Run In Marseille, 20 mars 2016
Départ 08h
Marseille !
42.195 km Frais et couvert
Il fallait bien en faire un un jour. 42.195 km de course à pied. Et j'insiste sur les 195 m ! J'insistais avant de les avoir fait. Et j'insiste encore plus maintenant que je sais.
Le marathon c'est un peu l'épreuve reine de la course à pied d'endurance. Bien sûr, pour les sprinteurs, c'est plutôt le 100m. Mais là, c'est pas la même.
Quand je me suis décidé à faire ce marathon, j'étais pas forcément prêt. Mais je savais que si j'attendais d'être prêt pour m'inscrire ... Je sais que depuis 2 ans, 2 ans et demi, quand on me demandait si je comptais faire un marathon un jour, je répondais (un truc comme ça)
Oui, c'est un objectif. Mais je sais pas encore quand ça sera. Peut-être 2016, ou 2017. Mais en 2017 max je pense
C'est vrai que j'avais pas vraiment de date en tête. Je privilégiais les semi et les 10 km à l'époque. Et je commençais à faire de bons temps sur ces distances. Début 2015, j'ai commencé à y penser sérieusement. J'en discutais de plus en plus avec des coureurs et des amis. Et j'avais envie de connaitre ça. Connaitre une épreuve d’endurance réelle. Une épreuve qui est éprouvante physiquement mais surtout psychologiquement. Il en faut dans sa tête pour tenir une course pendant 4h ou plus. Alors que je préparais mon semi de Run In Marseille 2015, je me suis décidé. L'année suivante, ça serait le Marathon. Faut dire que le départ des Goudes et la balade le long de la Corniche, parcourir les rues de Marseille étaient quand même très tentants pour un marseillais comme moi.
A partir de là, j'ai beaucoup attendu l'ouverture des inscriptions pour Run In Marseille 2016. Comme preuve quelques tweets.
J'ai donc la date de mon premier marathon ! https://t.co/B7HufcQG8I
— Renaud (@FadaDelOM) 15 juillet 2015
BIEN SÛR QUE JE SAIS QUOI FAIRE ! Mon premier marathon https://t.co/B7HufcQG8I
— Renaud (@FadaDelOM) 14 septembre 2015
Inscrit pour mon premier marathon ! https://t.co/smC7yELkJp
— Renaud (@FadaDelOM) 29 septembre 2015
Après l'inscription, il a fallu s'entrainer. Fin 2015, j'ai fais mon challenge 7/6, qui m'a bien épuisé physiquement. Mais mentalement, j'étais chaud bouillant. J'avais envie d'enchainer et j'ai continué sur ma lancée pour me préparer pour le marathon. Et comme préparation, 40 sorties et courses en 4 mois et demi, c'est plutôt du lourd. Malheureusement, à cause de l'emploi du temps et de la fatigue cumulé de l'année 2015, j'ai pas réussi à faire le programme que j'avais prévu. Attention, rien de très précis. Mais l'idée était de faire 2 sorties en semaines de 10/12 km et une de 20+ le weekend. Je n'ai pu faire que deux sorties fin décembre et le 1er janvier de respectivement 22 et 27 km. Si pour la première ça s'est bien passé, hormis le chrono pas satisfaisant. Le 27, qui était ma plus grosse distance à l'époque m'a tué complètement. J'étais fracassis pendant et après cet entrainement.
En plus de mon entrainement personnel, je m'occupais de celui de ma boite. Via l'asso sportive, on avait prévu de participer aux 10 km de Run In Marseille. Je me suis proposé pour organiser les sessions d'entrainements. Elles n'ont pas eu le succès que j'aurais voulu. Mais c'était quand même agréable de se retrouver à 3 ou 4 pour des sorties de 40/50 minutes. Ça m'a permis de rencontrer et découvrir de nouvelles personnes de la boite.
Par contre, avec le recul, pour ma prépa perso c'était vraiment pas le top. On courait trop doucement et pas assez longtemps. Mais c'était tellement un plaisir de partager cette passion pour la course que je m'en foutais complet.
Je me suis occupé aussi des inscriptions de tout le monde. Et ça, c'était vraiment compliqué. Déjà, c'était pendant mes horaires de boulot, mais ça faisait pas partie de mon boulot. Je devais donc faire les deux. Alors certes, ça prend quelques minutes par-ci, par-là. Mais pour inscrire une vingtaine de personnes, récupérer les certificats, pièces d’identités et chèques c'était un peu la misère. Heureusement, j'étais pas tout seul. Sinon, ça aurait été compliqué.
Le jour de la course approchait. J'étais de plus en plus impatient. C'était pas facile de pas aller courir pour se préserver. Mais il le fallait. Je commençais à avoir un peu la pression.
Est-ce que j'allais le finir ?
Est-ce que ça va pas être trop dur ?
Est-ce que je vais kiffer cette course ?
Est-ce que j'allais y arriver sans trop galérer ?
Est-ce que j'allais réussir à faire 3h30 comme prévu ?
Ou au moins, moins de 4h hein ?
Est-ce que j'allais marcher ?
Au moins une question a trouvé une réponse grâce au mental.
-- Est-ce que j'allais le finir ? -- Bien sûr que j'allais finir !!
Je savais que j'allais souffrir mentalement mais heureusement ma coach mentale était là pour m'aider.
La veille, je me suis occupé de récupérer tous les dossards des collègues. C'est moi qui avait gérer l'organisation, je comptais la faire jusqu'au bout !
23 t-shirts, 23 dossards et 23 sacs de goodies sur cette photo
C'était quand même la misère d'avoir les 23 dossiers, de récupérer les 23 dossards puis les 23 sacs de cadeaux/pubs/merdes. Heureusement les bénévoles ont été AU TOP.
Étape 1, la validation des certificats. Ce fut long de passer en revue tous les certificats. Mais avec un peu de patience on a fini. Mention spéciale à SGAS qui avait un certif pas valide et qui a dû venir tout seul le chercher.
Étape 2, pour les dossards, j'ai juste posé les convocations sur la table, ils ont tous gérés à 3 ou 4. Trop facile.
Étape 3, pour les sacs de cadeaux, ils se sont mis à deux. J'ai tué le stock. Mais on y est arrivé.
Étape 4, pour les t-shirts ce fut plus compliqués. Fallait vérifier le sexe et la taille. Et mon sac cabas que j'avais pris n'était pas assez grand. Du coup, j'ai gratté un carton pour tout foutre dedans.
Étape bonus, tout rentrer dans la voiture. Ce fut un peu la misère. Le carton était gros et lourd et j'avais une main prise par le sac. Mais au final, j'ai réussi et j'ai pu donner ça à ANIC qui m'a relayé pour la distribution des dossards le matin, vu que j'étais sur le marathon et elle sur le 10 avec les autres.
"Bienvenue au bout du monde"
Pour le marathon, le départ se trouvait au bout du monde. Et la route pour aller aux Goudes était bloqué à la circulation. C'est normal. Déjà y'a qu'une route pour y aller, juste une 2 fois 1 voie. Mais surtout la-bas y'a pas la place pour garer les voitures des 1000 participants. Et puis imagine le bordel. Si tu connais les Goudes un peu, ben tu vois ce que ça aurait pu être. Comme l'été, mais en pire ! Du coup, on a eu le droit à des navettes spécialement pour nous. Rendez-vous sur le Vieux-Port pour faire le trajet. Au départ des cars on a eu le droit à des genre de sac poubelle amélioré pour se tenir au chaud. J'ai pas eu besoin du mien, j'ai fait un peu mon cacou. Mais c'est moche leur truc en fait. Avec la merde que c'était et le peu d'espace pour les cars pour faire la manœuvre on est arrivé tout juste pour pouvoir donner nos sacs aux consignes. Obligé de se dépêcher pour finir de se préparer et donner le sac à la consigne. Ben ouai, elles devaient partir avant nous pour arriver avant nous. Sinon les camions auraient été bloqué par les coureurs.
Dans le car, j'ai géré les derniers préparatifs pour les courses des 10 km des autres. Mathieu ne pouvant venir, il était malade peuchère. J'ai donc passé le message pour que son dossard soit récupéré si possible.
Le matin de la course, un photographe payé par l'asso est venu nous photographier. Comme j'étais le seul à faire le marathon et que la course commençait 3h avant le 10 km. Il était venu rien que pour moi avant d'aller rejoindre les autres sur le départ du 10.
C'était à la fois intéressant et gênant. Je me sentais observé mais je devais aussi me concentrer pour la course. On a fait quelques photos en mode "Je pose". Mais j'étais tellement pas à l'aise .... pas mon truc.
Pendant l'attente, j'ai discuté Fivefingers avec un autre coureur intrigué.
Lui: Tu vas pas avoir mal aux pieds à la fin du marathon
Moi: J'en sais rien, c'est mon premier marathon. On verra. Mais je pense pas. Je suis habitué maintenant.
J'étais dans la vague 3h30 ! Oui, 3h30, c'est mon objectif ! J'esperais fortement y arriver. Fallait juste se caler à une allure de 5:00 min/km, soit 12 km/h tout le long !
Après, j'ai repris à me concentrer. ... On dirait je fais un truc hyper intense quand je dis ça. Mais en fait, je mets mes écouteurs, je me soulève sur la pointe des pieds pour chauffer les mollets un peu, je respire ... et j'attends le départ.
Ah, le départ de mon premier marathon, tellement d'émotions ... ou pas. C'est comme une course classique. Sauf que tu vas courir pendant 4h. Mais sinon c'est comme d'hab.
Je suis parti quasiment à mon rythme en suivant le groupe. C'était une longue course, hors de question de faire le fanfaron d'entrée et d'aller plus vite que ça.
Juste après le départ, encore tout frais
Pendant une dizaine de minutes j'ai tenu ce rythme sans soucis. Trop sans soucis justement. J'ai vite changé d'allure pour passer à 4:45 min/km. Et j'étais bien. Je suivais le rythme du peloton devant moi en fait. Je me suis volontairement laissé entrainer.
Sur cette première partie de la course, c'était tellement parfait. Faut dire que le paysage et le cadre ... MAGNIFIQUE quoi. T'es en train de courir sur la route des Goudes sans être gêné par les voitures avec la mer sur ta gauche et la colline sur ta droite. Et comme la vitesse était pas trop élevé et le sol sans trop de risque d'obstacle, tu peux regarder un peu le paysage. Bon, en fivefingers, je regarde toujours où je fous les pieds, mais j'avais aussi envie d'admirer la vue.
Photo prise à la sortie du bus, pas pendant la course. J'suis pas un touriste non plus.
Malheureusement, ça n'a duré que 2 km, même pas. Ensuite on est rentré en ville. Enfin, t'es quand même loin du centre ville. J'adore tellement courir sur des routes que j'ai l'habitude de faire en voiture. Ou en découvrir d'autres et comprendre que telle rue donne sur celle-là. C'est un peu la mise à jour de mon GPS (anciennement appelé GrosGrosPS).
En avançant, tu regardes les kilomètres défiler. Mais quand tu vois les panneaux 3, 4, 5 km ... t'es tellement loin de la fin, que même pas t'y penses en fait. J'ai vraiment profité à fond de ce début de marathon. J'étais vraiment bien. Les sensations étaient très bonnes. Le coeur allait bien, moyenne de 160 bpm sur les 5 premiers kilomètres. Ça allait. Je kiffais !
Après les Goudes, on est passé par la Pointe Rouge, autre lieu hyper connu à Marseille et tarpin fréquenté l'été.
Juste après la Pointe Rouge, on a fait un aller-retour gratuit. Tu sens que c'est pour gratter des kilomètres. Mais à la fois c'est sympa de croiser les autres coueurs. A l'aller, tu croises des coureurs plus rapide, que tu aimerais rattraper. Au retour, tu vois ceux qui ne doivent pas te rattraper ! Et puis, tu vois des coureurs avec un chapeau de la St Patrick (c'était la veille ou l'avant veille), d'autres déguisés ou avec des accessoires délires. Alors que toi, t'es en mode sérieux, équipé totalement pour la perf ! Bon, pas trop non plus, y'en a qui sont pires avec le camelbag, les gels énergétiques et leurs barres.
Bref, ensuite on est passé le long de l'esplanade Borely. Je te raconte ça comme ça, mais on a fait que 7 km là. Soit le 1/6 de la course ! Oui, je compte comme ça quand je cours. Ça m'aide à relativiser la distance. Puis je compare avec 1/6 d'un semi ou d'un 10 ... et là, je galère trop en calcul mentale, donc j'abandonne. Et j'te jure que je tente vraiment de calculer tout ça.
Moi pendant une course tentant de calculer la part de kilomètre restant par rapport aux autres distances
Ensuite, on a tracé direction le Pouce de César (ou de Marine, selon l'époque). Et la rebelote, demi-tour. Et rebelote, tu regardes les autres coureurs que tu croises. En essayant cette fois de voir l’évolution entre les deux ou de reconnaitre des coureurs.
Juste après l'aller-retour, on est quasi à 10 km ! Un petit quart de marathon. 10 km, la distance que je fais d'habitude en entrainement, en forçant ou pas selon. Là, j'étais à 48:21, soit 1:20 min d'avance sur mon objectif. C'était très rapide déjà ! Mais je me sentais vraiment bien et rien semblait pouvoir m'arrêter (ça fait phrase de film là).
On a continué vers St Anne pour tomber finalement ... DEVANT LE STADE VÉLODROME ! J'étais trop content de le voir et passer devant. Je m'y attendais pas trop. Ouai, parce que je regarde pas forcément le parcours en détail avant une course. Je sais qu'on passe plus ou moins par-là, mais c'est tout. Et puis même si j'avais su. J'aurais été content quand même.
Comme la circulation était fermée que dans un sens, on est passé à côté de voiture. Et là, un groupe de jeunes (genre 25 ans) m'a parlé pour me dire
Eux: Gagne la course hein !
Moi: Euh, compliqué ça mec
Eux: On s'en fout des blacks devant. C'est des mecs comme toi et moi.
Moi: Ils cavalent à 20 km/h quand même.
Eux: Tu peux le faire mec, on le sait. On crois en toi
Moi: Merci :)
C'est à peu près ce qu'on s'est dit. Difficile de tenir une conversation en courant et après 12 km de courses.
Et même si il se foutait clairement de ma gueule, c'était sympa cette interaction.
Quelques mètres plus loin on a tourné à gauche au rond point du Prado pour prendre l'avenue du Prado 2. Plusieurs choses à ce moment là.
On passait pas loin du départ du 10 km. Départ qui avait lieu rond point Castellane, genre un km de là environ. Du coup, on voyait déjà des gens s'échauffer et j’espérais apercevoir des têtes connus. Pas beaucoup d'espoir à cette heure-ci sachant que le rendez-vous était bien plus tard.
On a aussi été rejoint par le semi-marathon, enfin les tous derniers. Eux étaient partis à 08h15, soit 15 minutes après nous seulement et étaient à leur 7ème km à cet endroit là. Donc en 45 minutes, pour faire 7 km, faut courir doucement. Un peu plus de 9 km/h. Du coup, c'était nous qui les rattrapions C'était assez spécial de doubler des gens encore à ce niveau là de la course. Du coup, mon petit jeu c'était de deviner les coureurs du semi de ceux qui faisaient le semi ou le marathon. Pour vérifier, suffisait de voir la couleur du dossard. Enfin, plus facile à dire qu'à faire. Parce que ceux qui ont le dossard sur le ventre devant, faut se retourner carrément pour le voir. Et courir en regardant derrière c'est pas trop conseillé.
Comme la plupart des courses dans Marseille, on est entré dans le parc Borely. Tour classique que je connais quasi par coeur. Même si là, y'a encore 2 bonnes heures de courses ensuite. On arrivait à 14 bornes déjà, soit ... le quart seulement de la course ! LE QUART !!
La sac de noeuds du Parc Borely
On a fait le tour du Parc avant de sortir avenue du Prado 2. C'est là, juste devant les couilles à David qu'un gars m'a branché sur mes chaussures. On a tapé la discuté genre 1 minute ensuite j'ai remis mes écouteurs et j'ai continué ma course.
En fait, entre le km 13 et le 19, c'est le même parcours que les 10 km de la Provence. Tu te manges encore un croisement entre l'hippodrome et la place des surfeurs. Avec toujours le regard pour voir où en sont les concurrents de devant puis de derrière.
Ensuite, on a eu le droit à la Corniche ! La plus belle avenue du monde avec une vue sur la mer tellement kiffante. Et ce qui est bien à la vitesse d'un marathon, c'est que tu peux un peu plus admirer la vue. Bien sûr, y'a la montée de la Corniche qui fait un peu peur. Bon, elle m'a fait un peu mal. Mais j’étais prévenue, je savais qu'elle arrivait et je commençais à la connaitre. C'était notre 3° fois elle et moi après les deux semis des années précédentes. Je l'ai donc entamée sans pression. J'ai un peu ralenti pour éviter de me cramer en voulant faire le mec. Arrivé en haut, j'ai repris mon souffle puis je suis reparti à mon rythme.
C'est sur la Corniche qu'on a atteint les 21 km. On avait enfin fait la moitié du parcours. Mais bon, fallait encore revenir au même endroit dans une quinzaine de kilomètre. je me rappelle essayer de calculer. A la moitié du parcours (à cent mètres près), j'étais à 1h41:15 de course. Donc 4 minutes d'avance sur mon objectif. J'avais encore gagné 2 minutes par rapport au passage du 10ème kilomètre. Pas mal. Mais ça voulait aussi dire que j'allais trop vite. Mais bon, je me sentais tellement bien que je pouvais pas ralentir.
J'ai donc continué à kiffer mon allure et le paysage. J'ai profité du ravito de la Corniche pour boire un peu. Bon, j'ai bu avant, mais je me souviens plus où était les ravito pour le raconter.
Au 24 ème kilomètre on était au Pharo avant de longer le Vieux Port, côté Bonne Mère.
Là, bien sûr, y'avait plus de public et de gens pour nous encourager. Et c'est là que tu kiffes avoir ton prénom sur ton dossard pour entendre les "Aller Renaud !" de gens que tu connais absolument pas. Mais ça fait carrément du bien. Surtout quand il reste encore 17 km à parcourir. Et plus y'a de gens, plus tu cherches à reconnaitre des visages. Bon, j'en ai pas reconnu.
On a bifurqué vers la Canebière pendant que les coureurs du semi foncez faire l'arrivé devant l'Hôtel de Ville. A ce moment là, j'ai reconnu les têtes des SysAdmins du boulot SGAS et AFOU. Ils étaient tellement perdus que j'ai dû leur rappeler le lieu et l'heure du rendez-vous. Les gars, j'avais 25 km dans les jambes, et plus de 2h de course et je vous aide quoi.
Les pauvres, ils étaient comme "Confused Travolta"
Ensuite, je me suis mis à chercher encore plus les maillots rouges du boulot. En plus, plus on avançait sur la rue de Rome, plus on approchait du départ du 10 km. Et donc, plus il était probable de voir les collègues. J’espérais voir les gens que j'avais inscris, entraîné ou côtoyé pendant l'organisation de cette course.
Quand je suis arrivé sur le rond point Castellane, y'avait pleins de coureurs et spectateurs venus pour le 10 km. Le départ du 10 n'était pas avant 50 minutes quand je suis passé. Mais y'avait déjà la foule. Et malheureusement pour moi ... dégun. Dans ma tête, en passant là, j'allais être encouragé à mort par la team OHC. Et ça m'aurait tellement motivé que j'aurais fini le marathon en moins de 3h. Chose impossible, car 50 min pour faire 15 km, c'est chaud quand même. Mais dans ma tête, ça m'aurait donné des ailes et reboosté pour la fin.
Au lieu de ça, je me suis pris le mur des 30 km en pleine face quelques kilomètres plus loin. La déception plus le fait de refaire la même boucle dans Borely et refaire la Corniche. Ça m'a tué. Et quand on parle du mur des 30 km, c'est pas un mythe. Je pensais être prêt physiquement et physiologiquement pour le voir arriver et le passer sans trop de problème. Au pire, j'aurais ralenti 4/5 km avant de reprendre. Mais là non. Le mur m'a frappé en plein fouet
Pour dire, mon allure est passé de 4:46 min/km à 5:19. En vitesse (pour ceux qui on la flème de cliquer sur le lien), ça fait un passage de 12.59 à 11.29 km/h ! Un perte de plus de 30 secondes par kilomètre. Et ça, juste dans le parc Borely.
Quand on est entrée dans Borely, je pensais que ça durerait que le tour. Que c'était vraiment le fait de refaire cette boucle où tu vas dans un sens, puis dans l'autre, puis encore dans un autre. Puis tu sors du parc pour y revenir, puis faire l'aller-retour entre David et le rond point de l'Esplanade.
Le pire, c'est quand en sortant du parc, côté sud, j'ai entendu comme un gros bruit de pas derrière moi. Et pourtant j'avais la musique. Le temps de me retourner et de deviner j'ai vu le porte-drapeau pour faire le parcours en 3h30. J'avais tellement ralenti, que j'avais perdu toute mon avance sur l'objectif des 3h30. Alors que j'avais 4 minutes d'avance théorique à la moitié du parcours. 11 km plus loin, j'avais perdu cette avance ! Sur le coup, j'ai essayé de reprendre pour les suivre. Mais j'avais plus les jambes. Enfin, ma tête ne voulait plus, donc les jambes non plus.
Et là encore, j'ai ralenti. Alors que j'avais été régulier sur les 30 premiers kilomètres, je perdais tout. Pourtant la régularité c'est un de mes points forts. Mais là, impossible de tenir. Je craquais complètement physiologiquement. J'étais maintenant à 5:55 min/km, soit à peine plus de 10 km/h. J'étais vraiment pas bien. Me faire doubler par le peloton qui allait faire le temps que je m'étais fixé, ça m'avait achevé.
Le seul truc qui me restait c'était de finir la course ! J'avais perdu espoir de finir en 3h30. Mais je ne voulais pas finir en moins de 4h, il en était pas question PUTAIN DE MERDE !!
Alors que j'en pouvais plus, je me suis fait doubler par un mec ... pieds nus ! Je l'avais doublé vers 13 km. Il parlait avec un gars en fivefingers. Mais j'avais pas pu leurs faire signe. Là, j'ai pu féliciter le gars. Je lui ai demandé comment ça allait ses pieds. Il m'a répondu qu'au bout de 35 km, ça commençair à piquer un peu en dessous. Tu m'étonnes mec. T'es pieds nus sur du goudron depuis 35 bornes !!
Je me suis accroché à mon nouvel objectif comme j'ai pu pour faire l'aller-retour devant hippodrome et ensuite faire la Corniche. Mais mes mollets commençaient à avoir du mal. Plus que 36 kilomètre sur l'avant donc avec les mollets qui travaillent et font leurs jobs. Mais pendant plus que d'habitude. Beaucoup plus que d'habitude. Je craignais une grosse crampe. Mais je pouvais pas m'arrêter. Pas si près ... ou si loin, selon.
Cette fois, la montée de la Corniche, qui tout à l'heure paraissait accessible, me semblait dur.
Grosse perte de vitesse en début, puis retour en force
En réalité c'est le début de la montée qui a été dur. Plus que les jambes c'est encore la tête qui a eu du mal. Mais si on regarde la courbe, j'ai repris du poil de la bête pour la suite de la montée. Ça je le dois à une participante qui m'a encouragé à ne pas ralentir ! Et ça m'a bien aidé. J'ai pu finir la montée et continuer sur la lancée. Mais les pré-crampes étaient là. Elles ne partaient pas.
Les crampes: COUCOU ! ON EST LÀ !
Moi: Lâchez moi ! Je finirais la course.
Les crampes: ON EST TOUJOURS LÀ !
(en écrivant, je les imagine avec une voix bien grave et rocailleuse, un peu du genre le méchant dans Scary Movie quand il appelle, tu vois, ce passage, ben là même voix. Sinon, un petit lien pour t'aider https://www.youtube.com/watch?v=AFBCW6YjON0)
Bref, sur la Corniche, j'essayais d'éviter la crampe fatale tout en continuant de courir. C'était pas facile de forcer mais pas trop. D'avancer, mais pas trop vite. Mon mollet droit criait de plus en plus.
Et quand je m'attendais à avoir cette crampe au mollet droit, BAMM, c'est le gauche qui craque !! Impossible de continuer. Arrêt sur place.
J'avais mal. Vraiment mal. J'ai essayé de m'étirer le mollet sur le troitoir. Puis, j'ai continué. Même en marchant je finirai cette course !! Même en rampant si il le fallait. mais je finirai ! Je me suis revu un peu comme lors de la montée du Ventoux où sur la fin j'avais des crampes aux mollets et aux cuisses.
A quelques mètres de là, y'avait un ravito. C'était une chance dans mon malheur. J'ai marché jusqu'à là. Tout en marchant, j'ai pris un verre et je l'ai bu. Puis un second, puis un troisième. J'arrivais à la fin du ravito. J'allais continuer comme ça. Et là, le bénévol m'a dit
Allez! Courage! C'est presque fini !
Eh ben alors que je pensais vraiment finir la course en marchant je me suis remis à courir. Enfin, "courir", trottiner. Mais à ce niveau de souffrance et de galère, c'était déjà une bonne chose. J'étais même pas à 9 km/h ! Bordel, c'était la misère !
Il me restait 4 km, même pas.
C'est quoi 4 km ?! Hein, quand t'en a fait 38, 4 c'est rien bordel ! C'est 10% de la course !! C'est 20 minutes à un rythme correct de course normal. C'est à peine la distance que je faisais déjà y'a 6/7 ans alors que j'avais pas le niveau pour en faire plus ! C'est 4 petits putain de kilomètres !
J'ai eu du mal. mais on approchait du Fort St Jean, y'avait de la montée. Elle fût dure. Mais je me suis battu. Y'avait un peu plus de spectateurs. Moins que l'année derrière, mais y'en avait. Les encouragements se faisaient plus nombreux et la fin approchait. Du coup, j'ai petit à petit trouvé la force d'augmenter ma vitesse et finir par un pseudo-sprint à presque 11 km/h ! En tant normal, c'est une vitesse faible. D'ailleurs c'est moins rapide que la vitesse moyenne que j'avais prévu pour cette course qui était à 12. Mais quand t'as galéré comme j'ai pu galérer sur la fin de cette course. C'est juste énorme !
A l'arrivée, je cherchais ma sœur qui devait venir me voir finir ce marathon. Et quand je l'ai aperçu, j'ai vu ma mère aussi. Je crois que rien ne me fera jamais autant plaisir que voir ma mère à l'arrivée d'une course. Surtout une comme celle-là. C'est une vraie fierté de réaliser cet exploit devant elle !
Quand j'ai franchi la ligne d'arrivée, c'était un truc de fou. Je venais de faire 42.195 km de course à pied ! PUTAIN DE BORDEL DE MERDE SA MÈRE !!! J'y croyais presque pas. J'avais réussi !
C'était la folie dans ma tête. J'avais envie de pleurer, de crier, pas de sauter, j'avais pas les jambes. L'émotion était énorme. Une fois la ligne d'arrivée franchie, j'ai commencé à réaliser ce que j'avais fait. J'avais couru pendant presque 4h. Pendant 42.195 km ! J’avais fait un MA-RA-THON.
J'étais mort de fatigue. Mais j'avais envie de sauter de joie. Mais j'avais tellement les jambes lourdes que j'avais presque du mal à marcher. Vraiment, je titubais tellement mes jambes n'en pouvaient plus.
Je me suis jeté sur les bouteilles d'eau et sur le buffet de fin. Bananes, oranges, chocolats, fruits secs. Tout ce que j'aimais, j'ai pris, j'ai mangé. Y'avait des bonbons, à cause d'un sponsor. Pas top pour les sportifs ça, mais bon.
J'essayais de repérer ma mère et ma sœur. Mais aussi les autres coureurs de la boite. Logiquement, j'étais arrivé avant eux. Mais je voulais pas rater leurs arrivées. J'ai donc fait demi-tour pour m'approcher de la ligne d'arrivée. Les collègues ont commencé à défiler. Un gros bravo et un message de félicitation pour tous ceux que j'ai vu arriver.
On a discuté un moment après la course. Déjà pour attendre les autres, mais aussi pour donner nos impressions de nos exploits respectifs. C'était super agréable de se regrouper avec nos tshirts rouge. La directrice comm de la boite, avec qui j'avais fait quelques entraînements, est resté un moment avec nous. Le grand patron lui nous a juste fait un signe puis est parti. J'ai trouvé ça dommage qu'il ne s'arrête pas 5 petites minutes pour saluer ses employés qui avaient fait une course de 10 km avec les couleurs de sa boite. J'ai vraiment été déçu par ça.
Quelques collègues. Les autres sont partis avant le retour du photographe
Les derniers coureurs nous ont rejoints. Pendant ce temps là, ma mère et ma soeur nous ont rejoints. j'ai pu avoir ma livraison de cookie, promis par ma soeur pour mon marathon. J'ai partagé la boite avec les autres. On s'est régalé. Et heureusement il m'en est resté pas mal pour moi tout seul.
Après tout ça, je suis rentré chez moi. Bonne sieste après quelques makis et sushis.
Le chiffre de cette course, ça reste 42.195. La distance officielle de cette course. De mon premier marathon ! Je l'ai bouclé en 3h44m44s. C'est un excellent temps pour une première. Même si ça reste 15 minutes de plus que mon objectif initial. Ça fait une moyenne de 11.27 km/h, soit 5:19 min/km de moyenne. Soit 20 secondes par kilomètre de moins que prévu. Mais ça reste hallucinant quand même pour ces chiffres.
Par rapport aux autres coureurs, je fini 321 sur 994, donc juste dans le premier tiers du général. Dans ma catégorie, je fini 125 / 286, soit dans la première moitié ! Voilà, là, ça me réconcilie avec ma perf malgré la déception de ne pas avoir atteint l'objectif.
Un autre chiffre, qui parle moins, mais dont je suis très content, c'est ma cadence moyenne. 179 ppm (pas par minutes) ! Le chiffre de 180 ppm est souvent cité comme la cadence idéale. Je suis pile dessus et sur un marathon en plus !
Maintenant, quelques chiffres pour montrer la baisse de régime à partir de 30 km. Jusqu'au mur des 30, j'étais en moyenne à 4:46 min/km. Après, sur les 12 derniers, j'étais à 6:11 min/km. Soit 1m30 de plus à chaque kilomètre ! UNE MINUTE TRENTE DE PLUS !! C'est juste énorme cette perte de vitesse.
Il m'a fallu 2h25 pour faire les 30 bornes quand j'ai mis 1h20 pour les 12 derniers. A la moitié du parcours, le chrono était à 1h41 ! J'ai mis 2h pour faire ce que j'avais fait en 1h40 !
La courbe de toute la course. On voit bien la dégringolade.
Et sinon, pour ceux que ça intéresse, ma montre m'indique que j'ai brûlé 2 500 calories.
JE L'AI FAIT !! J'ai fait un marathon putain ! C'est tellement énorme comme performance. Si on m'avait dit y'a 4 ans "Tu vas faire un marathon !" J'aurais rigolé pendant 5 jours je pense.
Aujourd'hui, à peine le premier terminé que déjà j'imaginais en faire un autre dans l'année.
Sinon, l'autre performance, ça a été l'organisation de la course pour OHC et l'accompagnement de cette équipe de coureurs des 10 km ! Merci à tous ceux qui sont venus partager ça ensemble. Merci à ceux qui sont venus aux entraînements. C'était un vrai plaisir, sincèrement.