Episode du podcast Kscope dédié à ‘Lighthouse’ d’iamthemorning, avec interview de Marjana Semkina et de Colin Edwin (Porcupine Tree).
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Episode du podcast Kscope dédié à ‘Lighthouse’ d’iamthemorning, avec interview de Marjana Semkina et de Colin Edwin (Porcupine Tree).
{#1} iamthemorning - Lighthouse
J'étais là, avant les flots qui épurent les rives désertes Je les ai fuis, les cellules, les captifs, mais encore je languis Les astres gisent, acérés et glacés, à mes pieds nus meurtris Et ainsi, m'avançant dans les flots, vient ma dernière défaite
iamthemorning est une de ces perles que le néoprog peut parfois faire émerger de sa ruche et que Kscope a le don de dénicher.
Né en 2010, de la rencontre de Gleb Kolyadin, pianiste de formation classique, et de Marjana Semkina, chanteuse autodidacte et mordue de littérature, ce duo russe de "prog de chambre" comme ils aiment à se désigner en est avec 'Lighthouse' à son troisième album. A une culture musicale et des influences résolument issues de la tradition du rock progressif se superpose une esthétique néo-classique que je ne peux m'empêcher de comparer à une Agnes Obel, de par son line-up initial qui comprend piano et chant.
Ce tandem, dont le patronyme n'est pas sans évoquer le Shesmovedon de Porcupine Tree, se nourrit des influences classiques et du goût des musiques world/ethniques de l'un - à titre d'exemple, le bodhran et la bombarde qui apparaissent ponctuellement sur 'Lighthouse' -, et de la passion de l'autre pour la scène prog de notre décennie, avec des artistes tels de Jonas Renkse (Katatonia), mais aussi Mikael Akerfeldt (Opeth) et bien sûr l'incontournable Steven Wilson.
Pourtant, l'aventure n'a jusque là pas été simple : si l'héritage culturel russe constitue une influence majeure pour leur œuvre, il s'avère extrêmement difficile de sortir des plates bandes nationales, tout comme de faire face aux préjugés le plus souvent ancrés chez leurs compatriotes eux-mêmes. Le soutien apporté au duo par le public dans la campagne Kickstarter de leur second album Belighted en 2013 a été un souffle enthousiasmant pour eux de par son franc succès, mais n'a pu hélas couvrir tous les frais. "Belighted nous a laissé dans une terrible situation d'endettement, malgré le financement participatif, raconte Marjana dans une interview donnée à Teamrock, la principale raison était que nous n'avions aucune expérience dans la façon de mener une campagne et que nous ne pouvions pas bien estimer les sommes dont nous avions besoin." L'album live From The House of Arts, publié également via Kickstarter, les a ainsi aidé à financer celui dont nous allons parler.
Sorti le 1er avril 2016, 'Lighthouse' est "un album riche et éclectique, qui emprunte tout à la fois à la musique classique, à l'école de Canterbury [NDLR : courant britannique du rock progressif des années 1960-70 avec des groupes tels que Gong, Soft Machine, Caravan], au folk nordique, au jazz et à la musique électronique. Il met en scène le développement et la progression d'une maladie mentale, dont l'auditeur traverse les différentes étapes avec le personnage principal, ses efforts pour combattre la maladie, sa rémission temporaire qui la conduit à une dernière défaite."
"Concernant les paroles, ce sont les travaux et les vies de Virginia Woolf et de Sylvia Plath qui ont inspiré cet album", ajoute Marjana, ce qui en éclaire beaucoup l'écoute: comment en effet ne pas penser, rien qu'au titre, au roman La Promenade au phare (To the Lighthouse) de Virginia Woolf qui explore les tréfonds de la subjectivité face à l'expérience, ou dans l'intrigue elle-même au combat de Sylvia Plath contre sa maladie, à ses tentatives de suicide répétées - jusqu'à celle qui l'emportera définitivement en 1963.
Un album concept, donc, ce qui ne nous surprendra pas de la part de musiciens influencés par les fondamentaux du prog. On note d'ailleurs de nombreux invités, dont plusieurs grands noms qui auront le don d'attiser la curiosité des plus avertis : Gavin Harrison (Porcupine Tree, King Crimson), Colin Edwin (Porcupine Tree), Mariusz Duda (Riverside, Lunatic Soul).
Il s'ouvre sur le prologue "I Came Before The Water", une douce mélopée où la voix haut perchée de Marjana Semkina conjuguée aux ensembles de cordes nous transporte aussitôt dans un microcosme intimiste et onirique, et où émerge une intense mélancolie, notamment grâce aux tremolos inquiétants qui clôturent l'introduction. Aussitôt dès la deuxième piste, nous entrons en tension avec un ostinato fluide au piano qui n'est pas sans rappeler l'univers marin, tantôt dans sa fureur, tantôt dans son indolence. Il est vite rejoint par la batterie de Gavin Harrison, jouant dans une mesure différente, ce qui rend d'emblée l'ensemble groovy et nerveux.
On enchaîne avec "Clear Clearer" : un riff de basse posé accompagné d'une section d'instruments à vents et d'un orgue électronique sur lesquels se répète, lancinant, le refrain "What you think, you see, never was real". Il est agrémenté des chœurs éthérés de Marjana et d'un synthé aérien, pour enfin se clore discrètement sur les clarinettes.
"Sleeping Pills" nous transporte dans le rêve avec une hymne hypnotique et chorale minimale où le piano occupe la majorité du spectre musical, accompagné de quelques violons, pour laisser poindre au terme d'une légère montée chromatique un chœur d'enfants des plus féériques.
"Libretto Horror" débute comme une pièce de cabaret macabre inquiétante qui fait intervenir des élans de virtuosité pianistiques et se clôt à pas feutrés.
Dans "Lighthouse", la chanson titre, les silences et les tenues sont à l'honneur. Plus d'agitation, c'est l'inespoir et la mélancolie tranquille qui rythment cette valse paisible aux images simples mais fortes : "Storm here is coming, but I'm not coming home", qui rappellera à plus d'un l'esthétique de mélancolie sereine d'Agnes Obel. Le refrain est finalement repris en tutti avec les sections cordes, mais aussi et surtout avec la voix intense de Mariusz Duda.
"Harmony" fait office d'interlude léger avec une douce aria à la flûte accompagnée de glockenspiel, qui nous immerge comme dans un paysage printanier mental. Elle est vite relayée par un piano jazzy qui semble battre des ailes et vouloir s'envoler aussi haut que les "oiseaux-flûte", jusqu'à être rejoint par une guitare lead qui le suit dans son envolée. S'il fallait déceler une intention dans ce morceau mais également dans son processus de création, il serait littéralement une cour de récréation instrumentale où toutes les fantaisies sont possibles.
Avec "Matches", on revient dans la sphère du chant avec une ritournelle jazzy qui nous évoque le versant psychopathologique de notre personnage, notamment dans le refrain entraînant qui contraste avec la réalité qu'il évoque : "Silent fever all the words they deliver not even", mais aussi dans le climax où la voix de Marjana prend toute son intensité : "Your house is on fire 'cause you weren't knowing that I drop the match in". Cette "rechute" est relayée par "Belighted", lancinante et atmosphérique avec ses harmonies de harpe et ses violons ainsi que les chœurs.
"Chalk and coal" nous plonge dans une atmosphère encore plus sinistre : le chant lead est doublé de voix chuchotantes culminant dans les hautes fréquences, ce qui donne un effet d'interphone évoquant aisément le milieu hospitalier, et martelant sans cesse la même sentence : "You're not getting anywhere like that" pendant qu'une trompette glisse sur ses notes lasses. Puis vient le refrain comme un cri : "No ! Not again !", le piano s'emballe, la guitare en overdrive jusqu'alors discrète s'impose. Un ostinato dissonant et obsessionnel surgit, suggérant la crise, pendant qu'une guitare lead lance un solo tout aussi effrayant.
Enfin arrive la clôture avec "I came before the waters pt.II". Le même refrain débute mais a cappella ce qui nous permet d'apprécier la voix de Marjana sans artifice. Elle est rejointe dans une reprise par une section de cordes qui s'engage dans une montée dramatique et se perd petit à petit dans le bruit des vagues qui nous éloignent du phare.
"Post scriptum" n'est plus qu'un épilogue instrumental du voyage que nous avons fait au pays des âmes égarées. Sa structure harmonique rappelle au niveau des chœurs le thème du morceau précédent dans une autre signature rythmique, sonnant comme l'épitaphe de notre personnage et de son histoire.
Artwork : Constantine Nagishkin
Tracklist :
1. I Came Before The Water Pt I 2. Too Many Years 3. Clear Clearer 4. Sleeping Pills 5. Libretto Horror 6. Lighthouse (feat. Mariusz Duda) 7. Harmony 8. Matches 9. Belighted 10. Chalk and Coal 11. I Came Before The Water Pt II 12. Post Scriptum
http://iamthemorningband.bandcamp.com/ http://www.kscopemusic.com/artists/iamthemorning/
M.N.
Crédit photo frontale : Alexander Kuznetcov
Sources :
http://teamrock.com/news/2016-01-29/iamthemorning-detail-lighthouse
http://www.dprp.net/wp/interviews/?page_id=5116
ॐ त्र्यम्बकं यजामहे सुगन्धिं पुष्टिवर्धनम् उर्वारुकमिव बन्धनान् मृत्योर्मुक्षीय माऽमृतात्
Aum Tryambakam Yajamahe Sugandhim Pushtivardhanam Urva Rukamiva Bandhanaan Mrityor Mokshiye Maamritat
Ängsälvor (Meadow Elves) ~ Nils Blommér (1850).
Ensemble Ars Italica. Sigrid Lee, Francis Biggi & Marco Ferrari, dir. "Musica del XV Secolo in Italia"
“Consider and hear me, O Lord, my god : lighten mine eyes, lighten mine eyes. Lest I, lest I sleep the sleep of death.“
Neo-spiritualism
~ No narcotics in my brain could make this go away...
Let’s break this cage.
I see with my eyes shut...
~ Metamorph
"Ceux qui aiment le vin, deviseront de boire, Ceux qui sont de loisir, de fables écriront."
~ Joachim Du Bellay, Les Regrets