Les enfants sont en bonne santé. Roseline est toujours en pensionnat à Toronto. Maman prend en charge les frais de scolarité depuis le décès de Papa. Mais très honnêtement, vu les résultats médiocres qu’elle obtient, je me demande si Branksome Hall n’a pas perdu de son prestige depuis l’époque où j’étais jeune fille. Lorsque j’étais écolière, jamais nos professeurs ne nous auraient laissé avoir de telles notes. Les élèves fainéante auraient été corrigées et redressées avant que leur retard ne devienne irrattrapable.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
The children are in good health. Roseline is still boarding in Toronto. Mama has been covering her tuition since Papa’s passing. But to be perfectly honest, given her rather poor results, I cannot help wondering whether Branksome Hall has lost some of its prestige since my own school days. When I was a girl, our teachers would never have allowed us to perform so poorly. Lazy pupils would have been corrected and set straight long before their shortcomings became irreparable.
🇫🇷 [Transcription]
Stéphanie Rumédier : Ah..
Agathon LeBris : Tu n’as pas l’air d’y avoir réfléchi. Tu as dit que tu m’informerai de ta décision à la fin de la soirée. Nous sommes à la fin de la soirée.
Stéphanie Rumédier : Arrête avec ça. Je t’ai déjà dit que j’ai besoin de prendre mon temps.
Agathon LeBris : Prendre ton temps ? Stéphanie, ça fait treize ans. Mon frère imagine que je suis un goujat.
Stéphanie Rumédier : Tu sais que je n’apprécie pas que tu me presses. J’en ai assez d’avoir sans cesse cette discussion.
Agathon LeBris : Sans cesse ? Stéphanie, je t’ai demandée en mariage il y a dix ans. Donc en effet, je m’interroge. Ça ne rime à rien. Si tu ne voulais pas de moi, nous ne serions plus ensemble depuis longtemps. Pourtant, tu restes. Mais tu refuses de m’épouser. Quel est le problème ? La bague ne te plait pas ?
Stéphanie Rumédier : La bague… Tu me crois vraiment si vénale ?!
Agathon LeBris : J’arrive à court d’explications, pour être franc. Je ne comprends pas ce que tu veux. Tu comptes vivre avec ta mère et ta tante jusqu’à la fin de tes jours ?
Stéphanie Rumédier : … Bien sûr que non.
Agathon LeBris : Alors quoi ? Qu’est-ce que tu caches ?
Stéphanie Rumédier : Tu sais quoi ? On devrait s’en tenir là.
Agathon LeBris : S’en tenir… Tu n’es pas raisonnable.
Stéphanie Rumédier : Au revoir, Agathon.
🇬🇧 [Transcript]
Stéphanie Rumédier: Ah...
Agathon LeBris: You don’t look like you’ve given it much thought. You said you’d tell me your decision by the end of the evening. Well, it’s the end of the evening.
Stéphanie Rumédier: Stop it. I told you I need time.
Agathon LeBris: Time? Stéphanie, it’s been thirteen years. My brother thinks I’m some sort of scoundrel.
Stéphanie Rumédier: You know I don’t like being pressured. I’m tired of having this same conversation over and over.
Agathon LeBris: Over and over? Stéphanie, I proposed to you ten years ago. So yes, I’m wondering. It makes no sense. If you didn’t want me, we wouldn’t still be together. Yet here you are - but you still refuse to marry me. What’s the problem? Don’t you like the ring?
Stéphanie Rumédier: The ring… Do you really think I’m that mercenary?!
Agathon LeBris: I’m running out of explanations, to be honest. I don’t understand what you want. Are you planning to live with your mother and aunt for the rest of your life?
Stéphanie Rumédier: ... Of course not.
Agathon LeBris: Then what? What are you hiding?
Stéphanie Rumédier: You know what? We should stop this now.
Agathon LeBris: Stop - you’re being unreasonable.
Stéphanie Rumédier: Goodbye, Agathon.
Peut-être me trouverez-vous un peu vieux jeu… J’ai beaucoup de misère à tutoyer une personne que je n’ai jamais vue. J’ai reçu une éducation stricte qui ne souffrait pas que l’on tutoie qui que ce soit en dehors de notre cercle familial proche. Tout manquement aurait été vu comme une gaillardise qui nous aurait été sévèrement reprochée. Je frissonne parfois des libéralités de mon mari qui tutoie tout le monde. Non pas que je le lui reproche. Il fait bien ce qu’il veut et, par ailleurs, personne ne s’en offusque. Non, c’est que je n’oserais pas moi-même. À l’exception de ma camarade de chambre - la seule qui fit exception d’ailleurs, je vouvoyais toutes mes compagnes d’internat. Je vouvoie les femmes du comité d’épouses avec qui j’ai pourtant travaillé pendant de nombreuses années. Les seules personnes que je ne tutoie pas sont de ma famille directe : frère, beaux-frères et belles-sœurs, cousins, neveux et nièces. Je vouvoie Maman, je vouvoyais feu Papa, mes oncles, mes tantes, mes grands-parents, lesquels nous tutoyaient en retour. Ne le retenez donc pas contre vous.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
Perhaps you will find me a little old-fashioned… I have a great deal of trouble addressing someone I have never met informally. I was raised quite strictly - we were never to use familiar terms of address with anyone outside our immediate family. Any breach of that rule would have been considered rather forward, and harshly reprimanded. I sometimes shudder at my husband’s easy manner of speaking to everyone so informally. Not that I hold it against him - he can do as he pleases, and besides, no one seems to mind. It’s simply that I could not bring myself to do it myself. With the sole exception of my roomate - she has been the only one, in fact - I addressed all my classmates formally. I still do the same with the women from the wives’ committee, even after all these years of working together. The only people I address informally are my immediate family: my brother, brothers and sisters-in-law, cousins, nephews, and nieces. I address Mama formally, as I did late Papa, as well as my uncles, aunts, and grandparents - who, in turn, always addressed us informally. So please, don’t take it personally.
🇫🇷 [Transcription]
Lucien LeBris : Tiens, Layla ! Tu attends le ferry ?
Layla Bernard : Bonjour, Lucien. Oui, j’ai rendez-vous chez le médecin.
Lucien LeBris : Chez le médecin ? Quel besoin as-tu d’aller chez le médecin, vu que ton mari en est un ?
Layla Bernard : Tu sauras qu’il est déconseillé pour un médecin d’ausculter ses proches. Son jugement peut se retrouver altéré et cela peut le conduire à sous-estimer la gravité d’une maladie…
Layla Bernard : … Et en plus, Fabien m’a déjà auscultée. Il ne trouve rien.
Lucien LeBris : Ce n’est pas trop grave, j’espère ?
Layla Bernard : Je ne sais pas. Je n’espère pas. J’ai de plus en plus de problèmes de mémoire… Je dois aller faire des tests pour m’assurer que ce ne soit pas quelque chose de grave comme la maladie d’Alzheimer.
Layla Bernard : Ce sont juste des examens de routine. À mon âge, il y a peu de chances que ce soit ça, mais Fabien préfère ne prendre aucun risque.
🇬🇧 [Transcript]
Lucien LeBris: Well, hello, Layla! Waiting for the ferry?
Layla Bernard: Good morning, Lucien. Yes, I have a doctor’s appointment.
Lucien LeBris: A doctor’s appointment? What do you need a doctor for when your husband is one?
Layla Bernard: You should know it’s not advisable for a doctor to examine their own family. Their judgment might be clouded, and they could underestimate the seriousness of an illness…
Layla Bernard: … Besides, Fabien already examined me. He didn’t find anything.
Lucien LeBris: I hope it’s nothing serious?
Layla Bernard: I don’t know. I hope not. I’ve been having more and more memory problems… I need to take some tests to make sure it’s nothing serious like Alzheimer’s disease.
Layla Bernard: They’re just routine exams. At my age, it’s unlikely to be that, but Fabien prefers not to take any chances.
Je partage vos sentiments de solitude concernant mon propre frère. Le mien s’est empressé de revendre l’usine de Papa pour acheter une mine de tungsten dans les Territoires du Nord-Ouest. Il vient de partir s’installer à Whitehorse avec sa femme et ses filles. À son âge, Maman n’allait pas rester seule dans sa grande maison… Elle vit désormais avec nous.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
I share your feelings of loneliness concerning my own brother. Mine wasted no time selling Papa’s factory to buy a tungsten mine in the Northwest Territories. He’s just moved to Whitehorse with his wife and daughters. At her age, Mama couldn’t be left alone in her big house… She’s living with us now.
🇫🇷 [Transcription]
Georges Rumédier : Je me moque de ta vie sentimentale comme d’un guigne, Stéphanie. Mais là, c’est un problème qui concerne tout le monde. Enfin, dites-le lui ! C’est comme si Sherlock Holmes fréquentait Moriarty.
Stéphanie Rumédier : C’est moi que tu traites de Moriarty ?!
Stéphanie Rumédier : Tu aurais pu dire… Je sais pas moi, Irène Adler !
Adèle Rumédier : Qu’est-ce que c’est, Chairlocolmse et Moriharty ?
Delphine Rumédier : Ce sont deux ennemis d’une série de romans policiers de la fin du siècle dernier.
Lucrèce Rumédier : Il est vrai que les frères Le Bris ont tendance à être des fouineurs. Lucien venait déjà rôder ici quand il était petit.
Adèle Rumédier : C’est souvent le cas chez Le Bris. Leur grand-père aussi était très curieux…
Stéphanie Rumédier : On s’en fiche, non ? Si certains commencent à poser des questions, vous hypnotiserez, comme on a toujours fait.
Lucrèce Rumédier : Les choses sont plus compliquées que cela…
Frédéric Rumédier : Nous ne pouvons pas prendre ce risque en ce moment. L’hypnose à ses limites et nous commençons à les atteindre… Lucrèce, Clémence, combien de temps depuis que vous l’avez utilisée sur les Le Bris ?
Clémence Rumédier : Au moins trois ans…
Georges Rumédier : Vu la fréquence à laquelle vous lisiez leurs lettres, il fallait s’y attendre…
Lucrèce Rumédier : Certains habitants de l’île ont vu leur mémoire revenir, et les faux souvenirs ne restent pas solidement implantés.
Frédéric Rumédier : Agathon est allé interroger Ada Rumédier sur son voyage en France l’autre jour… Elle n’avait plus la moindre idée de ce dont il parlait.
Lucrèce Rumédier : Je t’assure que j’avais fait le nécessaire en partant et en revenant, Frédéric.
Frédéric Rumédier : Je le sais bien. Mais cela ne tient pas sur le long terme. En un siècle, j’ai eu le temps de le remarquer… C’était une prise de risque, et nous en payons les répercussions aujourd’hui. Je rejoins l’avis de Georges. Ce n’est clairement pas le moment d’attirer l’attention.
🇬🇧 [Transcript]
Georges Rumédier: I couldn’t care less about your love life, Stéphanie. But this is a problem that concerns everyone. Come on guys, tell her! It’s as if Sherlock Holmes were dating Moriarty.
Stéphanie Rumédier: Are you calling me Moriarty?!
Stéphanie Rumédier: You could’ve said… I don’t know, Irene Adler!
Adèle Rumédier: What’s that - Shairlocke and Moreehartee?
Delphine Rumédier: They’re two enemies from a series of detective novels from the end of the last century.
Lucrèce Rumédier: It’s true that the Le Bris brothers have a habit of snooping around. Lucien used to wander over here even as a child.
Adèle Rumédier: That’s often the case with the Le Bris family. Their grandfather was very curious too…
Stéphanie Rumédier: Who cares, really? If some people start asking questions, you’ll just hypnotize them, like we always have.
Lucrèce Rumédier: Things are more complicated than that…
Frédéric Rumédier: We can’t take that risk right now. Hypnosis has its limits, and we’re starting to reach them… Lucrèce, Clémence, how long has it been since you used it on the Le Bris family?
Clémence Rumédier: At least three years…
Georges Rumédier: Considering how often you read their letters, that was to be expected…
Lucrèce Rumédier: Some of the island’s residents have begun to recover their memories, and the false ones aren’t holding firmly anymore.
Frédéric Rumédier: Agathon went to question Ada Rumédier about her trip to France the other day… She had no idea what he was talking about.
Lucrèce Rumédier: I assure you I did what was necessary before leaving and upon my return, Frédéric.
Frédéric Rumédier: I know that. But it doesn’t last in the long term. In the last century, I’ve had plenty of time to notice… It was a gamble, and we’re paying the consequences now. I agree with Georges - this is clearly not the time to draw attention.
Retrouver une maison pleine me tient particulièrerement occupée, d’autant plus que mon beau-frère est toujours fourré à la maison depuis le retour de Lucien. J’ai toujours quelque chose à faire, à ranger, à préparer. Maman m’est d’une aide précieuse. Elle avait l’habitude de s’occuper des filles de mon frère et elle passe désormais l’essentiel de son temps avec Prosper. Elle ne comprend pas que ni ma belle-sœur, ni moi-même n’ayons pris de nourrices. Ma mère et sa sœur ont été élevées par une nourrice sur lieu ; mes frères et moi avions une bonne d’enfants. Je vous avoue n’avoir aucune envie de devoir supporter ces rivalités puériles que plusieurs femmes de mon comité d’épouses m’ont confié avoir avec leur nourrice.
Je termine ici cette lettre. Lucien vous salue chaleureusement et il me demande de vous indiquer qu’il a particulièrement apprécié la vue de la carte postale que vous lui avez envoyé.
Il semble que Lucien et Arsinoé ait continué à s’envoyer fréquemment des cartes postales après l’interruption des lettres. Malheureusement, je n’ai retrouvé aucune des cartes d’Arsinoé. Il semble que Bon-Papa les accrochait dans son bureau du port, mais elles ont toutes été perdues après sa vente. C’est malheureux, mais on n’y peut rien… Dites-moi si à tout hasard vous parvenez à remettre la main sur les cartes de Lucien dans tout votre fatras. Il n’est pas nécessaire de les scanner, j’aimerais juste savoir où elles se trouvent. Elles ont été envoyées à Saint-Rostand à partir du milieu des années 40, et si elles n’ont pas été jetées, elles devraient y être toujours.
A bientôt,
D. LeBris
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
Having the house full again keeps me particularly busy, all the more since my brother-in-law is constantly around the house ever since Lucien’s return. There is always something to do, to tidy, to prepare. Mother has been an invaluable help. She used to look after my brother’s daughters, and now she spends most of her time with Prosper. She cannot comprehend why neither my sister-in-law nor I have hired a nurse. My mother and her sister were raised by a nurse; my brothers and I had a nanny. I must confess that I have no desire to endure the childish rivalries that several women in my wives’ committee have confided to me about their own nurses.
I shall end this letter here. Lucien sends his warm regards and asks me to tell you that he was particularly pleased by the view on the postcard you sent him.
It seems that Lucien and Arsinoé continued to exchange postcards quite regularly after their correspondence came to an end. Unfortunately, I haven't been able to find any of Arsinoé’s cards. It looks like Grandfather used to pin them up in his office at the harbour, but they were all lost after it was sold. It's a shame, but there's nothing we can do about it…
Please let me know if, by any chance, you manage to locate Lucien’s postcards somewhere among your stuff. There is no need to scan them; I'd simply like to know where they are. They were sent to Saint-Rostand starting in the mid-1940s, and if they were not thrown away, they should still be there.
All the best,
D. LeBris
🇫🇷 [Transcription]
Agathon LeBris : Je ne sais pas ce que vous avez bu, Sonia, mais ce que vous racontez n’a aucun sens. Le sanatorium cache une histoire de société fantôme, peut-être de traffic d’organes, mais certainement pas de magie.
Lucien LeBris : Attends, Agathon… Pendant la guerre, il m’est arrivé quelque chose.
Agathon LeBris : Allons bon, ne me dis pas que tu as rencontré un dragon ou quelque sorcière au beau milieu du désert australien ?
Lucien LeBris : Pas un dragon, non… Attends, je vais te raconter.
Agathon LeBris : …
Lucien LeBris : Tu me crois, n’est-ce pas ?
Agathon LeBris : … Je ne sais pas. Ce type qui t’a attaqué a peut-être simplement été rendu fou par la guerre. Papa n’avait plus toute sa tête quand il est revenu non plus.
Lucien LeBris : C’était autre chose. Le type qui l’a tué, Morgenstern… Il avait quelque chose à voir avec son état.
Agathon LeBris : Si c’est lui qui pilotait l’avion lors du crash qui lui a fait perdre la tête, ce n’est pas très étonnant.
Lucien LeBris : Non, Morgentern lui-même a dit quelque chose à ce sujet avant de le tuer. Il a dit… Qu’il l’avait tourné, ou transformé.
Agathon LeBris : Tu es vraiment certain d’avoir bien entendu ?
Lucien LeBris : Oui. Je suis sûr de moi.
🇬🇧 [Transcript]
Agathon LeBris: I do not know what you have been drinking, Sonia, but what you are saying makes no sense. The sanatorium is hiding a story about a shell company, perhaps organ trafficking, but certainly not magic.
Lucien LeBris: Wait, Agathon… Something happened to me during the war.
Agathon LeBris: Oh, come now. Do not tell me you met a dragon or some witch in the middle of the Australian desert?
Lucien LeBris: Not a dragon, no… Wait, let me tell you.
Agathon LeBris: …
Lucien LeBris: You believe me, don't you?
Agathon LeBris: … I don't know. The man who attacked you may simply have been driven mad by the war. Father was not in his right mind when he returned either.
Lucien LeBris: It was something else. The guy who killed him - Morgenstern - had something to do with his condition.
Agathon LeBris: If he was the one piloting the plane during the crash that scrambled his mind, that wouldn't be very surprising.
Lucien LeBris: No, Morgenstern himself said something about it before he killed him. He said… that he had turned him.
Agathon LeBris: Are you quite certain you heard that correctly?
Lucien LeBris: Yes. I'm sure of it.
Voici quelques nouvelles de la famille. Agathon va bien, du moins c’est ce qu’il me semble, puisqu’il déploie des efforts considérables pour ce qui est d’être pénible. Figurez-vous qu’il refuse de laisser sa chambre à Maman. Il occupe la suite du premier étage, dont il n’a vraiment pas l’utilité puisqu’il n’est pas là la moitié de la semaine étant donné qu’il loue un appartement à Kingston. Je ne comprends pas qu’il n’y déménage pas pour de bon.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
Here is some news from the family. Agathon is doing well - or so it seems, since he’s still going to great lengths to be a nuisance. Would you believe he refuses to give up his room for Mama? He is occupying the first-floor suite, which he hardly needs, seeing as he spends half the week in Kingston where he rents an apartment. I cannot fathom why he does not just move there for good.
🇫🇷 [Transcription]
Agathon LeBris : Irène.
Irène LeBris : Agathon.
Irène LeBris : Il parait que c’est « le grand jour »… La pauvre. J’espère qu’elle ne sera pas assez sotte pour dire oui.
Agathon LeBris : J’aimerais m’attarder pour te distraire de ta vie morne, délicieuse belle-sœur, mais malheureusement pour toi, je suis pressé.
Irène LeBris : Tu es toujours aussi agaçant.
Agathon LeBris : Le sentiment est amplement partagé.
🇬🇧 [Transcript]
Agathon LeBris: Irène.
Irène LeBris: Agathon.
Irène LeBris: So, I hear it’s “the big day”… Poor girl. I do hope she won’t be foolish enough to say yes.
Agathon LeBris: I’d love to linger and distract you from your dreary life, my delightful sister-in-law, but sadly for you, I’m in a hurry.
Irène LeBris: You’re as insufferable as ever.
Agathon LeBris: The feeling is entirely mutual.
Bien sûr, tous les touristes ne sont pas désagréables. Certains sont même très gentils, font attention au tapage nocturne, prennent le temps d’apprendre à connaître les voisins quand bien même ils ne sont là que pour une semaine… Un couple nous a même offert un reste de sanglier rôti en partant début septembre, étant donné qu’ils ne pouvaient pas le ramener avec eux.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
Of course, not all the tourists are unpleasant. Some are actually quite nice - mindful about noise at night, taking the time to get to know the neighbours even if they’re only here for a week. One couple even gave us the remains of a roasted boar when they left in early September, since they couldn’t take it back with them.
🇫🇷 [Transcription]
Lucien LeBris : Alors ? C’est le grand jour ?
Agathon LeBris : Je ne sais pas de quoi tu parles…
Lucien LeBris : Je suppose que ce soir n’a rien à voir avec la bague que j’ai vu trainer sur la commode de ta chambre.
Agathon LeBris : Je n’ai pas la moindre idée de ce que tu impliques. Mais dans l’hypothèse où ta théorie serait vraie, ce que je n’affirme ni n’infirme, j’aurais besoin de me préparer.
Agathon LeBris : D’ailleurs je te laisse, j’ai des choses à faire.
Lucien LeBris : Mh-mh.
Agathon LeBris : Dis-moi, est-ce que tu es en train de fumer deux cigarettes en même temps ? Ça ne s’arrange vraiment pas, ton addiction…
Lucien LeBris : (soupir) M’en parle pas…
🇬🇧 [Transcript]
Lucien LeBris: So? Big day today?
Agathon LeBris: I’ve no idea what you’re talking about…
Lucien LeBris: I suppose tonight has nothing to do with the ring I saw lying on your dresser.
Agathon LeBris: I haven’t the faintest idea what you’re implying. But - if your theory were true, which I neither confirm nor deny - I’d need to get ready.
Agathon LeBris: Anyway, I’ll leave you to it. I’ve things to do.
Lucien LeBris: Mh-hm.
Agathon LeBris: Tell me - are you smoking two cigarettes at once? Your addiction’s really getting worse…
Lucien LeBris: (sighs) Don’t get me started…
Mon père est mort en mars. Il souffrait d’hypertension depuis des années mais il refusait de suivre l’avis des médecins… Il disait qu’il préférait mourir maintenant plutôt que renoncer à la viande rouge, ce qui catastrophait ma mère. Son cœur a fini par le lâcher. Il n’était pas si vieux, il n’avait pas encore soixante ans… Nous l’avons enterré au cimetière d’Hylewood, un jeudi pluvieux. Nombre de ses collaborateurs et quelques ouvriers étaient présents. Ma mère est très affectée par son décès et ne quitte plus le lit. Ma belle-sœur et moi avons tout fait pour la décharger des préparations du dîner mortuaire qui a eu lieu après l’enterrement, de façon à ce qu’elle n’ait qu’à y figurer. Nous avons fait du beau travail, puisque les invités semblaient satisfaits en partant.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
Dear Arsinoé,
My father passed away in March. He had suffered from high blood pressure for years but refused to follow the doctors’ advice… He used to say he’d rather die now than give up red meat, which horrified my mother. In the end, his heart gave out. He wasn’t that old - not yet sixty… We buried him in the Hylewood cemetery on a rainy Thursday. Many of his colleagues and a few workers attended. My mother has taken his death very hard and hasn’t left her bed since. My sister-in-law and I did everything we could to spare her the burden of preparing the funeral dinner that took place after the burial, so all she had to do was make an appearance. We did a fine job, as the guests seemed satisfied when they left.
🇫🇷 [Transcription]
Delphine Rumédier : Tout va bien, Stéphanie ?
Stéphanie Rumédier : Fin de nuit. Mes crocs commencent à rentrer, c’est toujours un peu douloureux.
Delphine Rumédier : Je suis bien heureuse de ne pas connaître cela !
Stéphanie Rumédier : Moi, au moins, je peux sortir. Mais tu as raison, je ne devrais pas me plaindre. La pleine lune aurait pu tomber demain.
Delphine Rumédier : C’est le jour de ton rendez-vous ?
Stéphanie Rumédier : Moins fort !
Delphine Rumédier : Oups…
Adèle Rumédier : Ne me dis-pas que tu fréquentes encore Agathon ? Il ne s’est toujours pas lassé ?
Georges Rumédier : Je lui ai déjà dit que c’était parfaitement irresponsable.
Alfred Rumédier : C’est toi qui dis ça…
Clémence Rumédier : Les garçons, s’il-vous-plaît.
Alfred Rumédier : Quoi ? C’est vrai !
Clémence Rumédier : Alfred !
Georges Rumédier : Tu fais ce que tu veux, sœurette, mais tu dois en porter les conséquences. Ton fiancé nous met tous en danger.
Stéphanie Rumédier : Et allez, tout le monde s’en mêle ! Agathon n’est PAS mon fiancé.
Adèle Rumédier : Ce qui est déjà un problème en soi…
Delphine Rumédier : Allons Adèle, Clémence et Lucrèce non plus ne sont pas mariées.
Adèle Rumédier : Elles, c’est différent. Elles le seraient si elles en avaient la possibilité.
Lucrèce Rumédier : Je pense que ce n’est pas le sujet.
Stéphanie Rumédier : Merci !
🇬🇧 [Transcription]
Delphine Rumédier: Everything all right, Stéphanie?
Stéphanie Rumédier: End of the night. My fangs are starting to retract - it’s always a bit painful.
Delphine Rumédier: I’m quite glad I don’t have to go through that!
Stéphanie Rumédier: At least I can go out. But you’re right, I shouldn’t complain. The full moon could’ve fallen on tomorrow.
Delphine Rumédier: Is it the day of your date?
Stéphanie Rumédier: Not so loud!
Delphine Rumédier: Oops...
Adèle Rumédier: Don’t tell me you’re still seeing Agathon? Hasn’t he grown tired of you yet?
Georges Rumédier: I’ve already told her it’s utterly irresponsible.
Alfred Rumédier: You’re one to talk...
Clémence Rumédier: Boys, please.
Alfred Rumédier: What? It’s true!
Clémence Rumédier: Alfred!
Georges Rumédier: Do as you please, sister, but you’ll have to face the consequences. Your fiancé is putting us all at risk.
Stéphanie Rumédier: Oh, here we go again - everyone’s getting involved! Agathon is NOT my fiancé.
Adèle Rumédier: Which is a problem in itself...
Delphine Rumédier: Oh, come on, Adèle - Clémence and Lucrèce aren’t married either.
Adèle Rumédier: That’s different. They would be, if they had the chance.
Lucrèce Rumédier: I don’t think that’s the point.
Stéphanie Rumédier: Thank you!
Quant à Prosper… Il y a des jours où je me demande si je n’ai pas manqué quelque chose. Aujourd’hui encore, pour la centième fois au moins, il s’est jeté par terre pour hurler au sujet d’un motif si futile que je dois faire preuve de montagnes de patience pour ne pas perdre mon sang-froid. Ma propre mère me répète que c’est normal, que mon frère aussi était ainsi et que cela passera. Mais chaque matin, je me réveille dans l’appréhension de la journée à venir. J’ai tout essayé. Me mettre à sa hauteur. Lui parler doucement. L’éloigner de l’objet de son énervement. Rien n’y fait. Il trouve toujours matière à se plaindre, de ces petits cris stridents qui me font vriller les nerfs. Je me demande alors : qui est donc cet enfant, et où est donc passé mon petit garçon ? Roseline avait un caractère compliqué, mais elle ne me donnait pas autant de fil à retordre.
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[Transcription]
Alonzo Torres : Spy? (Un espion ?)
Aamon Morgenstern : He’s too whiny for that. (Il pleurniche trop pour en être un.)
Alonzo Torres : A deserter then. (Alors un déserteur.)
Aamon Morgenstern : That’s more likely… (Il y a déjà plus de chances…)
Kevin Wong : Captain Morgenstern, Squadron Leader Torres. I’ve brought Officer LeBris with me. (Capitaine Morgenstern, Commandant Torres. J’ai amené l’Officier LeBris avec moi.)
Alonzo Torres : …
Aamon Morgenstern : I see that. Leave us for a bit, kiddo, will you? (Je vois ça. Laisse-nous une seconde, petit, si tu veux bien.)
Kevin Wong : Yes, sir. (Oui, mon Capitaine.)