Cuba en famille: l'arrivée
L’arrivée à Cuba m’a laissé sans voix. L’aéroport est vide de tout superflu, il y a des longs couloirs et des bureaux de douanes, pas beaucoup de lumière, des employées de douanes en uniforme chemise-jupe (petite jupe d’ailleurs) qu’elles customisent avec des collants à motifs que j’aurais pu porter en hiver à Paris. À l’entrée dans le pays, la très grande majorité des gens sont étrangers. Les cubains ne rentrent pas chez eux, car ils n’en sortent pas. À cet instant je m dis que ce doit être dur pour eux de travailler dans cet endroit… Sur la route qui relie l’aéroport au centre ville, pas un seul panneau de publicité, si ce n’est des messages à la gloire de la révolution, la patrie et les leaders socialistes. J’allais très vite me rendre compte que ces panneaux sont présents dans tout le pays, et qu’ils sont l’unique message diffusé sur des supports qui, partout ailleurs, servent à promouvoir marques de shampoing et voitures dernières générations. Mon taxi me dépose devant la Casa La Caridad, en plein Habana viejo, le plus vieux quartier de la ville. Nous ne sommes pas du côté le plus touristique, et bien que cette maison soit en très bon état, les voisines sont plus délabrées, et leurs habitants vivent à moitié dans la rue.
Je suis reçue par Hector dans cette jolie maison à la décoration presque baroque, chargée de tableaux de saints, de dorures et de bibelots. C’est très propre, ma chambre est agréable et après un début de discussion plutôt intéressant avec le maitre des lieux, je m’y écroule de fatigue. Hector est passionnant. Le temps d’une cigarette, j’apprends qu’avant de tenir cette maison il a travaillé pendant 18 ans dans le train reliant La Havane à Santiago de Cuba, la grande ville à l’est du pays. Sans aucune perspective d’augmentation, bien au contraire, il décide de changer de vie et se fait gérant de casa particular (équivalent de nos chambres d’hôtes). Ici aussi il gagne peu, mais il préfère car il rencontre des gens de partout dans le monde. Son fils de 28 ans vit en Espagne où il a pu aller grâce à ses résultats à l’université. Visiblement il n’est pas près de revenir. Lui voulait aller rejoindre un ami, j’apprendrai plus tard que c’est la femme qu’il aime, envoyé comme médecin au Guatemala, mais malgré ses papiers de sortie et ses économies pour payer la taxe douanière, les autorités ne l’ont pas laissé partir. Il avait le profil d’un émigrant lui ont-il dit… Malgré la résignation qui sonne dans ses paroles, Hector reconnaît les avantages de son pays et ne critique pas tant que ça. Así es… Nadie muere de hambre en Cuba me dit-il. Et en plus les gens ont le sourire. C’est le grand enseignement qui ressortira de ce voyage. Les cubains n’ont rien de tout le luxe matériel qui rempli nos vies depuis l’après guerre, mais ils gardent une bonne humeur très communicative et s’organisent pour vivre au mieux.
En fin d’après midi, le reste de la famille arrive. Ils sortent de 9 heures d’avion et ont 6 heures de décalage horaire dans la tête, mais nous sommes trop contents de nous retrouvés, surtout le jour de l’anniversaire de Maman. Pour fêter ça j’avais demandé une petite adresse sympathique d’un bon restaurant sans chichi à Hector. Malheureusement il est fermé. Nous atterrissons dans une restaurant assez chic, et pour fêter les bougies de la madre, ce sera crevettes et langouste !














