Les Chroniques de Livaï #423 ~ LE TREIZIEME MAJOR (novembre 845) Mike Zacharias
L'histoire de Livaï comme vous ne l'avez jamais lue. Le personnage le plus populaire de L'Attaque des Titans, le soldat le plus fort de l'humanité… Qui est-il vraiment ? Qu'a-t-il dans le coeur ? Qu'est-ce qui a fait de lui ce qu'il est ? Je me suis mise en devoir de répondre à ces questions en vous livrant ma propre vision de sa vie, de ses pensées, des épreuves qu'il a traversées, ainsi que celles des personnes qui l'ont côtoyé, aimé, admiré, craint, détesté. Si j'essaie le plus possible de respecter le canon, quelques libertés seront prises sur les aspects de sa vie les plus flous. Quelques personnages seront également de mon invention. Livaï, un homme que l'on croit invincible et inatteignable… Est-ce bien sûr ? Jugez-en par vous-mêmes.
Les chevaux sont parqués pour la nuit. L'endroit n'est pas mal, finalement. Légèrement surélevé, on peut voir les environs sur plusieurs kilomètres. Un tour de garde là-haut sera suffisant en cas d'imprévu. Enfin, je n'aurais pas à m'y coller ; le nain non plus, on a assez donné et Erwin nous accordera une nuit de repos.
Je suis stupéfait de nous voir si nombreux. Dans les terres sauvages, après une telle chevauchée, il n'est pas rare de compter quelques morts. Mais la détection a parfaitement marché et les combats les plus dangereux ont été évités. Trois ont été livrés sur les flancs à quelques heures d'intervalle, mais hormis ça... On peut dire que c'est un franc succès. C'est vrai que nous sommes en territoire connu mais les ennemis ne manquaient pas. Ils me semblent même plus nombreux que de l'autre côté de Maria. Quand je pense que Shadis a refusé d'appliquer la stratégie d'Erwin parce qu'elle était trop coûteuse... Erwin met la vie des hommes en priorité sur les dépenses. C'est ainsi qu'un chef doit raisonner, même si les sacrifices peuvent être inévitables.
Je retire ma veste en avançant dans les couloirs de l'ancienne ferme. Elle devait appartenir à des propriétaires terriens assez aisés. La demeure possède de vastes salles pouvant abriter tout le monde ainsi que de grandes étables aérées où réserver nos vivres pour la prochaine fois. C'est assez déstabilisant de pénétrer dans un endroit que la vie a quitté précipitamment. Il y avait encore sur les tables des assiettes avec des restes de nourriture pourrie. Les résidents ont dû être surpris et prendre la fuite juste avant leur repas. Ou bien ils ont été... Je me souviens m'être rendu par ici pendant l'opération de sauvetage avec Steff. Il me semble que tout le monde avait été évacué, mais il est toujours possible que... Bah, évitons les idées noires.
Les explorateurs sont rassemblés dans la grande salle à manger pour casser la croûte - repas consistant essentiellement à chipoter nos rations insipides. Mais avec le festin que nous avons englouti hier, la faim ne se fera pas sentir avant un moment. Ils peuvent même se payer le luxe de s'assoir sur des bancs, devant une vraie table. Cela n'arrive jamais en expédition, les quelques bâtiments d'origine inconnue qui nous servaient d'avant-postes n'avaient presque jamais de mobilier ; seulement des murs froids et nus. Ici, les vestiges de la vie quotidienne qui animait la bâtisse sont encore visibles. Et la présence des explorateurs donnerait presque l'impression que nous sommes en sécurité derrière Rose.
Le dernier habitant des lieux à être resté sur place est le chat de la maison. Pas farouche, il se déplace sur la table parmi les explorateurs pas mécontents de sa présence, acceptant les caresses et les quelques miettes de nourriture abandonnées. Cela doit lui plaire de revoir des visages humains. Je les entends déjà discuter du plan de le ramener avec eux derrière les Murs. J'imagine bien que l'un d'eux réussira à le cacher dans son paquetage. Espérons seulement que la croyance populaire qui veut que les chats noirs portent malheur ne soit qu'une superstition...
J'aperçois Hanji qui grignote avec Moblit. Tu as vu Livaï ? Elle me répond qu'il est allé faire son rapport à Erwin. Il pouvait pas attendre, hein ? Le chef nous a pourtant dit de nous restaurer avant. Apparemment il voulait se débarrasser de cette corvée. Je lève les yeux vers le couloir devant moi - la ferme a la forme d'un U - et aperçois les deux compères marchant au pas, Livaï légèrement en retrait. Quand nos camarades notent à leur tour la présence du major parmi eux, ils se lèvent tous comme un seul homme et se frappent la poitrine avec respect. Erwin garde la face mais je devine qu'il est stupéfait. Ce type d'hommage n'a jamais eu lieu sous Shadis.
Ils te remercient de les avoir menés ici sans décès, mon vieux. Je lève mon verre d'eau dans sa direction et il hoche la tête vers moi avec reconnaissance. Puis, il indique à tout le monde de se rasseoir, et vient nous rejoindre avant de déballer son propre dîner, comme n'importe quel soldat. Il fait semblant de ne pas le remarquer, mais moi je vois bien les regards qui le couvent intensément, avec un espoir palpable. Il avale quelques bouchées de sa barre protéinées mais finit par s'arrêter. Il n'a pas d'appétit.
Hanji nous propose de la soupe en boîte qu'elle a apportée en douce - à croire qu'elle est toujours affamée. Au moins, ce n'est pas elle qui l'a cuisiné, je doute de ses talents dans de domaine... Livaï écarte la proposition en affirmant qu'il n'a pas faim - Erwin fronce ses gros sourcils - et sort à la place un nécessaire de couture. C'est là que je remarque qu'il est torse nu sous sa veste. Et bien, c'est pour ça que tu restais derrière Erwin ? Tu comptais sur sa capacité d'attraction naturelle pour attirer les regards afin que personne ne puisse remarquer que tu es à moitié à poil ?
Il ne répond pas et pique un fil dans une aiguille. Il se met en devoir de recoudre un de ses boutons - il en a en réserve quelque part ? - tandis qu'Erwin lui ordonne tout de même de manger un peu. Il réplique qu'il le fera plus tard et que là, tout de suite, ce bouton est plus important. Juste un peu maniaque, hein ? Il me répond en tirant un peu la langue qu'il n'y a rien qui l'emmerde davantage qu'une chemise où il manque un bouton, et que cela pourrait le déconcentrer en combat. A ta guise, je m'en voudrais de gâcher tes performances.
J'entends Gelgar rire tout haut tandis qu'il mime à la jeune Rosewitha le coup de grâce qu'il a asséné à sa dernière cible. Quel vantard, celui-là... Emmerich discute avec Nanaba tandis que les deux jumeaux - Erd et Gunther, je les appelle comme ça car ils sont toujours collés ensemble - restent dans leur coin en souriant jusqu'aux oreilles. Ils se sont tous bien débrouillés. Je n'avais aucun doute sur Gelgar et Nanaba, je les connaissais déjà, mais mes deux autres experts ont été parfaits et ceux de Livaï n'ont pas démérité non plus. On a vraiment les deux meilleures escouades. Cependant, en former une quatrième serait une bonne idée, et je sais qu'Erwin doit y songer ; on défendrait mieux nos flancs à l'avenir.
Bon, mets-nous au parfum, chef ; on continue en avant demain ou on rentre ? Erwin se penche sur la table et répond qu'il vaut mieux en discuter dans la salle d'état-major. Quoi, tu en as déjà dégoté une ? T'es impressionnant. J'espère juste qu'il y pas trop d'araignées... Livaï persiffle en pliant sa chemise réparée que c'est pas la petite bête qui va manger la grosse.
Ca reste à voir, c'est le type de jugement que je remets vachement en question depuis que je te connais... Et puis j'aime pas les araignées.
















