Julie Decubber, Bijoux contemporains metisses
Rien ne prédestinait Julie Decubber à devenir créatrice de bijoux et d’objets contemporains. Elle est, depuis peu, installée à Pantin avec ses trouvailles et outils dans un atelier baigné de lumière après plusieurs voyages et un an et demi à créer dans une yourte près de Nantes. Rencontre avec une créatrice bien alignée dans son activité, dont les bijoux ont la force de l’évidence et une présence singulière : celles de pièces uniques fabriquées à la main, souvent à partir de matériaux naturels trouvés-là et témoins de morceaux de vie.
« Plusieurs années ont été nécessaires pour mettre au point un système d’assemblage flexible et fabriquer des bijoux en céramique »
« On ne fait pas un voyage, c‘est le voyage qui vous fait, » disait Nicolas Bouvier. Et c’est grâce au voyage que Julie Decubber a appris et aimé fabriquer des bijoux. Après des études de communication et un premier séjour d’un an en Amérique du sud « pour voir du pays », elle découvre l’univers de la fabrication traditionnelle de bijoux et restera deux mois dans un village amazonien de l’Equateur. Le bijou est déjà cet ancrage local et culturel, ce support de paroles et de liens. Elle a une « révélation » sur les matières naturelles, qu’elle aime, cherche, ramasse et trie, comme ces turquoises trouvées au Pérou puis emprisonnées dans d’anciennes fioles de médecine homéopathique assemblées en un sautoir. Certains bijoux, comme ce sautoir, dont elle finit d’ailleurs par ne plus pouvoir se détacher, trop lié à un moment de sa vie ou témoin d’une étape d’un parcours, d’un voyage singulier. Car ses bijoux parlent. Et aimantent les souvenirs.
Elle se forme ensuite au travail du métal et de l’argent (soudure, emboutissage, gravure) au sein d’un atelier d’hommes dans la région de Tiznit au Maroc. Quelques mois avant de partir, elle est tombée par hasard sur le travail de Gilles Jonemann, créateur de bijoux contemporains nommé maître d’art en 2004. « A travers l’écran, son travail m’a ébloui, » se souvient-elle. Après une première visite de son atelier, ils entretiennent le fil d’une conversation au gré des destinations que Julie choisit selon les savoir-faire qu’elle souhaite approcher. De retour à Bruxelles après un second long voyage en Amérique du Sud pour « faire différents stages en Argentine et revoir le village amazonien et les personnes qui m’avaient transmis le goût des bijoux », elle reçoit un coup de fil: Gilles Jonemann lui propose de devenir son élève pendant trois ans à raison d’une semaine par mois. « Le but était de développer les moyens d’expression à ma disposition. Il m’a surtout appris que c’est la technique qui répond à la création, jamais l’inverse. »
Travail sur le dur et la céramique
Chez Gilles Jonemann, elle apprend et cultive son attrait pour les matériaux déjà-là : rebuts divers, objets, verre et surtout céramique, cette matière dure et inaltérable qui donne aux bijoux une présence à perpétuité. Plus qu’une simple parure esthétique, le bijou devient témoignage. C’est là qu’elle expérimente ses premiers bijoux fabriqués à partir d’assiettes « de collection, parlantes ou simplement chinées, ces objets utilitaires ayant une part culturelle très forte. »
Elle crée aussi, à partir de porte-couteaux en céramique des années 50’ découpés et montés sur chaîne argent, un épais collier en forme de poisson enfantin et drolatique, tandis qu’une « fraise » mêle de manière inattendue la céramique au tissage, métissant les savoirs-faire en donnant des airs massaï à ce col de tissu très porté par les classes fortunées aux XVIème et XVIIème siècle.
« Travailler à partir d’objets existants, c’est prendre le pari d’une transformation radicale. Grâce au savoir-faire, l’objet va passer d’usuel à digne d’intérêt ou exceptionnel. Cette métamorphose fascinante permet de décaler le regard sur le quotidien et de revaloriser un objet devenu banal. » Travailler avec ce qui est-là est aussi une manière de témoigner souci et bienveillance aux éléments naturels, sans recourir à l’utilisation de matériaux forcément précieux trop souvent responsables de catastrophes humaines, sociales et environnementales.
Son atelier a des airs de chez soi où mille choses ont pris place. Sous un apparent désordre, tout est méticuleusement rangé, comme ces quelques morceaux de bois ramassés au gré de promenades et triés par intensité chromatique. « Je crée souvent en classant et rangeant une accumulation d’objets trouvés. » Parmi les trésors en devenir, morceaux de coraux et pyrite sont en attente à côté de la machine diamantée à l’esthétique brute – celle qui permet de travailler les matières dures. « Le bijou est avant tout un moyen d’expression, un véhicule de sens portatif à faire voyager avec soi. Le bijou contemporain permet de s’affranchir des règles joaillières classiques, d’abroger la recherche d’une esthétique précieuse pour lui préférer une esthétique sans codes, en prise directe avec le sens que l’on souhaite donner. »
Cet intérêt pour les bijoux bavards, réminiscences de souvenirs, miroirs de rencontres, elle le décline parfois pour des créations à mi-chemin entre le bijou et l’objet. En témoigne ses petites suspensions précieuses contenant chacune « une chose ramassée ou cueillie lors d’une promenade. Ce sont comme des souvenirs glorifiés, des moments suspendus capturés. » Des “bijoux-écosystèmes” aussi, qui retracent le lien de l’artisan avec un lieu, une culture et un moment unique.
Mais Julie sait aussi regarder vers l’avenir : elle vient d’être sélectionnée parmi une quarantaine de bijoutiers contemporains internationaux pour l’exposition « Loot : Mad about jewelry » au Mad Museum de New-York en mars prochain, et prépare en ce moment la Biennale Emergences à Pantin, du 13 au 16 octobre.
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http://www.pole-metiers-art.fr/183-exposants.html
Retrouvez les pièces de Julie lors de prochains évènements parisiens, sur rendez-vous à son atelier, sur son site internet (avec bientôt une boutique en ligne), et aussi à Bruxelles (Galeries Sabine Herman et « HD ») ou au Japon (chez « Bazar et Garde manger »)