PEOPLE ARE BETTER THAN RECORDS : this is the end (pt 5)
Bastien Champenois, 30 ans, Metz.
Batteur à la frappe dans DAIKIRI, GOUFFRE, ENSYNC, MYSTER MÖBIUS, FAAAL, DRUMFIRE500 et ReG.
A choisi Daikiri de DAIKIRI.
Bon, tu veux de l'anecdote, du concret, du « kiachangémalife ». Je pourrais donc te parler, comme beaucoup d'entre nous j'imagine, des nombreux disques qui nous sont chers. Je pourrais te conter l'histoire de ma découverte tardive mais bénéfique du California de MR BUNGLE via l'ami Nurdin, ou celle de SWEET SMOKE à 9 ans, ou de Ummagumma à 6 ans... Pas besoin de trop se forcer pour trouver une petite histoire qui va avec à peu près chacun de nos disques, mais pas vraiment de quoi animer verve ni éveiller curiosité. En ce qui me concerne, en tant que musicien, qui joue dans des groupes ayant la chance de pouvoir enregistrer leur musique, la sortir en disque, vinyle et tout, je crois que les disques avec lesquels j'ai eu (ou ai encore) une histoire, une liaison, des anecdotes à raconter, sont ceux auxquels j'ai participé. Tout bonnement.
Le premier LP de DAiKiRi, un maxi 45 tours, est sorti le 19 Octobre 2012. Et il est pour moi le fruit d'une véritable aventure. Déjà parce qu'il est le premier disque vinyle composé à 100 % de morceaux « de moi », de « mon »groupe ! Ensuite, parce qu'il rime avec découverte du fameux monde du « Fais-le toi-même » : enregistrement au top avec les copains qui ont les connaissances et le matos qui va bien, « démarchage » des labels et copains mécènes qui ont la foi, des dessinateurs qui voudront bien mettre leur talent au service de notre progéniture…Le mot est lâché. “Progéniture” : on fait tout pour mener à bien la réalisation de ce premier disque dans lequel réside un peu l'avenir de notre groupe. Résultat, il faudra plus de temps pour réaliser et assembler l'objet (2 semaines et demie non-stop) que pour en enregistrer et mixer les morceaux (3 jours). Et oui, 300 LP et 500 CD à sérigraphier, massicoter, plier et assembler à quatre mains compte parmi les plus belles aventures musicales de ma vie !
Chaque pochette m'est passée entre les mains au moins 6 fois pour l'impression sérigraphiée des trois couleurs (blanc, noir, or pailleté), avec l’œil vif prêt à détecter la moindre petite anomalie et sauter de joie en voyant que même les plus petits lettrages, dont on doutait 'grave', étaient lisibles ! Il fallait rivaliser d'équilibre pour se déplacer dans l'appart'/atelier pendant que les pochettes séchaient, posées à peu près partout où il était possible de poser une grande feuille de carton. Rebelote lorsqu'on est allés chez le relieur de la rue des Allemands pour lui emprunter une plieuse mécanique : tu prends chaque feuille, tu la glisses dans la fente jusqu'à la butée et tu presses avec ton pied pour faire descendre une petite barre qui viendra marquer un pli sur ton papier, puis tu décales de 3mm, idem, et voilà la tranche d'un disque ! Il reste 299 LP et 500 CD multipliés par deux pressions du pied sur la babarre égal : youpi ! Quelle joie que de suer pour ça ! Quelle excitation de voir un disque naître, lentement mais pour de vrai !
Je te laisse imaginer mon état lors de la dernière étape, au Flamenco, déjà renommé Pari, avec une poignée de copains, bières en coins et sourire sur la table, à la chaîne, glissant vinyle dans pochette carton, pochette dans blister puis disques assemblés dans boites de 25 ! C'était en même temps la fin et le début d'une aventure, qui en a fait naître un nombre incalculable d'autres, et qui dure toujours depuis.
Une aventure dont tu fais partie. Merci Flo.
Ah, et j'oubliais le collage des centreurs sur les pochettes cd.
Et la numérotation à la main de chaque exemplaire.
Comme pour rappeler que quand quelqu'un met la main sur ce disque, il la pose un peu sur nous aussi.
C'est dégueulasse, j'y avais jamais pensé.
Je ferais mieux de reprendre des études.