Elyn était arrivée au bras d’Aiden, et après un moment tous le deux, Lee avait ‘rendue’ sa petit-amie à son colocataire. Il ne savait pas ce qu’ils voulaient faire seuls tous le deux, mais le jeune homme avait décidé de mettre sa méfiance de côté pour ce soir. Il avait totalement confiance en...
Jessie avait hésité pendant toute la durée du trajet sur le programme de sa soirée. Si au départ, l'idée de rejoindre le bal seul lui semblait inenvisageable, il avait finalement changer d'avis en se rappelant qu'il pourrait au moins se satisfaire de la présence de son meilleur ami.
Pourtant en arrivant sur les lieux, il déchanta bien vite en se rendant à l'évidence. Parmi la foule, il n'y avait nulle trace de Cyrius. Bien sûr, son regard s'attarda sur quelques têtes connues, et il initia la conversation à plusieurs reprises pour demander des nouvelles de ses camarades mais à chaque fois, l'échange de banalités tournait rapidement court. Il trouva finalement sa place près du bar, loin des danseurs improvisés et de cette ambiance électrique qui le débectait.
Il enchaina deux verres, la tête baissée vers la barman qui s'agitait devant ses yeux. Il manquait de places assises, alors il posa ses coudes sur le comptoir et il maintint la pause pendant plusieurs minutes.
Pourtant, une présence déjà un peu trop collante se fraya un chemin jusqu'à lui et l'aborda sans ménagement. Jessie détourna à peine le regard et eut le loisir d'observer un étudiant de son âge, brun et aux fossettes bien prononcées, qui affichait un sourire un peu trop alcoolisé pour un début de soirée.
- T'es tout seul ?
Jessie laissa échapper un rire face au ton familier de l'inconnu mais il garda les yeux rivés droit devant lui.
- J'ai dit quelque chose de drôle ?
Jessie tourna enfin la tête, et releva les sourcils.
- Non. Un temps d'arrêt. Je sais pas, peut-être.
Son interlocuteur sembla d'abord légèrement décontenancé, mais se reprit bien vite en se frottant le menton du bout des doigts.
- Je peux t'offrir un verre ?
Pour toute réponse, Jessie souleva le shot qui trônait devant lui, encore à moitié plein.
- Oh. Le brun déglutit, avant d'adopter une moue plus subtile. J'te dérange peut-être. T'es en couple, c'est ça ?
Jessie ouvrit la bouche automatique, et mit quelques secondes à la refermer, pensif. Son souffle se fit plus court, et il lâcha quelques mots presque résigné.
- Non. Non, j'crois pas.
- Alors qu'est-ce qui t'empêche de passer un peu de temps avec moi ?
Le deuxième année soupira devant l'insistance dont faisait preuve son camarade et il décida de lui offrir un joli sourire, se collant un peu plus à lui de façon joueuse.
- J'ai buté mon dernier copain.
D'instinct, le jeune homme recula et cligna plusieurs fois des yeux avant de jeter son pouce en arrière.
- Oh. Je... Je vais... Je crois que je vais... On m'appelle.
Et il déguerpit en même temps que le sourire de Jessie se fana. Car plus la soirée avançait, et plus le blond avait l'impression de perdre son temps.
Il avait fini par trouver une place au bar. Mais plus personne ne venait le voir. Il était seul. Seul pour cette soirée de liberté qu'il aurait dû chérir.
Alors peut-être qu'il en voulait à Gabriel. Ou peut-être qu'il s'en voulait à lui-même. Là était la question qui le taraudait et qu'il aurait souhaité faire disparaitre de son esprit.
Et comme un appel auquel on répondait, il entendit soudain son voisin de comptoir lui adresser la parole. D'abord surpris, un amusement vint bientôt prendre le relai face aux questions décousues de son interlocuteur.
- Non, je crois que je me rappellerais de toi...
Il le jaugea avec provocation, comme s'il contemplait un morceau de viande, avant de simplement réobserver son verre.
Mais son cœur rata un battement quand il entendit une voix grésiller dans un micro, à quelques mètres derrière lui.
- Le duo de 22h15 ! Le duo de 22h15 ! Vous passez dans dix minutes.
Jessie se retourna aussitôt vers le chauffeur de salle qui venait de descendre de la scène, avant de se mordre l'intérieur de la joue presque par habitude.
Il avait complètement oublié qu'il s'était inscrit pour chanter une chanson en duo avec Gabriel, lors du bal. Et si jamais, il se présentait tout seul, il risquait d'être la risée de ses camarades.
Il n'était pas question qu'il fasse son retour de cette façon.
Alors une idée germa progressivement dans son esprit. S'il n'avait pas de partenaire sous la main, il fallait forcer le destin... d'une façon ou d'une autre.
- J'vais te dire. Je te révèle mon prénom si t'acceptes de chanter le prochain duo, sur scène, avec moi.
L'inconnu à côté de lui sembla surpris de cette demande, alors Jessie tenta un nouveau sourire, plus charmant que celui qu'il lui avait offert un peu plus tôt, lors de leur premier contact.
Gabriel claqua la porte du taxi derrière lui, glissant à la va-vite son portefeuille dans sa poche. Il comptait les fois où il avait emprunté les véhicules jaunes sur les doigts d’une main, à cause du prix qu’ils coûtaient, mais ce soir, il aurait accepté de laisser son salaire du mois contre...
Jessie avait passé un bal correct. Il avait bu avec modération. Il avait dansé. Il avait chanté. Et il s'était amusé avec plusieurs de ses camarades. Il avait croisé à diverses reprises Pearl et Kenny, mais ni eux ni Jessie n'étaient prêt à faire le premier pas.
Finalement, le moment était passé plus vite que prévu. Beaucoup d'étudiants s'étaient pressés sur scène, mais le doyen avait fini par couper court à la fête, sous le flot de certaines huées. La vie avait repris son cours à la NYADA. Et une bonne partie des invités étaient parvenus à laisser de côté leur traumatisme le temps d'une soirée. Seulement voilà, ils étaient tous partis aussi vite qu'ils étaient venus. Laissant aux rares volontaires la tâche de ranger et de nettoyer la salle du bal.
Et Jessie en faisait partie. Puisqu'il n'avait nulle part où aller en attendant que le personnel du centre ne vienne le chercher à la sortie de l'établissement, telle Cendrillon dans sa citrouille en forme de carrosse, il s'était naturellement proposé pour sortir les chaises et les tables de la remise.
Au bout d'une demi-heure, la dure besogne qui lui incombait avait disparu et il s'était accordé une petite pause pour jeter un œil dans les salles vides du rez-de-chaussée.
A son retour, il dut s'arrêter au niveau des battants des deux portes principales de la salle du bal. Par la seule force de son ton, une voix venait d'immobiliser ses deux jambes. Parce que s'il y avait bien quelqu'un qu'il avait rêvé de voir debout sur ce parquet rutilant, au milieu des ballons bleus et blancs, c'était lui.
- Gabriel ?
Le jeune homme, de dos, ne l'avait pas entendu. Il était trop loin. Et il avait parlé trop bas. Son camarade semblait parler à lui-même, entre panique et émotion.
Il fallut du temps à Jessie pour comprendre que c'était à lui que ses mots étaient destinés. Il était en train de lui laisser un message sur sa boite vocale.
Il semblait regretter.
Jessie venait d'avancer de quelques pas, et parla d'une voix plus intelligible.
- Tu peux me les dire maintenant, tu sais. Ce... plein de trucs.
Le brun se retourna aussitôt, frappé par la surprise de celui qu'il ne croyait plus revoir. Son regard resta longtemps hagard. Avant de se perdre vers les mains de Jessie.
Et le deuxième année comprit aussitôt l'appréhension qui venait de traverser son visage.
- T'inquiète pas. C'est pas à moi.
Ses doigts ne cessaient de chahuter le petit tube en plastique qu'il tenait fermement. A l'intérieur une substance blanche qu'il ne connaissait que trop bien.
- Je l'ai trouvé dans les toilettes. On dirait que certains ont décidé de prolonger la fête ailleurs que sur la piste de danse.
Il haussa une épaule avant de déposer le contenant sur le bar, juste à côté de lui. Puis, il adressa un nouveau regard à Gabriel, et il s'avança alors même que ce dernier entrouvrit la bouche.
- Laisse moi parler en premier. S'il-te-plaît.
Il prit une longue inspiration et fit un pas de plus, l'expression neutre.
- Je voulais me shooter ce soir. Quand j'ai vu ce tube, je me suis dit que c'était facile. Peut-être trop facile.
Il fronça les sourcils, incapable de se montrer trop calme.
- Et c'était pas à cause de toi, hein. C'était pas parce que j'étais seul ou parce que j'étais déçu. J'en avais juste envie. Parce que... Parce que c'est devenu une habitude. Parce que j'ai l'impression de pas savoir faire sans.
Sa tête figée sur le côté, il accorda enfin un demi sourire à Gabriel, qui le regardait sans comprendre.
- Et puis ça m'a frappé. Ce que t'es en train de vivre, c'est pareil. T'as vécu une vie confortable. Une vie qui t'empêchait d'avoir des problèmes. Un autre pas, léger. Et maintenant, tu t'apprêtes à en découvrir une nouvelle. Sobre. Nu. Et ça doit faire peur.
Il se passa une main dans ses cheveux trop rêches, et la laissa retomber contre sa nuque, dans un geste de réserve.
- J'ai fait tourner ça autour de moi. Alors que ça ne concerne que toi. Ça concerne ce que tu es. Et surtout ce que tu es en train de devenir.
Avec un temps d'hésitation, il posa sa main sur le bras de Gabriel, et essaya de lui offrir un sourire plus compréhensif.
- Je serais stupide de croire que tout va se résoudre du jour au lendemain. Tu fais déjà beaucoup d'efforts. Plus que ce que je dois voir.
Il cligna plusieurs fois des yeux, mais les prunelles de son camarade ne reflétaient plus rien.
- Alors j'attendrais. J'attendrais parce que tu vaux la peine d'attendre.
Résumé : Cyrius décide de rejoindre la maison des Redford pour venir prendre des nouvelles de Jessie, quelques heures avant que l'enterrement de Glenn n'ait lieu. Dans sa chambre, le troisième année apporte à son meilleur ami ce dont il a désespérément besoin : un plan de sortie et un soutien indéfectible.
Ne pas dire que Cyrius n’avait pas redouté ce jour était une erreur. Le jeune homme craignait cet enterrement, peut-être plus qu’il ne voulait l’avouer. Il ne connaissait pourtant pas beaucoup le défunt. Mais cette personne avait été un pilier pour deux êtres qui lui étaient très chers.
Si Cyrius avait peur, ce n’était pas pour lui. Mais pour sa soeur aînée, sa Cyann, qui aurait dû épouser Glenn. Et pour son meilleur ami, son Jessie, qui venait de perdre son frère. S’il avait peur, c’était de les voir s’écrouler, l’un comme l’autre. Sous le coup de la douleur.
Oh, il y avait bien aussi une part d’égoïsme. Parce qu’au fond de lui, tout au fond de lui, il savait qu’il ne pourrait pas vraiment leur promettre d’être maintenant toujours présent pour eux - alors que c’est ce qu’il voulait faire. Il savait que la machine infernale de sa propre maladie s’était mise en route. Et qu’un jour, Jessie et Cyann allait le pleurer lui.
La peur et le mal aise qu’il ressentait depuis le matin était tournée vers deux des êtres les plus importants pour lui. Et vers lui même.
Mais Cyrius se devait de faire bonne figure. Et surtout d’être présent.
Alors, il arriva bien en avance sur les lieux de l’enterrement la matinée de ce triste jour. Il s’était libéré de sa famille, au dernier moment, les prévenant par un sms. Il avait dû se battre avec le Dr Sanchez pour avoir la permission de quitter le service où il se trouvait plus tôt que l’heure prévu. Mais Jessie avait besoin de lui. Et cette fois-ci, il serait là. Vraiment présent.
Céleste était déjà levée lorsqu’il arriva, vêtue d’une robe noire, debout dans sa cuisine. Cyrius frappa à la porte, la salua, lui fit face sans broncher. Il avait toujours la désagréable impression de s’adresser à un pantin, quand il devait lui adresser la parole.
Il lui présenta toutes ses condoléances, un peu raidement peut-être, puis demanda où se trouvait son meilleur ami.
Et, le plus rapidement possible, le jeune homme se dirigea vers la chambre qu’occupait Jessie.
Cyrius avait enfilé le costume qu’il aurait dû porter au mariage de sa soeur et de Glenn. Gris, sobre, parfait. Il aurait préféré le porter pour un autre jour, un jour plus joyeux, mais il ne se voyait pas choisir une autre tenue pour les obsèques du frère de son presque frère.
Le blond ne frappa pas à la porte de la chambre. Il l’entrouvrit simplement et jeta un coup d’oeil à l’intérieur.
Jessie était déjà debout, bataillant avec sa cravate.
Ce fût trop pour Cyrius. Il ne pût retenir le fou rire qui grimpait le long de sa gorge.
Repéré, il entra dans la pièce, un sourire hilare aux lèvres.
- J’espère que tu sais mieux défaire une cravate que l’attacher. Sinon je plains le nombre de mec que t’as dû étrangler avant de passer à l’acte.
Jessie n’avait pas beaucoup dormi, cette nuit là. Pendant trop longtemps, il avait considéré ce jour comme une libération. Comme une étape vers sa nouvelle vie, pour tourner la page et arrêter de vivre à travers un passé lassant et destructeur.
Mais plus il se rapprochait de la date fatidique, et plus il avait l’impression d’avoir trop misé. D’avoir trop réfléchi. L’enterrement lui permettrait d’être en paix avec Glenn. Mais les évènements resteraient gravés dans sa mémoire. Dans chaque heure. Pendant chaque minute. Jusqu’aux dernières secondes.
A tout jamais…
Alors finalement, il se redressa dans son lit, et fixa la tapisserie d’un air absent. Il n’aurait jamais cru que Celeste et Burl garderaient sa chambre intacte, avec les vieux posters froissés de ses anciennes idoles, et ses affaires de cours rangées en contrebas du bureau.
Dans la pénombre de la nuit, il s’était relevé et il était allé chercher son costume dans la petite penderie, juste en face de son lit. Il l’avait posé sur la couette à peine défaite et il l’avait regardé pendant plusieurs minutes.
Du noir. Et du blanc. Sobre et élégant.
C’était de cette façon que la vendeuse d’une boutique de New-York de prêt à porter lui avait soldé l’habit. Jessie s’était contenté de tendre sa carte bancaire pour y faire disparaitre ses dernières économies.
Mais aujourd’hui, il regrettait cette décision hâtive. Alors il se contenta d’enfiler le pantalon et la chemise immaculée avant d’aller chercher tout au fond du placard, sur un cintre en bois, la veste du bal de promo que son frère avait choisi pour lui à l’époque du lycée.
Le reste de la nuit, il le passa à s’admirer dans le miroir sans jamais enfiler sa cravate. Parce qu’elle apportait la touche finale à ce qu’il redoutait tant. Alors il s’était contenté d’observer son reflet, avec son air fatigué.
Ce ne fut que lorsqu’il s’aperçut qu’il était déjà six heures du matin qu’il s’ébroua les cheveux avant de relier le petit bout de tissu noir contre son col, sans jamais parvenir à y faire le nœud adéquat.
Un long rire se moqua de lui, et Jessie ne mit pas longtemps à comprendre de qui il provenait. Il regarda Cyrius à travers le miroir, un air un peu neutre au visage. Pourtant il eut le mérite de lui faire décrocher un sourire avec sa remarque.
- On peut pas vraiment dire que les cols blancs soient le style de mecs que j’ai l’habitude de ramener chez moi.
Il se retourna avant de jauger son ami.
- T’es classe… pour quelqu’un qui a passé ces derniers jours dans le coma.
Il attrapa les deux lanières qui enserraient son cou, et il arqua un sourcil.
- Bon, tu m’aides ou tu vas te contenter d’observer le combat acharné - mais passionnant, je te l’accorde - que je mène avec une cravate, dès le petit matin ?
Cyrius ne retient pas le sourire moqueur qui s’affichait sur ses lèvres. Il croisa ses avant-bras sur son torse, plutôt fier d’avoir réussi à amener l’ébauche d’un sourire sur le visage de Jessie.
- Ça doit être bandant pourtant, les mecs en costard-cravate. Regarde toi, tu es presque parfait ! .. Regarde moi, je suis parfait.
Faire comme avant, blaguer, utiliser l’humour. C’était la manière de Cyrius d’être présent pour son ami. De lui témoigner son soutien. Ce n’était certainement pas lui qui allait lui glisser des regards en coin, prendre une mine compatissante et lui tapoter le dos. Pas son genre. Si Jessie avait envie de parler, il le ferait de lui même.
Le blond roula des yeux à la remarque de son ami.
- J’étais pas dans le coma. Je faisais une sieste !
Cyrius ricana toujours en voyant Jessie continuer à se battre avec le morceau de tissu noir pendant autour de son cou. Il avait presque envie de le laisser se débrouiller, juste pour contempler son agacement.
Mais il finit par le rejoindre en quelques pas, vira ses mains d’une tape et se chargea de défaire le noeud que l’autre blond avait tenté de nouer.
- T’as serré comme une brute..
Les sourcils de Cyrius se froncèrent tandis qu’il se concentrait pour faire les gestes déjà répétés maintes et maintes fois - sur lui d’une part, mais aussi sur Jessie quand ce dernier en avait besoin.
Il n’eut besoin que de quelques secondes pour réaliser un noeud parfait. Avec son éternel sourire, il en profita pour remettre en place le col de la chemise de Jessie et lisser le tissu sur ses épaules.
- Digne d’un acteur porno.
Cyrius se laissa ensuite tomber sur le lit, observant la chambre de son ami du coin de l’oeil.
- J’étais entrain de me dire un truc pendant que je conduisais tout à l’heure. .. C’était cool quand on était parti tous les deux en Caroline du Sud l’été de la première année. Ça te dirait pas on se recasse ? Loin ?
En à peine quelques secondes, Cyrius était parvenu à ses fins. Jessie venait de dérider son visage et ses muscles se décontractaient un à un. Il était soulagé que son meilleur ami ait fait le déplacement. Pour Cyann mais aussi pour lui. Et à présent, il doutait un peu moins du cap difficile qu’il s’apprêtait à travers.
Face à l’air fringuant de Cyrius, et à son ego démesuré, la gorge de Jessie se secoua de quelques rires.
- N’en rajoute pas.
Lorsque son camarade s’approcha un peu plus de lui, Jessie ne put s’empêcher de faire glisser sa main contre son épaule et le tissu qui la recouvrait.
Pendant un instant, ses yeux brillèrent en reconnaissant le costume de Cyrius. "J’aurais un costard gris". Le sms que son colocataire lui avait envoyé un mois auparavant au sujet du mariage lui revint en mémoire comme un flash aveuglant.
Il offrit un regard à Cyrius, et il voulut le remercier pendant un instant. Mais ses mots se laissèrent aller à une remarque acidulée, parce qu’il ne savait pas vraiment faire autrement en présence du blond.
- T’es parfait, ouais. Mais c’est le costume qui fait tout le boulot.
Il se permit un sourire plus faible que tous les autres, parce que Cyrius œuvrait déjà à la tâche qu’il lui avait confié.
Observant ses premiers mouvements sans parvenir à obtenir suffisamment de recul, Jessie laissa finalement tomber et releva le menton en hauteur.
Il ne fallut que quelques instants à son comparse pour lui offrir une cravate soigneusement vissée contre son cou, et il porta rapidement le tissu derrière sa veste, avant de s’observer dans le miroir.
De nouveau, il faisait face au reflet de son camarade assis sur le lit, et quelques secondes de surprise prirent place face à sa proposition.
- T’es sérieux ?
Il se retourna vers Cyrius et entrouvrit la bouche, un peu béat.
- Putain. J’attends que ça. Me barrer d’ici. Me barrer de la NYADA. Il se tut et reprit dans un souffle. Oublier.
Il mit à peines quelques secondes à réfléchir, et malgré la culpabilité qu’il éprouvait vis-à-vis de Gabriel, il se lança.
- On peut même partir demain. Juste comme ça. Juste parce qu’on a envie.
Il haussa une épaule, avec un peu de désinvolture.
- Le Nain t’en voudra pas trop ? De rallonger ton séjour loin de lui ?
Un petit sourire moqueur venait de prendre le relai.
Arriver à faire rire son meilleur ami était une petite victoire pour Cyrius. Mi-allongé sur son lit, il eut un sourire en coin. Pas moqueur, même pas ironique. Juste soulagé. Juste complice.
Un sourire comme il les lui réservait.
Il avait comprit ses remerciements derrière le piquant de ses phrases. Les yeux de Jessie avaient toujours parlé à sa place. Ou peut-être que Cyrius savait juste lire entre ses mots. Peut-être qu’il le connaissait trop bien finalement.
En tout cas, il avait prévu de voir la surprise sur le visage de Jessie. Sa proposition avait fait mouche. Il était aussi assez content de voir que l’autre blond était près à repartir avec lui, du genre au lendemain, juste pour le fun.
Et Cyrius eut la confirmation, tout au fond de lui, que leur relation n’était pas prête de changer. Tant mieux.
- Devine quoi ? Tonton Millers a tout prévu. Tout. On part demain matin. J’ai tes affaires dans le coffre de ma voiture.. Et.. Je suis pas génial ?
Il sortit de l’intérieur de sa veste deux billets d’avion qu’il lui jeta avec un sourire en coin.
- Première classe monsieur. Tu sentiras pas le temps passer.
Il se réjouissait encore plus de voir la tête de Jessie à la vue de la destination qu’il avait choisi pour eux.
Mais il se rembrunit rapidement, quand Jessie évoqua Aiden.
- .. Il comprendra. Et je crois que pas voir ma gueule pendant quelques jours va lui faire du bien.
Depuis plusieurs jours, Jessie avait envie de disparaitre. Et Cyrius lui en donnait la parfaite occasion. La nostalgie se mêla bientôt à la joie, lui donnant l’impression d’apercevoir les premiers couchers de soleil devant ses yeux et le froid du Sud flatter sa peau.
Cyrius accentua son plaisir en lui assurant une porte de sortie en bonne et due forme, dès le lendemain. Il avait déjà organisé une bonne partie du voyage, sans en avoir jamais parlé à Jessie.
Parce qu’il avait réussi à prédire sa réaction bien avant aujourd’hui.
Alors le deuxième année se contenta d’acquiescer, admiratif.
- Je vais rien dire, parce que sinon ta tête va jamais passer l’intérieur de la voiture, et ça serait quand même bien con pour commencer notre road trip.
Mais Cyrius lui balança en même temps deux billets d’avion qu’il s’empressa de sortir de leur enveloppe, impatient.
Lorsqu’il vit la destination, ses yeux s’écarquillèrent.
- Indio ? T’es sérieux, mec ? Il laissa échapper un rire un peu plus rauque que les autres, avant de s’avancer d’un pas ou deux. J’ai toujours rêvé d’aller à Coachella ! Et Glenn…
M’avait promis de m’y emmener cette année.
Pourtant, sa gorge se noua et Jessie ne parvint pas à terminer sa phrase. Il ne ressentait aucune tristesse. Juste de la reconnaissance. Parce que Cyrius s’était rappelé de ce détail. Et Cyrius avait trouvé le lieu parfait pour qu’il se sente mieux.
Pourtant, il ravala son sourire quand son meilleur ami mentionna Aiden. Apparemment, il y avait du gaz entre les deux amoureux.
- Comment ça, ça va lui faire du bien ? Qui irait bien sans voir ton visage d’ange pendant plusieurs jours ?
Il s’approcha un peu plus théâtralement, comme s’il déclamé le plus beau des poèmes.
- Sans voir tes cheveux soyeux et dorés comme des épis de blé ?
Il soupira, avant de terminer, toujours aussi moqueur.
- Sans voir ton corps d’Apollon et tes muscles saillants ?
Cyrius ne masquait pas son petit sourire fier de lui. Il s’étira, mais ses yeux ne quittaient pas une seule seconde le visage de son meilleur ami. Enfin il lisait autre chose que de la morosité, ou de l’incompréhension, ou même du vide. Il y voyait comme une lueur de vie, derrière l’iris de ses yeux.
Le blond avait longuement réfléchi, s’était torturé les méninges, pour trouver la bonne destination. Il avait fini par choisir celle là. Un peu en hommage à Glenn, mais aussi pour faire comprendre à Jessie, que quoi qu’il arrive, il serait là pour le soutenir. Loin de lui l’idée de remplacer ce que Glenn avait pu représenter pour lui. Non. Le réalisateur était juste présent, désormais, pour devenir une autre figure fraternelle si Jessie le désirait.
Son cadeau-porte-de-sortie-évadons-nous-avec-le-sourire-soyons-fous-et-jeunes-et-vivants semblait marcher du tonnerre, au vue du sourire de Jessie. Cyrius en était plus que fier.
L’ambiance se fit instantanément plus bonne enfant. Jessie reprit ses petites piques, mélange de moquerie et de véritable intérêt. Cyrius ne fût incapable que d’une seule réaction puérile : il recula sur le lit, allant se caler contre le mur en mettant le plus de distance entre lui et Jessie, et en lui tirant la langue. Bras croisés sur son torse.
- T’as gueule. On parle pas de lui okay ?
Les yeux gris lui lancèrent un regard faussement courroucé. Puis un deuxième quand il comprit qu’il ne faisait pas vraiment peur à Jessie.
- C’est toi qui va profiter de mon corps d’Apollon et de mes muscles saillants pour les jours à venir. .. Enfin, mâter. Hé ! Tu me touches pas sale pervers !
Et un oreiller dans la figure de Jessie un peu trop près. Un.
Cyrius roula sur le côté, essayant de changer de sujet. Il se glissa vers le bord du lit, passant sa tête en dessous, en tâtonnant du plat de sa main le sol. Il semblait chercher quelque chose.
- Tu cachais des magazines sous ton lit ou pas toi ? A l’époque où tu étais encore moche et boutonneux ?
Jessie savait qu’il n’était pas dans les habitudes de Cyrius de parler de sa vie sentimentale. Il en avait eu un exemple flagrant avec Lily, et même s’il se doutait que la raison n’était pas étrangère au fait que Jessie ne pouvait supporter la jeune fille, il avait également fini par comprendre que son meilleur ami réservait sa pudeur à ses histoires amoureuses.
Alors il n’insista pas quand Cyrius lui fit comprendre qu’il n’était pas prêt à en parler, par des mots dont le ton ne trompait personne et un regard qui avait perdu de sa force depuis longtemps. Jessie préféra hocher de la tête, d’un air entendu.
Et lorsque la situation dériva, il ne put échapper à l’oreiller que son camarade lui envoya en pleine figure. Jessie attrapa la housse, retenant un fou rire pour tenter de se montrer blessé par cette basse attaque. En vain.
- Une fois, j’ai couché avec des jumeaux. C’était bizarre. Alors crois-moi…
Et il balança l’oreiller contre le mur, frôlant au passage son ami. Retour à l’envoyeur.
- L’inceste, c’est pas pour moi. Je risque pas d’avoir envie de te toucher. Sauf si un jour, tu deviens pété de tunes, et là, je suis prêt à faire ce qu’il faut pour que tu m’achètes une jolie BM.
Cyrius ne l’écoutait déjà plus qu’à moitié, roulant sur le côté du lit pour tâter la moquette en dessous. Le jeune homme venait de s’intéresser à son ancienne vie, d’une drôle de façon, et Jessie afficha un faux air offusqué.
- Moi ? Des magazines ? Jamais !
Puis il croisa les bras avant de désigner son ancien bureau du menton, un sourire en coin.
- Tu m’as pris pour mon père ou quoi ? J’utilisais mon PC. J’ai appris à effacer mon historique à onze ans.
Il recula de deux pas, une moue encore plus expressive collée au visage.
- Et j’ai jamais été moche, putain. Boutonneux, peut-être un peu. Mais ça… Et il désigna son corps d’un geste de la main à peine théâtral, ça fait tourner les têtes depuis mes 15 ans, mec.
Cyrius allait répondre quelque chose, mais on frappa à la porte, emportant le regard des deux jeunes sur l’intrus qui s’échappa de l’embrasure.
- Les garçons, nous n’allons pas devoir tarder. Le révérend attend.
Celeste tenta un mince sourire à l’intention de Jessie avant d’observer son meilleur ami qui venait à peine de se relever du lit.
- Oh, Cyrius, votre chemise est froissée. Et tâchez de remonter les boutons jusqu’en haut. On ne se rend pas à votre enterrement de vie de garçon.
Un dernier sourire et elle disparut.
Jessie lui adressa un regard désolé avant de lever au ciel.
- Ouais, je sais. Surveille-moi aujourd’hui ou je risque de me pendre dans le grenier, après la réception.
Et ils sortirent de la chambre en ricanant, d’une façon presque lugubre.
Complete : All That Counts - Is Here And Now ( Jessie & Gabriel )
Résumé : Lorsque Jessie débarque chez Gabriel, en costard, à quelques heures du bal de la Nyada, les deux jeunes hommes doivent faire face à leurs différences de vues sur leur relation. Et quand la peur se mêle à la discussion, les mots se font trop durs et les conclusions trop définitives.
Complete : When I Look Into Your Eyes ( Jessie & Gabriel )
Résumé : Alors que Jessie compte quitter la maison de ses parents pour un voyage surprise aux côtés de Cyrius, deux hommes sonnent à la porte. C’est la fin des illusions pour le jeune homme, qui doit faire face à la réalité de son état. Et dans cette brusque réalisation, la présence de Gabriel va s’avérer essentielle.
Complete : At Last I See The Light ( Jessie & Gabriel )
Résumé : Après que Jessie se soit enfuit de la réception, Gabriel a eût tout le temps de réfléchir aux événements du week-end. Alors, quand il se met à la recherche de son ami, c’est avec la volonté de le ramener chez lui, mais aussi de lui confier une vérité qu’il a encore un peu de mal à réaliser.
Complete : Stairway To Heaven ( Jessie & Gabriel )
Résumé : Après l’enterrement de Glenn, Jessie se réconforte avec un peu de cocaine. Et lorsqu’il rejoint la petite réception organisée par ses parents, bien décidé à faire voler en éclat les faux-semblants et les secrets de famille, Gabriel tente de contrôler les dégâts.
Complete : The Beginning Of Something New ( Jessie & Gabriel )
Résumé : Alors que Jessie est à la recherche d’un moyen de locomotion pour rentrer dans sa ville natale pour l’enterrement de Glenn, Gabriel lui propose de l’y emmener. Le trajet est l’occasion pour les deux garçons de revenir sur leur fin de soirée mouvementée. Dès leur arrivée, des tensions apparaissent avec les parents de Jessie.
Jessie ne tarda pas à exprimer ce qu’il pensait avoir deviné sous le silence de Gabriel. Il y avait une certaine véhémence, dans ses propos, et pourtant, le blond ne haussait pas la voix. Cela ne rendait ses reproches que plus difficiles encore à supporter pour Gabriel, pour la simple et bonne raison qu’il ne pouvait pas mettre ces mots sur le compte de la colère. Non, Jessie pensait chacune des phrases qu’il prononçait, et au fond, Gabriel les avaient méritées.
Alors pourquoi avait-il envie de se mettre à crier ?
Le jeune homme serra la mâchoire, avant de relever son visage, les yeux un peu plus sombres. Il sentait le fossé dont il avait lui même tracé les limites s’élargir de plus en plus entre Jessie et lui. Et cette sensation lui retournait l’estomac. Il croisa le regard de Jessie, et derrière les reproches, il vit un peu de cette peine qu’il avait tant cherché à chasser. Et pour quelques secondes, Gabriel songea à baisser les armes, et à se ranger à l’avis du blond. Peut-être que s’il s’excusait tout de suite, et qu’il prenait sur lui, Jessie lui pardonnerait. Peut-être qu’il pouvait encore trouver un costard et …
Mais le simple fait de s’imaginer entre dans la salle de bal aux côtés de Jessie provoqua une décharge électrique jusqu’au bout de ses doigts, et il se redressa complètement, le visage vide de toute expression.
- Un mec comme moi, hein.
Il ne fit même pas attention à l’ombre qui passa sur le visage de Jessie, préférant se mordre l’intérieur de la joue en acquiesçant doucement.
- Un mec comme moi… Tu sais ce qu’il te dit, le mec comme moi ?
Il fit un pas de plus vers son ami, le regard fixe et la nuque trop tendue. Les mots de Jessie tournaient et retournaient dans son esprit.
- Il dit que t’as raison. T’as raison sur toute la ligne. Ouais, je peux pas y aller au bal. Je peux pas y aller avec toi. C’est con, hein ?
Gabriel fit mine de sourire, mais ses yeux restèrent étrangement vides.
- T’as raison, Jessie. On fonce droit dans le mur. Je comprends même pas pourquoi t’es venu. Tu l’as dit toi-même, tu veux pas de tout ça. Alors qu’est-ce que tu fous là, hein ? Tu veux que je te dise que j’ai honte de toi ? Que j’ai honte de nous ?
Il flirtait avec les limites qu’il n’aurait jamais osé approcher en temps normal. Mais il en voulait à Jessie. Il lui en voulait de ne pas comprendre. Alors, il conclut, en penchant la tête légèrement de côté, et un sourire absent sur le visage.
- Mais y’a pas de nous, Jess. Y’a pas de nous. T’en veux pas de nous. Et ça tombe bien, j’en veux pas non plus.
Les mots sortaient de sa bouche, amers et brûlants, si loin de tous les sentiments qu’il avait pour Jessie. Tout ce qu’il avait ressenti, à ses côtés, et lors du week-end qu’ils avaient partagé, mourrait dans la violence d’un nouvel instant de cette presque folie. Car quand Gabriel cherchait à se protéger, il ne manquait jamais de frapper fort, et sans réfléchir. Même si son instinct lui criait de se taire. Même si son coeur se brisait un peu plus à chacun des mots qu’il prononçait.
Même si ses yeux commençaient à s’humidifier malgré lui.
Jessie se rendait peu à peu compte du gouffre qui était en train de le séparer de Gabriel, comme si chacune de leurs interventions ne venaient que confirmer qu'ils s'étaient faits des illusions l'un sur l'autre.
Ce qui s'était passé dans la ville natale de Jessie n'était qu'une passade. Semblable à l'une de ces histoires d'été qui n'aurait pas pu marcher ailleurs et plus longtemps.
Pendant toute la durée de son enfermement au centre, le jeune homme avait pensé à Gabriel. Il ne s'était pas demandé ce que les baisers qu'ils avaient échangé sur la colline signifiaient. Il n'avait pas essayé de comprendre l'ampleur du discours que le brun lui avait servi, à travers la nuit noire. Il avait juste pensé à lui. Sans chercher à aller plus loin. Sans chercher une signification là où il n'y en avait pas.
Il se sentait bien. Quand il pensait à lui.
Mais à l'entendre prononcer des mots aussi durs, alors qu'il se tenait en face de lui, il ne pouvait que constater que le mur auquel il avait fait référence tout à l'heure, ce mur, il avait foncé dedans sans même s'en apercevoir, depuis bien longtemps.
Et il ressentait enfin la douleur de l'impact. Juste au creux de son coeur. Et il se sentait stupide. Il se sentait bête d'attacher tant d'importance au garçon qui l'avait fait tellement souffrir quelques mois auparavant.
Chassez le naturel...
- T'es con. T'es vraiment con, sur ce coup là.
Sa voix était encore plus calme que d'habitude. Comme si elle ne relevait qu'une fatalité. Comme s'il remarquait enfin l'évidence même. Ce qu'il aurait du voir. Ce qu'il avait eu peur de voir.
- Mais tu sais quoi ? T'as gagné.
Ses jambes se firent plus droites, et son ton plus déterminé. Il hocha la tête, afin de se donner le courage qu'il n'avait plus, et il se dirigea instinctivement vers la sortie.
Pourtant, en passant devant Gabriel, il s'immobilisa de nouveau. Plantant une dernière fois son regard dans celui du jeune homme.
- Je te laisse passer ta soirée ici. Un silence avant d'approcher son visage du brun, détachant le mot suivant bien trop lentement. Seul.
Il esquissa un sourire, mais ses traits tirés renforçaient l'idée qu'il était juste forcé.
- Parce que t'assumes rien. Parce que tu penses toujours aux autres mais jamais à toi.
Il souffla, mais tenta de reprendre.
- Parce que t'es un lâche.
Jessie n'eut pas le temps d'observer la réaction de Gabriel que déjà il se rapprocha de la porte de la cuisine.
Il se retint au chambranle, et sa tête voulut se détourner sur le côté. Mais il empêcha de vieux réflexes.
Il faisait toujours dos à Gabriel et c'était peut-être mieux comme ça.
- C'est bien. C'est bien, tu vas continuer à faire semblant.
"C’était plus facile de faire semblant quand y’avait pas toi."
- Parce que moi, je suis plus là.
L'amertume avait pris le pas sur la blessure. Elle l'aidait à cicatriser.
Il était temps qu'il apprenne à ne plus compter sur personne.
Trop de déceptions.
Et il quitta l'appartement Gabriel, les pas aussi lourds que son coeur.
Le peu de retenue dont Gabriel parvenait encore à faire preuve s’envola quand Jessie répéta le qualificatif qu’il avait choisi, ne partageant apparemment pas son opinion.
Le blond prit pourtant le temps de clarifier ses intentions, et Gabriel se tendit un peu plus à chaque mot qui s’échappait de sa bouche. Il laissa son regard errer sur le costard, dont il avait tant apprécié la vue, et qui lui donnait maintenant la nausée. Ses mains se refermèrent un peu plus sur le dossier de la chaise sur lequel il prenait toujours appui, tandis que les dernières couleurs disparaissaient de son visage.
Jessie ne souriait plus désormais. Et il s’adressa à Gabriel, presque vindicatif, avant de se tendre à son tour. Le brun le fixa un moment, la bouche entrouverte, et l’esprit empli de réponses qu’il n’osait pas formuler. Finalement, il se força à briser le silence trop lourd.
- J’y ait pensé, tenta-t’il, mais Jessie ne se dérida pas. A nous. J’y ait pensé mais…
Il vit l’éclair dans les yeux de son interlocuteur avant même d’avoir terminé sa phrase, et il lâcha sa chaise pour faire un pas vers lui.
- Attends ! Je… Je pense tout ce que je t’ai dit. Je le pense toujours.
Alors qu’il était parcouru par une panique difficile à contrôler, Gabriel cherchait encore à rassurer Jessie. Il passa une de ses mains devant son visage soudainement fatigué.
- Mais… Le bal ?
Il laissa échapper un rire sans joie, et les commissures de ses lèvres s’abaissèrent à nouveau.
- Je peux pas.
Gabriel fixa Jessie qui dans son costard trop neuf semblait avoir été placé dans la petite salle à manger par un hasard du destin. Et il se rendit compte de la gravité de ce qu’il était en train de faire. Parce que Jessie avait beaucoup sacrifié pour être devant lui, ce jour là, et qu’il était incapable de saisir l’occasion. Parce qu’une fois encore, il reculait devant une opportunité qui lui était offerte.
Mais débarquer à la Nyada au bras de Jessie ? Gossip Nyada était une chose, mais faire officiellement son coming-out en était une autre. Devant tous ses amis, et ses professeurs… Il sentit ses jambes devenir instable.
- Je peux pas, répéta-t’il, presque trop durement, la gorge sèche, et les lèvres pincées.
Au fil des déclarations de Gabriel, Jessie se sentait de plus en plus ridicule, avec ses rêves et ses illusions qui l'avaient accompagné jusqu'à la porte de son camarade.
Il commença doucement à desserrer la cravate, autour de son cou, serrant la mâchoire pour ne pas dire quelque chose qu'il viendrait à regretter par la suite.
Il avait beau tenté de se mettre à la place de Gabriel, il n'y arrivait pas. Et il ne voulait pas l'encourager à se cacher par la moindre marque de réconfort. Le jeune homme avait besoin de se prendre en main, et le materner ne lui apporterait rien de concret.
- Tu peux pas ?
Jessie releva la tête, éclatant de rire amèrement.
- Tu peux pas quoi ?
Ses pas se firent plus hasardeux, tandis qu'il se déplaçait dans la cuisine pour se détacher de l'emprise que Gabriel avait sur lui.
- Tu peux pas aller au bal ? Tu peux pas aller au bal avec moi ?
Le brun ne répondit rien. Pire, il baissa les yeux pour éviter que leur deux regards ne se croisent. Jessie leva une main en l'air avant de la faire reposer sur son front.
Il n'avait pas forcé sur sa voix, et la discussion se faisait dans le calme malgré la dureté de leurs propos. Il n'était pas question que cette discussion-ci tourne au pugilat. Jessie avait grandi en une semaine. Il voulait faire les choses biens.
Et poser les bonnes questions.
- T'as honte de moi, Gabriel ? Ou t'as honte de toi ? Il détourna la tête sur le côté. Merde, je te demande pas de jouer au gentil petit couple avec moi. J'en suis pas là. Je veux pas de ça.
Il se mordit la lèvre inférieure, avant de taper du pied. Comme si son corps entier venait palier l'agressivité qui refusait de sortir par le choix de certains mots.
- C'est juste une soirée. Je te demandais... juste une soirée. Mais si t'es même pas capable de gérer ça, alors je crois bien qu'on fonce droit dans le mur.
Il prit une longue inspiration, baissant la voix d'encore un cran.
- C'est ce qui s'est passé avec Kenny. Et je veux certainement pas revivre la même chose avec un mec comme toi.
Cyrius ne masquait pas son petit sourire fier de lui. Il s’étira, mais ses yeux ne quittaient pas une seule seconde le visage de son meilleur ami. Enfin il lisait autre chose que de la morosité, ou de l’incompréhension, ou même du vide. Il y voyait comme une lueur de vie, derrière l’iris de ses yeux.
Le blond avait longuement réfléchi, s’était torturé les méninges, pour trouver la bonne destination. Il avait fini par choisir celle là. Un peu en hommage à Glenn, mais aussi pour faire comprendre à Jessie, que quoi qu’il arrive, il serait là pour le soutenir. Loin de lui l’idée de remplacer ce que Glenn avait pu représenter pour lui. Non. Le réalisateur était juste présent, désormais, pour devenir une autre figure fraternelle si Jessie le désirait.
Son cadeau-porte-de-sortie-évadons-nous-avec-le-sourire-soyons-fous-et-jeunes-et-vivants semblait marcher du tonnerre, au vue du sourire de Jessie. Cyrius en était plus que fier.
L’ambiance se fit instantanément plus bonne enfant. Jessie reprit ses petites piques, mélange de moquerie et de véritable intérêt. Cyrius ne fût incapable que d’une seule réaction puérile : il recula sur le lit, allant se caler contre le mur en mettant le plus de distance entre lui et Jessie, et en lui tirant la langue. Bras croisés sur son torse.
- T’as gueule. On parle pas de lui okay ?
Les yeux gris lui lancèrent un regard faussement courroucé. Puis un deuxième quand il comprit qu’il ne faisait pas vraiment peur à Jessie.
- C’est toi qui va profiter de mon corps d’Apollon et de mes muscles saillants pour les jours à venir. .. Enfin, mâter. Hé ! Tu me touches pas sale pervers !
Et un oreiller dans la figure de Jessie un peu trop près. Un.
Cyrius roula sur le côté, essayant de changer de sujet. Il se glissa vers le bord du lit, passant sa tête en dessous, en tâtonnant du plat de sa main le sol. Il semblait chercher quelque chose.
- Tu cachais des magazines sous ton lit ou pas toi ? A l’époque où tu étais encore moche et boutonneux ?
Jessie savait qu’il n’était pas dans les habitudes de Cyrius de parler de sa vie sentimentale. Il en avait eu un exemple flagrant avec Lily, et même s’il se doutait que la raison n’était pas étrangère au fait que Jessie ne pouvait supporter la jeune fille, il avait également fini par comprendre que son meilleur ami réservait sa pudeur à ses histoires amoureuses.
Alors il n’insista pas quand Cyrius lui fit comprendre qu’il n’était pas prêt à en parler, par des mots dont le ton ne trompait personne et un regard qui avait perdu de sa force depuis longtemps. Jessie préféra hocher de la tête, d’un air entendu.
Et lorsque la situation dériva, il ne put échapper à l’oreiller que son camarade lui envoya en pleine figure. Jessie attrapa la housse, retenant un fou rire pour tenter de se montrer blessé par cette basse attaque. En vain.
- Une fois, j’ai couché avec des jumeaux. C’était bizarre. Alors crois-moi…
Et il balança l’oreiller contre le mur, frôlant au passage son ami. Retour à l’envoyeur.
- L’inceste, c’est pas pour moi. Je risque pas d’avoir envie de te toucher. Sauf si un jour, tu deviens pété de tunes, et là, je suis prêt à faire ce qu’il faut pour que tu m’achètes une jolie BM.
Cyrius ne l’écoutait déjà plus qu’à moitié, roulant sur le côté du lit pour tâter la moquette en dessous. Le jeune homme venait de s’intéresser à son ancienne vie, d’une drôle de façon, et Jessie afficha un faux air offusqué.
- Moi ? Des magazines ? Jamais !
Puis il croisa les bras avant de désigner son ancien bureau du menton, un sourire en coin.
- Tu m’as pris pour mon père ou quoi ? J’utilisais mon PC. J’ai appris à effacer mon historique à onze ans.
Il recula de deux pas, une moue encore plus expressive collée au visage.
- Et j’ai jamais été moche, putain. Boutonneux, peut-être un peu. Mais ça… Et il désigna son corps d’un geste de la main à peine théâtral, ça fait tourner les têtes depuis mes 15 ans, mec.
Cyrius allait répondre quelque chose, mais on frappa à la porte, emportant le regard des deux jeunes sur l’intrus qui s’échappa de l’embrasure.
- Les garçons, nous n’allons pas devoir tarder. Le révérend attend.
Celeste tenta un mince sourire à l’intention de Jessie avant d’observer son meilleur ami qui venait à peine de se relever du lit.
- Oh, Cyrius, votre chemise est froissée. Et tâchez de remonter les boutons jusqu’en haut. On ne se rend pas à votre enterrement de vie de garçon.
Un dernier sourire et elle disparut.
Jessie lui adressa un regard désolé avant de lever au ciel.
- Ouais, je sais. Surveille-moi aujourd’hui ou je risque de me pendre dans le grenier, après la réception.
Et ils sortirent de la chambre en ricanant, d’une façon presque lugubre.
La remarque de Gabriel fut accueillie avec un sourire qu’il apprécia à sa juste valeur. Peut-être parce qu’il avait passé les derniers jours à se demander dans quel était Jessie pouvait bien être. Ou peut-être parce qu’il y avait toujours été sensible.
Il fit jouer ses doigts sur le dossier, un peu plus détendu, tout en regardant Jessie approcher lentement. Il y avait quelque chose d’amusé dans son regard, mais ses gestes étaient lents, comme s’il offrait à Gabriel le temps de se soustraire au mouvement.
Mais le jeune homme ne recula pas, les yeux accrochés au visage qui s’approchait. Et si ses joues se colorèrent légèrement quand Jessie fit mention de la tenue d’Eve, il se redressa un peu, pour faire face au jeune homme qui s’était avancé. L’atmosphère s’était légèrement réchauffée, comme si cette simple proximité physique suffisait à Gabriel … Jusqu’à ce qu’il ne parvienne plus à suivre Jessie.
Le jeune homme dût lire son incompréhension sur son visage, puisqu’il se décida enfin à clarifier les choses.
Et Gabriel le fixa, interloqué.
- Au bal ?
Il fronça les sourcils, et pencha la tête de côté.
- Tu vas au bal ?
Et seulement à ce moment là, la phrase de Jessie se rappela à lui. Ses yeux s’écarquillèrent un peu, et il ajouta, sur un ton incrédule :
- On va au bal ?
La surprise qu’il ressentait laissait doucement place à un autre sentiment, et ce n’était ni la joie, ni l’excitation. Mais plutôt une panique sourde. Tandis que dans son esprit se multipliaient les souvenirs de ses soirées aux côtés de Leïla, il lâcha la chaise et fit un demi-pas en arrière.
- Je…
Il avala sa salive, et son regard croisa celui de Jessie. Et ce qu’il lu sur le visage du jeune homme le poussa à prendre un peu sur lui. Parce que le blond ne semblait pas vraiment bien prendre cette réaction trop froide. Gabriel s’avança à nouveau vers lui, forçant un sourire sur son visage.
- C’est pas que … Mais… C’est… Surprenant ?
Son coeur battait trop fort dans sa cage thoracique. Mais cette fois-ci, ce n’était pas la proximité du jeune homme qui le faisait frissonner.
Il devenait clair aux yeux de Jessie que les deux étudiants avaient prévu un agenda différent pour leur soirée passée ensemble. Mais loin de se démonter, le jeune homme continua de le regarder avec détachement, davantage amusé par son air si enfantin et ses maladresses à répétition.
Il ne comprenait pas bien ce que cette décision impliquait pour Gabriel. Parce qu'il s'agissait d'une sorte de concrétisation de sa nouvelle situation, à laquelle il n'était clairement pas préparé. Les choses allaient trop vite, et Jessie ne parvenait pas à en avoir conscience.
Au contraire, cette étape lui semblait essentiel. Il ne comptait pas tenir Gabriel par la main, ni lui susurrer des mots doux pendant tout le bal. Il n'avait même pas réfléchi à ce qui allait se passer, une fois qu'ils arriveraient à la NYADA.
Mais Gabriel lui offrait la bulle de fraicheur qu'il n'attendait plus. Il ne voulait pas chercher les complications et il prendrait le moment comme il viendrait. Enfin... Si ce moment se produisait. Car à voir le visage blême de Gabriel, se rendre au bal était sans doute le cadet de leurs soucis.
- Surprenant ?
Jessie se mit à rire, en relevant les sourcils. Dire qu'il était surpris était un euphémisme.
Alors ses yeux dérivèrent sur le côté, et ses respirations se firent plus courtes.
- Je porte un costard qui m'a coûté un bras et la moitié d'une jambe. J'ai choisi cette date précise pour sortir exceptionnellement du centre. Et toi... Il releva les yeux vers Gabriel, de plus en plus sceptique. Et toi, tu trouves ça... surprenant ?
Son sourire ne formait plus qu'une ombre sur son visage. Il tâchait de prendre les choses avec tact, mais il devait avouer qu'il se sentait presque vexé.
- Ce que je trouve plutôt surprenant, c'est que toi tu n'y aies pas du tout pensé. A nous. Au bal.
Il osa faire un pas vers Gabriel, mais il sentait bien qu'une certaine tension commençait à se former entre eux. Alors il fronça les sourcils, et reprit une position anormalement droite.
- Gabriel, qu'est-ce... Et il souleva ses épaules. Qu'est-ce qui se passe ?
Le moment était étrange, et Gabriel était partagé entre une certaine hésitation, et de la satisfaction quant à la présence de Jessie. Ses yeux étaient restés posés sur le visage de son ami, et il tentait de se détendre. Il acquiesça lentement quand Jessie commenta cette impression, et se retrouva un peu désolé quand il demanda à entrer.
Il parvint à faire un pas de côté, et Jessie se glissa à l’intérieur. Gabriel jeta un nouveau coup d’oeil sur sa tenue, avant de mettre les mains dans ses poches.
- Ça te va bien, parvint-il finalement à articuler, et le sourire de Jessie s’élargit un peu, avant que son regard ne s’attarde sur les habits de Gabriel. Le jeune homme leva ses mains, sur la défensive. J’en ai pas pour longtemps, promis. Mais avant ça … Tu veux boire quelque chose ?
Il guida son invité vers la salle à manger, à quelques mètres de là. Ses mains vinrent se poser sur le dos d’une chaise, et il se retourna vers Jessie, plus calme déjà. La présence du jeune homme n’était pas aussi étrange qu’elle avait pût l’être, et il appréciait trop l’idée de passer du temps avec lui pour s’inquièter de quoi que ce soit.
Gabriel parvint donc à garder le fin sourire qu’il adressait à Jessie. Et comme son regard ne parvenait pas à se détacher de son invité, il chercha à se justifier.
- Le costume, ça fait vraiment…
Il pencha légèrement sa tête de côté, cherchant ses mots, avant d’opter pour quelque chose de plus simple.
L'appartement de Gabriel donnait à Jessie une impression étrange, comme s'il avait gardé une image plus effrayante du lieu. Plus surréaliste, surtout. A cause de la scène qui s'était déroulée pendant la nuit de leur débauche ensemble, et dont il avait dû se remettre au plus vite pour ne pas accentuer un malaise qui rongeait son camarade.
Alors quand il se déplaça à travers les couloirs jusqu'à arriver dans la salle à manger, il évita de trop poser les yeux sur le mobilier. Histoire de ne pas se remémorer de mauvais souvenirs. Et il préféra sourire face à la réaction de Gabriel qui ne cessait de lui jeter des coups d’œil appuyés.
Il laissa trainer son regard au sol, en secouant la tête, sans perdre de sa joie, face au compliment qui lui fut offert.
Il aurait bien volontiers demander un verre d'eau à Gabriel, mais le temps pressait et il décida finalement d'ignorer sa demande pour se rapprocher un peu plus de lui.
Et sur un ton joueur et ironique, il joua les ingénus.
- Je pourrais être encore plus à mon avantage si j'étais à poil.
Il pencha la tête de gauche à droite un peu trop vivement, comme s'il s'amusait à peser le pour et le contre d'une telle décision.
- Mais je me suis dit qu'il valait mieux se fondre dans le paysage et que quelque chose de classique ne me ferait pas de mal, pour une fois.
Il se tenait à quelques centimètres de Gabriel, désormais, qui s'était redressé, et ne tenait le dossier de la chaise que d'une seule main.
- Je suis content que ça te plaise. On va faire un malheur. Là-bas.
Mais le regard de Gabriel changea du tout au tout, passant d'un sourire hésitant à une incompréhension béante.
Alors Jessie tenta une approche un peu plus douce, comme s'il essayait de lui faire prendre conscience de l'évidence même.
Quand Gabriel avait reçu un premier message de la part de Jessie, ce jour là, il s’était redressé sur son lit, surpris. Il avait mis quelques secondes à répondre, à la fois intrigué et étrangement soulagé d’avoir des nouvelles de son ami.
Si sa semaine avait été bien remplie, entre les cours qui...
Jessie avait demandé une permission à la direction du centre pour pouvoir passer une journée en extérieur. Il avait choisi une date précise, s'était porté garant de sa bonne conduite, et avait attendu. Il avait même attendu plusieurs jours, et il commençait sérieusement à désespérer que sa demande aboutisse.
Et puis la veille, une commission s'était déployée dans la cafétéria, qui s'était transformée pour l'espace d'une heure en salle de conférences. Il avait dû faire face au référant de son dossier, au directeur de l'établissement et à l'infirmière qui s'occupait de lui quotidiennement. Et il avait parlé pendant de longues minutes, débattant sur son cas sans perdre de sa lucidité, et promettant les bienfaits de ce court séjour à l'extérieur sur son moral.
Le verdict avait été long à rendre, mais il avait fini par obtenir gain de cause. Sa pause déjeuner passée le lendemain et il serait un homme libre. Mais il avait dû promettre, en contrepartie, de rentrer à une heure du matin au centre, et de passer plusieurs examens afin de s'assurer qu'il n'ait pas replongé à son retour.
Le lendemain, il avait eu beaucoup de mal à patienter, mais l'horloge de l'entrée lui avait finalement donné la permission de s'en aller, un mince bagage à la main et son costard sur le dos.
En passant les grilles vertes de la cour, Jessie avait ouvert le sac contenant les effets personnels qu'il avait dû laisser à l'accueil le jour de son arrivée, et il s'était emparé de son téléphone pour prévenir Gabriel qu'il venait passer le chercher.
Malgré son état de fatigue extrême, et son corps qui était toujours en rémission malgré cette première semaine et demi passée dans le centre, il était excité à l'idée de passer la soirée avec son camarade, loin des problèmes et aux côtés de leurs amis.
Ses parents ayant choisi un centre de désintoxication tout près de New-York, Jessie n'avait dû faire qu'une heure de car pour rejoindre les quartiers de Gabriel. Et même s'il n'avait été qu'une fois chez lui, l'itinéraire était pourtant toujours ancré dans sa mémoire.
Alors il avait frotté un peu trop fort les plis de sa veste, et il avait frappé, tâchant d'offrir son meilleur sourire. Et même s'il s'était attendu à ce que Gabriel se soit déjà préparé avant son arrivée, il tenta de garder une mine détendue.
- Ça fait longtemps. Enfin, c'est l'impression que ça donne...
L'échange de banalités devenant un peu trop maladroit, en raison des récents évènements qui s'étaient déroulés entre eux, Jessie s'avança, et jeta un coup d'oeil à l'intérieur de son appartement.
- Tu me laisses rentrer ?
Gabriel se recula d'un coup, comme s'il était désarçonné de ne pas avoir fait la proposition lui-même, et Jessie afficha un sourire compréhensif avant de s'engouffrer à l'intérieur.