à la manière d'Edward Hopper
Un phare de bouquins surplombe mon chevet :
Théâtre, poésies, Césaire, Spinoza...
Faiblesse du lecteur qui par respect n'osa
Ranger sur l'étagère un livre inachevé.
Plus de notion du temps — je crois que c'était Pâques.
Il faisait déjà jour quand je me suis couché.
Au piano, je jouais une fugue de Bach
Et mes oisives mains avaient un beau toucher.
Fermant le clapet comme on abaisse une voile,
Je levai l'ancre et je mis le cap sur mon être :
Odyssée insonore aux sirènes sans voix.
Le croiriez-vous ? j'avais un hublot pour fenêtre !
Démarrage esseulé sans gabier ni pilote :
Pas de marins à bord de mon “Introspection”
(Car j'ai peint ce nom sur le tribord de ce yacht
Pour n'être pas abordé dans mon excursion).
Comment lire la page uniformément noire
Que l'ombre de mon livre imprime sans papier ?
La presse du soleil a tiré ma mémoire
Au plancher sans reliure où raturent mes pieds.
Mon spleen s'est asséché sous les coups du soleil :
Volet ouvert, je lis sans quitter ma maison
Où la cuite des mots m'étourdit sans sommeil.
Un vin de liberté ravive ma raison.
Car il faut vivre encore, et je ne suis pas las
(Malgré les insomnies et mes nuits révolues)
De l'Autre, ni de l'art, ni des instants salaces :
La chair est si joyeuse, et je n'ai pas tout lu.