Justice gabonaise : pas de liberté provisoire pour Bilié By Nzé
15 mai 2026. Libreville. La chambre d'accusation maintient le principal rival du président Oligui Nguema derrière les barreaux. Pour une dette de 2008, Alain Claude Bilié By Nzé, ancien Premier ministre, reste en prison. Analyse | Par la rédaction | Format long | 15 mai 2026 L'homme qu'on veut taire Voici les faits. Et, les faits sont accablants. Le 15 avril 2026, à 18 heures, des hommes encagoulés se présentent devant le domicile d'Alain-Claude Bilie By Nzé, ancien Premier ministre du Gabon et principal opposant au régime de Brice Clotaire Oligui Nguema. Pas de convocation préalable. Pas de mandat présenté. Des hommes cagoulés qui embarquent de force un ancien chef du gouvernement et le conduisent à la Direction générale des recherches. C'est là, et seulement là, qu'on lui notifie qu'une plainte a été déposée contre lui. Pour escroquerie. Pour cinq millions de francs CFA. Sept mille six cents euros. La question que chacun se pose à Libreville est simple. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce dossier vieux de 18 ans ressort-il huit jours après le dépôt d'une plainte, sans que la justice ait jugé utile de convoquer l'intéressé avant de l'arrêter ? Et pourquoi cet homme en particulier, à ce moment précis ? La réponse se trouve dans son agenda politique. Dans les semaines précédant son arrestation, Bilie By Nzé avait élevé la voix contre la suspension des réseaux sociaux décrétée le 17 février 2026 par le gouvernement de transition. Il avait dénoncé l'adoption par ordonnance, sans débat ni vote parlementaire, d'une réforme du code de la nationalité. Il avait maintenu une pression critique constante, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays sur l'exercice du pouvoir par Oligui Nguema. Il était arrivé deuxième à l'élection présidentielle d'avril 2025. Ce sont ces faits-là, et non une créance de 2008, qui constituent le vrai fond de ce dossier. Ils ont aussi arrêté l'État de droit Mais, il y a pire encore. Et les médias officiels gabonais n'en parlent pas. Depuis l'incarcération de Bilie By Nzé le 16 avril 2026, la procédure judiciaire censée légitimer sa détention a trébuché sur ses propres règles. Les avocats de la défense, Mes Gisèle Eyue Bekale, Jean-Paul Moubembe, Sarah Ognyane et Karelle Obame, avaient introduit des recours formels contre le mandat de dépôt et contre le rejet de la demande de mise en liberté provisoire. Ces recours devaient être examinés le 8 mai 2026. Ils ne l'ont pas été. La raison est spectaculaire : le parquet n'avait pas accompli la notification des mémoires à la partie civile, formalité élémentaire sans laquelle aucune audience contradictoire n'est possible. Ce n'est pas la défense qui a commis l'erreur. C'est le ministère public lui-même. Le dossier a été renvoyé au 12 mai. EPG, le parti de Bilie By Nzé, l'a dit sans détour dans son communiqué : "Cette formalité n'a toujours pas été accomplie par Monsieur le Procureur général." Le 12 mai, nouveau report. Le 15 mai, décision : maintien en détention. Trois renvois. Une formalité bâclée par le parquet. Une liberté maintenue suspendue. Me Sarah Ognyane avait qualifié la procédure de "disproportionnée" dès le 17 avril. Me Moubembe était sorti du tribunal le 16 avril en disant qu'il était "dégoûté". Ces mots ne sont pas des excès de langage. Ce sont des signaux d'alarme lancés par des professionnels du droit face à une procédure qui ne respecte pas ses propres règles. Ce que les chiffres révèlent Maintenant, posons les chiffres sur la table. Car les chiffres ne mentent pas. Cinq millions de francs CFA : telle est la somme en jeu, soit environ 7 600 euros au taux de change actuel. Une créance qui remonte à 2008, soit dix-huit ans avant les poursuites. Née dans un contexte où Bilié By Nzé présidait le comité d’organisation de la Fête nationale des cultures, alors que les fonds de l’État n’avaient pas encore été débloqués et que plusieurs militants avaient dû cotiser collectivement pour sauver l’événement, cette affaire n’était pas personnelle, mais menée au nom de l’État. Bilié By Nzé lui-même avait d’ailleurs versé trois millions de francs CFA de sa poche. Au moment des faits, la plaignante, Baba Ramatou, était, tout comme Alain Claude Bilié By Nzé, membre du Rassemblement national des bûcherons (RNB), le parti de Paul Mba Abessole. C’est donc pour cette affaire ubuesque, avec des ficelles trop grosses, que le principal adversaire politique d’un général devenu président est incarcéré depuis trente jours à la maison d’arrêt de Libreville, dite "Sans-Famille". Sans procès. Sans condamnation. En détention provisoire, dans l’attente d’une instruction dont le calendrier demeure inconnu. Comparez avec ce qui se passe à l'échelle du continent. Au Cameroun, Maurice Kamto avait passé neuf mois en prison après avoir contesté les résultats de la présidentielle de 2018. Il avait été libéré sous pression internationale. Au Sénégal, Ousmane Sonko avait accumulé les procédures jusqu'à sa victoire présidentielle de 2024. Dans les deux cas, la justice avait été utilisée comme outil de neutralisation politique. Dans les deux cas, l'histoire avait tranché. Le Gabon est en train d'écrire le sien. La question qu'Oligui Nguema refuse de poser Voici donc ce que personne au sommet du pouvoir gabonais ne veut entendre. Un gouvernement post-transition qui emprisonne son principal opposant pour une dette de 7 600 euros, sans mandat présenté lors de l'arrestation, dans une procédure truffée de faux pas imputables au parquet, envoie un message clair à l'ensemble du pays. Ce message n'est pas celui de l'État de droit. C'est celui de la neutralisation politique déguisée en procédure judiciaire. La Coalition pour la Nouvelle République l'a nommé directement : "kidnapping politique". EPG parle de "manœuvre grave", visant à "faire taire une voix critique majeure et instaurer un climat d'intimidation incompatible avec les exigences démocratiques". Ces formules ne viennent pas de militants de rue. Elles viennent de partis politiques structurés, avec des juristes et des élus, qui ont lu les actes de procédure et tiré leurs conclusions. La chambre d'accusation avait une opportunité ce 15 mai 2026 de démontrer que la justice gabonaise peut résister à la pression politique. Et ce, même quand le prévenu s'appelle Alain Claude Bilie By Nzé. Elle ne l'a pas saisie. Elle a maintenu la détention. Elle a ajouté un chapitre de plus à une séquence qui ressemble, de l'extérieur, à ce que les observateurs africains des droits civiques reconnaissent sans peine : la justice comme instrument, non comme institution. Une justice aux ordres "Un pays n'est pas gouverné par ceux qui font les lois, mais par ceux qui les appliquent." Cette sentence attribuée à Napoléon Bonaparte résume, avec une précision désagréable, la situation gabonaise de mai 2026. Les lois, au Gabon, prescrivent que la liberté est la règle et la détention l'exception. Les textes existent. La jurisprudence est claire. Le principe du contradictoire est inscrit dans le droit gabonais. Rien de tout cela n'a fonctionné correctement dans ce dossier. De la justice politique dans toute sa splendeur. Bilie By Nzé n'est pas encore jugé. Il n'est pas condamné. Il est présumé innocent au regard du droit gabonais et du droit international. Trente jours de détention provisoire, dans une procédure marquée par trois renvois et des manquements du parquet, pour une créance de 2008, constituent un ensemble de faits qui exigent une réponse publique, transparente et documentée de la part de l'appareil judiciaire gabonais. Si cette réponse n'arrive pas, ce n'est pas seulement la liberté d'un homme qui est en cause. À travers le sort réservé à l'ancien Premier ministre gabonais, Alain Claude Bilié By Nzé, c'est tout un système judiciaire, avec ses carences et les défiances qu'il suscite, qui est interrogé. C'est la crédibilité de la post-transition tout entière qui est en jeu. Sur ce point, les partenaires internationaux du Gabon, en premier lieu la France sous la présidence d'Emmanuel Macron, ne peuvent détourner le regard indéfiniment ; cela vaut aussi pour les institutions panafricaines. Les Gabonais eux-mêmes ont tout intérêt à suivre cette affaire de près. DB News, votre source d'information fiable sur l'actualité africaine et du monde. DB News Sources : - France 24, "Gabon : l'opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze placé sous mandat de dépôt", 17 avril 2026 (france24.com) - Gabonreview, "Bilie-By-Nze écroué : l'ancien Premier ministre dormira en prison", 16 avril 2026 (gabonreview.com) - Gabonactu, "Affaire Bilie-By-Nze : la CNR dénonce un kidnapping politique", 25 avril 2026 (gabonactu.com) - Le Confidentiel du Gabon, "Affaire Bilie-By-Nze : il a le moral haut car il sait qu'il n'a rien fait", 24 avril 2026 (leconfidentiel.ga) - Gabonreview, "Affaire Bilie-By-Nze : EPG dénonce un report préoccupant des recours judiciaires", 9 mai 2026 (gabonreview.com) - Info241, "La chambre d'accusation décale l'examen de sa remise en liberté provisoire", 8 mai 2026 (info241.com) - Gabonactu, "La chambre d'accusation met sa décision en délibéré au 15 mai", 12 mai 2026 (gabonactu.com) - Le Confidentiel du Gabon, "La chambre d'accusation maintient Alain-Claude Bilie-By-Nze en détention", 15 mai 2026 (leconfidentiel.ga) © DB News 2026 — Tous droits réservés Read the full article













