Elles sont douces les mains sur mon dos, nos souffles qui se confondent et ma bouche sur ses lèvres et les langues que l’on ne parle plus. Il n’y a plus de mots possibles, un tremolo me submerge qui me fait me redresser, ça va très haut, j’exulte et je serre plus fort, tout s’est perdu dans cet amalgame, j’ai tout oublié de la chair pour n’être qu’un seul être pétri de désir et convaincu de son éternité. Plus rien n’a d’existence, qu’une respiration commune et un cœur unique qui flotte bien au-delà d’ici. Au-dessus de nous il y a un pigeon qui roucoule, les modulations du vent et le bois de la charpente qui craque, travaillé par la montée du jour. C’est l’absence définitive de toute autre vie envisageable, il ne reste qu’un truc chaud comme un bloc de marbre. Dans ces veines bleutées coule un sang tiède, la blancheur de la pierre se corrompt à vue d’œil, de-ci de-là des taches bistre annoncent l’expiration fatidique, les yeux de l’amour sont des outres blanchâtres, gorgées d’humeurs visqueuses, aux iris glauques, les membres qui étreignent une chair saignante bandée sur des bâtons d’os, nos halètements joyeux gonflent et dégonflent des éponges pourpres, les éclats de rire, des ouvertures béantes vers les tréfonds intestins, le cœur en triperie n’est jamais qu’un bas morceau . Elles sont douces les langues que l’on oublie, les mots au bord des lèvres qui se confondent, et ton souffle sur mes mains qui sourit quand j’ai froid pour me réchauffer le cœur.