Je vous confierai que je suis attristée par son départ. Oscarine et Euphrasie faisaient d’excellentes compagnes de jeu pour Prosper, qui affectionnait particulièrement ses cousines. Parmi les résidents permanents d’Hylewood, elles étaient les seules enfants de son âge puisque son cousin Franciscus, le fils de Marie, a onze ans… Il reste bien les touristes quand vient la saison, mais ce n’est pas la même chose.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
I’ll admit I’m saddened by his departure. Oscarine and Euphrasie were wonderful playmates for Prosper, who was very fond of his cousins. Among Hylewood’s permanent residents, they were the only children his age, since his cousin Franciscus - Marie’s son - is eleven… There are, of course, the tourists when the season comes, but it’s not the same thing.
🇫🇷 [Transcription]
Adèle Rumédier : Vois les choses de cette façon, mignonne. Quelles sont les perspectives d’avenir pour vous deux ? Vous ne pourrez pas vous marier. Comment expliquerais-tu tes disparitions d’une nuit tous les mois ? Plus tu attends, plus vous allez en souffrir tous les deux.
Stéphanie Rumédier : Ugh ! C’est bon, j’ai compris, arrêtez !
Stéphanie Rumédier : Je vais rompre avec lui, puisque c’est ce que vous voulez tous. Vous êtes contents ?
Georges Rumédier : Je suis plutôt satisfait par ce dénouement, oui.
Clémence Rumédier : Georges !
Lucrèce Rumédier : Fais les choix qui te semblent les meilleurs pour toi, ma chérie. Pas pour nous.
🇬🇧 [Transcript]
Adèle Rumédier: Look at it this way, sweetheart. What kind of future could the two of you have? You’ll never be able to marry - how would you explain disappearing one night every month? The longer you wait, the more you’ll both suffer.
Stéphanie Rumédier: Ugh! All right, I get it, stop it!
Stéphanie Rumédier: I’ll break up with him, since that’s what you all want. Happy now?
Georges Rumédier: I’d say I’m rather satisfied with that outcome, yes.
Clémence Rumédier: Georges!
Lucrèce Rumédier: Make the choices that feel right for you, darling. Not for us.
Lorsque ma tante a approché la quarantaine, elle a traversé un épisode de spleen. Veuve, avec un fils en pension, elle s’est retrouvée seule chez elle et désœuvrée. Je vais lui donner le même conseil que celui que je lui ai donné à l’époque : lancez-vous dans une activité manuelle, quelque chose qui tienne vos mains et votre esprit occupé. Tante Ada a appris l’arrangement floral et cela l’a transformée. Elle fait aujourd'hui les compositions les plus raffinées. Je vous avais écrit qu’il y a quelques années, en 1944, le gouverneur Langlie a séjourné sur l’île. Ma tante en personne composait les bouquets pour ses réceptions, c’est dire.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
When my aunt reached her forties, she went through a rather difficult spell - a sort of melancholy. A widow, with her son away at boarding school, she suddenly found herself alone at home and quite without purpose. I shall give you the same advice I gave her then: take up a craft, something to keep your hands and mind occupied. Aunt Ada took up flower arrangement, and it transformed her entirely. She now creates the most exquisite compositions. I believe I mentioned that a few years ago - in 1944 - Governor Langlie stayed on the island. It was my aunt herself who arranged the bouquets for his receptions, which says quite a lot, doesn’t it?
🇫🇷 [Transcription]
Frédéric Rumédier : Alors nous trouverons une autre solution.
Delphine Rumédier : Il n’y a pas d’autre solution.
Frédéric Rumédier : Nous partirons ailleurs au Canada.
Delphine Rumédier : Tu disais toi-même l’autre jour qu’il devient de plus en plus difficile de justifier notre existence à l’administration. Nous aurons le même problème ailleurs.
Frédéric Rumédier : Nous hypnotiserons…
Delphine Rumédier : Non, Frédéric. Pense à cette jeune femme qui a à peine trente ans, et qui souffre déjà d’une maladie qui ne touche normalement que les personnes âgées…
Frédéric Rumédier : Alors les autres partiront, et je resterai avec toi.
Delphine Rumédier : Sortons. La nuit est belle.
🇬🇧 [Transcript]
Frédéric Rumédier: Then we’ll find another way.
Delphine Rumédier: There is no other way.
Frédéric Rumédier: We’ll move somewhere else in Canada.
Delphine Rumédier: You said yourself the other day that it’s becoming harder and harder to justify our existence to the authorities. We’d face the same problem anywhere else.
Frédéric Rumédier: We’ll use hypnosis-
Delphine Rumédier: No, Frédéric. Think of that young woman who's barely thirty and who's already suffering from a disease that should only strike the elderly…
Frédéric Rumédier: Then the others will go, and I’ll stay with you.
Delphine Rumédier: Let’s go outside. The night is beautiful.
Je partage vos sentiments de solitude concernant mon propre frère. Le mien s’est empressé de revendre l’usine de Papa pour acheter une mine de tungsten dans les Territoires du Nord-Ouest. Il vient de partir s’installer à Whitehorse avec sa femme et ses filles. À son âge, Maman n’allait pas rester seule dans sa grande maison… Elle vit désormais avec nous.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
I share your feelings of loneliness concerning my own brother. Mine wasted no time selling Papa’s factory to buy a tungsten mine in the Northwest Territories. He’s just moved to Whitehorse with his wife and daughters. At her age, Mama couldn’t be left alone in her big house… She’s living with us now.
🇫🇷 [Transcription]
Georges Rumédier : Je me moque de ta vie sentimentale comme d’un guigne, Stéphanie. Mais là, c’est un problème qui concerne tout le monde. Enfin, dites-le lui ! C’est comme si Sherlock Holmes fréquentait Moriarty.
Stéphanie Rumédier : C’est moi que tu traites de Moriarty ?!
Stéphanie Rumédier : Tu aurais pu dire… Je sais pas moi, Irène Adler !
Adèle Rumédier : Qu’est-ce que c’est, Chairlocolmse et Moriharty ?
Delphine Rumédier : Ce sont deux ennemis d’une série de romans policiers de la fin du siècle dernier.
Lucrèce Rumédier : Il est vrai que les frères Le Bris ont tendance à être des fouineurs. Lucien venait déjà rôder ici quand il était petit.
Adèle Rumédier : C’est souvent le cas chez Le Bris. Leur grand-père aussi était très curieux…
Stéphanie Rumédier : On s’en fiche, non ? Si certains commencent à poser des questions, vous hypnotiserez, comme on a toujours fait.
Lucrèce Rumédier : Les choses sont plus compliquées que cela…
Frédéric Rumédier : Nous ne pouvons pas prendre ce risque en ce moment. L’hypnose à ses limites et nous commençons à les atteindre… Lucrèce, Clémence, combien de temps depuis que vous l’avez utilisée sur les Le Bris ?
Clémence Rumédier : Au moins trois ans…
Georges Rumédier : Vu la fréquence à laquelle vous lisiez leurs lettres, il fallait s’y attendre…
Lucrèce Rumédier : Certains habitants de l’île ont vu leur mémoire revenir, et les faux souvenirs ne restent pas solidement implantés.
Frédéric Rumédier : Agathon est allé interroger Ada Rumédier sur son voyage en France l’autre jour… Elle n’avait plus la moindre idée de ce dont il parlait.
Lucrèce Rumédier : Je t’assure que j’avais fait le nécessaire en partant et en revenant, Frédéric.
Frédéric Rumédier : Je le sais bien. Mais cela ne tient pas sur le long terme. En un siècle, j’ai eu le temps de le remarquer… C’était une prise de risque, et nous en payons les répercussions aujourd’hui. Je rejoins l’avis de Georges. Ce n’est clairement pas le moment d’attirer l’attention.
🇬🇧 [Transcript]
Georges Rumédier: I couldn’t care less about your love life, Stéphanie. But this is a problem that concerns everyone. Come on guys, tell her! It’s as if Sherlock Holmes were dating Moriarty.
Stéphanie Rumédier: Are you calling me Moriarty?!
Stéphanie Rumédier: You could’ve said… I don’t know, Irene Adler!
Adèle Rumédier: What’s that - Shairlocke and Moreehartee?
Delphine Rumédier: They’re two enemies from a series of detective novels from the end of the last century.
Lucrèce Rumédier: It’s true that the Le Bris brothers have a habit of snooping around. Lucien used to wander over here even as a child.
Adèle Rumédier: That’s often the case with the Le Bris family. Their grandfather was very curious too…
Stéphanie Rumédier: Who cares, really? If some people start asking questions, you’ll just hypnotize them, like we always have.
Lucrèce Rumédier: Things are more complicated than that…
Frédéric Rumédier: We can’t take that risk right now. Hypnosis has its limits, and we’re starting to reach them… Lucrèce, Clémence, how long has it been since you used it on the Le Bris family?
Clémence Rumédier: At least three years…
Georges Rumédier: Considering how often you read their letters, that was to be expected…
Lucrèce Rumédier: Some of the island’s residents have begun to recover their memories, and the false ones aren’t holding firmly anymore.
Frédéric Rumédier: Agathon went to question Ada Rumédier about her trip to France the other day… She had no idea what he was talking about.
Lucrèce Rumédier: I assure you I did what was necessary before leaving and upon my return, Frédéric.
Frédéric Rumédier: I know that. But it doesn’t last in the long term. In the last century, I’ve had plenty of time to notice… It was a gamble, and we’re paying the consequences now. I agree with Georges - this is clearly not the time to draw attention.
Vous intéressez-vous à l’art ? J’adore l’art, sous toutes ses formes, mais j’affectionne particulièrement ce qui est moderne. J’achète Canadian Art très régulièrement pour me tenir au courant. L’année dernière, j’ai amené - ou plutôt trainé - Roseline à une exposition à Toronto consacrée à Jackson Pollock. Pour nos dix ans de mariage, Lucien m’a emmenée à Ottawa voir danser Marta Graham. Il ne s'intéresse pas spécialement à la danse mais il sait que j'aime cela, alors il fait l'effort. Quand je pense au fait que vous avez vécu près de Paris l’essentiel de votre vie, je vous jalouse.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
Are you interested in art? I love art in all its forms, though I have a particular fondness for the modern. I buy Canadian Art quite regularly to keep myself informed. Last year, I took Roseline to an exhibition in Toronto devoted to Jackson Pollock. For our tenth wedding anniversary, Lucien took me to Ottawa to see Martha Graham dance. When I think of the fact that you have spent most of your life near Paris, I cannot help but feel a little envious.
🇫🇷 [Transcription]
Stéphanie Rumédier : Dites…
Stéphanie Rumédier : Et si… on transformait Agathon ?
Georges Rumédier : Tu as complètement perdu la tête.
Stéphanie Rumédier : Agathon est intelligent, il saurait nous défendre si nous étions menacés. On pourrait rester…
Frédéric Rumédier : Ma petite Stéphanie…
Stéphanie Rumédier : Frédéric, s’il-te-plaît…
Frédéric Rumédier : Je n’étais qu’un enfant quand j’ai transformé Adèle. À l’époque j’étais seul. Maintenant, nous sommes huit. Nous ne pouvons pas risquer de transformation supplémentaire.
Adèle Rumédier : Un jeune vampire est instable. Sa famille s’en apercevrait et il serait un danger pour eux. Comme l’a indélicatement fait remarquer Georges tout à l’heure, je suis bien placée pour le savoir…
🇬🇧 [Transcript]
Stéphanie Rumédier: Say…
Stéphanie Rumédier: What if… we turned Agathon?
Georges Rumédier: You have completely lost your mind.
Stéphanie Rumédier: Agathon is clever; he would know how to defend us if we were threatened. We could stay…
Frédéric Rumédier: My little Stéphanie…
Stéphanie Rumédier: Frédéric, please…
Frédéric Rumédier: I was only a child when I turned Adèle. At the time I was alone. Now there are eight of us. We cannot risk another transformation.
Adèle Rumédier: A young vampire is unstable. His family would notice, and he would be a danger to them. As Georges rather tactlessly remarked earlier, I am well placed to know that…
Parvenez-vous à entretenir vos relations de Champs-les-Sims malgré la distance ? Les amitiés finissent souvent par se délier lorsqu’on ne se voit pas. Lucien était très proche de ses copains d’internat. Je m’apprêtais à écrire qu’il les a perdu de vue depuis la guerre, mais en y réfléchissant, leurs liens ont commencé à se distendre après la naissance des enfants. Il me semble que nous ne les avons pas vus depuis le baptême de Roseline en 35. Mes relations avec mes propres camarades du pensionnat se résument aujourd’hui à quelques cartes à l’occasion du nouvel an, des naissances et des baptêmes.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
Do you manage to maintain your relationships in Champs-les-Sims despite the distance? Friendships often fade when people no longer see each other. Lucien used to be very close to his school friends. I was about to write that he lost touch with them after the war, but thinking about it, their bond had already begun to loosen after the children were born. I believe we have not seen them since Roseline’s christening, back in ’35. As for my own schoolmates, our correspondence now amounts to a few cards exchanged for New Year’s, births, and christenings.
🇫🇷 [Transcription]
Frédéric Rumédier : Vous n’avez pas honte ? Vous écharper comme des animaux… Nous sommes une famille ! Nous vallons mieux que ça !
Georges Rumédier : … Oui, Frédéric.
Lucrèce Rumédier : Pardonne-nous, Frédéric. Nous nous sommes laissés emporter.
Frédéric Rumédier : Nous n’allons tuer personne. Le débat est clos.
Alfred Rumédier : Mais Frédéric… Quelle solution nous reste-t-il ? Mettons, Agathon reste en vie. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Partir ? Hypnotiser tout le monde ?
Stéphanie Rumédier (entre ses dents): Alfred, espèce de lèche-cul…
Adèle Rumédier : Nous ne devons plus hypnotiser qui que ce soit. Les habitants de l’île souffrent de plus en plus de problèmes de mémoires. Une jeune femme a peut-être développé une maladie !
Stéphanie Rumédier : Qui, Adèle ?
Adèle Rumédier : La femme du médecin.
Stéphanie Rumédier : Layla ? Nous jouions ensemble quand j’étais petite… As-tu entendu quelle maladie ?
Adèle Rumédier : La maladie d’Azalmeur.
Stéphanie Rumédier : Alzheimer… Crisse, je sais ce que c’est.
Frédéric Rumédier : Nos actions ont des conséquences. On ne lave pas le cerveau d’un humain à répétition impunément.
🇬🇧 [Transcript]
Frédéric Rumédier: Have you no shame? You're tearing each other apart like animals… We are a family! We are worth more than this!
Georges Rumédier: … Yes, Frédéric.
Lucrèce Rumédier: Forgive us, Frédéric. We let ourselves be carried away.
Frédéric Rumédier: We will not kill anyone. The matter is closed.
Alfred Rumédier: But Frédéric… What choice do we have left? Let us suppose Agathon remains alive. What must we do? Leave? Hypnotize everyone?
Stéphanie Rumédier (through her teeth): Alfred, you boot-licker…
Adèle Rumédier: We must no longer hypnotize anyone. The island’s residents are suffering more and more from memory problems. A young woman may have developed an illness!
Stéphanie Rumédier: Who, Adèle?
Adèle Rumédier: The doctor’s wife.
Stéphanie Rumédier: Layla? We used to play together when I was little… Have you heard what illness?
Adèle Rumédier: Azalmehr’s disease.
Stéphanie Rumédier: Alzheimer… Bloody hell, I know what that is.
Frédéric Rumédier: Our actions have consequences. One does not repeatedly wash a human brain with impunity.
Agathon n’est pas le seul à être parti. Les Rumédier du sanatorium ont quitté l’île. Il s’agit de la famille de Mlle Rumédier, la professeure de piano. Ils n’ont prévenu personne, pas un « au revoir », rien…. Alors que nous étions voisins depuis si longtemps ! L’une de nos voisines m’a dit qu’elle soupçonne des démêlés avec la justice, ce qui expliquerait leur départ précipité. Le sanatorium est donc fermé et à la vente. J’espère qu’il trouvera un repreneur d’ici l’été, mais je n’y compte pas trop…
Lucien vous embrasse et transmets ses salutations à toutes la famille.
Votre cousine,
Irène LeBris
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Spring 1947, Hylewood, Canada
Agathon is not the only one who has left. The Rumédiers from the sanatorium have left the island as well. They are Miss Rumédier’s family - she was the piano teacher. They told no one, not a single “goodbye,” nothing… And we had been neighbours for so many years! One of our neighbours told me she suspects they may have had some trouble with the law, which would explain their sudden departure. The sanatorium is therefore closed and up for sale. I do hope someone will take it over before summer, though I am not counting on it too much.
Lucien sends his love and his regards to all the family.
Ce que je vais exprimer maintenant est peut-être biaisé par ce que vous m’avez partagé. Je m’avance donc peut-être en écrivant que je pense, Arsinoé, que nombre de vos problèmes vous paraissent insurmontables parce qu’il sont tout ce qui vous occupe l’esprit. Attention, je n’en diminue pas l’importance. Toutes ces problématiques qui vous angoissent sont bien réelles. Mais voilà, vous êtes coincée. Vous êtes isolée, peut-être sans amis véritables, croulant sous vos responsabilités nombreuses - à vous seule, vous élevez six enfants et vous dirigez une entreprise.
Soyez tout à fait honnête. Êtes-vous en mesure de nommer un de vos amis, qui ne fasse pas partie de votre famille, qui ne soit pas une relation commerciale, et que vous voyez régulièrement ? Si vous ne pouvez pas répondre à cette question, c’est que vous manquez de perspective et cela vous conduit à vous noyer dans vos angoisses. Ce qu’il vous faut, c’est de la distraction. Si je ne me trompe pas, vous vivez à proximité de Toulouse, non ? Une fois par mois, efforcez-vous de vous y rendre. Allez voir un film, une exposition, un concert, ce qui vos plait le plus, mais sortez donc !
Avez-vous dans votre vaste maison le moindre coin personnel qui vous est consacré à vous, et rien qu’à vous - comme la serre d’Anna ? Un atelier, un bureau, une véranda… Vous avez tant donné, il faut songer à reprendre un peu pour vous.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
What I am about to say may be coloured by what you have shared with me. I may be overstepping, Arsinoé, in writing that I believe many of your troubles seem insurmountable only because they occupy your mind entirely. Do not misunderstand me - I do not mean to diminish their importance. All these worries that trouble you are indeed very real. But the truth is, you are stuck. You are isolated, perhaps without true friends, buried under countless responsibilities - raising six children on your own while managing a business.
Be completely honest with yourself: can you name a single friend, not a family member, not a business acquaintance, whom you see regularly? If you cannot, it means you lack perspective, and that is what causes you to drown in your anxieties. What you need is distraction. If I am not mistaken, you live near Toulouse, do you not? Once a month, make an effort to go there. Go see a film, an exhibition, a concert - whatever pleases you most - but do go out!
Tell me, in your large house, is there a single corner that belongs to you and you alone - as Anna has her greenhouse? A workshop, a study, a veranda… You have given so much; it is time you began to take a little back for yourself.
🇫🇷 [Transcription]
Georges Rumédier : Que fait-on, alors ?
Tous : …
Frédéric Rumédier : C’est Lucrèce qui a raison. Nous devons faire nos valises, et partir. Quitter le pays. Recommencer à zéro.
Alfred Rumédier : Partir où ?
Frédéric Rumédier : En Europe. Il est impossible que nous soyons seuls au monde. Quelque part se trouvent d’autres personnes comme nous. Peut-être que dans une grande ville comme Paris, nous les rencontrerons…
Delphine Rumédier : Et moi ?
Delphine Rumédier : Je ne peux pas me déguiser, mes ailes sont faites de lumière pure… Comment passer les contrôles et toutes les formalités ?
Tous : …
Adèle Rumédier : Cela veut dire que…
Delphine Rumédier : … Que je vais devoir rester ici.
🇬🇧 [Transcript]
Georges Rumédier: What do we do, then?
All: …
Frédéric Rumédier: Lucrèce is right. We must pack our things and leave. Leave the country. Start over from scratch.
Alfred Rumédier: Leave for where?
Frédéric Rumédier: Europe. It’s impossible that we’re the only ones of our kind. Somewhere out there, there must be others like us. Perhaps we’ll find them in a big city, like Paris…
Delphine Rumédier: What about me?
Delphine Rumédier: I can’t disguise myself - my wings are pure light. How could I possibly pass the checkpoints and formalities?
All: …
Adèle Rumédier: That means…
Delphine Rumédier: … That I’ll have to stay here.
Mon père est mort en mars. Il souffrait d’hypertension depuis des années mais il refusait de suivre l’avis des médecins… Il disait qu’il préférait mourir maintenant plutôt que renoncer à la viande rouge, ce qui catastrophait ma mère. Son cœur a fini par le lâcher. Il n’était pas si vieux, il n’avait pas encore soixante ans… Nous l’avons enterré au cimetière d’Hylewood, un jeudi pluvieux. Nombre de ses collaborateurs et quelques ouvriers étaient présents. Ma mère est très affectée par son décès et ne quitte plus le lit. Ma belle-sœur et moi avons tout fait pour la décharger des préparations du dîner mortuaire qui a eu lieu après l’enterrement, de façon à ce qu’elle n’ait qu’à y figurer. Nous avons fait du beau travail, puisque les invités semblaient satisfaits en partant.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
Dear Arsinoé,
My father passed away in March. He had suffered from high blood pressure for years but refused to follow the doctors’ advice… He used to say he’d rather die now than give up red meat, which horrified my mother. In the end, his heart gave out. He wasn’t that old - not yet sixty… We buried him in the Hylewood cemetery on a rainy Thursday. Many of his colleagues and a few workers attended. My mother has taken his death very hard and hasn’t left her bed since. My sister-in-law and I did everything we could to spare her the burden of preparing the funeral dinner that took place after the burial, so all she had to do was make an appearance. We did a fine job, as the guests seemed satisfied when they left.
🇫🇷 [Transcription]
Delphine Rumédier : Tout va bien, Stéphanie ?
Stéphanie Rumédier : Fin de nuit. Mes crocs commencent à rentrer, c’est toujours un peu douloureux.
Delphine Rumédier : Je suis bien heureuse de ne pas connaître cela !
Stéphanie Rumédier : Moi, au moins, je peux sortir. Mais tu as raison, je ne devrais pas me plaindre. La pleine lune aurait pu tomber demain.
Delphine Rumédier : C’est le jour de ton rendez-vous ?
Stéphanie Rumédier : Moins fort !
Delphine Rumédier : Oups…
Adèle Rumédier : Ne me dis-pas que tu fréquentes encore Agathon ? Il ne s’est toujours pas lassé ?
Georges Rumédier : Je lui ai déjà dit que c’était parfaitement irresponsable.
Alfred Rumédier : C’est toi qui dis ça…
Clémence Rumédier : Les garçons, s’il-vous-plaît.
Alfred Rumédier : Quoi ? C’est vrai !
Clémence Rumédier : Alfred !
Georges Rumédier : Tu fais ce que tu veux, sœurette, mais tu dois en porter les conséquences. Ton fiancé nous met tous en danger.
Stéphanie Rumédier : Et allez, tout le monde s’en mêle ! Agathon n’est PAS mon fiancé.
Adèle Rumédier : Ce qui est déjà un problème en soi…
Delphine Rumédier : Allons Adèle, Clémence et Lucrèce non plus ne sont pas mariées.
Adèle Rumédier : Elles, c’est différent. Elles le seraient si elles en avaient la possibilité.
Lucrèce Rumédier : Je pense que ce n’est pas le sujet.
Stéphanie Rumédier : Merci !
🇬🇧 [Transcription]
Delphine Rumédier: Everything all right, Stéphanie?
Stéphanie Rumédier: End of the night. My fangs are starting to retract - it’s always a bit painful.
Delphine Rumédier: I’m quite glad I don’t have to go through that!
Stéphanie Rumédier: At least I can go out. But you’re right, I shouldn’t complain. The full moon could’ve fallen on tomorrow.
Delphine Rumédier: Is it the day of your date?
Stéphanie Rumédier: Not so loud!
Delphine Rumédier: Oops...
Adèle Rumédier: Don’t tell me you’re still seeing Agathon? Hasn’t he grown tired of you yet?
Georges Rumédier: I’ve already told her it’s utterly irresponsible.
Alfred Rumédier: You’re one to talk...
Clémence Rumédier: Boys, please.
Alfred Rumédier: What? It’s true!
Clémence Rumédier: Alfred!
Georges Rumédier: Do as you please, sister, but you’ll have to face the consequences. Your fiancé is putting us all at risk.
Stéphanie Rumédier: Oh, here we go again - everyone’s getting involved! Agathon is NOT my fiancé.
Adèle Rumédier: Which is a problem in itself...
Delphine Rumédier: Oh, come on, Adèle - Clémence and Lucrèce aren’t married either.
Adèle Rumédier: That’s different. They would be, if they had the chance.
Lucrèce Rumédier: I don’t think that’s the point.
Stéphanie Rumédier: Thank you!