Le chaperon se blottit contre les reflets rouges de son capuchon. Tout autour d'elle la forêt et ses racines frémissaient. Au point de faire frissonner le petit chaperon, qui accéléra le pas, crispa les mains autour de son panier d'osier blanc. Il n'y avait que trois couleurs pour distinguer les formes vivantes des ombres des arbres. Le blanc, le rouge, et les yeux verts du chaperon.
Bien au fond de son esprit glacé, le chaperon maudît sa famille entière. Sa mère, sa grand-mère. Inconscientes, voilà ce qu'elles étaient toutes. Mais elle n'avait pas son mot à dire. Elle n'avait jamais le droit d'ouvrir le bec, de contredire ou d'approuver. Il fallait acquiescer et courir là on où l'envoyait.
Elle les aimait. Evidemment. Elle tuerait pour sa famille s'il le fallait. Cependant, la seule pensée qui s'amusait à enraciner son esprit se résumait en un mot : fuis. Vas-t'en loin, loin, là où on ne te trouvera pas, là où tu seras libre de vivre et réfléchir, de poser mille question et rire aux éclats, pleurer à chaudes larmes et gémir de douleur. Libre de revenir, libre de repartir. Le petite chaperon laissa glisser un soupire las du bout de ses lèvres rougies par le froid. Ses pieds étaient trempés. Elle releva la tête à temps pour tourner au bon embranchement et se perdit encore un peu plus sur les sentiers.
Il n'y avait plus grand chemin à faire. Alors elle se dépêcha, assez pour glisser sur la mousse noirâtre des pierres. Un oiseau piailla et s'envola, dans un fracas monstrueux. Elle gémit bruyamment. Puis, elle reprit sa route.
La même scène au milieu du village l'aurait poussée à geindre et chercher de l'aide. C'est ce qu'une jeune fille doit faire. Le petit chaperon n'avait rien d'une pleureuse qui demande sans cesse de l'aide. Elle n'en avait pas particulièrement besoin. Au contraire, elle était celle qui aidait les autres.
Seulement, elle aurait préféré choisir qui et comment aider. Voilà la maison de sa grand-mère qui dessinait de vague contour dans la purée sombre de la nuit. La lumière perçait les fenêtres décorées de lourds rideaux de coton blanc.
Un peu tâché, distingua-t-elle de loin. Probablement une énième confiture de cerise que sa grand-mère - dont elle avait hérité la maladresse - avait dû faire tomber par mégarde. Ou par vieillesse. Ses mains la faisaient beaucoup trop souffrir ces derniers temps.
Le petit chaperon toqua, sans force. L'envie d'être ici ne lui crevait pas exactement le coeur. Mais on était vendredi, et sa grand-mère qui n'était pas venue pour dîner avec vous comme toutes les semaines n'avait peut-être pas de pain.
Le manque de réponse assombrit l'humeur déjà bien dégradée du petit chaperon qui tambourina avec force contre le bois foncé de la lourde porte d'entrée. Sa grand-mère aurait pu chanter qu'on n'aurait pas entendu moindre de ses fausses notes.
Après deux minutes interminables - et deux minutes sont réellement longues une fois qu'on doit patienter - le petit chaperon décida d'entrer dans la maison. Un premier et un second suivirent avant que le chaperon ne se fige. Ses petits yeux ronds se figèrent sur l'inconnue assise à la table de sa grand-mère, l'air aussi surprise qu'elle. On aurait dit le combat silencieux d'un chat et d'un chien en pleine rencontre. Le calme avant la tempête, le vide avant le chaos, l'observation avant l'attaque.
L'inconnue se leva d'un seul trait.
Le petit chaperon ne recula pas d'un seul pas.
"Bonsoir Madame. Que faites-vous ici ?"
L'inconnue lui jeta un regard noir. Les joues du chaperon rougirent légèrement, sans qu'elle ne sache exactement pourquoi. Une légère gêne peut-être, face à cette femme à la posture clairement intimidante.
Cette fois-ci le chaperon fronça les sourcils, sans pour la lâcher du regard.
"Quelqu'un ? C'est à dire ? La personne qui habite ici ?
- Non.. Mais asseyez-vous, je vais tout vous expliquer."
C'était la pire phrase que qui que ce soit puisse dire. Mais le chaperon ferma la porte et s'installa sur la chaise en face de l'inconnue sans un clignement de cil. Elle n'avait ni tourné la tête ni dévié de son axe. Si elle avait eu des oreilles, elles seraient tournées vers la femme qui venait de se rasseoir.
La tension était tout à fait palpable. Elle s'exprimait particulièrement bien par leur dialogue presque scénarisé où chaque mot était chorégraphié. La dénommée Lou pinçait ses lèvres carmins. Ses prunelles noires ne bifurquèrent à aucun moment du petit chaperon en face d'elle, pas même quand elle glissa ses mains sous la table sur ses genoux.
- Parce que quelqu'un a été attaqué..
- Et pourquoi l'attendez vous ici en particulier ?
- Car c'est ici que j'ai entendu l'animal attaquer et trouvé la victime."
Le sang du chaperon ne fit qu'un tour. Elle tourna la tête vers la gauche. Elle vit le sang. Elle se retourna à gauche, et vit le reste du sang sur les rideaux. Elle se leva. Et elle prit conscience de l'état de la pièce dont elle n'avait pas regardé le contenu, trop habituée à cette maison.
Elle ferma violemment les paupières quand son regard effleura le corps déchiqueté de sa grand-mère. Non. Non. Elle ne devait pas redessiner les contours de ses membres arrachés ou l'ombre de ses entrailles imprimées sur le parquet en bouleau. Elle ne devait surtout pas sculpter dans ses souvenirs le modèle de son cuir chevelu scalpé.
"Excusez-moi, mais vous devriez vous asseoir.."
Des mains fortes et givrées empoignèrent ses épaules puis la forcèrent à revenir à sa chaise. Lou s'agenouilla à ses côtés, une main abandonnée contre l'avant-bras du chaperon.
Le sanglot étouffé sous ses paroles ne parvint pas à l'esprit du petit chaperon. Elle était ailleurs.
Elle rouvrit les yeux, tremblante, puis planta son regard contre la table et s'adressa à la femme à ses côtés.
"Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Comment ? Comment je n'ai pas pu voir ? Je..
- Vous avez été surprise par ma présence..
- Les vols sont courants, surtout ces derniers temps. Et par ici, ils ne s'embarrassent pas de prendre une vie pour en récupérer les joyaux.
- Je sais bien.. Écoutez, essayez de vous lever et de sortir, il vaudrait peut-être mieux vous éloigner d'ici le temps de respirer un peu non ?
- Vous avez raison, répondit du bout des lèvres le petit chaperon après quelques secondes.
- Fermez les yeux et prenez ma main. Je vais vous guider."
Le petit chaperon rouge obéit à la voix ferme de Lou. Les yeux clos, elle se laissa manipuler. La jeune femme passa un bras autour de sa taille pour la relever et le chaperon chercha sa main. Elle trouva une poigne rassurante et des doigts rugueux pour guider sa route.
Tout s'était arrêté dans l'esprit du chaperon. L'impression de vivre un cauchemar accablait tout ses os. Elle était pâle comme la lune qui brillait là-haut, prête à réveiller les loups. La panique de réaliser ce qui venait de se passer vrillait dans son cerveau.
Elle releva ses yeux émeraudes sur la jeune femme.
"Donnez-moi votre poignet."
Le chaperon la regarde d'un air interloqué. Mais elle obtempéra.
Lou lui enterra le poignet d'un ruban blanc, qui se confondait presque avec la peau d'albâtre du petit chaperon. Elle ne connaissait pas la matière de la bande de tissus, mais c'était aussi doux que du velours.
"Tout ira bien, d'accord ? Nous allons attendre calmement le chasseur. Allez, asseyez vous sur les marches devant la porte."
Hochant la tête, elle se recroquevilla sur les marches en pierre. Elles attendirent en silence, avec seule la forêt pour témoin. Des pas discrets se firent soudainement entendre. Il n'y avait pas assez de vent ni de hululement pour les étouffer.
-C'est cette maison c'est cela ? Je vais rentrer observer puis je reviens discuter avec vous, d'accord ?
Le petit chaperon n'avait pas bronché, et elles restèrent encore un peu plus sur les marches.
"J'aurais dû me dépêcher de venir la voir.. J'ai passé tellement de temps dans les bois. J'aurais dû aller directement chez ma grand-mère."
Elle avait parlé vite, les mots s'étaient embrouillés et mélangés entre sa langue et ses dents. Elle était à bout de souffle sans pour autant avoir dit grand chose. La jeune femme soupira lourdement à côté d'elle.
"Vous ne pouviez pas vraiment savoir. Et vous n'auriez rien pu y faire.
- Vous ne comprenez pas, Lou."
Il n'y avait rien d'agressif dans son ton, seulement de la lassitude et du désespoir. Rien n'animait plus ses prunelles vertes. Elle tritura le ruban blanc entre ses doigts. Ça avait quelque chose d'étrangement rassurant de le sentir entourer son corps.
"Est-ce que vous savez ce qu'il représente, demande la jeune femme en le désignant.
- On dit que ce tissus calme les esprits tourmentés, au moins quelques temps."
Lou lui sourit doucement.
"J'ai croisé un Loup en chemin. Je l'ai fait détaler quand il s'est approché de moi. Il a pris le chemin de ma grand-mère. C'est pour ça. C'est pour ça qu'il y a été non ? C'est pour ça qu'elle est morte. C'est ma faute.
- Peut-être, peut-être pas. Vous ne pouvez pas savoir, d'accord ? Vous ne pouvez pas savoir pour l'instant."
Le petit chaperon rouge fronça les sourcils et releva la tête.
- Le chasseur nous expliquera.
- Comment pourrait-il savoir ? Il peut bien comprendre en observant mais delà à tout savoir.."
La jeune femme posa les mains sur ses genoux en hochant la tête. Finalement, le chasseur porta le bout de son nez à ce moment précis.
"Vous êtes quelqu'un de sa famille ? demanda-t-il au chaperon rouge.
- Je suis sa petite fille..
- Je comprends mieux.. Que vous soyez ici, ajouta-t-il en hochant la tête, lui aussi.
- Elle était censée manger avec nous comme tous les vendredis, mais elle n'est pas arrivée en avance pour goûter avec nous comme d'habitude. Alors on m'a envoyé à la chercher.
- Juste après l'heure du goûter ?
- Et combien de temps mettez-vous de chez vous à ici ?"
Le petit chaperon avait le souffle coupé. Elle se releva d'un coup sec et s'écarta. Elle se sentait encerclée. Lou et le chasseur avaient le regard vissé sur elles. Ce n'était pas possible, c'était hors de question. Elle comprenait mieux pourquoi ils étaient là. Le petit chaperon rouge caressa du bout des doigts le tissu satiné.
- Je suis également chasseuse, oui. Nous travaillons toujours en duo.
On aurait dit un fantôme, tant elle était vide. Les vêtements verts foncés de la chasseuse et du chasseur lui sortaient presque par la yeux.
"Bon. On va respirer et discuter un peu d'accord ? On va vous expliquer ce qu'il va se passer."
Le chasseur avait une voix très chaleureuse, bien plus que tout à l'heure. Il lui souriait légèrement, et lui indiqua les marches. Les trois s'assirent d'un mouvement presque uniforme. Le chaperon ne savait pas vraiment où se mettre, ni comment envisager la discussion et ce qui allait arriver.
La discussion qui suivit resta ancrée dans la mémoire du petit chaperon pendant des années. Le chasseur lui avait expliqué la nature réelle de son travail et avait laissé la parole à Lou. Le chaperon était resté soufflé tout du long, dénué de toute émotion. Lou lui avait expliqué. Ce qu'elle faisait, son rôle, et enfin, pourquoi elle aussi était une chasseuse. La raison d'un travail en duo. Elle lui détailla tout, sans rien cacher.
«Nous ratissons les villages et les bois, juste au cas où, dit-elle avant d'ajouter, Je ne pensais pas croiser qui que ce soit. »
Le silence reprit son droit. Le petit chaperon rouge était assommé d'informations. Elle était prête à se perdre encore une fois pour oublier tout ce qui venait d'arriver, pour effacer tout ce qu'il s'était passé. Courir loin d'ici et de cette maison dont elle ne souhaitait plus qu'effacer le passé.
Elle n'était pas sûre de savoir si elle voulait s'enfuir ou partir, grandir ou se libérer.
Le labyrinthe à ses pieds multipliait ses routes au grès des cheminements du petit chaperon rouge. On aurait dit qu'elle laissait goutter son sang pour en abreuver la terre et alimenter un peu plus les soucis des bas côtés. Au point de les faire fleurir par centaines. La tête commença à lui tourner, et ses larmes coulèrent.
Derrière elle, Lou et le chassèrent échangeaient quelques mots. Ils se demandaient que faire du corps. Le chasseur irait prévenir la famille. Puis ils se concentrèrent sur elle, sans parvenir à cacher leur inquiétude. Lou finit par s'approcher tout doucement d'elle, sérieuse comme jamais.
"Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande-moi d'accord ?"
Le petit chaperon se leva, titubant légèrement tant ses jambes lui semblaient inexistantes. Elle atteignit Lou et la regarda droit dans les yeux, sans dire un mot. Elle ne savait pas tellement comment demander, comment s'exprimer, ni comment exprimer quoi que ce soit, en réalité.
Ce qu'elle voulait dire, c'est 'tu ne me laisseras pas ?'. C'était une question de responsabilité.
Lou baissa son regard pour s'accorder au sien, solennelle au possible.
Elles s'étaient très bien comprises.
"Vel' ? Tu viens ou tu continues de fuir comme une gamine de trois ans ?"
Un regard glacial accueillit la réflexion moqueuse. La jeune femme rejoint la plus âgée d'un pas sec. Fuir, fuir, trembler de peur serait plus proche de la vérité. Mais non, elle ne fuirait pas. Pas cette fois-ci en tout cas. Car ce n'était pas la première fois qu'elles revenaient dans la région. Seulement, elle avait cherché à être prête pour se reconfronter totalement à son village.
Devant elle, une grande jeune femme brune la toisait, ainsi que la dizaine de personnes qui vaquaient à leurs occupations dans la grande pièce commune. Certains mangeaient leur petit-déjeuner, d'autres lisaient, certains inspectaient les ordres du jour et les derniers avis de recherche.
Il y en avait peu ces derniers temps. Velvel se pencha sur l'autre femme.
"J'y vais, je t'attends dehors.
- N'oublies pas les provisions.
- Oui ! T'inquiètes pas."
Elle lui sourit et partit rapidement, après avoir enfilé sa lourde cape bordeaux en velours et fourrure blanche. Elle l'adorait, d'autant qu'elle en avait cousu une partie elle-même. Elle tourna rapidement les talons pour rentrer dans le temps frigorifié de l'hiver régional.
De son côté, son acolyte prit la parole dans la salle, s'adressant à tout le monde. Elle donna calmement quelques indications sur les ordres importants à traiter, les régions à risques, ce qu'il fallait prioriser ou privilégier. Puis elle salua celui qui la remplacerait le temps de son absence, et rejoint Velvel.
Elles prirent la route à dos de cheval, échangeant parfois quelques mots. Mais il était surtout question d'aller vite.
"Prête à les rejoindre ? Tu es la benjamine de la famille non ?
- Oui.. Pas que j'ai particulièrement hâte des discussions à venir.
Elles échangèrent un regard empli de sens. Elle aussi était passée par là. Par les explications et le rejet. Descendues de leurs montures, elles arrivèrent devant la maison de Velvel.
"Tu veux que je reste ou tu as besoin d'être seule ?"
Son air soucieux attendrit la jeune femme qui lui tendit un sourire. Velvel savait combien c'était parfois difficile pour elle de d'exprimer aussi honnêtement son attachement à elle.
"Ça ira. Je dois le faire seule, je pense."
Elle hocha la tête, et Velvel toqua chez les David, légèrement fébrile. On vint lui ouvrir sans qu'elle n'ait à attendre ni à imploser de stress.
"Bonjour Madame, que puis-je pour.. vous.. ?"
La voix étrangement tremblante de sa mère s'éteignit au fur et à mesure qu'elle détaillait ses traits maintenant qu'elle avait fait glisser sa capuche et découvert son visage. Elle murmura son nom, de peur d'y croire.
Sa propre voix s'étaient brisée, écorchée d'avoir dû attendre autant de temps pour une telle occasion.
"Tu es sensée être morte.. Je.. Je ne comprends pas ! Tu..
- Je sais.. Je peux tout t'expliquer d'accord ? Laisse moi te parler, s'il te plait, implora-t-elle en s'avançant vers elle.
- On a retrouvé son.. non, ton chaperon rouge. Pourquoi ?!"
Sa mère tremblait, mais la fit entrer.
Lou regarda la porte se fermer avec la sensation d'étouffer. Pourvu que ça ne se passe pas si mal, c'était tout ce qu'elle espérait. Presque une heure plus tard et plusieurs échanges de cris, Velvel ressortit la tête par la porte et l'appela. Une fois qu'elle eut approché, elle lui chuchota.
- C'est.. plutôt contraire aux lois, tu le sais ?
- On en a déjà parlé ! Tu sais bien qu'il y a un flou juridique là-dessus !
- Ça dépend s'il y a des personnes à risque ! Comme ta mère, ta soeur !!"
Velvel sautillait presque de frustration.
"Tu me demandes quoi ? De les laisser là ? De ne montrer qu'à mon père ? Elles ne comprendraient pas !"
Une bataille de regard s'engagea pendant que le silence se rétractait, presque gêné d'une telle confrontation.
"Vel. Si tu leurs montres et qu'elles se transforment : tu t'en voudras. Si tu leurs montres et qu'elles paniquent : tu nous mettra toutes et tous en danger."
Elle soupira et se passa une main sur le visage.
"Il n'y a pas de bonne solution, grogna-t-elle.
- Je sais bien.. Est-ce qu'ils seraient prêts à m'écouter leur expliquer le pourquoi du comment ? On pourrait toujours montrer à ton père.
- Peut-être, je.., elle sursauta en attendant sa mère arriver derrière elle et se glisser dans l'entrebâillement de la porte.
- Vous devez être Lou c’est cela ? Ravie de vous rencontrer. Enfin, en quelque sorte.., elle s’interrompit pour la jauger quelques secondes,
- Je suis ravie également.
- Rentrez, nous avons suffisamment à manger pour tout le monde, que vous partiez maintenant ou que vous restiez pour la nuit.
- On ne voudrait pas vous importuner à ce point-là. Et ne vous inquiétez pas pour nous, nous pouvons prendre une chambre à l’auberge.
- Ne croyez pas que je vais vous laisser partir comme ça alors que vous êtes la compagne de ma fille”, tonna la mère, d’un ton étonnamment posé.
Lou se retourna d’un coup vers Vel, les yeux brûlants.
-J’avais décidé de leur dire toute la vérité donc.. oui.”
Elle ne récolta après cela qu’un sourire maladroit. Lou soupira lourdement avant d’accepter avec dépit de rester dîner avec les David.
Les échanges ne furent ni particulièrement joyeux ni froids. On avait seulement instauré une distance pour se protéger le coeur, pour ne pas se perdre en pleurs et se disperser en étreintes. Finalement, après ce cessez-le-feu, on reprit la conversation précédente. Lou et Velvel expliquèrent les conditions dans lesquels elles accepteraient de leur montrer. Et finalement, ils parvinrent à s’accorder. La mère et la soeur remontèrent et Velvel ferma derrière elles.
Une fois descendue, il ne lui resta plus qu’à retirer ses vêtements sous l’air inquiet de son père qui n’arrêtait pas de leur demander si elles n’avaient pas froid, ajoutant qu’elles allaient tomber malade.
Elles rirent tout bas avant de se concentrer.
Ce soir-là le père haleta brusquement et s’assit par terre, sous le choc. Il resta plusieurs minutes dans la même position à fixer les deux louves apparues devant lui, dans un fracas d’os et de poils. Sa femme rouspétera le lendemain matin quand elle passera le balais. “Vous auriez dû aller faire ça dehors, franchement !” dira-t-elle même. Mais à cet instant, tout ce qu’il voyait défiait son imagination. Il avait bien entendu les légendes, lu divers contes.
Ce ne fut que lorsque la louve au yeux verts vint en jappant poser son museau contre sa cuisse qu’il se mit à sangloter.
Le petit chaperon rouge aussi avait pleuré à chaudes larmes quand elle avait comprit qu’elle avait tué sa grand-mère. Alors elle glapit à ses côtés.