J -4 Essayez la routine, c'est mortel.
Hej! Après une semaine de vacances bien méritée (haha c’t’une joke!) au Danemark, (d’où le “Hej” qui veut dire bonjour en danois, voilà voilà), me voilà à J -4 avant le grand départ.
Non pas que je sois particulièrement stressé à l’idée de partir à presque l’autre bout du monde sans savoir encore où je dormirai en arrivant (on est quand même à J -4 pour ceux du fond qui ne suivent pas), une légère tension commence à se faire sentir. Une pression mêlée d’excitation à l’idée d’enfiiin repartir vivre à l’étranger. Pourquoi? Un, deux, trois, explication.
Alors pour les deux du fond qui n’ont pas écouté -décidément..!- et pour bien situer la chose, un petit retour sur mon parcours s’impose. Il y a deux ans, j’étais à un mois et des brouettes de mon premier départ vers l’étranger, en Italie plus précisément. L’ambiance Erasmus et les bouteilles de Martini à moins de 7€ aidants, j’ai plus que bien apprécié mon séjour en Vallée d’Aoste. Ces 5 mois ont ensuite été suivis par 5 autres mois ininterrompus en Irlande. Pour tout vous avouer, avant d’y mettre les pieds je n’étais même pas sûr de savoir où c’était. Moi je voulais partir en Suède, mais le hasard a (bien) fait les choses et je suis donc arrivé à Dublin en touriste le 14 avril, accueilli par une amie qui m’est très chère et qui saura se reconnaître (GNO!). Et donc là, surprise: “Gros Kiffe”, comme disent les jeunes. Je vous passe les détails, mais toujours est-il qu’après presque une année que je considère de loin, pour l’instant, comme la meilleure de ma courte vie, vient le retour en France hyper mal vécu par le vol Aer Lingus de 12h40, le mercredi 29 août 2012 (de loin le pire jour de ma courte vie pour l'instant).
Depuis cette tragique journée (ensoleillée en plus, c’était quand même con de partir ce jour là..), une seule et même idée me tourne dans la tête: Repartir. Repartir absolument.
Et c’est là que commence véritablement cet article. Vivre à l’étranger m’a permis de prendre beaucoup de recul sur ma culture, sur mon mode de vie, sur mon pays, mais surtout sur moi-même, sur ma façon d’être. Pendant ces 10 mois j’ai changé, j’ai grandi, j’ai mûri, je me suis ouvert à la fois aux autres mais aussi à moi-même. En quelque sorte je suis devenu “meilleur”. Non pas que j’étais un con***d, hein. Je ne pense pas que le terme soit trop fort, la vie à l’étranger ça vous change en quelqu’un de mieux. Vivre à l’étranger vous pousse à perdre vos vieilles habitudes, vos préjugés. Adieu la routine confortable et rassurante de votre petite vie pépère chez môman; désormais mon enfant, tu découvriras le monde seul! Tout réside ici, dans la découverte. Enfin quand on veux s’intégrer.
Soudainement, vous perdez vos repères. Vous vous retrouvez dans une ville et dans un pays où vous ne connaissez rien ni personne (ou presque). Vous devez vous reconstruire une vie, trouver un appart, créer un réseau de connaissances, parler une nouvelle langue, comprendre et adopter une nouvelle culture. Pour cela, une seule solution: s’ouvrir aux autres, à tout, et reprendre une dose d’humilité! C’est excitant, ça fait du bien. Tout est neuf, nouveau. Tout est à faire, et on peut à peu près choisir comment et avec qui le faire.
En ce qui me concerne, j’ai trouvé jouissif le fait de ne plus être “quelqu’un”. Je veux dire d’être un anonyme au milieu d'autres anonymes. De ne croiser personne de familier en allant faire les courses, de ne plus subir ces personnes qui sont là parce qu’elles ont toujours été là, qu'on ne connait pas plus que ça, qu'on n'apprécie pas plus que ça, qu'on déteste parfois. Alors elles sont là jours après jours, elles font partie de nôtre routine. C'est chiant de voir toujours les mêmes têtes aux même endroits. Le pharmacien, la bouchère d’Intermarché, la voisine de la grand-mère, la secrétaire de la mairie, le personnel de la gare, limite les chauffeurs de bus… Alors attention, je ne parle pas des personne à qui je tiens comme la famille et les amis! Vous bien sûr que vous allez me manquer et bien évidemment j'aimerais croiser vos pommes dans les rues de Toronto! :-/
Je ne sais pas trop comment l’expliquer. Quand on habite dans une ville de 3800 habitants, on étouffe vite. Même à Chambéry, d’ailleurs. On a vite fait le tour du peu qu’il y à faire et donc on se retrouve à faire toujours les mêmes choses, à croiser les même têtes again and again.
Alors vous allez me dire “Ben va dans une grande ville, change de région, elle est graaande, la France!"
Sauf que le problème est plus vaste que ça. Moi je m’ennuie à l’échelle nationale, je suis lassé du quotidien franchouillard: la tronche de JPP au JT de 13h et ses reportages débiles, Johnny à la radio, le camembert Président et une baguette pas trop cuite s’il-vous-plaît, nôtre côté râleur, les Feux de l’Amour sur TF1 et La petite Maison dans la Prairie sur M6 pour la 35ème fois, Vivement Dimanche sur France 2, les grèves mensuelles de la SNCF, les magasins fermés le dimanche, le baccalauréat en juin et le Tour de France en juillet, petit-déjeuner/déjeuner/dîner, le trou de la sécu, le problème des banlieues, les Tweets de Trierweiler, Flamby, les parisiens coincés par la neige en hiver et les feux de forêt dans le sud en été, les comédies musicales de Kamel Ouali, les fusillades à Marseille, Montebourg en marinière et malheureusement ce côté xénophobe et tellement conservateur voire rétrograde… Vous ne trouvez pas qu’on tourne en rond, sérieux?
Cela convient sûrement à beaucoup de personnes, cette routine, mais pas à moi. Je sais la chance que j’ai d’être français et que c’est un pays qui offre une vie dont beaucoup rêveraient, que ce soit du point de vue de l’éducation, de la protection sociale, de la sécurité et des droits garantis pour (presque) tous. Seulement, j’ai besoin de voir autre chose. Et ça, ben je l’ai réalisé seulement quand je suis parti pour la première fois. Un peu comme si j’étais sorti du moule culturel dans lequel nous sommes tous, qu’on le veuille ou non. Le problème c’est que maintenant je ne le supporte plus, ce moule. Je m’y sens à l’étroit, j’étouffe, même! J’ai besoin d’autres horizons pour m’épanouir, devenir qui j’ai envie d’être.
Puis franchement, c’est quand même bien plus excitant, comme vie! Quand je pense à tout ce que je n’aurais jamais fais ni vu, à toutes celles et ceux que je n’aurais pas rencontré, à celui que je ne serais pas si je n’avais pas osé partir…brrr j’en ai des frissons d’angoisse! C’est aussi un défi perso que je me lance à chaque fois. Il y à quelques années j’étais un timide puissance 10, quelqu’un qui n’osait pas un tas de trucs et maintenant vla-ti-pas que je pars pour la troisième fois! Ma famille a d’ailleurs cru avoir raté un épisode entre “Jamais je ne quitterai Saint-Pierre" (véridique) et "Je veux partir explorer le monde”. Mais croyez moi, ça fait un bien fou.
Alors maintenant vous mixez tout ce que j’ai dis dans l’article et vous comprendrez pourquoi j’ai si hâte que le vol AF0344 me porte à nouveau hors de nos frontières!
Enfin, j’aimerais mettre en avant cette phrase de Paulo Coelho, reprise dans le titre de l’article:
Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, je vous propose d’essayer la routine… Elle est mortelle.
Et pour ceux qui douteraient encore des bienfaits d’une expatriation, voici 10 raisons de tenter l’aventure: http://www.votretourdumonde.com/pourquoi-expatrier/#_