Pourtant, bien des nôtres avaient cru pouvoir donner à Mussolini ce qui leur restait de respect de la dignité humaine. Aucun d'entre nous ne gardait la moindre illusion sur le sort qui l'attendait. J'avais accepté, tel qu'il était, le Mussolini libéré par Hitler. Dans sa volonté de servir d'écran entre le peuple italien et la fureur germanique, il m'avait paru vivant et proche de mon esprit. La propagande lui a fait subir après sa mort le pire des destins : le conformisme protestant l'a surpris en flagrant délit de concubinage et s'est plu à l'avilir par les expédients les plus typiques de l'indignation bourgeoise conjuguée avec les colères de l'Ancien Testament. À Dongo, on a assassiné son corps. Mais le tyran, qui mourait de ses crimes et dans ses crimes, a été savamment tué plus tard.
Filippo Anfuso, in “Du palais de Venise au lac de garde – 1936-1945 – Mémoires d’un ambassadeur fasciste”, Avant-Propos – Poussières d’Occident, p. 40, édition Perrin.