Nationalisations, planification, réindustrialisation, renforcement des services publics… À gauche, les appels au retour à une puissance publique forte et volontariste se multiplient pour faire face à la crise systémique déclenchée par le Covid-19.
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Nationalisations, planification, réindustrialisation, renforcement des services publics… À gauche, les appels au retour à une puissance publique forte et volontariste se multiplient pour faire face à la crise systémique déclenchée par le Covid-19.
Pour porter des jugements équitables sur un milieu social donné, nous ne devons pas tenir compte seulement des maux qui nous touchent ou des injustices qui heurtent nos sentiments. Chaque société contient une certaine proportion de bien et de mal, un nombre déterminé d’hommes vertueux et de gredins, d’hommes de génie, d’hommes médiocres et d’imbéciles. Pour comparer les sociétés entre elles ou à travers les âges, il ne faut pas considérer isolément les éléments qui les composent, mais la proportion respective des uns et des autres, c’est à dire le pourcentage de ces éléments. Il faut laisser de côté les cas particuliers qui nous frappent et nous trompent, et les moyennes des statisticiens, qui nous trompent plus encore. Les phénomènes sociaux sont dominés par des pourcentages, et non par des cas particuliers ou par des moyennes. La plupart de nos erreurs de jugement et les généralisations hâtives qui en sont la suite résultent d’une connaissance insuffisante du pourcentage des éléments observés. La tendance habituelle, tendance caractéristique des esprits peu développés, est de généraliser les cas particuliers sans rechercher dans quelle proportion ils se présentent. Nous imitons ainsi le voyageur qui, ayant été assailli par des voleurs dans la traversée d’une forêt, affirmerait que cette forêt est habituellement infestée de brigands, sans songer à rechercher combien d’autres voyageurs et en combien d’années y avaient été attaqués avant lui. Gustave Le Bon Une application sévère de la méthode des pourcentages apprend à se défier de ces généralisations sommaires. Les jugements que nous énonçons sur un peuple ou sur une société n’ont de valeur que s’ils portent sur un nombre assez grand d’individus pour que nous puissions savoir dans quelles proportions existent les qualités ou les défauts constatés. C’est seulement avec de telles données que les généralisations sont possibles. Si nous avançons alors qu’un peuple se caractérise par l’initiative et l’énergie, cela ne veut nullement dire qu’il n’y ait pas chez ce peuple des individus complètement dépourvus de telles qualités, mais simplement que le pourcentage des individus qui en sont doués est considérable. Si, a cette indication claire mais encore vague de « considérable », il était possible de substituer des chiffres, la valeur du jugement y gagnerait beaucoup, mais dans les évaluations de cette sorte il faut bien, faute de réactifs assez sensibles, nous contenter d’approximations. Les réactifs sensibles ne manquent pas tout à fait, mais ils sont d’un maniement fort subtil. Cette notion de pourcentage est capitale. C’est après l’avoir introduite dans l’anthropologie que j’ai pu montrer les différences cérébrales profondes qui séparent les diverses races humaines, différences que la méthode des moyennes n’avait pu établir. Jusque-là, en comparant les capacités moyennes des crânes chez diverses races, que voyait-on ? Des différences en réalité insignifiantes et qui pouvaient faire croire, comme le croyaient en effet la plupart des anatomistes, que le volume du cerveau est à peu près identique dans toutes les races. Au moyen de courbes particulières donnant le pourcentage exact des diverses capacités, j’ai pu, en opérant sur un nombre de crânes considérable, montrer d’une façon indiscutable que les capacités craniennes différent énormément au contraire, suivant les races, et que ce qui distingue nettement les races supérieures des races inférieures, c’est que les premières possèdent un certain nombre de gros cerveaux que les secondes ne possèdent pas. En raison de leur petit nombre, ces gros cerveaux n’influent pas sur les moyennes. Cette démonstration anatomique confirmait d’ailleurs la notion psychologique que c’est par le nombre plus ou moins grand d’esprits éminents qu’il possède que se caractérise le niveau intellectuel d’un peuple. Dans l’observation des faits sociaux, l...
Les civilisations ont toujours eu pour base un petit nombre d’idées directrices. Quand ces idées, après avoir progressivement pâli, ont perdu entièrement leur force, les civilisations qui s’appuyaient sur elles sont condamnées à changer. Nous assistons aujourd’hui à une de ces phases de transformation, si rares dans l’histoire du monde. Il n’a pas été donné à beaucoup de philosophes, durant le cours des âges, de vivre au moment précis où se formait une idée nouvelle, et de pouvoir comme aujourd’hui étudier les degrés successifs de sa cristallisation. Dans l’état actuel des choses, l’évolution des société est soumise à trois ordres de facteurs : politiques, économiques, psychologiques. Ils ont existé à toutes les époques, mais l’importance respective de chacun d’eux a varié avec l’âge des nations. Gustave Le Bon Les facteurs politiques comprennent les lois et les institutions. Les théoriciens de tous les partis, les socialistes modernes surtout, leur accordent généralement une importance très grande. Tous sont persuadés que le bonheur d’un peuple dépend de ses institutions, et qu’il suffit de les changer pour changer du même coup ses destinées. Quelques penseurs croient, au contraire, que les institutions exercent une influence très faible ; que la destinée des peuples est régie par leur caractère, c’est-à-dire par l’âme de leur race. Ainsi s’expliquerait que des nations possédant des institutions semblables, et vivant dans des milieux identiques, occupent des places fort différentes sur l’échelle de la civilisation. Les facteurs économiques ont aujourd’hui une influence immense. D’importance très faible à l’époque où les peuples vivaient isolés, et où les diverses industries ne variaient guère de siècle en siècle, ces facteurs ont fini par acquérir une action prépondérante. Les découvertes scientifiques et industrielles ont transformé toutes nos conditions d’existence. Une simple réaction chimique, trouvée dans un laboratoire, ruine un pays et en enrichit un autre. La culture d’une céréale au fond de l’Asie oblige des provinces entières de l’Europe à renoncer à l’agriculture. Les progrès des machines bouleversent la vie d’une fraction importante des peuples civilisés. Les facteurs d’ordre psychologique, tels que la race (ndlr: groupe de population socio-historique), les croyances, les opinions, ont également une importance considérable. Leur influence était même jadis prépondérante ; mais aujourd’hui ce sont les facteurs économiques qui tendent à l’emporter. C’est surtout par ces changements de rapport entre les ressorts dont elles subissent l’impulsion, que les sociétés modernes diffèrent des sociétés anciennes. Dominées surtout jadis par des croyances, elles obéissent de plus en plus désormais à des nécessités économiques. Les facteurs psychologiques sont loin toutefois d’avoir perdu leur influence. La limite dans laquelle l’homme échappe à la tyrannie des facteurs économiques dépend de sa constitution mentale, c’est-à-dire de sa race (meta-groupe, population historique) ; et c’est pourquoi nous voyons certains peuples soumettre à leurs besoins les facteurs économiques, alors que d’autres se laissent de plus en plus asservir par eux et ne cherchent à réagir que par des lois de protection incapables de les défendre contre les nécessités qui les dominent. Tels sont les principaux moteurs de l’évolution sociale. Les ignorer ou les méconnaître ne suffit pas à entraver leurs effets. Les lois naturelles fonctionnent avec l’aveugle régularité d’un engrenage, et qui se heurte à elles est toujours brisé par leur marche. Gustave Le Bon | (1898) Psychologie du Socialisme | Livre I : LES THÉORIES SOCIALISTES ET LEURS ADEPTES, Ch.I : LES FACES DIVERSES DU SOCIALISME, Par.1 : Les facteurs de l’évolution sociale|
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Le socialisme, qu’on peut classer, comme nous essayerons de le montrer, dans la famille des croyances religieuses, possède ce caractère d’imprécision des dogmes qui ne régnent pas encore. Ses doctrines se transforment de jour en jour et deviennent de plus en plus incertaines et flottantes. Pour mettre d’accord les principes formulés par ses fondateurs avec les faits nouveaux qui les contredisent trop nettement, il a fallu se livrer à un travail analogue à celui de théologiens essayant de mettre d’accord la Bible et la raison. Les principes sur lesquels Marx, qui fut pendant longtemps le grand-prêtre de la religion nouvelle basait le socialisme ont même fini par être tellement démentis par les faits que ses plus fidèles disciples en sont réduits à les abandonner. C’est ainsi par exemple que la théorie essentielle du socialisme d’il y a quarante ans d’après laquelle les capitaux et les terres devaient se concentrer dans un nombre de mains toujours plus restreint, a été absolument démentie par les statistiques de divers pays. Ces statistiques font voir en effet que les capitaux et le sol, loin de se concentrer, se diffusent avec une rapidité extrême entre un nombre immense d’individus. Aussi voyons-nous en le collectivisme qu’ils qualifient maintenant de doctrine chimérique bonne tout au plus à illusionner des latins. Gustave Le Bon Au point de vue de l’extension du socialisme, ces discussions de théoriciens sont d’ailleurs sans aucune importance. Les foules ne les entendent pas. Ce qu’elles retiennent du socialisme, c’est uniquement cette idée fondamentale que l’ouvrier est la victime de quelques exploiteurs, par suite d’une mauvaise organisation sociale, et qu’il suffirait de quelques bons décrets, imposés révolutionnairement, pour changer cette organisation. Les théoriciens peuvent évoluer. Les foules acceptent les doctrines en bloc et n’évoluent jamais. Les croyances admises revêtent toujours une forme très simple. Implantées avec force dans des cervelles primitives, elles y restent inébranlables pour longtemps. En dehors des rêveries des socialistes, et le plus souvent en désaccord flagrant avec ces rêveries, le monde moderne subit une évolution rapide et profonde. Elle est la conséquence du changement opéré dans les conditions d’existence, les besoins, les idées, par les découvertes scientifiques et industrielles accomplies depuis cinquante ans. C’est à ces transformations que les sociétés s’adapteront et non à des fantaisies de théoriciens, qui, ne voyant pas l’engrenage des nécessités, croient pouvoir refaire l’organisation sociale à leur gré. Les problèmes soulevés par les transformations actuelles du monde sont autrement graves que ceux dont les socialistes se préoccupent. C’est à leur étude qu’une grande partie de cet ouvrage a été consacrée. Gustave Le Bon | (1898) Psychologie du Socialisme | Préface de la troisième édition |
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