Miroslav Olić (extrait)
Un extrait d'une histoire débutée à l'été 2011, quelques bribes été 2012. Pour le reste...
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La mémoire de Mira a donc conservé, plus ou moins fidèlement, ce qu’est le monde, ce qu’il s’y est passé. Il se souvient de presque tout, excepté de lui, de ce qui concerne sa personne et de tous les liens qui le raccrochent au monde, toutes ses interactions. Dès lors il n’est plus qu’un spectateur, un étranger. Il rêve de redevenir acteur, ce qu’il a été, comme tout homme, un acteur de sa vie sur les planches du monde. Un point de vue unique, qui pèse, plus ou moins fortement, sur le cœur des choses, autant qu’il en est possible, bien évidemment.
Il se dit que cela ne durera pas, et, groggy par les anti-douleurs qui coulent maintenant dans ses veines, assommé par la fatigue et la chaleur, il s’endort lentement, un sourire béat aux coins des lèvres. Sans savoir pourquoi, il sent ce désir inavoué, qu’après, au réveil, la mémoire lui reviendra.
Il voit cet enfant qui court dans un pré partiellement brûlé par un soleil laiteux et assassin, bien droit au cœur d’un ciel inondé d’un bleu dur et grave. Étrangement il n’incarne pas de personnage, il voit ce petit être courir et courir encore, de dos, en hauteur, d’un point de vue imaginaire, flottant dans l’air entre ce bleu épais et cet intense soleil. Il le voit courir et courir, ses bras fouettant l’air brûlant d’une manière anarchique et saccadée. L’enfant court vers une vieille bâtisse légèrement en contrebas. Un vieux mas aux tuiles roses orangées, bordé de fiers cyprès majestueux dont la cime oscille au gré du vent torride ; ces cyprès que rien n’effraie et qui magnifient la pierre et la terre, tels de profonds émeraudes au cou d’une délicieuse et divine princesse. Une aile de la bâtisse est en ruine, les volets pourpre mi-clos. Sur l’allée de graviers blancs, langue pendue de ces murs sages, entre les cyprès, un chien hirsute aboie vers le petit homme qui quitte bientôt le pré et fait maintenant danser dans le même air brûlant, l’épaisse poussière que sa course frénétique dans l’allée dégage. A ce moment, le sol avale la maison qui disparaît, plus rien ne subsiste qu’une vaste étendue désertique. Alors les cyprès se muent en d’imposants barreaux d’acier et encerclent Mira. Subitement l’enfant grandi jusqu’à dupliquer, et prend alors l’apparence d’un geôlier antique ; un bourreau coiffé d’une épaisse capuche noire dont l’ombre masque le visage. Sa taille est démesurée, il fait claquer un fouet. Son rire saccadé et profond comme l’abîme fend l’air maintenant glacé tel un millier de flèche. Le soleil s’est liquéfié en un tapis de cendres qui macule maintenant le sol qui s’éventre. Mira a pris part au rêve et fond dans les ténèbres.
Mira se réveille en sursaut, le diaphragme comprimé, empreint à une violente et intense angoisse qui cesse bientôt, et baigne dans une sueur moite qui sent l’urine.
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