Impulsion/Répulsion
L'ignorance laisse sa trace. L'innocence trace sa laisse.
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Impulsion/Répulsion
L'ignorance laisse sa trace. L'innocence trace sa laisse.
Pour une suicidée
Lorsque tu m'a avoué que tu connaissais la manière dont tu t'enlèverais la vie si tu avais à le faire, j'ai éprouvé la plus grande des peurs ; j'ai cru que je venais tout juste de te perdre. Il y a longtemps que je n'avais pas pleuré, et pourtant, je ne peux pas t'en vouloir de m'avoir témoigné l'une des tes facette les plus sombre : je te l'ai montré moi aussi, et je t'ai moi aussi fait du mal ; toi aussi, tu as pleuré pour moi… Depuis ton aveux, ta mort me hante. Bien qu'elle ne soit rien d'autre que le fruit de tes tristes fabulations, pour moi, il s'agit d'une des choses les plus douloureuse que tu ne m'ai jamais dit, au point où j'ai l'impression de t'avoir perdu depuis ce temps. Et bien que nous plaisantions la majorité du temps, que nous vivons comme des âmes follets, je sais qu'au fond de nous deux, quelque chose s'est brisé. Cela m'attriste au plus haut point. J'éprouve l'insoutenable impression de t'avoir empoisonné avec le fiel de mon coeur malade. Je suis si désolé… j'ai produit l'irréparable et plus jamais, plus jamais nous ne pourrons nous aimer comme avant, je le sais… tes yeux me transmette ta profonde déception à mon égard. J'ai anéantie la confiance que tu m'accordais, cette profonde complicité qui traduisait nos échanges : je l'ai balayer d'un coup de lame bestiale, abrutie par des songes qui n'ont jamais existé hors de mon inconscience. Tu me l'as toi même avoué : tu désires me garder le plus loin possible de toi, mais en même temps, tu ne peux t'empêcher de me garder près de toi… Auparavant, tu désirais simplement me garder près de toi, dans une étreinte chaude, à l'abris des inconstances du temps ; mais maintenant, tu es plus distante, tu souffres comme si tu vivait un deuil que tu enfouie derrière ton mutisme, comme une politesse, comme de la pitié. Or, j'ai l'impression de te retenir contre ton gré puisque l'amour est mort avec le sang que j'ai versé. Mais le pire dans tout cela, c'est qu'il m'est impossible de me fier sur ce que mes yeux me rende lorsque ma vue se fond dans la tienne, j'ignore si je te perçois comme il se doit ou si, encore une fois, je me trompe sur ce qui te trotte dans le crâne. Mai la plus grande question demeure : pourquoi sommes-nous si méchant l'un envers l'autre ? Est-ce cela l'amour ? On dirait plutôt que nous nous détestons… Peut-être somme nous trop semblable pour s'aimer...nous avons tous deux été gravement atteint par ce que l'amour à de plus douloureux, et c'est pourquoi l'amour semble n'être rien d'autre qu'une douleur que nous ne pouvons pas nous résoudre à abandonner ; nous vivons dans les pleures, les craintes ; tout cela est malsain. Le lendemain de ton aveux, tu m'as écrit que tu désirais que l'on parle, tu m'a raconté que tu était triste, angoissé et frustré… je sais que nous allons cesser de se voir, nous ne sommes visiblement plus heureux ensemble, c'est un fait. Cela me fait un mal atroce, mais en même temps, je ne peux pas nier qu'il s'agit de la meilleur chose a faire, c'est mieux pour nous, ne nous le cachons pas.
Rideau
Je suis ici, dans le salon. Déjà, il fait noir. Je peine à distinguer ces affiches, ces croquis, ces dessins et toiles affichés sur les murs blancs ; ce blanc teint d'une touche de violet, une couleur choisie pour stimuler mon intellect. À l'inverse, je sens qu'elle m'abrutit cette peinture que j'ai enduite moi-même sur les murs de cet appartement, il y a de cela deux ans déjà. Le temps s'écoule si vite lorsque l'on est un abruti. Je suppose que la monotonie y est pour quelque chose, mais je n'en suis pas sûr, pas sûr du tout. Je sais pourtant qu'elle efface l'appréhension que l'on a du temps : que ce soit l'éternité ou un simple battement de paupière, l'oeil s'éteint pour plonger l'esprit dans un état quasi léthargique. Les vieux qui baragouinent qu'ils ont l'impression que leurs vies s'enfuient trop vite sont des abruties, tout comme moi. Mais bon, peut-on leur en vouloir ? Peut-on les réduire davantage qu'à ce que leurs corps rancis par les âges reflètent sur leur conscience du moment présent : l'instant où il est trop tard pour être vivant. Ce serait comme si un jeune ingambe lutinait l'un de ses frères estropiés en lui marchant sur le cou, non pour lui faire mal, mais pour lui signifier sa supériorité. Pourtant, il lui ferait mal en agissant de la sorte. Contre son gré peut-être ? Je l'ignore. Cela importe peu. Ce qui importe, c'est que je suis seul dans cet appartement qui s'assombrit de plus en plus alors que la lune pointe là : dans le ciel, de l'autre côté du hublot devant moi. Nous sommes deux : voilà ce qui importe. Bien qu'elle soit avec moi ce soir, je me sens terriblement seul. Encore. Encore la même chose. Je devient un vieil abruti.
Extrait du Soliste
Il s’agit d’un extrait du deuxième livre auquel je travail en ce moment :
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Je me souviens d'une journée toute particulière de mon enfance ; d'un temps qui semble aujourd'hui illusoire, inexistant. Et pourtant, je garde dans ma mémoire ces images de ma sœur, adolescente rétive, qui se querellait avec ma mère, la sainte. Bien vite, les voix s'amplifièrent, diaprées selon leurs invectives. C'est alors que ma sœur se dirigea dans la salle de bain à l'étage, s'accroupit au-dessus de l'évier, la culotte aux chevilles et hurla : «c'est ça que tu veux, vieille conne ?» Moi, j'accourus jusqu’à elle pour m'apercevoir qu'elle larguait une telle chiasse dans la bassine qu'il était impossible de croire qu'une abomination aussi grandiose pouvait émerger hors de ces aussi petites entrailles. Je voulus l'en empêcher, mais déjà elle aligna son anus vers moi et m'aspergea le visage de sa cochonnerie de diarrhée. Insulté par cette pollution, je me retournai en grognant ; ma sœur continuait de bourrer l'évier. Je me rendis dans le salon. Au-dessus de la télé se trouvait une collection de maracas. Mes Parents ont l'habitude de voyager dans les pays du sud. À chacune de leurs expéditions, ils ramènent une paire de maracas ; il doit y en avoir une cinquantaine aujourd'hui. N'empêche qu'a cet instant, je me foutais bien de la valeur sentimentale que mes géniteurs éprouvaient à l'égard de ces bouts de bois inepte. J'en saisis un, je le tenais fort, avec une poigne capable de casser une noix ; mais j'avais d'autres projets. Je la vis : chiant comme une truie qui densifie l'épaisseur de son bain brunâtre. Elle n'eut pas le temps de me voir que je lui défonçai le crâne avec le maracas. Je la frappai environ une trentaine de fois avant de me rendre compte que je frappais de la pulpe de chair auquel des mottes de cheveux adhéraient encore.
Paroli Collage # 103
Marmelade en peau de crème à rasoir qui tranche ta ratte.
Paroli Collage # 31
Répète ce que tu te répètes en répétant ce que tu répètes en te répétant ce qui se répète en répétant ce qui se répète pour répéter ce qui se répète et répète et répètes et répètes et répètes en répétant ce qui se répète pour répéter ce qui se répète quand tu répètes ce qui se répète en répétant ce qui se répète et ceux qui se répètent en répétant ce que tu te répètes en répétant ce qu’ils répètent pour répéter ce qui se répète.
Paroli Collage #91
Dans le noir, je m'alanguis, — les yeux en braise — ne fais rien : regarde les murs ; ne les vois pas, ne vois rien. Mais des formes se créent, comme un mirage qui surgit des méandres obscurs : vaporeuses et distinguées; ces volutes qui émanent de ma clope. Je suis si seul que je pourrais mourir ; pourtant : la solitude ne tue pas, mais la mort avive la solitude. Et toi, ma chère amie, comment te sens-tu ? Non… je m'en fous… ne dis rien.
UNE SIMPLE PLAISANTERIE QUI SERAIT POTENTIELLEMENT DRÔLE EN 2004.
Autoportrait (incomplet) à l’âge supposé de 109 ans, où je démontre mon incroyable musculature.
L’hilotisme engendre le chaos
C'est une dysphorie tenue : le landerneau de l'ultravide. Sans prise à la terre, les combes qui rainurent l'encéphale s'emplissent d'une matière noire : c'est le fiel des non pensants; les habitudes systématisent et rendent indolent lorsqu’elles nous surpassent : il faut les dominer, demeurer vif afin de ne pas être appesantie par un vieillissement précoce. Je crains les jours où je m’écroue dans le vide, où mes pensées s’écroulent sous l’âpreté des obligations banales; je le réalise trop tard, toujours trop tard, toujours à l’instant précis où je suis le plus aride, le plus perdu. Aujourd'hui, je tente de désincruster la gelée morose contenue dans mes synapses; il le faut, sans quoi : je me désintègre dans le néant. Je n’ai pas beaucoup de temps. Pour ce faire, je dois rester actif chaque jour; — peu importe l’exercice — je dois nourrir ma tête et recracher, au plus vite, ce qu’elle renferme. Ainsi, je serai constamment comblé, vivant.
FLEX
Au sortir de la douche, il s’étancha un brin avant de se diriger vers son salon d’exercice; — à l’intérieur de son condo — nippé d’un jupon de serviette. Là-bas, une énorme pièce l’attendait. Des miroirs, convenus pour les contemplations, étaient encastrés dans les murs. Mirant sa réflexion, il se dépouilla de son linge — il se fripa à ses pieds — et il s’infatua, comme à chaque matin, devant les supinations et pronations de son impressionnante musculature. Il serrait les dents et grognait contre les bellissimes luisances qui enrobaient son corps d’ébène irrésistible. La serviette le gênait; il la fit planer vers la barre de son bench où elle s’y étala comme un charme. Il se reprisa alors dans l’admiration de son culte. Il pivota de chaque talon, se considéra sous tous ses angles jusqu’au moment où sa pine devint violemment jackée. Ses érections étaient si brutales que, lors de sa jeunesse, son membre s’était érigé à un niveau où la peau n’arrivait plus à le suivre; la bande striée qui liait le gland au prépuce se déchira; les dommages entrainèrent la circoncision. Dès lors, son sexe décalotté en permanence ne lui occasionnait plus le moindre souci.
Il se remembra soudain de l’engagement du jour. Il se dirigea vers la chambre. Il s’accoutra d’une camisole blanche et d’un short de sport gris; il se chaussa d’une paire de pompes rouges. Ensuite, dans la cuisine, il se bâfra d’une omelette constituée de six œufs, de quatre toasts secs; il but une cruche de jus maison à base de baies et de protéine de chanvre, ainsi qu’un humble verre d’eau — n’oublions pas les rudiments.
Il retourna ensuite devant la glace, assura son prestige et sortit dehors.
Le lieu de tournage se situait non loin de son domicile. Dans la circonstance, il profita de l’occasion pour se taper un jogging; — un privilège bien inusuel depuis l’envolée de sa carrière; les petites heures matinales prévalaient sur son horaire de travail. Il redoutait néanmoins les contrecoups de son dernier contrat qui avaient abdiqué ses atouts au profit d’une exploitation des plus ridicules. La pub en question gratifiait la gamme de boisson de la marque Ghetto-Raid ©. Il interprétait le rôle d’un truand, affublé d’un costume de bouteille avec une étiquette rouge, qui combattait au sein de sa crew : Les Cerises Mallarmé; qui menait une inlassable lutte contre l’horrible bande rivale : Les Framboises bleues de Lautréamont; inutile de mentionner le coloris de leur étiquette. Lors des confrontations, on apercevait l’apollon en train de balancer un cocktail Molotov sur une bagnole. À la fin, toutes les bouteilles se trouvaient étalées sur le bitume et un beat de LL Cool Juice annonçait le slogan : «Ghetto-Raid © : une explosion de saveur.»
Cette expérience incarnait pour lui l’ultime bévue de sa carrière, et pour peu dire, sa réputation en prit un sacré coup; à un point tel que l’acteur démérita la convoitise des plus grands producteurs qui, jusqu’alors, se disputaient entre eux pour se l’approprier au sein de leurs productions. La victime de cet opprobre imputa la responsabilité de cette faute à l’ingérence de son agent. Ce dernier lui implora son pardon. Il l’acquit difficilement puisque, en surcroît des retombées néfastes dans le domaine professionnel, la séquence où son client figurait était devenue emblématique. On l’illustrait, entre autres, à la une des tabloïdes et sur d’innombrables panneaux routiers; on le reconnaissait dans la rue et on singeait ladite scène sans la moindre vergogne.
Il débanda enfin; de déception, mais quand même. Sa verge demeurait collée sur sa cuisse. Il poursuivit néanmoins son entrainement en longeant les rues chatoyantes de l’aube qui ingérait sournoisement les bribes de la nuit, routes qui l’amèneraient jusqu’à son contrat de la journée.
Il parvint finalement, au terme de sa course, à l’un des terminaux du monorail de la ville. L’équipe technique parachevait déjà les préparatifs convenus pour le filmage de la publicité. Un bonhomme pansu aborda la vedette par une poignée de main conviviale qui suivit les salutations; il s’agissait du metteur en scène, le réalisateur, le directeur en chef du projet. Il accompagna son histrion jusqu’à la voie ferrée et lui annonça ceci : «Bon, le concept de la pub c’est que malgré toutes les innovations technologiques, l’homme surpasse encore aujourd’hui les prouesses de la machine. Pour que la postérité puisse témoigner en faveur de ces paroles, il faut que les membres actuels de notre collectivité poussent leur potentiel humain jusqu’au summum de leurs aptitudes. Ce faisant, l’homme doit maintenir une santé du corps qui accroit au rythme des avancées technologiques; il doit adhérer à la franchise “IDIDASS ©” pour atteindre un tel but. Tu comprends?» Son vis-à-vis acquiesça d’un hochement de la tête. Le ventru exprima un sourire complice et poursuivit en ces mots : «Pour illustrer tout ça, tu vas devoir faire quelques pompes sur les rails qui sont devant nous. T’inquiètes, nous avons avisé les responsables des lignes de transport pour qu’aucun train ne vienne interrompre le déroulement du tournage. (Il observa, succinctement à son monologue, l’accoutrement de l’acteur) Tu portes déjà notre produit à ce que je vois. Ça te va bien le rouge! Va voir le mec au cosmétique (il désigna du doigt un type à l’allure tendance qui s’amusait avec son téléphone portable.) Il va embellir ce qui est déjà fantastique. On commence dans cinq minutes.» Le verrat s’écarta alors pour rejoindre le chef opérateur pour réviser la planification des diverses prises de vues. Le comédien se dirigea vers le maquilleur. Rendu au salon ambulant, le fantoche dévirilisé depuis l’atteinte de sa pubescence — époque où il conscentit à se casser les poignets — rempocha son téléphone et convia son modèle à prendre place sur le fauteuil devant la coiffeuse. Dès que son modèle fut assis, le grand clerc des pots de crèmes employa son pinceau à poil doux afin de lui appliquer un fard aux teintes de parité à sa carnation. Lors de cette session, ledit peintre comméra à propos de potins sans intérêts qui s’effaceront de sa mémoire lorsqu’une prochaine nouvelle, d’autant plus incroyable, paraitra sur la tribune qu’il fétichise; ce n’était qu’une question d’heure avant que cela ne se produise. Au dernier coup de pinceau, l’artiste libéra son invité; il retourna devant la voie ferrée, faute de savoir où se mettre.
Le réalisateur déclara inopinément, à l’aide de son porte-voix : «Bon, tout le monde en place.» L’adonis s’installa à plat ventre sur les rails. Des pas retentirent avant l’immobilité totale. Les caméras roulaient. Le bonhomme dit alors au plus beau de ses pions: «Montre-nous combien de pompe tu peux faire de suite.» À l'entente de ces termes, l’étalon se mit à pousser le sol avant de le ramener vers lui, plusieurs fois, en suivant les indications cadencées du directeur, qui, lui, l’encourageait avec la vivacité d’un entraineur chevronné.
Le grondement d’un véhicule lourd, semblable au grincement des locomotives sur les rails, vibrait dans l’air, l’emplissait d’une impression de mort imminente. Il interrompit ses flexions alors que la panique s’empara des membres de l’équipe technique; chacun d’eux le suppliait pour qu’il se distancie de ce qui pourrait devenir le havre de ses dernières gloires. Il demeurait pourtant là : transi sur place. Il considérait de part et d’autre la terreur qui tailladait le visage des gens alentour. Il plaqua ses paumes contre ses oreilles. La cacophonie lui donnait envie de hurler à son tour; il ne le fit pas; il continuait d’observer, l’air indifférent. Mais, le bruit cessa. L’accalmie permuta l’angoisse générale; elle céda à l’étonnement, à l’incompréhension de ce qui venait de se passer. Le metteur en scène rompit le silence en vociférant dans son cône amplifié : «Putain! C’était quoi ça, sacré bordel?» Le zig responsable de la prise de son fit un pas vers l’avant et lui répondit : «Heum… c’est moi. J’ai fait jouer le bruit d’un train dans les moniteurs. Vous savez… comme ça je vais savoir quand je devrais mettre le train lors du montage à l’image.» Le baquet le dévisagea, l’air grave, et lui répliqua : «On n’est pas sur un plateau de tournage, pauvre taré, on est dans le vrai monde; l’imprévisible monde. Le gars sur les rails risque sa vie en ce moment. Tu sais pourquoi ? Parce que dans ce monde, il y a des raclures qui se foutent de la vie des gens lorsqu’il vient le temps de faire valoir leurs propres intérêts. Qu’est-ce qui me dit que le mec en charge de la circulation du monorail a réellement suspendu le transport de ses wagons? Qu’est-ce qui me dit qu’il n’est pas un sombre imbécile, comme toi, qui se dit : (il chine un air de demeuré.) J’essaie juste de faire mon travail.» La victime de l’opprobre baissa les yeux et balbutia : «Je... je suis désolé mon... monsieur...» Inébranlable, l’autre reprit : «Moi aussi je suis désolé d’avoir un tel irresponsable dans mon équipe. Va-t’en! Ton assistant va prendre la relève.» L’homme s’éclipsa, visiblement humilié alors que son assistant, qui déployait un franc sourire depuis sa récente promotion, s’empara des commandes de la console de son. Dès lors, le travail reprit. Il y eut deux prises puis le tournage prit fin. L’équipe technique s’applaudit alors en constatant l’exploit d’avoir respecté le délai imposé par les producteurs pour le filmage de la pub. L’acteur se rendit vers le cinéaste, lui serra la main, et ils échangèrent des au revoir courtois.
Le mannequin dévala l’escalier claquant pour aboutir dans le couloir piétonnier.
Il joggait.
Le ciel arborait son astre en ignescence; il drapait la ville d’un voile radieux; il rompait la lueur monotone du néon des réverbères. Bien que l’horizon paraissait plus clair, l’homme ne semblait pas conscient de l’endroit où il se dirigeait.
Il joggait, tout simplement.
Le vrombissement du train de tout à l’heure résonnait encore dans sa tête. Il ne parvenait pas à s’expliquer pourquoi cela lui donnait envie de courir plus vite, de se dépenser, de se brûler; d’éclater.
Il courrait.
Il sentait ses vaisseaux sanguins qui pulsaient jusqu’à sa tête, lui donnant, par le fait même, l’impression de devenir plus fort, bien que les éléments qui figuraient dans son champ de vision, rétréci par la vitesse, lui paraissaient déformés, tordu, et lui inspirait des vertiges. Les immeubles serpentaient en l’air comme des nuées grises qui émanent d’un incendie; elles se volatilisaient à l’arrivée de la prochaine intersection.
Il peinait à voir devant lui. Il s’en réjouissait.
Il constata alors qu’il venait tout juste d’entrer à l’intérieur de son appartement; il s’en surprit lui-même. Le bruit du train demeurait dans sa tête. L’homme arpentait de long en large le salon. Sans arrêt. Dans tous les sens. Le plancher sourdait comme la proie qui couine au fond d’un sac; et le train revenait, fier et puissant. Tout ce bruit… L’envie de hurler appesantissait son être. Mais que pouvait-il faire? Se livrer à ses pulsions? Non… les gens sont trop suspicieux; ils croiraient à un cri de détresse, un appel à l’aide. Or, il n’en voulait pas de leur aide, valait mieux se taire.
Il se rendit dans la cuisine. Il prit un couteau à désosser. Il se rendit dans le salon.
Il enleva sa camisole. Par le reflet des miroirs, l’on pouvait mirer son torse nu. Il se mit à se taillader le bide pour expulser les cris enfouis dans ses tripes, prenant bien soin de contempler sa réflexion lors de l’acte. La première coupure l’emplit d’un soulagement teinté de honte. Il s’écoulait par terre comme l’énurétique qui se purge à la goutte. Lors de cette mutilation, il n’entendait plus rien, à l’omission des battements de son cœur; ils dodelinaient sa conscience, le projetaient dans un état hypnagogique — sans le moindre sommeil pourtant. Lors de cet instant, il eut l’impression de se volatiliser, de disparaître; mieux : de ne jamais avoir existé.
Quand il reprit le contrôle, il s’est vu, le sang étalé sur le ventre. Le bourdonnement revint également pour gâter les choses. Il voulait prendre son coupe-ongle et s’arracher le bout des seins. Il se ravisa, mais d’autres idées du genre lui traversaient l’esprit. Il voulait croquer le crâne d’un nourrisson, le vider et se servir du trou pour couler un bronze dedans. Il voulait écharner une vieille peau avant de l’échauder dans une étuve brulante. Il se refit une entaille au ventre, mais n’éprouva rien. Il voulait foutre le feu à un ramassis d’impotents vautré sur le sol comme des morues qui frétillent hors de la flotte, les branchies assoiffées.
Il voulait vomir.
Il sortit dehors; c’était la nuit. Il portait un T-shirt noir pour l’occasion.
Il courait et autour : les complexes bétonnés;
il courait au ferraillement des turbines;
il courrait les rails grinçaient des dent;
il courrait encore nulle-part; personne ;
il courrait et son ventre dégueulait du fer de grenat;
il… se trouvait dans une station de métro. Un quémandeur, au visage excorié par les radiations du soleil, croupissait de faim — la gueule ouverte pour gober les mouches — sur les tuiles entachées par sa chiasse. L’acteur l’aurait émasculé. Par la suite, il l’aurait contraint au geste du sodomite en lui incérant de force l’organe énucléé dans sa tuyauterie grumeleuse; juste pour voir le visage d’un porc qui se vire à l’envers comme s’il s’engloutissait lui-même en entier avant de se déglutir en une masse de chair informe; juste pour voir l’impossible.
Avertissement signalétique.
Mais il se dit : pourquoi détruire le monde si l’on peut se détruire soi-même.
Les rames firent résonner le carrelage, mais le comédien n’en eut pas connaissance. Il ressentit la vibration des rails sur sa poitrine. Le véhicule passa et l’affamé entendit une éclaboussure qui lui rappela le bruit d’un hamburger qui tombe par terre. Lorsqu’il guetta aux alentours, il n’aperçut rien d’autre que les passagers du métro qui gagnait le sol du terminal.
Le lendemain…
Rien.
L’Amputé : 8e Partie
Il n’y a plus rien de comestible dans mon appartement. Il est inscrit dans mon cahier que j’ai mangé des cornichons il y a cinq jours de cela. Je me nourris, depuis ce temps, exclusivement des peaux mortes qui couvrent mon scalp. J'ai du sang dans les yeux; ils me démangent. J’ignore pourquoi je ne me suis pas décidé à faire les courses lorsque j’ai réalisé la pénurie des vivres. Maintenant que j’y pense : il est trop tard pour moi. Je ne tiens plus debout, mes jambes sont trop frêles, et j’ai du mal à respirer. Les pulsations de mon coeur font craquer mes côtes. Mon nombril sort de mon ventre comme si on avait soufflé dedans. Mais je ne me sens pas plus léger; je me désagrège, je file dans l’atmosphère comme la poussière balayer par la bourrasque. J’atteins l’inexistence.
Ma Maman Mi-Morte
L’hémiplégique émet un haro de dernier recours. Plus de lexèmes à son adresse; les gens autour font fi de ses cris; ils les entendent avec un rictus qui tire la gelée de leurs faciès vers l’occiput, semblable à des sot-l’y-laisse tendus sur la chair par des attaches rentrées dans le crâne. On les croirait sur le point de se déchirer.
L'hémiplégique se lève comme il le peut ; il poursuit sa route : mi-seul, à la recherche d'un appui pour le retenir au moment de choir. Il scrute le monde, mais l'indifférence d'autrui s'accroit quand il se porte bien. On ne rit plus; on ne regarde plus.
Paroli Collage # 3
Pompe à rames si brouillard. Touches imperméables ment ta colline. Rouflaquettes à mulet sécateur. Grisons ta gabarit pouliche en ton embolus m’a rit bon cale. Carat coulisse quand front en trame tes gribouilles de fraise en toque.
Samedi
Je me suis fracassé la tête contre le mur pour le faire réagir. Une fois, deux fois, trois fois. Le mur a craqué, j’imagine qu’il s’agissait du mur. Mon homme s’est levé de son fauteuil en hurlant un : qu’est-ce que tu fais, espèce de folle ! Je lui ai crié quelque chose, je ne me souviens plus ce que c’était. Il s’est approché et j’ai saisi un couteau de cuisine couvert de taches blanches, de la bave de pomme de terre séchée; il était sur le comptoir près de l’évier. Je m’en servis pour menacer mon mec de reculer, sans quoi : je me tailladerai les poignets. Il me supplia doucement avec les mêmes mots sans effets. Il me répétait : «Calme-toi, ne fais pas ça. Calme-toi, ne fais pas ça. Calme-toi, ne fais pas ça.» Tout en s’approchant sournoisement de moi. J’approchai alors la lame de ma veine. Il me cria dessus comme s’il essayait de m’extirper hors d’un cauchemar. Je ne dormais pas, mais je rêvais depuis des lustres sur cet instant où je fermerais les yeux et que mes paupières seraient sillées. Je me suis effondrée sur le sol. Il m’enleva le couteau des mains et me prit dans ses bras.
Mercredi
En rentrant à la maison, je me suis déchaussé et me suis rendu au salon. Mon gars en bobettes se tirait des plombs en regardant un documentaire sur les motards. Lorsqu’il m’a vu, il m’a dit : «Tu fais jamais rien.» À côté de lui : une pizza mouillée — encore sur la plaque — et tout près de cette dernière, il y avait le chat qui pourléchait ses lèvres orange. Il frappa le chat qui se percuta contre le mur — ses lèvres rouges. Je lui dis : «Il faut que je travaille sur quelque chose d’important. Ne me dérange pas pendant ce temps.» Il me toisa et me répliqua un : «Mange-moi l’cul, crisse d’incompétente.» Avant de rediriger sa vue sur les barbues en cuirs. J’entrai alors dans la chambre pour me mettre à écrire.
Mardi
J’ai assisté à une collision frontale entre un camion et une berline. Je dois dire que la sélection naturelle ne m’a probablement jamais autant fait rire. Je suis resté un instant sur place, histoire de bien me marrer avant de me rendre chez moi. Rendu là-bas, je me suis cuit un steak. Je l’ai mangé avec une envie de vomir dans la bouche.