Autour du RP : Les histoires de Couple
Parce que oui, il n’est décidément pas rare en RPG textuel de vouloir mettre deux personnages - ou plus, je ne juge pas - en couple. Atomes crochus entre deux joueurs/ses, affinités logiques entre personnages, fantasmes de fans, personnalité de Dom Juan d’un personnage, besoin d’affection, les attentes des uns et des autres peuvent grandement varier selon l’individu, ce qui cause de nombreux drames dans les coulisses.
Voyons donc tous ces cas d’amoureux transis ou de harceleurs qui s’ignorent, de croqueuses d’hommes et de collectionneurs de conquêtes, bref, les probablement moins de cinquante nuances d’amours rôlistiques.
C’est décidé, je suis amoureux !
Ceux qui sont superficiels : J’en ai parlé quand j’ai traité le cas des avatars, certains joueurs s’attachent plus à l’apparence d’un personnage - c’est à dire, à l’acteur ou au personnage connu employé pour le représenter - qu’à sa personnalité telle qu’elle est jouée. Parfois, ils estiment qu’un personnage représenté par une personnalité précise est destiné à aimer le leur, au point d’imposer une relation. Et parfois, c’est même planifié avant même de rejoindre un RPG, quel qu’il soit.
Ceux qui sont fans : Lecteurs de fanfictions sulfureuses, fanboys et fangirls de tous poils, ils sont passionnés par un couple, et quand ils sont passionnés, ils ont envie de le jouer. J’ai surtout remarqué ce comportement du côté des yaoistes, accessoirement grands amateurs de néologismes qui vous font vous interroger longuement devant une demande de RP aux termes obscurs telle que “Je veux jouer du Larry” (Ce qui signifie, naturellement, un RP de nature romantique entre Louis Tomlinson et Harry Styles, membres du groupe des One Direction1. Vous êtes contents de le savoir, hein ?).
Ceux qui sont prédestinés : Lorsque deux ou plusieurs amis issus d'un autre RPG décident d'en rejoindre un nouveau, il arrive à l'occasion qu'ils aient déjà en tête de mettre ensemble leurs personnages, parfois au point où le reste du monde ne les concerne en rien : ils ignoreront alors tout autre joueur, et même toute tentative d'intrusion d'une tierce personne.
Ceux qui sont fleur bleue : Une première rencontre, un regard, un sourire, et l’amour frappe. Rêveurs romantiques, ces joueurs n’envisagent pas une relation d’amitié qui ne finirait pas par de l’amour. Leur objectif à eux, c’est de caser leur personnage, quoi qu’il arrive. Parfois, c’est un amour prédéterminé, parfois, c’est le premier quidam qui leur tombe sous la main, parfois, ils mettent le grappin sur quelqu’un à leur goût plus ou moins consentant. Et si on n’est pas consentant, il faut vite mettre les points sur les i, sinon gare au cœur brisé à ramasser !
Ceux qui veulent être aimés : Pour certains joueurs, tout ce qui fait le sel du RP est l’admiration qu’on voue à leur personnage, au point d’en faire toute la base de son existence. A leurs yeux, tout joueur devrait et doit éprouver de l’attirance, de l’affection, de l’admiration et de l’amour pour ce personnage dès le premier regard, aussi bien en jeu que hors jeu. Si votre personnage manifeste une opinion défavorable envers le sien, ou si vous ne vous y intéressez pas assez, vous récolterez manifestations de colère, regards de chien mouillés et commentaires culpabilisants. S’il a décidé que votre personnage devait absolument sortir avec le sien, alors c’est ainsi que les choses devront se passer, sans quoi vous serez un misérable traître sans cœur.
La passion du s… de l’amour ?
Ceux qui collectionnent : Est-ce par besoin de combler un vide affectif ? Ce genre de joueur semble attaché à l’idée d'accumuler autant de partenaires amoureux — ou sexuels — que possible dans le RP. C’est probablement plus visible sur les RPG à contenu mature voire érotique, où certains personnages mettent un point d’honneur à mettre dans leur lit l’intégralité des autres personnages du jeu, toutes origines confondues. Sauf les moches, à la rigueur, mais nous avons déjà établi dans un précédent article que le concept de laideur avait tendance à être largement oublié en RP.
Ceux qui visent haut : Une variante plus restreinte du précédent est le séducteur qui a de l’ambition, autrement dit “la courtisane”. Ou le courtisan, mais le sous entendu n’est pas le même2. Celui-là, ou celle-là, aura plutôt tendance à s’intéresser de très près aux personnages occupant le rang le plus élevé dans le contexte de jeu, ou bien aux personnages joués par les administrateurs. Dans le premier cas, cela reste une stratégie valable en roleplay, bien que discutable moralement parlant pour le personnage, dans le second cas, il vous reste à déterminer s’il s’agit de simple admiration ou de pure manipulation.
Ceux qui n’assument pas : Collectionner les aventures et les conquêtes est une chose, assumer l’image qui en résulte est autre chose. Lorsqu’un personnage enclin à conter fleurette - et plus si affinités - à tout ce qui bouge se retrouve avec une réputation sulfureuse dans le jeu, il n’est pas rare que le joueur concerné s’en défende, aussi bien via le point de vue de son personnage qu’en hors jeu. Avoir un panel de conquêtes varié, ça peut avoir la classe, mais passer pour un(e) obsédé(e) ayant le feu aux fesses et les proposant au plus offrant, c’est potentiellement moins prestigieux.
Ceux qui aiment le drama : L’Amour est une notion bien compliquée, mais elle le devient encore plus quand ceux qui le jouent rejettent toute notion de romantisme et s’emploient à surfer sur les vagues du mal-être et de la dépression. Les couples deviennent toxiques, s'entredéchirent en permanence, et les voir évoluer devient presque douloureux pour l’observateur extérieur qui se demande tout de même qu’est ce qui les fait tenir, tant le drame semble en suinter par tous les pores. Lorsqu’on trouve chaussure à son pied, sans nul doute que le jeu devient plaisant, mais lorsque le joueur d’en face voudrait quelque chose d’un peu plus conventionnel, chaque tentative de s’en sortir ne fera qu’aggraver la situation, le joueur dramatique n’aimant rien tant qu’en rajouter une couche dans la misère.
Ceux qui abusent du syndrome de Stokholm3 : Tomber amoureux suite à une relation plus ou moins développée, c’est du déjà vu, c’est surfait. Pourquoi ne pas sortir de ce chemin tout tracé et opter pour une relation amoureuse dans laquelle l’un des deux personnages aura été sévèrement blessé, humilité, martyrisé par le second ? La victime à l’esprit chancelant tombera donc amoureuse de son bourreau, peu importe le nombre de morceaux qui lui manquent, parce qu’elle a un cœur d’or et une tolérance à la douleur digne des plus grands Uke. Quant au bourreau, il maltraite naturellement sa moitié parce qu'il souffre, vous comprenez, en réalité il est très gentil, quelque part, très loin, à l'intérieur.
Ceux qui nourrissent une passion immodérée pour le S/M : Ah, la culture BDSM semble avoir le vent en poupe ces derniers temps, à cause de... hum... grâce à Fifty Shades of Grey. Les uns aiment voir leur personnage se faire dominer implacablement par un sadique qui n'écoute rien à ses supplications, les autres aiment avoir tout pouvoir sur l'autre et le fouetter à l'envi, ou lui insérer des objets de nature discutable à des endroits que la décence m'empêche de nommer. Pardon ? Qu'est-ce qu'un safeword4 ? La tendresse ? Le respect mutuel ? La confiance ? La complicité ? Mais qu'est-ce que ça à voir avec le SM5 ?
Ces débordements qui font tâche
Ceux qui sont là pour draguer : Si on peut leur donner le bénéfice du doute au départ, il y a quelques joueurs qui adoptent des approches qui peuvent laisser dubitatif. Ils commencent par approcher votre personnage, puis vous donnent de petits surnoms en hors jeu, voire surfent sur les ambiguïtés et la tension sexuelle, et en général deviennent assez envahissants à la longue. Si on a de la chance, ils rentreront dans le rang après un avertissement. Si on n’en a pas, ils se vengeront de ce râteau virtuel en vous pourrissant la vie6.
Ceux qui deviennent obsessionnels : Voilà, Cupidon a fait mouche, le couple est formé. Il va être temps maintenant de vivre un amour sain et romantique. Et tant qu’à faire, de réclamer autant que possible de jeux entre les deux amoureux, puisque le reste du monde n’a plus aucun intérêt. Et puis aussi, de devenir maladivement jaloux - et donc pénible, avec toutes les dérives que ça implique - si jamais le personnage aimé en vient à s’intéresser à un autre, que ce soit d’un point de vue strictement amical ou non. Et tant qu’à faire, de venir harceler son partenaire de RP en privé si jamais celui-ci ne joue pas son personnage suffisamment amoureux.
Ceux qui sont possessifs : Trouver un partenaire de RP avec qui ça colle, ce n’est pas si fréquent. Alors, certains veulent les garder. Et pour ceux qui aiment les relations romantiques, cela implique de constamment caser les personnages de l’un avec les personnages de l’autre. Et de devenir extrêmement pénible et jaloux si le joueur d’en face décide qu’il a envie de changer un peu en jouant avec quelqu’un d’autre…
Ceux qui tombent amoureux : Parce que se créer une idylle en jeu ne suffit pas, voilà que certains, convaincus d’avoir trouvé LE partenaire idéal pour leurs RP de maintenant et à jamais, en viennent à éprouver des sentiments amoureux pour celui-ci. Au point de dépasser les strictes limites du cadre du jeu pour venir conter fleurette à l’élu de leur coeur, et surtout de confondre ce qui se passe en jeu avec la réalité. Ainsi, si le personnage aimé se comporte de manière hostile, notre amoureux se sentira immédiatement malheureux, ou contrarié, d’être si mal traité... et drama s'ensuivra.
Ceux qui sont de mauvaise foi : La cerise sur le gâteau, la touche finale... d'une part, nous avons des joueurs qui deviennent jaloux. D'autre part, nous en avons qui multiplient les relations. Et au milieu, nous avons les joueurs jaloux qui néanmoins partent butiner ailleurs sous prétexte que leur partenaire de RP n'est pas assez présent ou actif en jeu. Quoi qu'il arrive, c'est de votre faute, ne discutez pas.
Il existe sans nul doute bien d'autres spécimens que j'ai oublié ou dont j'ignore complètement l'existence, ayant relativement peu tendance à m'intéresser aux relations romantiques en RP. N'hésitez-donc pas à me parler de vos perles dans les commentaires, et dans tous les cas, merci de m'avoir lue, et à bientôt !
Soit dit en passant, de mon temps les 2Be3 étaient vachement plus sexy. ♫♪ Partir un jouuuur, sans retour ! ♫♪ ↩︎
Pour pinailler un peu, on aura plutôt tendance à utiliser le terme de courtisane pour un personnage qui utilise ses charmes pour séduire les personnages hauts placés, et — pardonnez ma grossièreté — salope pour les autres. Dans les deux cas, le terme est un synonyme de prostituée, mais la connotation est plus ou moins positive. ↩︎
Selon Wikipedia, le Syndrome de Stokholm est le développement d'une relation de sympathie entre une victime et son agresseur. Ce phénomène ne marche que si la victime n'a jamais entendu parler du syndrome en question, que l'agresseur sait justifier son acte auprès de sa victime et qu'il n'y a aucun antagonisme ou sentiment de haine de l'agresseur envers sa victime. ↩︎
Un mot, je pense, à ce sujet. Comme la culture BDSM est une forme de jeu de rôle érotique permettant à ses pratiquants de tester leurs limites, il est d'usage avant toute chose de discuter d'un safeword, un mot clef. Ceci permet au soumis de supplier et de dire "non" autant qu'il veut pour le plaisir du jeu. Lorsque le mot clef est prononcé, le dominant sait qu'il doit s'arrêter, sans discuter. ↩︎
Je précise au cas où, mais ceci est bien un sarcasme. Si vous lisez l'anglais et que vous êtes curieux à propos de la culture SM, je vous conseille de lire la bande dessinée Sunstone sur Deviant Art, c'est gratuit et très instructif (et pas vulgaire du tout). ↩︎
Et j'en profite pour vous rappeler de ne jamais communiquer vos informations personnelles à quelqu'un que vous avez rencontré en ligne. A fortiori si vous le connaissez depuis à peine un mois et qu'il attend quelque chose de vous. ↩︎