Je vous confierai que je suis attristée par son départ. Oscarine et Euphrasie faisaient d’excellentes compagnes de jeu pour Prosper, qui affectionnait particulièrement ses cousines. Parmi les résidents permanents d’Hylewood, elles étaient les seules enfants de son âge puisque son cousin Franciscus, le fils de Marie, a onze ans… Il reste bien les touristes quand vient la saison, mais ce n’est pas la même chose.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
I’ll admit I’m saddened by his departure. Oscarine and Euphrasie were wonderful playmates for Prosper, who was very fond of his cousins. Among Hylewood’s permanent residents, they were the only children his age, since his cousin Franciscus - Marie’s son - is eleven… There are, of course, the tourists when the season comes, but it’s not the same thing.
🇫🇷 [Transcription]
Adèle Rumédier : Vois les choses de cette façon, mignonne. Quelles sont les perspectives d’avenir pour vous deux ? Vous ne pourrez pas vous marier. Comment expliquerais-tu tes disparitions d’une nuit tous les mois ? Plus tu attends, plus vous allez en souffrir tous les deux.
Stéphanie Rumédier : Ugh ! C’est bon, j’ai compris, arrêtez !
Stéphanie Rumédier : Je vais rompre avec lui, puisque c’est ce que vous voulez tous. Vous êtes contents ?
Georges Rumédier : Je suis plutôt satisfait par ce dénouement, oui.
Clémence Rumédier : Georges !
Lucrèce Rumédier : Fais les choix qui te semblent les meilleurs pour toi, ma chérie. Pas pour nous.
🇬🇧 [Transcript]
Adèle Rumédier: Look at it this way, sweetheart. What kind of future could the two of you have? You’ll never be able to marry - how would you explain disappearing one night every month? The longer you wait, the more you’ll both suffer.
Stéphanie Rumédier: Ugh! All right, I get it, stop it!
Stéphanie Rumédier: I’ll break up with him, since that’s what you all want. Happy now?
Georges Rumédier: I’d say I’m rather satisfied with that outcome, yes.
Clémence Rumédier: Georges!
Lucrèce Rumédier: Make the choices that feel right for you, darling. Not for us.
Peut-être me trouverez-vous un peu vieux jeu… J’ai beaucoup de misère à tutoyer une personne que je n’ai jamais vue. J’ai reçu une éducation stricte qui ne souffrait pas que l’on tutoie qui que ce soit en dehors de notre cercle familial proche. Tout manquement aurait été vu comme une gaillardise qui nous aurait été sévèrement reprochée. Je frissonne parfois des libéralités de mon mari qui tutoie tout le monde. Non pas que je le lui reproche. Il fait bien ce qu’il veut et, par ailleurs, personne ne s’en offusque. Non, c’est que je n’oserais pas moi-même. À l’exception de ma camarade de chambre - la seule qui fit exception d’ailleurs, je vouvoyais toutes mes compagnes d’internat. Je vouvoie les femmes du comité d’épouses avec qui j’ai pourtant travaillé pendant de nombreuses années. Les seules personnes que je ne tutoie pas sont de ma famille directe : frère, beaux-frères et belles-sœurs, cousins, neveux et nièces. Je vouvoie Maman, je vouvoyais feu Papa, mes oncles, mes tantes, mes grands-parents, lesquels nous tutoyaient en retour. Ne le retenez donc pas contre vous.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
Perhaps you will find me a little old-fashioned… I have a great deal of trouble addressing someone I have never met informally. I was raised quite strictly - we were never to use familiar terms of address with anyone outside our immediate family. Any breach of that rule would have been considered rather forward, and harshly reprimanded. I sometimes shudder at my husband’s easy manner of speaking to everyone so informally. Not that I hold it against him - he can do as he pleases, and besides, no one seems to mind. It’s simply that I could not bring myself to do it myself. With the sole exception of my roomate - she has been the only one, in fact - I addressed all my classmates formally. I still do the same with the women from the wives’ committee, even after all these years of working together. The only people I address informally are my immediate family: my brother, brothers and sisters-in-law, cousins, nephews, and nieces. I address Mama formally, as I did late Papa, as well as my uncles, aunts, and grandparents - who, in turn, always addressed us informally. So please, don’t take it personally.
🇫🇷 [Transcription]
Lucien LeBris : Tiens, Layla ! Tu attends le ferry ?
Layla Bernard : Bonjour, Lucien. Oui, j’ai rendez-vous chez le médecin.
Lucien LeBris : Chez le médecin ? Quel besoin as-tu d’aller chez le médecin, vu que ton mari en est un ?
Layla Bernard : Tu sauras qu’il est déconseillé pour un médecin d’ausculter ses proches. Son jugement peut se retrouver altéré et cela peut le conduire à sous-estimer la gravité d’une maladie…
Layla Bernard : … Et en plus, Fabien m’a déjà auscultée. Il ne trouve rien.
Lucien LeBris : Ce n’est pas trop grave, j’espère ?
Layla Bernard : Je ne sais pas. Je n’espère pas. J’ai de plus en plus de problèmes de mémoire… Je dois aller faire des tests pour m’assurer que ce ne soit pas quelque chose de grave comme la maladie d’Alzheimer.
Layla Bernard : Ce sont juste des examens de routine. À mon âge, il y a peu de chances que ce soit ça, mais Fabien préfère ne prendre aucun risque.
🇬🇧 [Transcript]
Lucien LeBris: Well, hello, Layla! Waiting for the ferry?
Layla Bernard: Good morning, Lucien. Yes, I have a doctor’s appointment.
Lucien LeBris: A doctor’s appointment? What do you need a doctor for when your husband is one?
Layla Bernard: You should know it’s not advisable for a doctor to examine their own family. Their judgment might be clouded, and they could underestimate the seriousness of an illness…
Layla Bernard: … Besides, Fabien already examined me. He didn’t find anything.
Lucien LeBris: I hope it’s nothing serious?
Layla Bernard: I don’t know. I hope not. I’ve been having more and more memory problems… I need to take some tests to make sure it’s nothing serious like Alzheimer’s disease.
Layla Bernard: They’re just routine exams. At my age, it’s unlikely to be that, but Fabien prefers not to take any chances.
Je partage vos sentiments de solitude concernant mon propre frère. Le mien s’est empressé de revendre l’usine de Papa pour acheter une mine de tungsten dans les Territoires du Nord-Ouest. Il vient de partir s’installer à Whitehorse avec sa femme et ses filles. À son âge, Maman n’allait pas rester seule dans sa grande maison… Elle vit désormais avec nous.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
I share your feelings of loneliness concerning my own brother. Mine wasted no time selling Papa’s factory to buy a tungsten mine in the Northwest Territories. He’s just moved to Whitehorse with his wife and daughters. At her age, Mama couldn’t be left alone in her big house… She’s living with us now.
🇫🇷 [Transcription]
Georges Rumédier : Je me moque de ta vie sentimentale comme d’un guigne, Stéphanie. Mais là, c’est un problème qui concerne tout le monde. Enfin, dites-le lui ! C’est comme si Sherlock Holmes fréquentait Moriarty.
Stéphanie Rumédier : C’est moi que tu traites de Moriarty ?!
Stéphanie Rumédier : Tu aurais pu dire… Je sais pas moi, Irène Adler !
Adèle Rumédier : Qu’est-ce que c’est, Chairlocolmse et Moriharty ?
Delphine Rumédier : Ce sont deux ennemis d’une série de romans policiers de la fin du siècle dernier.
Lucrèce Rumédier : Il est vrai que les frères Le Bris ont tendance à être des fouineurs. Lucien venait déjà rôder ici quand il était petit.
Adèle Rumédier : C’est souvent le cas chez Le Bris. Leur grand-père aussi était très curieux…
Stéphanie Rumédier : On s’en fiche, non ? Si certains commencent à poser des questions, vous hypnotiserez, comme on a toujours fait.
Lucrèce Rumédier : Les choses sont plus compliquées que cela…
Frédéric Rumédier : Nous ne pouvons pas prendre ce risque en ce moment. L’hypnose à ses limites et nous commençons à les atteindre… Lucrèce, Clémence, combien de temps depuis que vous l’avez utilisée sur les Le Bris ?
Clémence Rumédier : Au moins trois ans…
Georges Rumédier : Vu la fréquence à laquelle vous lisiez leurs lettres, il fallait s’y attendre…
Lucrèce Rumédier : Certains habitants de l’île ont vu leur mémoire revenir, et les faux souvenirs ne restent pas solidement implantés.
Frédéric Rumédier : Agathon est allé interroger Ada Rumédier sur son voyage en France l’autre jour… Elle n’avait plus la moindre idée de ce dont il parlait.
Lucrèce Rumédier : Je t’assure que j’avais fait le nécessaire en partant et en revenant, Frédéric.
Frédéric Rumédier : Je le sais bien. Mais cela ne tient pas sur le long terme. En un siècle, j’ai eu le temps de le remarquer… C’était une prise de risque, et nous en payons les répercussions aujourd’hui. Je rejoins l’avis de Georges. Ce n’est clairement pas le moment d’attirer l’attention.
🇬🇧 [Transcript]
Georges Rumédier: I couldn’t care less about your love life, Stéphanie. But this is a problem that concerns everyone. Come on guys, tell her! It’s as if Sherlock Holmes were dating Moriarty.
Stéphanie Rumédier: Are you calling me Moriarty?!
Stéphanie Rumédier: You could’ve said… I don’t know, Irene Adler!
Adèle Rumédier: What’s that - Shairlocke and Moreehartee?
Delphine Rumédier: They’re two enemies from a series of detective novels from the end of the last century.
Lucrèce Rumédier: It’s true that the Le Bris brothers have a habit of snooping around. Lucien used to wander over here even as a child.
Adèle Rumédier: That’s often the case with the Le Bris family. Their grandfather was very curious too…
Stéphanie Rumédier: Who cares, really? If some people start asking questions, you’ll just hypnotize them, like we always have.
Lucrèce Rumédier: Things are more complicated than that…
Frédéric Rumédier: We can’t take that risk right now. Hypnosis has its limits, and we’re starting to reach them… Lucrèce, Clémence, how long has it been since you used it on the Le Bris family?
Clémence Rumédier: At least three years…
Georges Rumédier: Considering how often you read their letters, that was to be expected…
Lucrèce Rumédier: Some of the island’s residents have begun to recover their memories, and the false ones aren’t holding firmly anymore.
Frédéric Rumédier: Agathon went to question Ada Rumédier about her trip to France the other day… She had no idea what he was talking about.
Lucrèce Rumédier: I assure you I did what was necessary before leaving and upon my return, Frédéric.
Frédéric Rumédier: I know that. But it doesn’t last in the long term. In the last century, I’ve had plenty of time to notice… It was a gamble, and we’re paying the consequences now. I agree with Georges - this is clearly not the time to draw attention.
Retrouver une maison pleine me tient particulièrerement occupée, d’autant plus que mon beau-frère est toujours fourré à la maison depuis le retour de Lucien. J’ai toujours quelque chose à faire, à ranger, à préparer. Maman m’est d’une aide précieuse. Elle avait l’habitude de s’occuper des filles de mon frère et elle passe désormais l’essentiel de son temps avec Prosper. Elle ne comprend pas que ni ma belle-sœur, ni moi-même n’ayons pris de nourrices. Ma mère et sa sœur ont été élevées par une nourrice sur lieu ; mes frères et moi avions une bonne d’enfants. Je vous avoue n’avoir aucune envie de devoir supporter ces rivalités puériles que plusieurs femmes de mon comité d’épouses m’ont confié avoir avec leur nourrice.
Je termine ici cette lettre. Lucien vous salue chaleureusement et il me demande de vous indiquer qu’il a particulièrement apprécié la vue de la carte postale que vous lui avez envoyé.
Il semble que Lucien et Arsinoé ait continué à s’envoyer fréquemment des cartes postales après l’interruption des lettres. Malheureusement, je n’ai retrouvé aucune des cartes d’Arsinoé. Il semble que Bon-Papa les accrochait dans son bureau du port, mais elles ont toutes été perdues après sa vente. C’est malheureux, mais on n’y peut rien… Dites-moi si à tout hasard vous parvenez à remettre la main sur les cartes de Lucien dans tout votre fatras. Il n’est pas nécessaire de les scanner, j’aimerais juste savoir où elles se trouvent. Elles ont été envoyées à Saint-Rostand à partir du milieu des années 40, et si elles n’ont pas été jetées, elles devraient y être toujours.
A bientôt,
D. LeBris
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
Having the house full again keeps me particularly busy, all the more since my brother-in-law is constantly around the house ever since Lucien’s return. There is always something to do, to tidy, to prepare. Mother has been an invaluable help. She used to look after my brother’s daughters, and now she spends most of her time with Prosper. She cannot comprehend why neither my sister-in-law nor I have hired a nurse. My mother and her sister were raised by a nurse; my brothers and I had a nanny. I must confess that I have no desire to endure the childish rivalries that several women in my wives’ committee have confided to me about their own nurses.
I shall end this letter here. Lucien sends his warm regards and asks me to tell you that he was particularly pleased by the view on the postcard you sent him.
It seems that Lucien and Arsinoé continued to exchange postcards quite regularly after their correspondence came to an end. Unfortunately, I haven't been able to find any of Arsinoé’s cards. It looks like Grandfather used to pin them up in his office at the harbour, but they were all lost after it was sold. It's a shame, but there's nothing we can do about it…
Please let me know if, by any chance, you manage to locate Lucien’s postcards somewhere among your stuff. There is no need to scan them; I'd simply like to know where they are. They were sent to Saint-Rostand starting in the mid-1940s, and if they were not thrown away, they should still be there.
All the best,
D. LeBris
🇫🇷 [Transcription]
Agathon LeBris : Je ne sais pas ce que vous avez bu, Sonia, mais ce que vous racontez n’a aucun sens. Le sanatorium cache une histoire de société fantôme, peut-être de traffic d’organes, mais certainement pas de magie.
Lucien LeBris : Attends, Agathon… Pendant la guerre, il m’est arrivé quelque chose.
Agathon LeBris : Allons bon, ne me dis pas que tu as rencontré un dragon ou quelque sorcière au beau milieu du désert australien ?
Lucien LeBris : Pas un dragon, non… Attends, je vais te raconter.
Agathon LeBris : …
Lucien LeBris : Tu me crois, n’est-ce pas ?
Agathon LeBris : … Je ne sais pas. Ce type qui t’a attaqué a peut-être simplement été rendu fou par la guerre. Papa n’avait plus toute sa tête quand il est revenu non plus.
Lucien LeBris : C’était autre chose. Le type qui l’a tué, Morgenstern… Il avait quelque chose à voir avec son état.
Agathon LeBris : Si c’est lui qui pilotait l’avion lors du crash qui lui a fait perdre la tête, ce n’est pas très étonnant.
Lucien LeBris : Non, Morgentern lui-même a dit quelque chose à ce sujet avant de le tuer. Il a dit… Qu’il l’avait tourné, ou transformé.
Agathon LeBris : Tu es vraiment certain d’avoir bien entendu ?
Lucien LeBris : Oui. Je suis sûr de moi.
🇬🇧 [Transcript]
Agathon LeBris: I do not know what you have been drinking, Sonia, but what you are saying makes no sense. The sanatorium is hiding a story about a shell company, perhaps organ trafficking, but certainly not magic.
Lucien LeBris: Wait, Agathon… Something happened to me during the war.
Agathon LeBris: Oh, come now. Do not tell me you met a dragon or some witch in the middle of the Australian desert?
Lucien LeBris: Not a dragon, no… Wait, let me tell you.
Agathon LeBris: …
Lucien LeBris: You believe me, don't you?
Agathon LeBris: … I don't know. The man who attacked you may simply have been driven mad by the war. Father was not in his right mind when he returned either.
Lucien LeBris: It was something else. The guy who killed him - Morgenstern - had something to do with his condition.
Agathon LeBris: If he was the one piloting the plane during the crash that scrambled his mind, that wouldn't be very surprising.
Lucien LeBris: No, Morgenstern himself said something about it before he killed him. He said… that he had turned him.
Agathon LeBris: Are you quite certain you heard that correctly?
Lucien LeBris: Yes. I'm sure of it.