Journal de la revanche pornographique dernier show au Havre, un cargo pour l’Amérique centrale.
La 13ème édition de Chansons Primeurs est finie. Je suis de retour chez moi, j’enchaine avec un concert au Trianon. Je suis fatigué mais heureux, j’ai encore les chansons de chacun en tête et je me surprends, le vague à l’âme, à chantonner des refrains qui n’existent nulle part ailleurs que dans ma mémoire immédiate. Hier, nous avons clôturé la tournée par un concert au Théâtre de la ville du Havre. Comme je l’ai déjà dit dans mon précédent journal, il faisait beau sur la cité Océane, nous en avons profité pour nous balader paisiblement parmi les immeubles en béton du centre ville. Thierry s’était chargé de nous trouver un restaurant sympathique pour déjeuner, c’était, selon ses dires, le spot de rencontre des personnalités du show biz, il n’était pas rare d’y croiser Little Bob, Maylis de Kerangal, Guillaume Hoarau, et même Luc Lemonnier, avant que son dickpick ne lui coûte son poste de maire. Et bingo, à peine installés à l’étage, nous tombions nez à nez avec l’équipe de la Rue Kétanou en train de se restaurer en chantant des airs de marins altermondialistes. Après leur avoir intimé de fermer leurs grandes gueules, Ignatus s’installa à son tour et commanda pour tous le menu de la mer, tout en guettant du coin de l’oeil, les faits et gestes de nos voisins de table. Encore une fois, la concurrence était rude, deux concerts de chanson française, le même soir dans la même ville, nous allions devoir nous battre pour une audience ! La vie ne fait pas toujours de cadeaux. J’ai toujours eu du mal à comprendre l’expression la fin justifie les moyens. Mais maintenant j’en ai enfin saisi le sens. Pendant tout le repas, Ignatus resta mutique et concentré. Visiblement il préparait quelque chose et rien ne pouvait le détacher de sa mission secrète. À la fin du repas, il envoya discrètement deux ou trois textos, puis se leva d’un bon, un petit sourire aux bords des lèvres. Il proposa alors à Mourad de se faire un petit apéro sympa et festif sur le port, avant nos shows respectifs. Il connaissait un lieu éthique et responsable qui leur plairait beaucoup. L’équipe de la Rue Két se réjouissait à l’avance de passer un moment conviviale avec nous. Ignatus devait les rappeler pour fixer un horaire. Il alla payer et nous partîmes dans la foulée, en ne manquant pas de saluer cette joyeuse bande d’intermittents. Là dessus, Ignatus nous octroya un quartier libre, chacun pouvait aller faire ce qu’il voulait. Il fallait juste que nous soyons à 18 heures au théâtre pour un simple line check. Personne n’osa parler de l’apéro. Comme si l’info n’avait été qu’un songe, une formalité amicale qui ne se produirait en fait jamais. un peu comme quand quelqu’un vous dit « je vais essayer de venir à ton concert »; une formule de politesse qui relève de l’oxymore. Comme je connaissais déjà la ville, je décidais d’aider Patrice au théâtre, celui-ci avait un peu de taf de calage à faire en amont. Je m’écroulais sur le canapé en peau de bête du catering pour n’en ressortir qu’une heure plus tard. Le dos de cabillaud au beurre blanc et son accompagnement frites avaient eu raison de moi. Je retrouvais Patrice qui arpentait la scène, en faisant comme à son habitude des petits bruits de bouches et des onomatopées afin de débusquer les fréquences et les buzz en tous genres qui peuvent nuire au bon déroulé d’un spectacle vivant. Sitôt fini, il sorti et accorda toutes les guitares, en me jouant automatiquement sa version de « Jealous Guy » de Lennon. Il s’arrêtait toujours à la fin du premier couplet, en se demandant si le Em était en réalité un Em7. À mon tour, je pris ma guitare et nous partîmes dans un boeuf de malade autour de nos morceaux préférés. Je ne pense pas qu’on en ai terminé un seul, sans le massacrer. Mais on a bien rigolé. Les autres arrivèrent petit à petit, un peu avant 18 heures. Ils étaient allés faire une grosse balade à travers la ville avec Thierry comme guide touristique hors pair. Ils avaient marché du quartier de l’Eure à Saint Adresse, en passant par la forêt de Mongeon, sans oublier bien sur, la fameuse rue des Tourelles, là où il vit le
Jour, un 18 juin. Ignatus nous rejoignit peu après, léger et guilleret, il faisait des jeux de mots à qui mieux mieux. Tout se passait bien, nous enchainions les balances dans une détente sincère et expérimentée. C’était à mon tour, et là bam, la tuile du destin me tomba en pleine face. Ma guitare, jusqu’ici plutôt serviable, n’émettait plus aucun son amplifié. J’eus beau triturer le volume dans tous les sens, mettre des piles neufs, le micro ne voulait plus rien savoir. Dans ces moments, vous sentez qu’il monte en vous cette petite alarme de panique, qui vous envahit le corps, l’esprit et qui devient aussi contagieuse que le variant Omicron. On chercha une solution collectivement. Je faisais les cent pas sur le plateau, suivit par Ignatus, qui me répétait « alors tu vas faire comment? » Alexis, Thierry et Abel, me proposèrent spontanément de me prêter leur guitare, c’était super gentil mais comme je suis gaucher, leurs offres ne menaient à rien et m’enfonçaient encore plus dans l’abîme de la loose. Il était 19h14, le concert était prévu à 20H. Soudain, un éclair me traversa, j’avais peut être la solution. Mon ami Erwan devait venir nous voir, il est guitariste, gaucher, naturiste. Vite je lui laissais un message. Il me répondit dans la foulée : « Panique pas, je prends mon camion et j’arrive, je ne laisserai jamais tomber un gaucher, tu m’entends ? ». Un quart d’heure plus tard, il débarqua au théâtre avec sa Taylor, je fis un rapide essai, hallelujah, j’étais sauvé.
Nous fumes surpris d’avoir autant de monde pour une première au Havre, même que les gens étaient un peu different de d’habitude, beaucoup étaient pieds nus, habillés de sarouels. Tous nos regards se tournèrent vers Ignatus. Avec son air malicieux, il nous avoua qu’on pouvait remercier la Rue Ketanou. Ceux-ci demeuraient introuvables depuis le fameux apéro sur le port, l’équipe du Magic Mirror avait été contraints d’annuler leur show. À l’heure qu’il était, ils étaient quelque part en mer sur un navire de charge et quand ils se réveilleraient, ce serait sûrement en Équateur ou à Panama.
Ainsi s’acheva la tournée de chansons Primeurs. Nous étions heureux et fiers du chemin accompli. Entre larmes et fous rires, nous nous sommes promis de nous revoir très vite, de garder cette petite étincelle de joie qui s’était allumée dès les premiers moments au gite, il y a 15 jours.
Je tiens à remercier chaleureusement Ignatus, pour tout cela, son sens du management et ses contraintes créatives qui nous ont tous bousculés vers les vertes vallées de la félicité collective. Merci à mes compagnons, amis et collègues. Vous me manquez déjà. Merci à Erwan pour ta guitare et ta gentillesse (vous pouvez participer au financement de son prochain EP ici : https://fr.ulule.com/shubni-the-gearing-machine/ ) merci au public de curieux, aux salles partenaires de ce projet de fou. Longue vie à vous et à Chansons Primeurs.
Je vous embrasse, à très vite, Foray










