Les textiles aussi sont rationnés. Je suis certaine que c’est à cause de ces grèves… Il est très difficile de s’habiller dignement ces derniers temps. Ma belle-sœur me donne ses tickets. Elle n’en a pas besoin, elle s’habille comme une nonne. Sans elle, je ne sais pas ce que j’aurais fait. J’ai pu m’acheter une jolie paire de gants en velour pour aller avec les bracelets bakélites de chez Chanel que mon père m’a offert l’an dernier. Cela faisait une éternité que je n’avais pas porté quoi que ce soit de neuf.
▼ Transcriptions et traductions vers le français sous “Afficher davantage”. ▼
[Transcription]
SPLAM
Lucien LeBris : Captain Morgenstern! (Capitaine Morgenstern !)
Aamon Morgenstern : Step back. (Recule.)
Aamon Morgenstern : I’ll handle him. (Je m’occupe de lui.)
Finn Connor : SCREEEEEEEEEEE
Aamon Morgenstern : You need to calm down, Sergent. (Il faut se calmer, Sergent.)
Finn Connor : Hissssss…
Aamon Morgenstern : Get some sense… (Reprends tes esprits…)
BAM!
Aamon Morgenstern : … Back… (… et retrouve un peu de bon sens…)
BAM!
Aamon Morgenstern : … Into that thick head of yours! (…dans ton foutu crâne !)
WHAM!
Finn Connor : SCREEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE
Aamon Morgenstern : There. Enough bullshit for today. (Voilà. Ça suffit les conneries.)
Finn Connor : *hiss and growls* (*siffle et grogne*)
Aamon Morgenstern : That’s enough. I don’t like it, but I won’t hesitate to use this on you if you push me further. (Allez, on s’arrête. Ça ne me fait pas plaisir, mais je n’hésiterai pas à utiliser ça contre toi si tu continues à m’emmerder.)
Finn Connor : THEN KILL ME ALREADY! (ALORS TUEZ-MOI UNE BONNE FOIS POUR TOUTE !)
Aamon Morgenstern : I didn’t turn you to kill you, son. (Je ne t’ai pas transformé pour ensuite te tuer, fiston.)
Finn Connor : I don’t want to be like this… The thirst… It’s too much. (Je ne veux pas de ça… La soif… C’est trop.)
Aamon Morgenstern : It’ll pass eventually. We all go through this. It doesn’t last. (Ça passera. On y est tous passés. Ça ne dure pas.)
Finn Connor : I don’t want to. Please, make it stop. Make it stop… I don’t want to hurt anyone anymore. Please… (Je ne veux pas… Je vous en prie, arrêtez ça. Faites que ça cesse… Je ne veux plus blesser personne. Pitié…)
Aamon Morgenstern : …
SPROCH
Aamon Morgenstern : What a waste…
Les enfants sont en bonne santé. Roseline est toujours en pensionnat à Toronto. Maman prend en charge les frais de scolarité depuis le décès de Papa. Mais très honnêtement, vu les résultats médiocres qu’elle obtient, je me demande si Branksome Hall n’a pas perdu de son prestige depuis l’époque où j’étais jeune fille. Lorsque j’étais écolière, jamais nos professeurs ne nous auraient laissé avoir de telles notes. Les élèves fainéante auraient été corrigées et redressées avant que leur retard ne devienne irrattrapable.
▼ Transcriptions et traductions sous “Afficher davantage” / Transcripts and translations under the cut ▼
Autumn 1946, Hylewood, Canada
The children are in good health. Roseline is still boarding in Toronto. Mama has been covering her tuition since Papa’s passing. But to be perfectly honest, given her rather poor results, I cannot help wondering whether Branksome Hall has lost some of its prestige since my own school days. When I was a girl, our teachers would never have allowed us to perform so poorly. Lazy pupils would have been corrected and set straight long before their shortcomings became irreparable.
🇫🇷 [Transcription]
Stéphanie Rumédier : Ah..
Agathon LeBris : Tu n’as pas l’air d’y avoir réfléchi. Tu as dit que tu m’informerai de ta décision à la fin de la soirée. Nous sommes à la fin de la soirée.
Stéphanie Rumédier : Arrête avec ça. Je t’ai déjà dit que j’ai besoin de prendre mon temps.
Agathon LeBris : Prendre ton temps ? Stéphanie, ça fait treize ans. Mon frère imagine que je suis un goujat.
Stéphanie Rumédier : Tu sais que je n’apprécie pas que tu me presses. J’en ai assez d’avoir sans cesse cette discussion.
Agathon LeBris : Sans cesse ? Stéphanie, je t’ai demandée en mariage il y a dix ans. Donc en effet, je m’interroge. Ça ne rime à rien. Si tu ne voulais pas de moi, nous ne serions plus ensemble depuis longtemps. Pourtant, tu restes. Mais tu refuses de m’épouser. Quel est le problème ? La bague ne te plait pas ?
Stéphanie Rumédier : La bague… Tu me crois vraiment si vénale ?!
Agathon LeBris : J’arrive à court d’explications, pour être franc. Je ne comprends pas ce que tu veux. Tu comptes vivre avec ta mère et ta tante jusqu’à la fin de tes jours ?
Stéphanie Rumédier : … Bien sûr que non.
Agathon LeBris : Alors quoi ? Qu’est-ce que tu caches ?
Stéphanie Rumédier : Tu sais quoi ? On devrait s’en tenir là.
Agathon LeBris : S’en tenir… Tu n’es pas raisonnable.
Stéphanie Rumédier : Au revoir, Agathon.
🇬🇧 [Transcript]
Stéphanie Rumédier: Ah...
Agathon LeBris: You don’t look like you’ve given it much thought. You said you’d tell me your decision by the end of the evening. Well, it’s the end of the evening.
Stéphanie Rumédier: Stop it. I told you I need time.
Agathon LeBris: Time? Stéphanie, it’s been thirteen years. My brother thinks I’m some sort of scoundrel.
Stéphanie Rumédier: You know I don’t like being pressured. I’m tired of having this same conversation over and over.
Agathon LeBris: Over and over? Stéphanie, I proposed to you ten years ago. So yes, I’m wondering. It makes no sense. If you didn’t want me, we wouldn’t still be together. Yet here you are - but you still refuse to marry me. What’s the problem? Don’t you like the ring?
Stéphanie Rumédier: The ring… Do you really think I’m that mercenary?!
Agathon LeBris: I’m running out of explanations, to be honest. I don’t understand what you want. Are you planning to live with your mother and aunt for the rest of your life?
Stéphanie Rumédier: ... Of course not.
Agathon LeBris: Then what? What are you hiding?
Stéphanie Rumédier: You know what? We should stop this now.
Agathon LeBris: Stop - you’re being unreasonable.
Stéphanie Rumédier: Goodbye, Agathon.
Peut-être me trouverez-vous un peu vieux jeu… J’ai beaucoup de misère à tutoyer une personne que je n’ai jamais vue. J’ai reçu une éducation stricte qui ne souffrait pas que l’on tutoie qui que ce soit en dehors de notre cercle familial proche. Tout manquement aurait été vu comme une gaillardise qui nous aurait été sévèrement reprochée. Je frissonne parfois des libéralités de mon mari qui tutoie tout le monde. Non pas que je le lui reproche. Il fait bien ce qu’il veut et, par ailleurs, personne ne s’en offusque. Non, c’est que je n’oserais pas moi-même. À l’exception de ma camarade de chambre - la seule qui fit exception d’ailleurs, je vouvoyais toutes mes compagnes d’internat. Je vouvoie les femmes du comité d’épouses avec qui j’ai pourtant travaillé pendant de nombreuses années. Les seules personnes que je ne tutoie pas sont de ma famille directe : frère, beaux-frères et belles-sœurs, cousins, neveux et nièces. Je vouvoie Maman, je vouvoyais feu Papa, mes oncles, mes tantes, mes grands-parents, lesquels nous tutoyaient en retour. Ne le retenez donc pas contre vous.
▼ Transcriptions et traductions sous “Afficher davantage” / Transcripts and translations under the cut ▼
Spring 1947, Hylewood, Canada
Perhaps you will find me a little old-fashioned… I have a great deal of trouble addressing someone I have never met informally. I was raised quite strictly - we were never to use familiar terms of address with anyone outside our immediate family. Any breach of that rule would have been considered rather forward, and harshly reprimanded. I sometimes shudder at my husband’s easy manner of speaking to everyone so informally. Not that I hold it against him - he can do as he pleases, and besides, no one seems to mind. It’s simply that I could not bring myself to do it myself. With the sole exception of my roomate - she has been the only one, in fact - I addressed all my classmates formally. I still do the same with the women from the wives’ committee, even after all these years of working together. The only people I address informally are my immediate family: my brother, brothers and sisters-in-law, cousins, nephews, and nieces. I address Mama formally, as I did late Papa, as well as my uncles, aunts, and grandparents - who, in turn, always addressed us informally. So please, don’t take it personally.
🇫🇷 [Transcription]
Lucien LeBris : Tiens, Layla ! Tu attends le ferry ?
Layla Bernard : Bonjour, Lucien. Oui, j’ai rendez-vous chez le médecin.
Lucien LeBris : Chez le médecin ? Quel besoin as-tu d’aller chez le médecin, vu que ton mari en est un ?
Layla Bernard : Tu sauras qu’il est déconseillé pour un médecin d’ausculter ses proches. Son jugement peut se retrouver altéré et cela peut le conduire à sous-estimer la gravité d’une maladie…
Layla Bernard : … Et en plus, Fabien m’a déjà auscultée. Il ne trouve rien.
Lucien LeBris : Ce n’est pas trop grave, j’espère ?
Layla Bernard : Je ne sais pas. Je n’espère pas. J’ai de plus en plus de problèmes de mémoire… Je dois aller faire des tests pour m’assurer que ce ne soit pas quelque chose de grave comme la maladie d’Alzheimer.
Layla Bernard : Ce sont juste des examens de routine. À mon âge, il y a peu de chances que ce soit ça, mais Fabien préfère ne prendre aucun risque.
🇬🇧 [Transcript]
Lucien LeBris: Well, hello, Layla! Waiting for the ferry?
Layla Bernard: Good morning, Lucien. Yes, I have a doctor’s appointment.
Lucien LeBris: A doctor’s appointment? What do you need a doctor for when your husband is one?
Layla Bernard: You should know it’s not advisable for a doctor to examine their own family. Their judgment might be clouded, and they could underestimate the seriousness of an illness…
Layla Bernard: … Besides, Fabien already examined me. He didn’t find anything.
Lucien LeBris: I hope it’s nothing serious?
Layla Bernard: I don’t know. I hope not. I’ve been having more and more memory problems… I need to take some tests to make sure it’s nothing serious like Alzheimer’s disease.
Layla Bernard: They’re just routine exams. At my age, it’s unlikely to be that, but Fabien prefers not to take any chances.
Je partage vos sentiments de solitude concernant mon propre frère. Le mien s’est empressé de revendre l’usine de Papa pour acheter une mine de tungsten dans les Territoires du Nord-Ouest. Il vient de partir s’installer à Whitehorse avec sa femme et ses filles. À son âge, Maman n’allait pas rester seule dans sa grande maison… Elle vit désormais avec nous.
▼ Transcriptions et traductions sous “Afficher davantage” / Transcripts and translations under the cut ▼
Autumn 1946, Hylewood, Canada
I share your feelings of loneliness concerning my own brother. Mine wasted no time selling Papa’s factory to buy a tungsten mine in the Northwest Territories. He’s just moved to Whitehorse with his wife and daughters. At her age, Mama couldn’t be left alone in her big house… She’s living with us now.
🇫🇷 [Transcription]
Georges Rumédier : Je me moque de ta vie sentimentale comme d’un guigne, Stéphanie. Mais là, c’est un problème qui concerne tout le monde. Enfin, dites-le lui ! C’est comme si Sherlock Holmes fréquentait Moriarty.
Stéphanie Rumédier : C’est moi que tu traites de Moriarty ?!
Stéphanie Rumédier : Tu aurais pu dire… Je sais pas moi, Irène Adler !
Adèle Rumédier : Qu’est-ce que c’est, Chairlocolmse et Moriharty ?
Delphine Rumédier : Ce sont deux ennemis d’une série de romans policiers de la fin du siècle dernier.
Lucrèce Rumédier : Il est vrai que les frères Le Bris ont tendance à être des fouineurs. Lucien venait déjà rôder ici quand il était petit.
Adèle Rumédier : C’est souvent le cas chez Le Bris. Leur grand-père aussi était très curieux…
Stéphanie Rumédier : On s’en fiche, non ? Si certains commencent à poser des questions, vous hypnotiserez, comme on a toujours fait.
Lucrèce Rumédier : Les choses sont plus compliquées que cela…
Frédéric Rumédier : Nous ne pouvons pas prendre ce risque en ce moment. L’hypnose à ses limites et nous commençons à les atteindre… Lucrèce, Clémence, combien de temps depuis que vous l’avez utilisée sur les Le Bris ?
Clémence Rumédier : Au moins trois ans…
Georges Rumédier : Vu la fréquence à laquelle vous lisiez leurs lettres, il fallait s’y attendre…
Lucrèce Rumédier : Certains habitants de l’île ont vu leur mémoire revenir, et les faux souvenirs ne restent pas solidement implantés.
Frédéric Rumédier : Agathon est allé interroger Ada Rumédier sur son voyage en France l’autre jour… Elle n’avait plus la moindre idée de ce dont il parlait.
Lucrèce Rumédier : Je t’assure que j’avais fait le nécessaire en partant et en revenant, Frédéric.
Frédéric Rumédier : Je le sais bien. Mais cela ne tient pas sur le long terme. En un siècle, j’ai eu le temps de le remarquer… C’était une prise de risque, et nous en payons les répercussions aujourd’hui. Je rejoins l’avis de Georges. Ce n’est clairement pas le moment d’attirer l’attention.
🇬🇧 [Transcript]
Georges Rumédier: I couldn’t care less about your love life, Stéphanie. But this is a problem that concerns everyone. Come on guys, tell her! It’s as if Sherlock Holmes were dating Moriarty.
Stéphanie Rumédier: Are you calling me Moriarty?!
Stéphanie Rumédier: You could’ve said… I don’t know, Irene Adler!
Adèle Rumédier: What’s that - Shairlocke and Moreehartee?
Delphine Rumédier: They’re two enemies from a series of detective novels from the end of the last century.
Lucrèce Rumédier: It’s true that the Le Bris brothers have a habit of snooping around. Lucien used to wander over here even as a child.
Adèle Rumédier: That’s often the case with the Le Bris family. Their grandfather was very curious too…
Stéphanie Rumédier: Who cares, really? If some people start asking questions, you’ll just hypnotize them, like we always have.
Lucrèce Rumédier: Things are more complicated than that…
Frédéric Rumédier: We can’t take that risk right now. Hypnosis has its limits, and we’re starting to reach them… Lucrèce, Clémence, how long has it been since you used it on the Le Bris family?
Clémence Rumédier: At least three years…
Georges Rumédier: Considering how often you read their letters, that was to be expected…
Lucrèce Rumédier: Some of the island’s residents have begun to recover their memories, and the false ones aren’t holding firmly anymore.
Frédéric Rumédier: Agathon went to question Ada Rumédier about her trip to France the other day… She had no idea what he was talking about.
Lucrèce Rumédier: I assure you I did what was necessary before leaving and upon my return, Frédéric.
Frédéric Rumédier: I know that. But it doesn’t last in the long term. In the last century, I’ve had plenty of time to notice… It was a gamble, and we’re paying the consequences now. I agree with Georges - this is clearly not the time to draw attention.
J’ai une grande nouvelle à vous apprendre. Vous écriviez dans votre dernière lettre : « maintenant que vous et Lucien êtes réunis, peut-être aurez-vous d'autres enfants avec lesquels votre petit garçon pourra jouer ? ». Arsinoé, vous ne croyiez pas si bien dire. Lucien et moi avons la joie de vous annoncer que je suis enceinte. La naissance est prévue pour cet été. Nous hésitons sur le choix du prénom. J’aimerais choisir « Beverly » si nous avions une fille, mais Lucien est très réticent sur les prénoms anglo-saxons et il préfèrerait « Marie », comme sa sœur, au prétexte qu’une vieille tradition Le Bris veut qu’il y ait toujours eu une Marie à chaque génération. Mais je trouve ce prénom bien trop commun… Dans le cas où l’enfant serait un garçon, j’aimerais l’appeler « François », comme ma grand-mère qui s’appelait Françoise, ce qui ne convainc pas Lucien qui ne l’appréciait pas beaucoup. C’est vrai que ma grand-mère avait un caractère particulier, mais elle a joué un rôle prépondérant dans ma vie jusqu’à mes neuf ans et j’aimerais bien l’honorer. Dans tous les cas, nous avons encore quelques mois pour y réfléchir.
▼ Transcriptions et traductions sous “Afficher davantage” / Transcripts and translations under the cut ▼
Spring 1947, Hylewood, Canada
I have wonderful news to share with you. In your last letter, you wrote: “now that you and Lucien are reunited, perhaps there will be more children for your little boy to play with?”. Arsinoé, you could not have been more right. Lucien and I are delighted to announce that I am expecting a baby. The birth is due this summer.
We are still hesitating over the choice of name. I would like to choose “Beverly” if it is a girl, but Lucien is very reluctant about Anglo-Saxon names and would prefer “Marie,” like his sister, on the pretext that an old LeBris family tradition dictates there has always been a Marie in every generation. I find the name far too common, however…
If the child is a boy, I would like to call him “François” after my grandmother, whose name was Françoise - an idea that does not convince Lucien, as he did not care for her very much. It is true that my grandmother had quite a particular temperament, but she played a major role in my life until I was nine years old, and I would like to honour her. In any case, we still have a few months to think about it.
🇫🇷 [Transcription]
Irène LeBris : Lucien, ma grenouille a pondu !
Lucien LeBris : Ta… grenouille ? Euh… Félicitations, mon amour !
Irène LeBris : Je parle de celle que le médecin utilise pour les tests !…
Irène LeBris : … Ne t’occupe pas de ça. Ce que je veux te dire, c’est que… nous allons avoir un enfant !
Lucien LeBris : Attends… Un enfant ?! Tu en es certaine ?
Irène LeBris : Puisque je te dis que ma grenouille a pondu !
Lucien LeBris : Oh, Irène ! Est-ce que tu vas bien ? Ne reste pas debout, va t’asseoir !
Irène LeBris : Je suis enceinte, pas amputée des deux jambes.
Lucien LeBris : Bout de ciarge, il faut qu’on prenne rendez-vous chez Fabien immédiatement !
Irène LeBris : Cela voudrait dire annoncer la nouvelle à Layla, qui s’empressera d’écrire à Dolorès, et bientôt toute l’île sera au courant. C’est gentil, mon chéri, mais je préfère aller consulter quelqu’un d’autre que ton beau-frère.
Lucien LeBris : Comme tu veux !
Lucien LeBris : J’ai hâte ! Tu penses que ce sera une fille ou un garçon ?
Irène LeBris : C’est impossible de le savoir. Nous verrons bien dans cinq mois.
Lucien LeBris : Même avec une grenouille ?
Irène LeBris : Même avec une grenouille.
🇬🇧 [Transcript]
Irene LeBris: Lucien, my frog has laid eggs!
Lucien LeBris: Your… frog? Uh… congratulations, my love!
Irène LeBris: I mean the one the doctor uses for the tests!…
Irène LeBris: … Never mind that. What I am trying to tell you is… we are going to have a baby!
Lucien LeBris: Wait… a baby?! Are you sure?
Irene LeBris: I am telling you, my frog laid eggs!
Lucien LeBris: Oh, Irène! Are you all right? Don’t stay on your feet, go sit down!
Irene LeBris: I am pregnant, I'm not missing both legs.
Lucien LeBris: Holy smokes, we need to make an appointment with Fabien right away!
Irène LeBris: That would mean telling Layla, who will rush to write to Dolorès, and soon the whole island will know. That is sweet of you, darling, but I would rather see someone other than your brother-in-law.
Lucien LeBris: As you wish!
Lucien LeBris: I can’t wait! Do you think it’ll be a girl or a boy?
Irène LeBris: It is impossible to know. We’ll see in five months.
Lucien LeBris: Even with a frog?
Irène LeBris: Even with a frog.
L’usine de Papa est fructueuse, d’autant que l’Etat a défini la production agro-alimentaire comme prioritaire pour pallier à la pénurie et qu’elle tourne jours et nuits. Il se trouve que l’usine de mon père est précisément dans ce secteur. Les affaires tournent bien, mais mon père se plaint de ce que les relations avec ses ouvriers ne sont plus ce qu’elles étaient. Quand j’étais petite, mon père se rendait à toutes sortes d’évènements avec ma mère. Je devais l’accompagner lorsque je n’étais pas à Toronto. Nous nous rendions aux distribution de prix de l’école, aux remises de médailles du travail, aux soirées de charité de l’œuvre d’assistance familiale présidée par ma mère. Une fois par an, les ouvriers venaient en cortège jusqu’à notre maison pour déposer des bouquets de fleurs. Cela a commencé à changer il y a une dizaine d’années, quand ma mère s’est faite évicter de la présidence de son œuvre et que celle-ci a été confié au comité de l’usine. Mon père l’a très mal pris. Il s’est rendu à la réunion du comité et les a tous traités d’ingrats. Depuis, les choses se sont envenimées. Je ne comprends pas bien ces ouvriers. Ils réclament toutes sortes de choses, moins d’heures, de plus hauts salaires… Comme si mon père y pouvait quelque chose, ceux-ci ont été gelés par le gouvernement fédéral. Ces anti-patriotes du syndicat ont même lancé une grève. Vous rendez-vous compte ? En pleine guerre… Un médiateur a même dû intervenir. Lorsque je lui en parle, Lucien se moque de moi. Il me dit que si sa grand-mère avait été encore en vie, nous nous serions déchirées. Je crois que sa grand-mère était une sorte de communiste.
▼ Transcriptions et traductions vers le français sous “Afficher davantage”. ▼
[Transcription]
Lucien LeBris : Connor?
Lucien LeBris : Connor, it’s LeBris. (Connor, c’est LeBris.)
Finn Connor : STAY AWAY! (Reste loin de moi !)
Lucien LeBris : Good god, you look awful… What happened to you? (Bon dieu, tu as une sale tête… Qu’est-ce qui t’est arrivé ?)
Finn Connor : PLEASE! DON’T COME ANY CLOSER! (JE T’EN PRIE ! NE T’APPROCHE PAS !)
Mon père est mort en mars. Il souffrait d’hypertension depuis des années mais il refusait de suivre l’avis des médecins… Il disait qu’il préférait mourir maintenant plutôt que renoncer à la viande rouge, ce qui catastrophait ma mère. Son cœur a fini par le lâcher. Il n’était pas si vieux, il n’avait pas encore soixante ans… Nous l’avons enterré au cimetière d’Hylewood, un jeudi pluvieux. Nombre de ses collaborateurs et quelques ouvriers étaient présents. Ma mère est très affectée par son décès et ne quitte plus le lit. Ma belle-sœur et moi avons tout fait pour la décharger des préparations du dîner mortuaire qui a eu lieu après l’enterrement, de façon à ce qu’elle n’ait qu’à y figurer. Nous avons fait du beau travail, puisque les invités semblaient satisfaits en partant.
▼ Transcriptions et traductions sous “Afficher davantage” / Transcripts and translations under the cut ▼
Autumn 1946, Hylewood, Canada
Dear Arsinoé,
My father passed away in March. He had suffered from high blood pressure for years but refused to follow the doctors’ advice… He used to say he’d rather die now than give up red meat, which horrified my mother. In the end, his heart gave out. He wasn’t that old - not yet sixty… We buried him in the Hylewood cemetery on a rainy Thursday. Many of his colleagues and a few workers attended. My mother has taken his death very hard and hasn’t left her bed since. My sister-in-law and I did everything we could to spare her the burden of preparing the funeral dinner that took place after the burial, so all she had to do was make an appearance. We did a fine job, as the guests seemed satisfied when they left.
🇫🇷 [Transcription]
Delphine Rumédier : Tout va bien, Stéphanie ?
Stéphanie Rumédier : Fin de nuit. Mes crocs commencent à rentrer, c’est toujours un peu douloureux.
Delphine Rumédier : Je suis bien heureuse de ne pas connaître cela !
Stéphanie Rumédier : Moi, au moins, je peux sortir. Mais tu as raison, je ne devrais pas me plaindre. La pleine lune aurait pu tomber demain.
Delphine Rumédier : C’est le jour de ton rendez-vous ?
Stéphanie Rumédier : Moins fort !
Delphine Rumédier : Oups…
Adèle Rumédier : Ne me dis-pas que tu fréquentes encore Agathon ? Il ne s’est toujours pas lassé ?
Georges Rumédier : Je lui ai déjà dit que c’était parfaitement irresponsable.
Alfred Rumédier : C’est toi qui dis ça…
Clémence Rumédier : Les garçons, s’il-vous-plaît.
Alfred Rumédier : Quoi ? C’est vrai !
Clémence Rumédier : Alfred !
Georges Rumédier : Tu fais ce que tu veux, sœurette, mais tu dois en porter les conséquences. Ton fiancé nous met tous en danger.
Stéphanie Rumédier : Et allez, tout le monde s’en mêle ! Agathon n’est PAS mon fiancé.
Adèle Rumédier : Ce qui est déjà un problème en soi…
Delphine Rumédier : Allons Adèle, Clémence et Lucrèce non plus ne sont pas mariées.
Adèle Rumédier : Elles, c’est différent. Elles le seraient si elles en avaient la possibilité.
Lucrèce Rumédier : Je pense que ce n’est pas le sujet.
Stéphanie Rumédier : Merci !
🇬🇧 [Transcription]
Delphine Rumédier: Everything all right, Stéphanie?
Stéphanie Rumédier: End of the night. My fangs are starting to retract - it’s always a bit painful.
Delphine Rumédier: I’m quite glad I don’t have to go through that!
Stéphanie Rumédier: At least I can go out. But you’re right, I shouldn’t complain. The full moon could’ve fallen on tomorrow.
Delphine Rumédier: Is it the day of your date?
Stéphanie Rumédier: Not so loud!
Delphine Rumédier: Oops...
Adèle Rumédier: Don’t tell me you’re still seeing Agathon? Hasn’t he grown tired of you yet?
Georges Rumédier: I’ve already told her it’s utterly irresponsible.
Alfred Rumédier: You’re one to talk...
Clémence Rumédier: Boys, please.
Alfred Rumédier: What? It’s true!
Clémence Rumédier: Alfred!
Georges Rumédier: Do as you please, sister, but you’ll have to face the consequences. Your fiancé is putting us all at risk.
Stéphanie Rumédier: Oh, here we go again - everyone’s getting involved! Agathon is NOT my fiancé.
Adèle Rumédier: Which is a problem in itself...
Delphine Rumédier: Oh, come on, Adèle - Clémence and Lucrèce aren’t married either.
Adèle Rumédier: That’s different. They would be, if they had the chance.
Lucrèce Rumédier: I don’t think that’s the point.
Stéphanie Rumédier: Thank you!
Oui, je sais qu’avec ce qui t’est arrivé, j’aurais dû le prévoir. Mais pour ma défense, nous faisions extrêmement attention… Je ne voulais pas faire quoi que ce soit de mal, c’est juste que je n’aime pas que tout le monde se mêle de mes affaires. Tu dois comprendre ça, non ? Tu sais ce que ça fait d’avoir d’innombrables frères et sœurs qui veulent tout le temps mettre leur nez dans tes affaires, des tantes et des cousins intrusifs dont le désir le plus cher est de te donner des conseils que tu n’as pas sollicités… Bref, je ne voulais pas en parler. Je voulais profiter le plus possible du temps que nous pouvions avoir uniquement pour nous, loin de toute publicité.
[Transcription]
Lucien Bernard : Bonjour, Lucien. Écoute, ce n’est pas que je ne suis pas heureux de te voir, mais j’espère que c’est important. Je suis très occupé, je ne peux pas rester très longtemps, les contremaîtres ont tendance à faire n’importe quoi dès que je m’absente…
Lucien LeBris : Je suis désolé de vous avoir fait déranger si abruptement, Monsieur Bernard.
Lucien Bernard : Oui, bon… Qu’est-ce qui t’amène ?
Lucien LeBris : Eh bien, euh, comme vous le savez cela fait quelques temps que je viens souper toutes les semaines, et euh, au cours de ces soupers, j’ai particulièrement apprécié les discussions que j’ai pu avoir avec I-
Lucien Bernard : Lucien, j’ai été jeune aussi, je ne suis pas complètement idiot. C’est par politesse que je fais semblant de croire à tous les prétextes que me donne Irène pour me justifier ce qu’elle fait dehors en permanence quand elle ne travaille pas. Disons les termes. Tu veux marier ma fille. Pourquoi maintenant ? Ça fait des années que vous vous tournez autour - ne me regarde pas comme ça, toute l’île est au courant - et qu’on attend.
Lucien Bernard : Pourquoi là, d’un coup ? Je pourrais presque me dire que tu as déshonoré ma fille.
Lucien LeBris : Je-
Lucien Bernard : Est-elle au courant de tes intentions, au moins ?
Lucien LeBris : Pas encore.
Lucien Bernard : Bon. Si elle veut bien de toi, je ne m’y opposerai pas, c’est elle que ça regarde. Mais je te le dis clairement, vous auriez dû le faire bien avant. Vous auriez fait gagner du temps à tout le monde. Est-ce que c’es clair ?
Lucien Bernard : … Oui, Monsieur Bernard.