La nationalité a ses limites que le coeur ignore. Impossible de soutenir une équipe dont l’esprit ne nous correspond pas. Ce n’est pas parce que je suis à 50% française, que j’ai grandi en France, que je parle et écris en français, que je connais l’histoire de la France mieux que celle des autres pays, que je suis animée par la culture française, que je bénéficie à l’occasion des avantages sociaux des institutions françaises lorsque je rentre dans leurs fourchettes, que je dois en soutenir l’équipe de foot. Au diable les principes. Au plus on a des principes, au plus on a de chances de devenir et de rester un vieux con, une vieille conne. Contre la Colombie, j’ai cru en l’esprit de l’équipe de France pendant les vingt premières minutes. J’ai cru un bref instant que l’esprit de l’équipe de France avait évolué vers quelque chose de moins égoïste, de plus collectif, de moins sanguin, de plus réfléchi, de moins puéril, de plus mature, de moins têtu, de plus profond. C’était un leurre. Dès que l’équipe de France prend un but, tout ce qu’il y a de plus gâté et de rédhibitoire - la colère enfantine, la panique, l’égo blessé, parmi une foule conséquente de sentiments et d’émotions teintés de négativité - dans son esprit, vient s’éclater contre l’écran. Le pire de l’esprit français vient s’exhiber à la télé. Il n’y a pas meilleur sujet d’étude pour la psychologie des nations que l’esprit des équipes de foot nationales.