La madone et la putain
Maman. Je t’accuse. Je t’accuse peut être pour ne pas confronter sur le papier deux morceaux de moi. Celui ci qui veut te plaire. Et l’Autre. Celui que j’ai du mal à cerner. Celui qui vibre, celui qui vit, celui qui aime, celui qui coule. Celui que ça ne dérangerait pas de déverser ses tripes à la gueule du monde. Celui pour qui aimer est simple, faire l’amour aussi. Je t’accuse de ma féminité. Je ne m’y retrouves pas, dans cette construction de moi. J’ai peur d’aimer, j’ai peur de perdre, j’ai peur du plaisir, j’ai peur de moi. Je t’accuse de ton regard engoncé, de ta pensée étriquée derrière ta bonne façade de grenouille de bénitier. Je te déteste de parler de Dieu, du calme, de l’air doux de la montagne. Je pointe ton hypocrisie. Toi qui prône l’Amour de n’avoir jamais su être une oreille attentive et sans jugement. De n’avoir su faire de ta poitrine qu’un gouffre d’insécurité. J’accuse ton hypocrisie. Tu as fait de toi une femme blessée, une mère célibataire, une mère courage. Toujours droite, toujours fière. Un mère forte et orgueilleuse qu’il était impossible de décevoir. Une mère qui m’a mise au défi dans la rigueur. Une mère qui a voulu faire de moi la meilleure. Une mère incapable de larmes, incapable de trop boire, incapable de danser, incapable de spontanéité. Sans doute t’es tu dis que ton enfant anguille fuyant tes bras, ton enfant fonceur, ton enfant curieux ne pouvait pas changer. Tu m’as toujours dit que j’étais née pour partir, qu’à ma naissance je regardais déjà par dessus ton épaule. Sans doute t’es tu résignée. Tu n’as plus rien su de moi. Tu ne t’es pas occupée de mes règles, de ma sexualité naissante, de mes premiers émois, de mes chagrins d’amour. De mes blessures. Aucune porosité entre notre maison étroite et l’inconnu. Ce qui aurait du être expérimentation était pour moi hostilité. Tu n’as pas voulu voir, rien voulu savoir de mes premières soirées, de mes premiers baisers. Alors oui, c’est un peu à cause de toi si j’ai fini sur un parking cette nuit là. Si j’ai si peur de la sexualité. Si peur d’être une chienne, une salope, une pute et que je me mue en none dans une vie rangée de femme au foyer. Je le sais. Tu as beaucoup pleuré. Tu as beaucoup pleuré de la violence du monde extérieur. Mais dis moi, n’as tu pas un peu pleuré de culpabilité.Ne sais tu pas au fond de toi que je ne quitte la peur de ton jugement et de ta déception qu’en m’éloignant. Ne sais tu pas au fond de toi que derrière mon envie d'ailleurs il y a la fuite. Fuite te ce que tu as malgré toi construit autour de moi. Fuite de toi. Je sais que tu as fait de ton mieux. Mais ma féminité est abîmée. Je suis incapable de lâcher prise. Incapable d’être en couple. Incapable d’être seule. Incapable d’expérimenter. Incapable. Je ne suis que bonne dans des univers aussi rigide que le tient. Dans des univers où les sentiments contradictoires n’ont leur place que dans les livres, dans des univers où je ne danse pas, où je ne fais pas l’amour, où je ne baise pas. Dans des univers où je ne me reconnais pas. Maman, sache donc que pour tout ça : c’est toi la putain !














