A selection of stories, written in English (ou écrites en français), photographed or crafted by us, published in the press or previously undisclosed. A reverie made of candy and beauty, fin-de-siècle poisons and twisted tales, daring trips to the wild and idle hours spent in zones of exclusion
FR Quelques gouttes de ces philtres avant de s'endormir, et nous voilà transportés vers un étrange jardin assoupi. Dans l'air tranquille, une douce brise des antipodes se mêle à des parfums plus familiers. Ici les roses ne s'ouvrent que sous les étoiles. Des oiseaux chantent cachés parmi les fleurs. Dans sa transe un lapin nous l'a dit : « cette nuit est løvely. »
Løv Organic, infusion Løvely Night et thé blanc Myrtille Coco
EN A few drops of these brews before bedtime, and we are whisked away towards a strange and sleepy garden. In the languid air, a lush breeze from overseas mixes with wafts of more familiar scents. The roses here only open for the moonshine. Birds sing, hidden among the flowers. In his trance the rabbit told us so: "this is a løvely night."
Løv Organic, Løvely Night herbal tea and Blueberries Coconut white China tea
FR John Derian connaît bien le parfum des dunes de Provincetown. Le designer et collectionneur américain y possède une maison de bois, dont le parquet grince au bord de l'océan depuis le XVIIIe siècle. Lorsqu'Astier de Villatte, dont il est le complice depuis plusieurs années, lui a confié la tâche de restituer l'odeur familière des côtes de la Nouvelle-Angleterre, Derian n'a rien souhaité lui ajouter ni lui soustraire. Il faut humer, les yeux fermés, cette bougie à la fraîcheur délicatement iodée, et se laisser emporter jusqu'à la pointe du Cap Cod, vers Provincetown hors du temps ; le vent du large a fait chavirer plus d'un pirate sur ses rivages, mais jamais il n'a pu déraciner les hautes herbes qui poussent dans le sable de ses plages sauvages.
Astier de Villatte – Provincetown
EN John Derian knows the scent of the dunes of Provincetown by heart. The American designer and collector owns a wooden house there, whose floorboards have been creaking near the ocean since the XVIIIth century. When Astier de Villatte, a brand he's flied with for several years, trusted him with the task of transcribing the familiar smell of the coast of New England, Derian opted not to add or substract anything. Eyes closed, one breathes in the fragrance of the candle, with its hint of salty air. The mind wanders towards the tip of the Cape Cod, towards Provincetown out of time; where the sea winds brought many a pirate ship to their demise, but could never unroot the ferns nor the high grass growing in the sand of wild beaches.
FR L'herbier magique que compose Diptyque saison après saison préserve la fragrance de chaque spécimen ; entre ses pages les feuilles, les fleurs, les plantes restent vivantes. C'est une nouvelle histoire naturelle, évocatrice avant d'être érudite. La bougie Noisetier, emblème de l'automne, transcrit les sensations d'une longue promenade, d'abord dans le sous-bois qui sèche après la pluie, et plus profond sous la futaie, le long de sentiers fréquentés par les biches, vers un refuge au cœur de la forêt. Son parfum, vert et fruité, tendre mais boisé jusqu'au musc, exprime l'essence enchantée de l'arbre qui l'a inspirée.
Diptyque – Noisetier
EN Season after season, Diptyque is assembling a magical herbarium that preserves the fragrance of each specimen; leaves and flowers and plants stay alive between its pages. This is a new natural history, evocative before it is scholarly. The Noisetier candle, an emblem of the fall, conveys sensations associated with a long stroll, first through the undergrowth drying after the rain, then deeper on under the canopy, along paths visited by the does, towards a haven at the heart of the forest. Its scent, green and fruity, tender yet woody – musky almost, expresses the enchanted essence of the tree that inspired it.
FR Il a plu sur la ville après plusieurs jours sans nuages, et de l'asphalte en contrebas s'élève ce parfum presque sucré qu'exhale le bitume lorsqu'il se désaltère. Mais ici, dans ce jardin sur les toits, un vent libre et frais souffle sur les claies de bois mouillées, sur les fleurs et les fougères bombardées par les gouttes. En résulte Roof Top, une fragrance grise et verte – un songe de nature et de ville en symbiose.
The Different Company – Roof Top
EN It's been pouring on the town after days without a cloud, and from the pavement down below rises the sweetish smell the asphalt exhales when it drinks at long last. But here, in this rooftop garden, the wind blows free and fresh on the drenched wooden hedges, on the ferns and flowers blasted by the raindrops. The result is Roof Top, a fragrance green and grey – a symbiotic dream of nature and the city.
Stars in the River: the Prints of Jessie Traill, National Gallery of Australia, Canberra, du 16 février au 23 juin
Good night in the gully where the white gums grow, 1922, intaglio, etching and aquatint, printed in brown ink, from one plate, Impression: 1/15, plate-mark 49.7 h x 46.5 w cm
La Rat Division a été séduite tant par la couleur vibrante et la matière onctueuse de ces nouveaux rouges, les bien nommés Crème Smooth, que par leur packaging rigoureux. Textures colorées et lignes miroitantes se sont prêtées à une mise en scène inspirée par la géométrie des années 30. Un choix conforté par l’inspiration revendiquée de Laura Mercier : une “Muse Art Déco”, Tamara de Lempicka. Le travail de l’artiste incarne parfaitement cet instant où l’insouciance des Années Folles parisiennes et l’ambition industrielle de New York s’apprêtaient à virer au noir, adoptant les contours martiaux de la torpille et de l’obus. Voici donc quelques rouges, tendres comme les nuits de Montparnasse, fatals comme des missiles.
Laura Mercier, rouges à lèvres Crème Smooth Haute Red et Deco Rouge (collection Muse Art Déco, décembre 2012)
A Strange Magic: Gustave Moreau's Salomé, Hammer Museum, Los Angeles, du 16 septembre au 9 décembre 2012
Gustave Moreau, Salomé Dancing before Herod, 1874-76, Oil on canvas; 56 1/2 x 41 1/16 in. (143.5 x 104.3 cm). The Armand Hammer Collection; Gift of the Armand Hammer Foundation, Hammer Museum, Los Angeles. Photo: Robert Wedemeyer.
Christophe Jacrot – NEIGE, Galerie de l'Europe, Paris, du 2 novembre au 8 décembre 2012
Publié dans Citizen K
“In my eyes there are two major ways of doing photography, either capture the horror of the world (and there’s plenty of work) or sublime it. I picked the second.” Christophe Jacrot’s statement of intent is filled with understated bravery – given the great consideration awarded to documentary photography, the act of seeking beauty, order and serenity in the chaos around comes off as a rather bold move.
The wintry allure of Jacrot’s intricate pictures, very much de circonstance as we write these lines, is a lofty pursuit in itself. The conditions in which this beauty presents itself (the storm and snow, the rain and cold) make it hard to reach. We tortured souls admire Jacrot’s dedication to stepping into removed territories under adverse conditions.
Hiver en Villes, November 24, 2010 to January 8, 2011
Il en sort par poignées chaque mois, des jeux cru 2012 savamment déguisés en jeux vintage, créations bien modernes qui font écho au souvenir ému de Super Mario Bros. (1985), The Legend of Zelda (1986) et autres titres cultes des années 80. Produits par des éditeurs indépendants plutôt que par des méga-studios, ils n'en sont pas moins distribués sur tous les supports – iOS et Android, PC, consoles portables ou de salon... Le pixel-art et ses sprites en 2D ne se pose pas en concurrent des champs de bataille photoréalistes de Battlefield 3 et consorts, dopés aux polygones par millions. Mais un cercle de joueurs de plus en plus vaste adule ce look pseudo-rétro. Les trentenaires retombent en enfance, et les gamers trop jeunes pour avoir été biberonnés à l'Atari ont l'impression d'accéder à la quintessence du jeu vidéo, débarrassé de ses oripeaux militaristes et surprocessés.
Pionnier, le Japonais Daisuke Amaya, dit Pixel, a ainsi restitué à la perfection l'esprit des hits d'antan avec Cave Story (2004), pieux hommage aux platformers d'hier, Metroid (1986) et Castlevania (1986) en tête. Un revival à l'intégrité poignante, si purement eighties, jusqu'à sa musique 8-bits, que les heures passées en sa compagnie constituent un véritable voyage dans le temps.
Fraîchement éclos sur l'App Store, Time Ducks (2011) nous ramène quant à lui au vénérable Frogger (1981). Jolie mise en abyme : la mécanique centrale consiste à remonter ou arrêter le cours du temps afin d'aider canards, lamas, pingouins et autres chameaux à traverser une autoroute. Délicieusement absurde et coloré, Time Ducks vaut le téléchargement rien que pour les blagues de son écran titre.
HARDCORE
On n'est pourtant pas là (que) pour s'amuser. Car cette nouvelle génération de jeux ne se contente pas d'émuler ses ancêtres sur le plan audiovisuel. Elle dépoussière une autre de leurs caractéristiques : sous un sourire de façade, le level design est cruel. Dans VVVVVV (2010), les graphismes ultra-dépouillés en 6 couleurs et le mince scénario de science-fiction servent de prétexte à des tableaux en forme de défis millimétrés, où l'on meurt et recommence parfois des dizaines de fois jusqu'à trouver le timing parfait. Au moindre faux pas dans Super Meat Boy (2010), la petite boule de viande que l'on guide vers Bandage Girl, sa princesse enlevée par le Dr. Fetus, finit hachée menue par l'une des scies qui truffent tous les niveaux.
Rappelons ici que la nostalgie est étymologiquement la « douleur du retour ». S'y exposer, c'est satisfaire un penchant gentiment masochiste. La difficulté punitive de ces récréations rétro n'est pas un hasard.
Une étourderie, une simple erreur de manipulation dans les souterrains peuplés de monstres de Dungeons of Dredmor (2011), jeu de rôle en vue isométrique à la Zelda, et tout est à recommencer. « Félicitations ! Vous êtes mort », narguent les développeurs.
Les couleurs acidulées et la rythmique d'un Bit.Trip Runner (2011) attirent les curieux, le gameplay simple et accrocheur plante ses griffes, et peu à peu ces exercices de haute précision révèlent leur vraie nature. Le charme cute demeure ; s'y mêlent la férocité de la compétition, et l'obsession qui vampirise. Le gamer nostalgique est aussi un addict en manque de high scores et de speed runs.
MALAISE EN 8 BITS
Mais tous les jeux ne comptent pas les points. Mouton noir tout en niveaux de gris, Canabalt (2009) prend l'allure d'une course éperdue sur les toits d'une ville corporate attaquée par des robots géants. Un seul bouton suffit au gameplay : un personnage en costume court sans s'arrêter, et saute sur commande. Le programme mesure les mètres parcourus. L'enjeu reste l'amélioration d'un record, mais ici notre héros n'a aucune chance : à mesure qu'il progresse sous le ciel plombé, de nouveaux toits sont générés au hasard. Inexorablement, il finira par heurter la façade d'un immeuble et tomber dans le vide. Cauchemar de trader ?
Fuite en arrière plutôt qu'en avant, Home (2012) écrit son histoire à rebours. On y suit H qui se réveille, amnésique, dans une maison inconnue, en compagnie d'un cadavre. Il cherche à s'échapper, à comprendre ce qui lui arrive et ce qu'il a fait en revenant sur ses pas, en traversant des lieux liés à son passé. La moindre décision, aussi triviale soit-elle, contribue à façonner une narration complexe, dont les éléments s'orchestrent différemment à chaque partie. En l'espace d'une heure, ce casse-tête psychologique aborde les thèmes du meurtre et de la démence, de la torture, de l'adultère et de la séparation, du chômage et de l'alcoolisme.
L'esthétique du pixel art se prête à merveille à de tels détournements. Le décalage entre idées noires et graphisme naïf renforce l'impact de chacun.
GAMER PRIDE
C'est ce qu'a bien compris Jasper Byrne, développeur de l'halluciné Lone Survivor (2012), point d'orgue du gaming en basse-def. Son protagoniste masqué tente de survivre en explorant un immeuble envahi par des zombies. Le monde change sans cesse autour de lui : les couloirs et les pièces se métamorphosent, des passages s'ouvrent subitement dans les murs lépreux, des personnages disparaissent sans explication et des notes manuscrites laissent des indices cryptiques. Il prend des pilules qui le speedent ou l'aident à dormir. Fait des rêves bizarres. Parle à une peluche. L'ambiance sonore regorge de sous-entendus sinistres qui troublent l'imagination. Tout ce que la résolution de 160x90 empêche de représenter clairement est suggéré avec d'autant plus de subtilité. Shining n'a qu'à bien se tenir.
Autre chef-d’œuvre tout sauf HD, Sword & Sworcery EP (2011) invite à la déambulation au travers de paysages poétiques, délicatement esquissés, peuplés d'habitants attachants et de fascinantes menaces. Conte doux-amer à la géographie mythifiée, l’œuvre des Superbrothers peut aussi s'envisager comme une promenade interactive le long d'un disque de rock.
Ces expériences audiovisuelles qui transcendent leur medium rappellent que la valeur ne se mesure pas au nombre des pixels. Le gaming rétro forme désormais un pan de la culture contemporaine, avec ses codes, sa musique, ses T-shirts arborés fièrement. Il a déjà une longue histoire, et agrège d'infinies subdivisions, de la friandise sans prétention au drame existentiel. À la fois réactionnaire et visionnaire, le mouvement a en tout cas le mérite de bousculer le statu quo du jeu vidéo.
ENCADRÉ CHIPTUNE
Les salles d'arcade ferment les unes après les autres, mais la musique criarde de leurs bornes n'est pas près de se taire. Les programmeurs se battaient autrefois pour restituer leurs compositions avec des ressources ultra-limitées ; la contrainte d'hier fait aujourd'hui le sel du courant chiptune, littéralement « mélodie de puce informatique ». À l'aide d'émulateurs, ou en couplant une console audio à une NES ou une Game Boy, une nouvelle génération de fanatiques reconstitue le panorama sonique d'une autre ère. Les effets 8-bits s'invitent allègrement dans l'électro, le rock et le hip-hop, popularisés par des artistes comme les Japonais d'Anamanaguchi, les Allemands de Digitalism ou l'Américain Skrillex. Un crossover qui souligne le statut culte des jeux des années 80 dans l'environnement culturel contemporain.
VICTOR VASNETSOV, L'ENCHANTEUR DE LA CATHÉDRALE SAINT-VLADIMIR
Sous l'égide de l'archéologue et historien de l'art Prachov, mosaïcistes italiens et peintres russes se partagèrent le travail. Parmi eux Vroubel, auteur du célèbre Démon (assis) (1890), à la personnalité aussi fragile que son œuvre fut radical. Et surtout Victor Vasnetsov, fils de prêtre, si exalté par cette mission qu'il déclara : « il n'est pas de tâche plus spirituelle et fertile pour un artiste russe que la décoration d'un temple ».
Vasnetsov (1848-1926) puisait pourtant l'essentiel de son inspiration dans les bylines, chansons de geste russes. Les reines de royaumes souterrains, les guerriers folkloriques, les personnages de contes de fée, les corps jonchant le sol après une bataille épique... Voilà quels sujets occupaient d'ordinaire son chevalet, plutôt que des scènes pieuses.
En réalité le peintre tombait à pic : si l'église orthodoxe entendait célébrer sa tradition séculaire, elle avait aussi besoin de moderniser son décor. Et Vasnetsov sut, avec ses compositions murales, construire un formidable pont entre les croyants passés et présents. Les arrière-plans ou les fonds évoquent tantôt l'enluminure, tantôt la peinture religieuse classique ; mais les portraits des saints s'en détachent avec un réalisme qui stupéfia les contemporains, habitués aux visages normés et immuables des icônes.
Le résultat est une chose rare, une cathédrale dont le décor évoque à la fois l'hagiographie canonique et les pré-Raphaélites, ou encore les symbolismes du Nord et de l'Est.
On cria au scandale et au génie. Pavel Tretyakov, fondateur de la galerie éponyme, observa ce tumulte. Il eut l'intuition qu'il fallait préserver les travaux préparatoires de Vasnetsov. Esquisses et toiles rejoignirent les réserves de la galerie – dont le même Vasnetsov signa les nouvelles façades en 1904, six ans après la mort de Tretyakov.
Au long de l'exposition, les ors byzantins, la palette très russe, les motifs du folklore, les portraits si vivants, racontent une ferveur mystique ; celle d'un artiste qui peignait pour Dieu et son pays.
Dans le cadre du projet « La Galerie Tretyakov ouvre ses réserves » : Victor Vasnetsov. Travaux préparatoires pour les peintures murales de la cathédrale St. Vladimir à Kiev. 1885-1896, Galerie d’État Tretyakov, Moscou, du 18 avril 2012 au 8 septembre 2013
Ivan Tsarévitch sur le loup gris, 1889
Évêques russes, 1885-1896, fresque de la cathédrale Saint-Vladimir
Après la bataille d'Igor Svyatoslavich contre les Polovtsy, 1880