La Ciudad Perdida - La Cité Perdue (1/2)
D'abord il y a le cadre: une chaleur étouffante, une cité pré-colombienne abandonnée de tous pendant près de 400 ans, planquée dans la jungle tropicale, sur un versant de la vallée fertile de la Sierra Nevada de Santa Marta.
Puis ajoutez le mystère de ses légendes: Pablo Escobar y aurait fait lacher ses tigres, une fois prisonnier... une terre très longtemps restée inacessible aux militaires, prise dans l'étau des violences entre la guerilla (les FARC ou l'ELN) et les paramilitaires (en quelque sorte le bras droit illégal et armé de l'Etat) pour le contrôle de la production de cocaïne - le lieu est idéal, à seulement quelques kilomètres des côtes de la mer Caraïbe, pour envoyer directement la marchandise sur le marché US. Depuis sa découverte en 1976, le site a été franchement "nettoyé" par l'armée colombienne sans empêcher quelques kidnapping de touristes de temps en temps - le dernier remonte à 2003, où 9 touristes ont été retenus en otage pendant 3 mois.
Enfin il y a les hommes, 3 groupes: les guides et les cuisiniers d'abord, tous anciens producteurs de coca ou employés à transformer le pate à coca, qui ont d'abord vécu sous le joug de la guerilla, qui ont dû détruire leurs plantations en 1997 sous la pression du gouvernement, et qui aujourd'hui se reconvertissent dans le commerce juteux du tourisme. Les militaires ensuite, à peine 18 ans, la plupart en plein service militaire, portant 30kgs de vivres et de munitions sur le dos, qui suent à grosses gouttes sur tout le long de trajet. Et il y a les kogis, petits hommes en blanc, ces descendants de la civilisation des Tayronas, massacrés au XVIe siècle par les conquistadors, et qui survivent tant bien que mal (plutôt mal en fait) face aux flashes des gringos et aux interventions aériennes US pour détruire les plantations de coca...
... Et vous avez la Ciudad Perdida, la Cité Perdue.
Le trek est éprouvant... 3 jours pour monter, une chaleur accablante et une humidité proche des 99%, qui vous font vaguement ressembler à une éponge sur pattes dégoulinante (nice!) dès les premières minutes de marche, et puis il y a les moustiques qui vous assaillent à la nuit tombée et pourtant... les baignades dans les piscines naturelles, la siesta dans les hamacs, le spectacle des nuages qui gagnent la vallée au soleil couchant vous font tout oublier...bon ok, si on avait pu éviter les "OH MY GOD" du gros groupe de gringos anglophones d'en face le 1er et le 3eme jour, j'aurais préféré...
Le 2eme jour, avant d'enchaîner, on visite une fabrique -pour touristes - de pâte à coca (première étape avant la cocaine)... L'activité est complètement illégale mais le spectacle pour les touristes est bien rodé et a le mérite de faire comprendre les enjeux: il faut 1000kg de coca pour produire 1kg de stupéfiant, 1kg coûte environ 1300$ et en rapporte 15 fois plus aux narcotrafiquants... On comprend pourquoi les narco n'ont pas très envie de se rendre... On découvre surtout le paquet de saloperies qu'on fout dedans: essence, soude caustique, acide sulfurique, etc... balancés en pleine nature... bref, s'il y avait la taxe carbone, les narcos paieraient sans doute très cher...