La maison de la montagne Episode 18
À toute vitesse, je rebroussais chemin en pensée. Pouvais-je encore empêcher Brune d'entendre mon blasphème ?
Qu’est-ce qui m’avait pris de m’oublier ainsi ? Ma saillie sur le spiritisme avait dû lui faire rembobiner toutes ses danses, peut-être sans retour… Comment avais-je pu avoir l’impudence d’emprunter mes propres opinions ? Les toiles d’araignée de cette pièce perdue m’embrumaient l’esprit – j’étais en train, ni plus ni moins, de perdre la raison. Dire que je n’étais de retour chez les miens que depuis quatre jours… Comme si ce couloir secret (un antre où oser me rencontrer) m’était ouvert !
Après la mort d’Esther, il y a trois ans, flottant telle une ombre entre ces onze pièces incrédules, je n’avais – quelle honte de te l’avouer, lecteur hilare ! – même pas essayé de rassembler mes propres pensées. Amoindri, avachi de peine, balbutiant des folies, j’avais laissé flétrir tout ce qui habitait ma tête en un fagot de petit bois, près de la cheminée.
Je pensais les ramasser un peu plus tard pour les enfiler au-dessus de ma mémoire, ou de mon chagrin – ou du chiffon informe qui traînait par là. L’espace d’un instant, j’avais cru possible de leur frayer une petite place en surimpression de ces couches insensées de voix endormies enroulées autour de moi comme un châle de percale. Et puis, emporté dans ce vertige acoustique où la maison de la montagne, plus sournoise que vous ne le pensez, m’avait enfermé, je les avais tout bonnement oubliées.
Pauvres petites pensées, où êtes-vous aujourd’hui ?