Erykah Badu 29 juillet 2011, Festival "Les nuits de Fourvière"
 Bière à la main, je déambule dans les travées du théâtre romain de Fourvière. Il fait beau sur Lyon. On se croirait un soir d’été, il manque juste un peu de chaleur, mais la musique, c’est fait pour réchauffer, alors ça devrait aller. Je ne suis pas en terrain connu, je viens à la rencontre d’une diva soul. Elle débarque des Amériques où il se murmure cette phrase qui déjà me remue : « hip-hop, it's bigger than the government ». J’ai hâte de voir cela.
À l’affiche, c’est Erykah Badu pour son unique concert estival en France. Le hip-hop, ce n’est pas mon truc à priori, mais je me suis pris une claque salutaire. Le film de Michel Gondry, « Block Party ». Dans ce récit génial de l’organisation d’un concert à Brooklyn, je découvre une chanteuse magnétique et imposante. Sur cette scène en plein cÅ“ur du quartier de New York, Erykah Badu porte une perruque afro démente. Elle se tient droite et regarde son public avec intensité. Sa voix suave, dégage une puissance qui vient des origines, un peu comme celle de PJ Harvey, mais là c’est du miel. Elle est fière, c’est irrésistible. Elle semble porter un peuple sur ses épaules.Â
Je comprends que le hip-hop est une musique qui mélange les genres. Je me rappelle que la scène black a souvent eu un train d’avance dans l'histoire de la pop musique. Dans ce film, les musiciens qui entourent les stars sont incroyables! Ce sont des pointures, transfuges du jazz, de très grands artistes. Le public urbain est en ébullition. J’aime la musique populaire quand elle propose le meilleur dans un mouvement de générosité. C’est l’esprit de la performance d’Erykah Badu. Voilà pourquoi j’ai acheté mon billet ce soir : Je veux comprendre mieux l’attraction.
L’attente est longue, après une première partie décevante. Le changement de scène prend un temps fou. Un Dj monte sur scène et tente de faire monter la sauce. Il ne recule devant rien, mixe Badu, Prince, Jackson et même les White Stripes. À mes côtés, un danseur de discothèque prend son pied. Il fait un show digne de John Travolta! C’est désopilant et je me cache sous ma cape pour rigoler honteusement.
Seulement voilà , le public est venu pour voir une reine, pas pour écouter des disques aussi bons soient ils. Les sifflets fusent jusqu’à couvrir la musique. C’est dans ces moments-là , que l’on comprend l’interdiction des canettes dans les salles de concert.
Enfin, le groupe entre sur scène, sans l’intéressée : Une flûte traversière, deux batteurs, un bassiste et un guitariste, quatre choristes. C’est ce que l’on appelle une grosse formation. Ça envoie pas mal, mais vingt minutes de chœurs susurrant « Baduuuu, Baduuuu, Baduuuu… », c’est de nouveau trop long. Je craque nerveusement. Je commence à me dire que le concept de Diva me les brise sévère. Je suis en plein bad trip. Des perles de sueur glissent le long de mon visage. Je pense à Hulk et mes muscles se tendent.
D’un coup il me vient une vision. J’ai peur. Je crois que c’est un retour de poudre d’Opium. Il faut vraiment que j'arrête mon traitement. Je vois Bette Midler qui débarque de son film « The rose », en hélicoptère sur la scène du théâtre avec plusieurs heures de retard. Le salaud de manager, la porte sur scène. Elle est au bord de la rupture, totalement défoncée. Elle va nous hurler son amour, ça va être suintant. C’est la scène la plus dégoulinante du cinéma musical. J’ai vraiment pas envie de ça! Nonnnnnn ! Bon, je reprends lentement mes esprits. Mais qu’est ce qu’elle fout la Badu ???
Après une demi-heure d'un remplissage usant joué par de fantastiques musiciens, la diva monte sur scène. Et c’est vrai qu’elle en impose. Elle porte, un fuseau, une veste à carreau, une chemise rouge, une ceinture jaune de judoka et un joli chapeau qui a du mal à couvrir sa tignasse afro.
Je ne comprends rien à la mode américaine, mais elle est étrangement très classe. L’attraction est bien là . Tout d’abord en douceur avec des mots chuchotés puis avec une certaine violence sur le fantastique titre « The healer ». Elle cherche le public qui n’attend que ça, danser, taper dans les mains, faire la fête. Elle a parfois des airs de championne de boxe.
Et puis ça retombe malheureusement sur les chansons les plus souls que je trouve terriblement longues. Me voilà qui baille et ce n’est pas bon signe. C’est trop jazz pour moi, dans le sens chiant du terme.
Mais quand elle se remet à scander ses textes, à haranguer la foule pour les derniers morceaux, c’est juste formidable et le public chavire à nouveau.
Moi Erykah, je l’aime en version rap, c’est définitif. Je suis donc mitigé à l’issue du concert. C’était court, peut être une heure vingt de présence effective sur scène, et je pense que tout cela manque de générosité. Si je suis heureux d’avoir approché une chanteuse exceptionnelle, je suis dans le regret de ce que le concert aurait du être. Le théâtre de Fourvière a vibré poliment, et j'aurais aimé plus de folie dans le set.Â
Mais peut être que je ne suis pas fait pour aimer entièrement ce que propose Erykah Badu.
C’est ça l’aventure, on ne fait pas carton plein à tous les coups. Alors, je rentre à la maison avec dans la tête son dernier tube « Honey » que j'adore, je fais des gestes avec les bras, je redescends sur Brooklyn, les vacances vont bien se passer.