I. La représentation physique des héroïnes
Nous verrons dans cette partie que la représentation physique des héroïnes est différente en tous points de celle donnée par Walt Disney. La beauté des femmes dans le studio Ghibli est tout d’abord très diversifiée ; de plus, une héroïne dans Ghibli n’est pas forcément « jolie » et en tout cas, elle ne correspond pas à l’idée que la société se fait de la beauté.
A. Une beauté diversifiée
Les héroïnes du Studio Ghibli ne se ressemblent pas ; certaines similitudes peuvent être établies, comme la silhouette des femmes qui est fine et svelte. C’est le cas de Nausicaä :
ou encore de la princesse Mononoké, San :
Cependant, ces femmes ne sont jamais hyper-sexualisées et ne sont pas représentées comme de simples et beaux objets que les hommes doivent regarder. Leurs poitrines sont rarement apparentes et, en tout cas, ne sont jamais mises en valeur.
Cependant, elles n’ont pas toutes cette silhouette. Chihiro est ainsi une jeune fille très maigrichonne :
Mei une enfant légèrement potelée, comme toutes les petites filles de son âge :
Et Sophie, lorsqu’elle est sous sa forme de grand-mère, est une vieille dame rondelette :
De plus, un détail qui peut paraître anodin à première vue marque une grande différence entre la représentation des héroïnes de Disney et celle du studio Ghibli : leurs cheveux. En effet, chez Disney, ceux-ci sont très importants puisqu'ils sont une marque de sensualité. On peut penser, par exemple, aux beaux cheveux rouges d'Ariel et à la chevelure étonnamment longue de Raiponce. Au contraire, les héroïnes japonaises leur accordent moins d'importance. Ils ne sont pas le signe d'une sensualité particulière et ne se ressemblent jamais. Miyazaki représente ainsi les cheveux de ses héroïnes avec beaucoup de diversité : ceux de San sont mi-longs et coupés au carré ;
Ceux de Sheeta sont longs, bruns foncé et noués grâce à deux tresses ;
Ceux de Satsuki sont très courts et brun ;
Ceux de Sophie sont parfois gris ;
Ceux de Chihiro sont attachés en queue de cheval ;
Ceux de Nausicaä sont roux.
La beauté de ses femmes est aussi diversifiée grâce à l’âge des héroïnes ; en effet, Miyazaki a représenté des femmes de chaque tranche d’âge. Cela permet de montrer que la beauté n’est pas universelle et évite de tombe dans des stéréotypes de beauté parfaite et identique. Le personnage de Sophie est un très bon exemple de cette représentation diverse ; au début du film, elle est une jeune femme qui a peut-être la majorité.
Plus tard, elle rencontre la sorcière des Landes et celle-ci lui lance un sortilège : elle la transforme en une vieille femme de 70 ans.
L’apparence de Sophie change encore pendant le dessin-animé, elle vieillit ou rajeunit selon ses humeurs, ses espoirs et ses craintes. Ainsi, lorsqu’elle éprouve quelque chose de fort, comme son sentiment amoureux et passionnel envers le sorcier Hauru, son visage rajeunit, sa silhouette reprend son ancienne forme mais ses cheveux restent gris.
Miyazaki a également représenté des petites filles d’environ 5 ans, comme Mei et Ponyo, mi-fillette mi-poisson :
Satsuki, Sheeta, Kiki et Chihiro ont, elles, entre 9 et 12 ans.
Nausicaä et la princesse Mononoke sont des jeunes femmes plus âgées.
B. La beauté, c’est juste pour faire joli
Un autre aspect très intéressant est développé dans le cinéma de Miyazaki : ses héroïnes ne sont pas forcément « jolies », ou, en tout cas, elles ne correspondent pas à la beauté idéale que la société a en tête. Alors qu’en regardant une princesse Disney, un spectateur se dit qu’elle est incroyablement belle, cette même personne qui regarde cette fois un long-métrage Ghibli dira que l’héroïne est « mignonne ». En tout cas, ce n’est pas la beauté qui est mise en avant et qui définit la femme mais c’est son caractère. Les femmes dans Ghibli pourraient être n’importe qui. Elles sont parfois ce qu’on pourrait qualifier de « jolie » mais elles ne sont jamais parfaites comme certaines princesses Disney ; n’importe quelle petite fille et n’importe quelle femme peut ainsi s’identifier à une héroïne du studio japonais. Leur beauté est toujours très naturelle.
Ainsi, une héroïne du studio Ghibli n’est pas automatiquement qualifiée de “jolie”. Dans Le château ambulant, Sophie se trouve laide et le dit à plusieurs reprises. Ses sourcils sont plutôt épais, c’est une jeune fille banale qui n’est pas d’une beauté transcendante, mais elle n'est pas laide pour autant.
De plus, une critique sur la quête de la beauté et sur la superficialité est effectuée à travers le personnage d’Hauru. En effet, c’est un jeune homme très beau ; grand et svelte, ses cheveux sont tantôt blonds, tantôt noirs, longs et toujours brillants, et ses yeux bleus pétillent. Il accorde une attention très particulière à son apparence.
Ainsi, lorsqu’après son bain et son shampooing, il se rend compte que ses cheveux sont devenus roux à cause de Sophie qui a nettoyé ses fioles et les a sûrement mélangées… Il entre dans une hystérie impressionnante.
Il crie, se tire les cheveux, entre dans une colère noire, puis s’affale sur une chaise, abattu, il fond en larmes en s’exclamant désespérément : « A quoi ça sert de vivre, si on a perdu sa beauté ? ».
Sophie trouve sa réaction absurde, exagérée et blessante et lui rétorque « J’ai jamais été belle moi, jamais, et pourtant j’en fais pas une maladie ! » avant de partir pleurer à l’extérieur du château pour revenir quelques minutes plus tard. Hauru, qui ne s’en remet toujours pas, se transforme : sa peau dégouline et il est entouré d’une pâte verdâtre.
Il invoque également les esprits des ténèbres ; nous apprenons par Marko, l’apprenti d’Hauru, qu’il ne l’avait vu qu’une seule fois dans cet état : lorsqu’une femme l’avait quitté ! Ainsi, une déception amoureuse est mise au même niveau qu’une couleur de cheveux qui l’enlaidit à ses yeux. C’est Sophie qui va lui montrer que la beauté intérieure compte plus que l’apparence et que « des cheveux, ça se teint comme on veut ». La quête de la beauté est donc clairement critiquée et est présentée comme un artifice inutile et non pas comme une qualité.
De plus, dans Ghibli, la beauté est présentée comme subjective : même si les héroïnes se trouvent laides, elles comprennent que tout le monde ne le pense pas et que quelqu'un la trouvera forcément belle, si c'est la bonne personne. Alors que dans Disney, on peut comprendre que le message véhiculé aux petites filles est “si tu es belle, ton prince viendra”, Miyazaki a décidé de leur faire passer un tout autre message. Prenons encore l'exemple de Sophie, dans Le château ambulant : c'est une jeune fille comme les autres, elle a très peu confiance en elle et se trouve laide. Pendant la plupart du dessin-animé, elle est sous la forme d'une vielle femme et pourtant, Hauru est amoureux d'elle et la trouve magnifique, qu'elle soit brune ou qu'elle ait les cheveux gris, qu'elle soit jeune ou vieille.
Dans cette scène, Sophie disait à Hauru qu'elle n'était pas jolie ; c'est alors qu'il lui répond : “Qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr que tu es jolie !”
“Sophie, tes cheveux étincellent comme milles étoiles dans le ciel. Tu es magnifique.”
Ainsi, le message délivré aux petites filles qui regardent ce dessin-animé est “celui qui tombera amoureux de toi te trouvera jolie même si tu te penses le contraire. Ce n'est pas ton apparence qui compte mais ta personnalité et tes valeurs. Celui qui t'aimera tombera amoureuse pour ce que tu es et non pour ce que tu parait être."
Un message qui devrait être relayé par plus de dessins-animés… Comme nous le prouve cette vidéo qui nous a profondément choqué et attristé ; nous pouvons en effet y voir 8 petites filles qui ont un choix à faire. On les voit alors répondre à la question "Préférez-vous être belle ou gentille ?” et elles répondent toutes, influencées par la place importante qu'occupe la beauté dans notre société, tant dans la vie réelle que dans beaucoup de dessins-animés, qu'elles choisissent la beauté.
















