ça fait deux mois que j’attends ça. Le concert des Fatals Picards. Avec mes deux grandes copines de soirée, on s’est dit qu’on ne pouvait pas le louper. Je les avais déjà vu en 2010, c’est un excellent souvenir. Et puis, vu la période, j’ai bien besoin de me détendre un peu l’esprit.
Mais c’est compliqué, de se détendre. L’emploi du temps est chargé. Du coup j’ai un peu peur de pas pouvoir rire aux éclats, oublier le reste, bref, ce que je fais avec elles normalement. Je sais que je suis distante en ce moment. Quand je les retrouve, je suis tendue, mal à l’aise, et donc maladroite. Contente, mais la sensation de ne pas être à ma place. Je me dis “ne pense pas, merde, profite”! On entre dans la salle de concert. Le bruit, empêchant de parler, me détend étrangement. La première partie est sympa. ça me détend, la musique, les cris, les rires. J’observe les gens, ils ont l’air heureux. ça me rassure. Puis le groupe entre. Et là, c’est vraiment bien. L’humour du groupe, leurs musiques mythiques. C’est chouette. On chante, on danse ensemble, on rit, on se sourit. Vient le moment de “mon père était tellement de gauche”, et je la chante comme si ma vie en dépendait. C’est un peu con, mais ça me fait du bien.
On ressort toutes les trois ravies, et on veut trouver un endroit où boire un dernier verre. On s’embarque dans un truc fou : aller dans le bar d’un hôtel 4 étoiles. On y passera 1 minute chrono et on ressortira en fou-rire. Que des quarantenaires en costume qui nous dévisagent quand on entre (on sort d’un concert de rock, avec la tenue qui va bien). ça finit de nous rapprocher. On se quitte en s’embrassant et avec le pari de retourner un jour dans ce bar habillées en conséquence. Je rentre chez moi, je caresse mon chat, et je vais dormir.
La journée, je bosse mon mémoire et je traîne sur le net. Mais j’arrive à pas grand chose parce que je suis excitée : ce soir, c’est la Nuit Debout. Au départ, je dois y aller en solo. J’emmerde pas trop mes proches avec mes engagements, ils en bouffent déjà bien assez comme ça. Mais je trouve une pote avec qui y aller. à 18 heures, j’y suis. J’y apporte un carton de gâteaux.
C’est blindé d’Energie, positive, volontaire, c’est un peu le rêve tout ça. Mais j’ai une impression de rêve concret. Les gens “travaillent” sans se torturer. Alors on croise d’autres copains d’un soir, avec qui on discute, on rigole, on échange, on s’accorde et parfois on s’engueule -mais juste un peu-. Démocratie, oui, mais sous quelle forme? On boit aussi. Avec modération, bien sûr. Je croise l’improbable qui me donne encore plus envie d’y croire : un chef d’entrepriseS (ouais, il en a deux/trois), qui n’a jamais passé un seul diplôme -pas même le brevet- parce que le système de l’éducation nationale l’a perdu. Il s’est “fait tout seul”. A assisté en mode clandé à des cours d’éco, de gestion, de droit, dans les facs à Lyon et dans des IUT (quand il ne se faisait pas repérer et dégager). Il a fait parti des Indignés. Je savais pas trop ce que c’était jusque là, j’étais pas renseignée à l’époque et je ne le suis encore que très peu à ce jour. Mais je me soigne (j’essaye). J’ai croisée une étudiante en 2ème année de médecine, aussi. Qu’on a tous félicité pour avoir passé la fameuse première année. Dans les gens qui prendront la parole, je retiendrai un mec caché par sa capuche qui exprime son inquiétude et son désaccord vis à vis des photos et vidéos. Et les différents intervenants de la commission “féministe” (qui défend en fait toutes les minorités de genre).
Crevée mais avec des étoiles dans les yeux et des réflexions plein la tête, je pars à 6h du mat avec le premier tram.
Réveil à midi, la tête dans le brouillard. Je suis seule, mes colocs -comme souvent- sont absents. C’est un peu la déprime tout ce silence après la soirée que j’ai passé. Comme j’ai perdu mon téléphone, les seuls moyens de me contacter sont mail, facebook. Je me connecte de mon ordi, et je découvre une dizaine de mails et autant de message sur facebook, sans compter les notifications. Je décide de me créer un tumblr, et un twitter. J’aimerai qu’aucune info ne m’échappe -mais je sais que c’est impossible-.
Maman m’appelle (sur le fixe de l’appartement). Elle arrive demain, mais me dit que ça sera sans mon frère. Bon, tant pis. On prévoit son arrivée au millimètre, parce que sans téléphone, c’est compliqué de gérer. Parce qu’elle va me rejoindre directement à la fac, pour événement phare de notre asso.
Demain, c’est la gratuiterie. Les gens s’interrogent. Le succès sur les réseaux sociaux dépassent carrément mes attentes, mes ambitions. Presque mille personnes ont interagi avec l’événement sur Facebook, quand j’en attendais timidement le tiers. ça remet vraiment sur les rails, parce qu’on se dit qu’on est dans le bon, dans le vrai, que c’est ce que les étudiants attendent : un truc novateur, positif, un peu fou mais si simple pourtant. Le concept? ce que tu as chez toi et qui ne te sert plus, tu l’apportes, on le récupère et on le propose en don. Tu peux prendre ce que tu veux en contrepartie (et si tu viens les mains vides, c’est pas grave, tu peux prendre quand même ce que tu veux).
Je bosse un peu mon mémoire, je lis Charlie Hebdo, et puis je me couche. Demain est une grosse journée.
Je me lève un peu stressée et surmotivée : ça y est, c’est le grand jour pour le grand projet! Arrivée sur les lieux, j’ai un pic de nervosité : mon pote-organisateur de l’événement est absent, et sans téléphone, aucun moyen de le contacter pour savoir ce qu’il fout. Des étudiants ont déjà déposé des objets, une demie-dizaine de sacs m’attendent. Pas grave : je vais me démerder. Cette journée SERA une réussite. Je vois rapidement avec la MDE pour l’emplacement. Nous ne serons pas dehors comme prévu mais en intérieur. Bon, inconvénient : beaucoup moins de visibilité. Mais clairement un gros intérêt : on est à l’abri, et vu le vent, c’est assez positif. Olivier arrive enfin! Ouf. On met en place la salle, on tente de faire des panneaux d’indication. à peine le temps de redire “ouf”, les gens sont déjà là.
Durant tout l’après-midi, étudiants, parents et grands-parents avec enfants, professeurs, près de 200 personnes vont se succéder. C’est assez dingue, que de la bonne humeur, du bon contact, des gens positifs. l’étonnement est général : “comment ça, c’est gratuit? Y’a rien à donner?! Mais nooon! c’est pas possible!” ou encore “eh bien, je vous remercie de me permettre de montrer à mes petits-enfants qu’il n’y a pas besoin d’acheter des trucs chers dans les grands magasins pour que ça soit bien”. Ouais, on a l’impression de participer à un truc. Tout le gros de l’équipe fabricante lyonnaise est là. Célia a ramené de quoi offrir du thé/café aux visiteurs. On discute et prend beaucoup de contacts. Les gens ont l’air emballés. On rencontre la nana avec qui on avait discuter, elle voulait récupérer les objets non-distribués pour s’en servir pour une brocante solidaire, et on a accepté de l’aider un peu.
Ma mère arrive. Et puis rapidement, c’est déjà la fin. On remballe tout et on file une partie des objets pour la brocante solidaire. Je suis lessivée, mais heureuse. Avec maman, on se balade en ville pour trouver un coin ou manger, et puis, finalement, on rentre manger à la maison. Au lit!
Je devrai être en train de bosser mon mémoire, mais à la place, je me balade en ville avec maman. Dans ma nouvelle ville qu’elle n’a encore jamais vu. On fait un peu de shopping, même si c’était pas le but. On discute pas mal aussi. ça fait du bien de la voir, c’est un peu émouvant. C’est une journée tranquille mais de repos.
Je me tiens au jus de comment se passe les élections à Paris 8, parce que c’est quand même là que je vais demain. J’ai toujours pas de téléphone, et les mecs de Ouibus me disent encore et toujours d’attendre. Je m’énerve un peu au téléphone.
Maman part le matin. Moi, je prépare mes affaires, en réfléchissant à cette grosse journée. Je sais même pas où je dors ce soir, mais je sais que les copains m'accueilleront. Je vais à la gare en avance pour régler cette histoire de téléphone. J'achète un portable à carte et une recharge pour 10 jours. Ouibus m'a fait comprendre que mon téléphone était perdu. J'envoie des textos pour prévenir que je suis de nouveau joignable. Dans le train, je finis mon Charlie. Ce que je lis me détend, même si ça me révolte aussi.
J'arrive à Paris et je me tape encore presque une heure de métro pour aller à la fac. A l'entrée, je tombe sur une baston un peu brouillon entre des mecs de l'UNEF et de l'UEAF d'un côté et Solidaires de l'autre. Je suis un peu choquée, mais j'étais prévenue : ça va être chaud. Je retrouve rapidement les copains de l'asso et ça me fait chaud au coeur. Ils sont tous là. Je leur demande un petit compte rendu de la journée. C'est tendu avec l'UNEF/UEAF qui nous piste, ils sont ultra nombreux (et les locaux ironisent sur leur absence le reste du temps). Je découvre rapidement le local de l'unité, je pose ma valise et on est parti. On discute avec les étudiants et entre nous. La cohérence est forte. Ça fait pousser des ailes. Entre 17 et 19 heures, on se pose sur l'herbe, on discute, on rigole. Mais avec Thomas on retombe vite de notre nuage, je le secoue : on est à la bourg pour le Conseil d'Administration de l'asso. Dans le métro, on cause de tout et de rien, mais surtout de l'asso et de notre volonté de trouver des partenaires. Et des sous. Sans fric, on est rien. C'est avec ce constat sévère qu'on franchit la porte du local. Il est presque 20 heures.
Ouf, c'est fini. Il est 23h quand on ressort. J'en ai plein la tête : je me rends compte que j'y suis réellement. Il faut réfléchir, poser ses mots. On rigole pas trop. La responsabilité n'est pas des moindre. Mais une chose me rassure : on veut tous fédérer. On a chacun nos spécificités, nos points importants, nos idéaux, tous pour faire progresser le groupe, la FABRIQUE, en faire ce pourquoi nous avons adhérer : créer un réseau d'étudiants. Avec Thomas, Fabien et Ivan, on décide d'aller prendre un verre avant de rentrer dormir.
6h30. Le réveil est dur, mais il faut se remettre dans le bain. Dernière matinée de vote. Thomas est un peu tendu -et je le comprends-. Quand on arrive à la fac, elle est bloquée (c'est jour de manif). On est un peu comme des cons. On sait que les élections ne seront pas reportées -trop de logistique, ça repousserait à octobre ou novembre, et obligerait à avoir des élus temporaires, bref, inenvisageable pour la fac-. Finalement, les vigiles, après de longs instants tendus et une porte en verre brisée, ouvrent une entrée normalement réservée à l'administration. Ouf... ou pas. Au bout d'une demie heure, le blocus a changé de zone stratégique : maintenant, une 30aine d'étudiants bloquent l'accès au bureau de vote. Si jusque là j'étais calme et compréhensive, cet acte me révolte et j'ai du mal à garder mon calme. Bloquer des élections? Comment faire acte plus anti démocratique? Je ne comprends pas. Je ne comprends vraiment pas et la situation me fait bouillir. Dans ma tête, c’est un peu bagdad. Direction le local pour se poser et savoir ce qu’on fait, après une demie-heure à tourner comme des lions devant la porte d’une cage.
Sauf que c’est pas si simple : l’UNEF et l’UEAF nous suivent. Et fait même le siège devant notre local. Ce qui abasourdit un peu plus encore. (https://twitter.com/Charline_Sabou/status/720571239782334464 / https://twitter.com/fabrique_paris8/status/720584117314809857 / https://twitter.com/pauseaparis8/status/720588098837602305) Du coup, pour se détendre bah, on va attendre ce soir hein? Ou bien demain? Dès que l’un de nous dit quelque chose, on entend des coups dans la porte, on voit la tronche d’un de leurs gars (reconnaissables grâce aux auto-collants des orga) à travers la vitre. Bref, on peut pas discuter tranquille, prévoir nos stratégies d’évitement... Quand Thomas cherche à sortir, puis deux autres personnes, ils sont suivi et systématiquement emmerdé quand ils discutent avec les étudiants.
Viens ensuite le moment des procurations. C’est le seul moyen de permettre aux étudiants qui partent et qui voulaient voter de le faire, puisqu’à midi, les bureaux sont toujours bloqués. Je décide de rester dans le local, puisque je suis la seule non-locale et qu’il faut quelqu’un pour surveiller. Je passe donc mon aprem coincée dans 7/8m². C’est bonne ambiance!
Dès que des feuilles de procu sont rapportées, les mecs qui nous suivent/surveillent cherchent à rentrer dans le local. La manœuvre est connue : voler les procurations pour nous empêcher de les déposer. On se croirait en temps de guerre, je suis folle à l’intérieur, mais j’essaye de rassurer tout le monde (dont une étudiante qui nous a rejoint ce matin et qui est secouée par ce qu’elle découvre). Puisque la fin des élections a été repoussée de 3 heures, et que les bloqueurs sont partis en manif, la voie est libre pour aller voter. Au moment de déposer les procurations, c’est toute une expédition. On s’accorde à voix basses, à 10 dans 7m², de deux groupes qui partiront déposer les procu’. Un groupe qui aura les vrais, un autre qui fera juste semblant. Pour diviser et tromper “l’ennemi”. On se croirait dans un film d’action, c’est assez hallucinant. Les deux groupes partent, puis reviennent chacun leur tour, fiers d’avoir déjouer la surveillance ennemi. ils se sont tous fait suivre, mais, divisés ensuite en 4 (2x2), les types savaient plus qui suivre et ont parié sur les mauvais chevaux. tout le monde s’est ensuite retrouver dans le bureau de votes, et le tour était joué.
Il est 17h30, les votes sont clos, on est encore tendus parce que les mecs continuent de nous suivre et de nous emmerder. Mais on s’en fout, on a lutté et dans le lot récupéré des adhérents. C’est une réussite pour nous, peu importe les résultats des votes. On part boire un verre en attendant que la tête de liste, qui assiste au dépouillement, nous donne les résultats. à 19 heures, je pars manger avec des copains, et ensuite, on va faire un tour à Nuit Debout. il y aurait encore beaucoup de choses à dire là dessus mais mon constat est triste : j’ai l’impression qu’il s’agit juste d’un regroupement de joyeux fêtards un peu perché. Je relativise en me disant que je suis arrivée après l’AG, et que je ne cherche pas non plus les commissions. On tourne longuement, et puis on décide de rentrer.
Je sors de chez Thomas assez tôt. Après ces quelques jours, le chef a besoin de repos, d’être tranquille. Mon train est à midi, je vais donc flâner jusqu’à la tour Eiffel qui n’est pas loin. J’envoie une photo à maman : elle me rappelle. Je lui explique pourquoi je suis là, et lui raconte les événements de la semaine. elle est un peu choquée. Enchaîne sur sa vie. On raccroche une demie-heure plus tard, je suis plus sereine. Je décide d’aller à pieds à la gare par les quais. Le paysage est magnifique, j’adore Paris. Je me fais la réflexion que je n’en profite même pas malgré les aller-retour incessants Paris-Lyon cette année. Je me rends compte que j’aurai jamais le temps de rejoindre la gare à pieds, je me suis surestimée. Je saute dans un bus, et hop. ouf, j’ai un peu d’avance.
Je rentre chez moi après avoir dormi deux heures dans le train. Je suis claquée. Mes colocs sont absents. Je larve devant la télé, j’essaye de bosser un peu sur ce mémoire qui prend du retard. Je vais me coucher, tôt, après avoir refuser une proposition tentante de sortie par une pote. Non, là, Charline, il faut que tu décroches. Bonne nuit.
(ce post est tellement long que personne ne le lira, mais c’est pas grave. C’est un échantillon de ce que sont mes journées cette année. Ultra remplie et à la limite du Burn Out. Mais en même temps, on vit ou pas?!)