Récits de voyages exotiques
Récits de voyages exotiques by Corte Real
Yamoussoukro
La chanson a été écrite lors d’un passage dans la ville éponyme. C’est un endroit assez surréaliste avec le palais d’Houphouët-Boigny, son lac à crocodiles, ses grandes avenues et surtout la basilique Notre Dame de la Paix qui trône au milieu d’un grand terrain vague. Il s’y dégage quelque chose d’à la fois doux et triste, un peu comme une consolation. A l’époque, Houphouët-Boigny avait un type spécialement chargé de s’occuper de ses crocos, mais ils ont fini par le bouffer lui aussi. D’où les fameux « caïmans lâches » du second couplet. Au final ça parle surtout du mal du pays. Baptiste est venu poser sa voix, avec cette diction et ce timbre très élégants qui le caractérisent. C’est un beau souvenir.
Fernet Branca
Le Fernet Branca est un alcool très à la mode à Buenos Aires. Les vieux tirés à quatre épingles boivent ça sur les terrasses en le mélangeant avec du coca, c’est une boisson très classe. On s’est mis à en boire nous aussi, malgré le gout passablement dégueulasse de la première gorgée. La chanson mélange tout ça, l’ivresse, l’Argentine, mais aussi les mâtinés passées à picoler en terrasse du côté de Belleville. On l’a enregistré dans les studios CBE en essayant au fur et à mesure tous les instruments qui trainaient (et Dieu sait s’il y en a), le sifflet qu’on entend derrière les refrains a été fait avec une flûte à coulisse (pas sûr que ça s’appelle comme ça d’ailleurs, mais bon globalement c’est un jouet pour gosses).
Opium
Un titre à propos des expatriés français en Indochine qui passaient leurs nuits dans des fumeries d’opium pour retrouver dans leurs rêves ceux qu’ils avaient quitté. C’est un thème que l’on retrouve dans plein de récits de l’époque. On voulait que la musique soit un peu vaporeuse et gracieuse, comme des volutes de fumée. C’est cette chanson qui est à l’origine du projet des « voyages exotiques », elle aborde d’une manière un peu détournée la thématique de l’absence (ou plutôt de l’exil, ça dépend de quel côté on se place).
Karla
Les histoires d’espionnage font d’excellents thèmes pour les chansons. Elles sont remplies de personnages fascinants, de mystères et de drames. Le nom « Karla » provient d’un personnage de John le Carré. Un être fictif donc, mais derrière lequel on peut parfois reconnaitre l’ombre de Kim Philby (que Le Carré connaissait bien). On l’a également enregistrée chez CBE, dans les salles à l’étage qui sont relativement bordéliques. Pas mal de trucs ont été dégagés au mixage mais on entend encore bien le fatras d’instruments dans le fond.
Funerale
L’idée à l’origine de ce disque (qui a été assez vite abandonnée) était d’écrire des chansons qui décrivent des scènes de films de Visconti. L’apothéose aurait dû être atteinte avec la scène d’Helmut Berger qui se balade en barque dans une grotte dans « le crépuscule des Dieux ». Enfin bref, « Funerale » correspond à la scène finale de « Senso », une exécution dramatique filmée en champ lointain où Vérone ressemble à un clair obscure de Rembrandt. On a finalement viré toutes les paroles pour ne garder que « et la nuit fût » qui correspondait au coup de feu.
Dark bones of Francis Scott Key
Les américains diraient probablement plutôt quelque chose comme « Francis Scott Key’s dark bones » mais ça avait plus de gueule dans ce sens-là. Les os noirs font simplement référence à un pont que l’on peut voir en arrivant (en bateau) à Baltimore. L’atmosphère recherchée était encore une fois celle du roman noir, un truc à la Ellroy. J’avais pensé un moment faire un machin un peu plus glauque avec des histoires de striptease et de meurtres, mais j’ai pensé que mes enfants pourraient tomber là-dessus un jour et ça m’a refroidi.












