujourd'hui, l'Univers est encore jeune et énergique. Mais dans un très grand nombre d'années après la disparition de la Terre, les dernières étoiles cesseront de brûler et les lumières s'éteindront. Des trous noirs avaleront les restes des étoiles et des planètes. L'Univers deviendra donc à nouveau de plus en plus simple, et l'entropie aura finalement détruit toute structure et tout ordre.
— David Christian, Nous sommes à un tournant cosmologique
Over and over again I am really struck by how ordinary people get through their day. Sometimes it almost strikes me as a sort of miracle. The mass of men lead lives of quiet desperation. People don’t have a lot to hope for in average lives and yet they make do, and on the whole they behave, they behave very well. That is pretty amazing.
— Anne Tyler, It seemed wrong to write about normal life after that horrendous election
'Disgust' among first words decoded in 2,000-year-old charred scroll
cnn.com
Being a thirtysomething, he feels too young to give up and too old to adapt. His self-reliance has ossified into a lifestyle of craved, defended solitude. He can’t imagine having to share a bed every night, not being able to read or stay in or leave parties when he wants. Solitude is fine, unwantedness is not. And as he’s aged, has his intimacy with his female friends deepened? Did these friends, who always maintained that romantic love is overrated, provide an alternative to monogamous romance? No. They’ve all found partners and moved on to mature, cohabit, fuck, get married, spawn. Even if they’re miserable, at least they’re living real lives, with partners who prioritize them. Lately he sees them once a month tops, even though he’s known them far longer than their partners. They’ve stopped inviting him to dinner parties because It was a couples thing and you would’ve hated it, which, while true, was still exclusionary, backed by the hegemonic, regressive institution of monogamy. He realizes that these female friends have, at last, completed their long-term rejections of him; that, without ever having had a girlfriend, his life is strewn with exes, friends without benefits. But he can’t complain about his friends to his friends. His male friends would roast him, or pretend to sympathize but secretly think he’s a pussy. His female friends might think he’s passive-aggressively implicating them, and also think he’s a pussy.
— Tony Tulathimutte, The Feminist
Philipp commença à trembler puis il proféra : « J'ai peur du dix-huit. C'est le diable. Trois fois six. Dix-huit. Tu comprends ? » Je le regardai, interrogateur. « L'Apocalypse, l'Antéchrist. C'est le signe de la bête et du diable », hurla-t-il presque. En effet, le 666 est un chiffre biblique qui apparaît dans la révélation de saint Jean en ces termes : « C'est ici la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est 666. » La croyance populaire veut que l'évangéliste ait décrit le diable en ces mots. « Si je ne tue pas les moutons, leurs yeux vont mettre le feu à tout le pays. Leurs yeux sont le péché, ils sont comme les yeux d'Eve qui s'ouvrent sur la pomme de la connaissance, ils vont tout détruire. » Philipp se mit à pleurer, sans retenue, comme un enfant, il tremblait de tout son corps. « Philipp, je t'en prie, écoute-moi. Tu as peur des moutons et de leurs yeux diaboliques. Je peux comprendre. Mais toute cette histoire de la révélation de saint Jean n'a aucun sens. Jean ne pensait pas au diable avec 666; c'était une allusion cachée à Néron, l'empereur romain. — Quoi ? — Suivant la numérologie hébraïque, quand on additionne les valeurs numériques du nom César-Néron on obtient la somme 666. C'est tout. Jean ne pouvait écrire cela, il devait donc le chiffrer. Ça n'a rien à voir avec l'Antéchrist. » Philipp continua de pleurer. Ça n'avait aucun sens de lui dire que, nulle part dans la Bible, il n'était question d'un pommier au Paradis. Philipp vivait dans son propre monde. — Ferdinand von Schirach, Crimes