Être une jeune française qui cherche un travail dans le jeu vidéo au Québec avec peu d’expérience, c’est dur.
Voilà, mon aventure au pays du caribou dure maintenant depuis un an, je suis arrivée en Juin dernier, ai fait un stage chez le méga cool studio Juicy Beast, ai rencontré plein de monde du monde du jeu vidéo indépendant (oh et puis aussi le bel homme qu’est à présent mon amoureux). Je suis ensuite rentrée fin Octobre en France pour finir mes études.
En Janvier, je me suis dis “Que Diable, j’y retourne !”. Sans visa, sans vraiment de projets non plus je suis donc remontée dans un avion pour revenir à Montréal (mais cette fois avec beaucoup plus de neige). J’avais juste une soif énorme de partir ailleurs et de commencer quelque chose de nouveau.
Mâ bon, c’est pas si simple ma fille. Petite touriste, sans expérience, sans permis de travail, ça a été difficile. Même si j’ai eu la chance de découvrir l’énorme soutien présent au sein de la communauté des indies, même si j’ai eu plusieurs retours très positifs et plusieurs interviews ; je n’ai malheureusement toujours pas trouvé de travail dans le secteur que je souhaite. Et voilà les principales raisons :
- Je suis française. Pas que les québécois n’aiment pas les français (non, ils sont trop gentils pour ne pas aimer quoi que ce soit) mais être française signifie que j’ai besion d’un permis de travail pour pouvoir travailler au Canada, donc attendre facilement trois mois que les papiers se fassent (et entre nous, les employeurs quand ils te contactent, c'est pour que tu bosses directement, ils veulent pas attendre). Même en tant que freelance, je ne peux pas travailler à moins d’avoir un permis (donc même pas de mini contrat histoire d’avoir un peu d’argent de poche). D’autant plus qu’il faut que l’employeur justifie d’engager un français à la place d’un canadien, donc supposer que je suis un très bon profil ou spécialiste dans un domaine (donc avoir la paie qui va avec héhé).
- Ce qui nous amène à la deuxième difficulté qui est tout simplement que je n’ai presque pas d’expérience. Et puis les gens ils veulent du Senior, parce que mes projets ont beau leur plaire et correspondre tout à fait à ce qu’ils recherchent, si y’a pas minimum 5 ans de métier derrière ça vaut pas grand chose.
- S’ajoute à ça le facteur, croyez-le ou non (j’avoue que je n’en suis pas convaincue moi-même) mais je suis une fille, et les filles dans le jeu vidéo ça se fait encore rare. Disons que on a peut-être plus à prouver notre qualité, puisque le sexe féminin a été presque inexistant dans le système jusqu’à assez récemment. Donc une fille qui fait du jeu vidéo c’est encore un peu fancy (j’suis tellement une hypster).
Et donc qu’est-ce que je fais maintenant ?
Et bien tout d’abord je bouge, je fais des gamejams, je rencontre du beau monde. J’ai pu participer à l’incubateur des Pixelles, qui encourage justement les filles à se lancer dans le jeu vidéo et en six semaines j’ai réalisé un jeu par mes propres moyens, et j’ai adoré ça, j’ai adoré toutes les super héroïnes que j’y ai rencontré aussi. Je suis allée à San Francisco au GDC (Game Developper Conference) où j’ai pu distribuer ma petite carte de visite à qui voulait bien (ouais ouais genre y’a ma carte chez Mojang par exemple au moment où j’vous parle, enfin j’ai envie de croire qu’ils l’ont pas balancée, BREF!). Je me suis lancée toute seule dans la TOJam (qui est une gamejam qui se passe à Toronto) et j’ai eu la chance de me retrouver avec trois autres personnes trèèès compétentes (dont par exemple le DA de Drinkbox Studios hihi) et nous avons réalisé un jeu dont je suis très fière en l’espace de trois jours. Et puis je passe la plupart de mes journées chez Juicy Beast à les regarder travailler fort et parfois je mets un peu la main à la pâte parce que j’aime ce qu’ils font et ce qu’ils sont.
Mais ma recherche de travail étant au point mort, je me suis décidée à devenir étudiante pour une année de plus. Si tous les papiers sont prêts en temps et en heure je serai donc étudiante en jeu vidéo à l’université de Montréal dès Septembre prochain pour un an. Non seulement cela me permettra d’être au Québec sans être touriste (ce qui entre nous est vraiment dur à justifier quand on passe à la douane quand on est jeune ET français et qu’on vient pour une longue durée). Mais bon, je ne fais pas des études parce que j’aime étudier (Houla non.), je fais ça principalement parce que cela me permettra de travailler en même temps et d’acquérir un permis de travail ouvert par la suite. Et cela facilite aussi pour une éventuelle demande de résidence permanente… mais on y est pas encore.
Et je pense que la petite pointe d’humour c’est que maintenant que je suis sur le point de redevenir étudiante je n’ai jamais reçu autant d’offre d’emploi. Ce qui fait que je ne suis toujours pas sure de ce que sera mon activité d’ici quelques mois. Peut-être étudiante au Canada avec une position comfortable (et légale), peut-être à Ubisoft mais en France (mais on peut pas dire non à Ubisoft quand même…).
C’est à peu près le point d’avancement où je suis. Je ne veux pas décourager les gens à venir chercher du travail au Canada, au contraire. Mais il faut juste savoir à quoi s’attendre et se préparer. Moi j’avais beaucoup d’argent de côté, un gros support de mes parents et aussi un toit (pratique d’avoir un amoureux québécois, en plus il est bôôôô). Et même avec tout ça je tarde à trouver ce que je veux, et la vie prend constamment des tournants auxquels on ne s’attend pas.












