JACQUES PERCONTE
Figure majeure de la scĂšne artistique numĂ©rique et de lâavant-garde cinĂ©matographique française depuis la fin des annĂ©es 90, Jacques Perconte (nĂ© en 1974, vit et travaille Ă Paris) se dĂ©finit comme un artiste visuel. Son travail concentrĂ© sur le paysage, dĂ©clinant film linĂ©aire pour le cinĂ©ma et film gĂ©nĂ©ratif pour lâexposition, performance audiovisuelle, photographie et installation, consiste Ă ressaisir la nature, notamment dans le rapport culturel et technique que nous construisons avec elle.
Ă la fin des annĂ©es 1990, il rĂ©alise une sĂ©rie de piĂšces intitulĂ©e Corps numĂ©riques, dans laquelle lâidĂ©e Ă©tait de voir comment des stigmates apparaissent Ă chaque fois quâune image passe dâun mĂ©dia Ă un autre. Le processus pouvait ĂȘtre sans fin.
Par exemple, prendre en photo un écran de télévision peut faire apparaßtre du moiré.
La numérisation de cette photo et sa diffusion par un autre canal peuvent ensuite en faire changer la couleur.
AprĂšs cette premiĂšre dĂ©marche, il a filmĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000 une piĂšce de danse avec une petite camĂ©ra. Câest Ă ce moment quâil  sâest rendu compte du mouvement de formes plastiques Ă lâintĂ©rieur des images.
La mĂ©thode est pensĂ©e afin quâil nây ait pas de trace visible de la compression, comme si il y avait un « minimum qualitatif acceptable » pour la perception de ces images compressĂ©es. Aujourdâhui, tout le monde fait face Ă ces images pauvres, on baigne dedans. La plupart des images numĂ©riques que lâon voit, sauf au cinĂ©ma, sont de ce type-lĂ . Cela crĂ©e des zones pĂąteuses et plus molles, des couleurs plus artificielles dans certains espaces ou des glissements de couleur, ce que lâon appelle du blocking.
Il y a donc un double enjeu dans la technologie des images : pendant que lâon avance sur les questions de compression, on avance Ă©galement sur des questions de diffusion. Les secondes dĂ©terminent les premiĂšres, et les formes finissent par ĂȘtre altĂ©rĂ©es. La plupart des tĂ©lĂ©visions affinent par exemple les images, il existe une quantitĂ© dâoptions de rĂ©duction de bruit, dâintensification, dâĂ©galisation, etc. Tout cela se rĂ©sume Ă des mathĂ©matiques qui analysent lâimage et qui essaient de comprendre ce qui est a priori superflu mais toujours a priori dans lâimage que lâon souhaite regarder.
Il nây a pas dâintelligence sensible lĂ dedans, seulement une intelligence statistique
Premiers pas au cinéma, de l'image à l'information, de l'information au modÚle. Quelques souvenirs, quelques photos qui se détachent de leur contexte, en partie rétabli par une certaine temporalité qui s'écoule du milieu qu'elles ont connu et dont la rencontre a laissé des stigmates.
Elles se propagent si bien.
De la chair à la matiÚre. De la matiÚre au pixel. Du pixel au modÚle. De la structure à la mémoire. De l'image à I'hier qui me tient maintenant.










